‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 257 sur 368 · Voir le 11* volume de l'Année, p · texte numérisé non relu

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poDse à mes questions, sans cesse répétées, les paysans me parlaient de monuments qu'ils appelaient dikiU-tachf la pierre plantée ; c'est à peu près le nom qu'on donne en Bretagne aux menhirs, a les pierres debout. » J'ai été voir ce qu'on désignait ainsi: c'étaient seulement des stèles funéraires de la fin de l'empire, restées debout sur l'emplacement désert de quelque village antique. J'ai exploré les forêts de l'Olympe et ses pelouses alpestres, les collines étranges et tourmentées qui bordent le Sangarius dans la partie supérieure de son cours, les vastes plaines qui s'étendent autour d'Âncyre, les landes immenses et m on tueuses de l'Haïmaneh, sans trouver nulle part le plus léger vestige de ces singuliers et barbares monuments, que jusqu'à ces «derniers temps personne n'hésitait à attribuer aux Celtes, nos ancêtres. Faut-il croîreque des monuments de cette nature ont été élevés en Galatie, mais qu'ils ont disparu depuis sans laisser de traces ? Si aucun voyageur n'a été assez heureux pour en rencontrer, des recherches plus complètes doiventelles nous en révéler un jour ou l'autre? Ou plutôt, comme je le pense, n'a-t-on pas de sérieuses raisons de croire que de pareils monuments n'ont jamais existé en Galatie, et que toute recherche à ce sujet est et demeurera vaine?

Mais si la recherche des constructions d'origine celtique est restée sans résultat, d'autres monuments des anciens âges, antérieurs à Tinvasion galate, ont amplement récompensé les investigations du voyageur dans cette région intérieure de TAnatolie.

Le sol de la Gralatie a gardé des monuments assez nombreux d'une antiquité reculée, d*un art primitif bien antérieur à la conquête gauloise, et même à l'ascendant pris par le génie et l'art grecs sur les races qui peuplaient, depuis les temps antéhistoriques, l'intérieur de l'Asie Mineure. Sans parler des importants monuments de style assyro-médique que l'on connaît auprès de Boghaz-keui, dans la Galatie orientale, et que nous n'avons pas encore vus, de ce côté-ci de l'Halys, aux environs d'Ancyre, j'ai découvert des œuvres encore inconnues de ces temps lointains et de ce même art primitif.

Dans VHàimaneh, la province qui s'étend au sud-ouest et au sud d'Angora, à neuf heures de cette dernière ville, près du petit village à'Hdiadja^ j'ai visité le premier une antique forte-

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resse ruinée, qui est connue des paysans sous le nom de Ghtcutur" kalési, la forteresse des infidèles.

Ce qui fait Tintérét de ces ruines, ce qui leur imprime un cachet d'antiquité reculée et d'étrange originalité, ce sont deux grandes figures d'environ trois mètres, sculptées dans le rocher, à gauche de l'entrée de la forteresse. Ce sont deux guerriers, coiffés d'une tiare ou d'un casque en forme de tiare surmonté de Puréus. Tous les deux sont dans la même position, debout, la main droite étendue vers l'occident. Le bras gauche, replié devant la poitrine, semble tenir quelque chose; quoi? c'est ce que je n'ai pu distinguer. Le costume se compose d'une tunique courte à larges manches, serrée au-dessus des hanches par une ceinture d'où pend une courte et large épée, et descendant jusqu'au-dessous du genou. Au bas de ce* vêtement court une bande qui figure probablement une bordure dont la couleur différait de celle du reste de l'étoffe. Les jambes paraissent nues. Les pieds sont chaussés de souliers dont la pointe se relève un peu, comme celle des souliers à la poulaine, détaO curieux qui se retrouve dans les bas-reliefs de Boghaz-keui.

Par le caractère du costume, par la disposition des plans, par la manière dent" est comprise et rendue la forme humaine, par l'ensemble enfin du f>tyle, ces monuments se rapprochent sensiblement de ceux de 13oghaz-keui, autant que je puis en juger d'après les dessins qui en ont élé donnés, et les figures assyriennes que nous possédons au musée du Louvre. On pourra se convaincre de cette ressemblance en étudiant le fidèle et sincère dessin qu'en rapporte M. Guillaume. C'est la môme simplicité, le même art d'indiquer les choses largement et par grandes masses. Il y a un peu de dureté et quelque chose de trop accusé dans certains mouvements des muscles ou des draperies, mais point cette froideur compassée qui gâte la plupart des figures égyptiennes. Dans le caractère de la physionomie, dans le dessin du profil, quoique ce soit là une des parties que les siècles ont le moins respectées, on reconnaît ces traits fortement accentués, ce nez aquilin, cette barbe longue et frisée, tout ce type enfin qui se trouve dans toutes les sculptures assyromédiques, et qui ne saurait être confondu avec nul autre.

M. Perrot serait disposé à reconnaître à ces vieilles sculptures, auxquelles il a consacré un mémoire spécial dans la Ikruc archcoloffiquc (n" 99), une origine lydienne, et il

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