III. Groupe Saiansk
Soïones.
Karagasses.
Ces trois groupes priDcipaux des dialectes turks de la Sibérie, ajoute M. Radloff, forment, dans la série indiquée par le tableau, une branche moyenne entre les dialectes tâtars de la Russie d'Europe * et la langue yakoute qui se parle dans la Sibérie orientale.
Le compte rendu des travaux de la Société de géographie russe, auquel nous revenons en terminant, fait remarquer combien est vaste le champ que cet ensemble de travaux embrasse dans l'intérieur de TÂsie, et combien aussi ils soulèvent de questions qui intéressent à la fois la science et la vie des peuples, questions qui touchent au passé et à Tavenir en même temps qu'au présent, c Les expéditions et les explorations nombreuses qui se succèdent forment une chaîne non interrompue qui parcourt toute la frontière de la Russie Asiatique et les contrées limitrophes, depuis l'océan Pacifique jusqu'à la mer Caspienne, depuis la vallée de rOussouri et la Corée jusqu'au pays des Turkomans et au Koraçân. — A l'exception de quelques conflits avec les Khokans, ajoute le compte rendu, partout sur nos frontières, dans toutes ces entreprises, a prévalu un caractère pacifique, scientifique et commercial. Les relations commerciales surtout se sont considérablement développées. »
1. On sait que dans l'usage des Russes, le terme tdtar (d'où s*est furméc notre «ippellation Tattare qui en est une forme altérée) s'applique aux tribus et aux idiomes d'extraction turque.
TURKESTAN. TIBBT.
126. The Russians in Central Asia : their occupation of the kirghiz Steppe and the line of the Syr-daria; their political relations with Khiva, Bokhara and Kokan. AIso, Description of Chinese Turkestan and Dzungaria. By capt. Yalikanof, M. Veniukop, and other russian travellers. Translated from the russian by John and Rob. Michell. Lond., 1865, in-8, 568 pages, avec
\ une carte.
127. A Narrative of the russian military expédition to Khiva under General Perofski , in 1839. Translated from the russian by J. Michell. Lond., 1865, in-8.
128. The Russians in Central Asia. The Qxtartefly RemeWy n*" 236, october, p. 529-581.
129. H. KiEPERT. Turan, oder Ttlrkistan, zu C. Ritter's Erdkunde. Vollstândig neue Bearbeitung, nach allen bis zum Jahre 1862 bekannt gewordenen Erforschungen. Berlin, 1865, une feuille. Au 5 000 000' (Reimer).
130. Arminius Vambéry. Voyage d'un faux derviche dans l'Asie Centrale, de Téhéran à Khiva, Bokhara et Samarcand, par le grand désert turkoman ; tvad. de l'angl. par E.-D. Forgues. Paris, 1865, grand in-8, avec carte et illustrât. (Hachette).
Sur le voyage du pèlerin hongrois, voir notre volume précédent t p. 166.
131. H. DE Blocqueville. Notice sur les nomades du Turkestan. Bulletin de l<i Société de géographie^ 1865, juin, p. 509-527.
M. de Blocqueville accompagna, en 1860, une expédition envoyée sur la frontière nord du Koraçàn par le gouvernement de Téhéran, pour réprimer les déprédations turkomanes. Sa Notice renferme d'intéressantes observations sur les Tékhèh, aux mains desquels M. de Blocqueville est resté captif durant quatorze mois ; mais le sujet est loin d'être aussi neuf que le croit l'auteur.
Î3'2. Stanislas Julien. Mélanges de géographie asiatique et de phi-
l'annéb géogr. IV — 14
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lologie sinico-indienno. extraits des livres chinois. Paris, 186ô. in-8 (t. I-.
Les morceaux dont se comp<»e ce rolume ont para à diTertes époques dans le Jenmal asiatique, ou dans les Nouvelles annales des Toja^. Ils sont au nombre de quatre : 1« Description de la' province d'IIi* extraite du Taï-ksing-i-tong-tchiy ou Géographie aniveraelle de la Chine; 2<> Relation d'un voyage dans le pays des Olgours, de 98 1 à 983, par Wanh-yen-te ; 3" Notice historique sur le Thien-tchoa, ou Inde, tiréi de l'Encyclopédie de Ma-touan-iin; 4« Classification et analyse méthodique des quatorze cent quarante ouvrages dont se compose la collection bouddhique connue sous le nom tibétain de Gandjoar.
133. Captain H.-H. Godwin-Austen, Assistant in the great trigono* metrical survey of India. On the Glaciers of the Mtiatakh range. Journal of the Roy, Geographxcal soc^ Tol. XXXIV, 1865. p. 19-56. Map.
M. Austen a contribué au relevé trigonométrique des vallées di Mouz-tàgh, ou montagne de Glace, et de la chaîne neigease de Karakoroum, dans les deux campagnes de 1860 et 1881.
I3'i. [Les Missionnaires catholiques au] Thibet. Annales de la propagation de la foi-, n» 223, nov. 1865, p. 420-445.
S 1. Les Russes dans l'Asie centrale. La Politiqas et la Menée.
Le 21 novembre (2 décembre) 1864, le vice-chancelier de Sa Majesté l'Empereur de Russie a adressé à toiu les agents diplomatiques du gouvernement impérial près des cours étrangères une Circulaire relative à la posidon politique de la Russie dans l'Asie centrale. Nons extrayons de cette pièce importante les passages suivants :
La position de la Russie dans TAsie centrale est celle de tous les États civilisés qui se trouvent en contact avec des peuplades à demi sauvages, errantes, sans organisation sociale fixe. Il arrive toujours, en pareil cas, que l'intérêt de la sécurité des frontières et ct^lui des relations de commerce ezi§^ent que TËtat plus civilisé exerce un certain ascendant sur des voisins que leurs mœurs nomades et turbulentes rendent fort incommodes. On a d'abord des incursions et des pillages à réprimer. Pour y mettre un terme, on est forcé de réduire à une soumission plus
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OU moins directe les peuplades limitrophes. Une fois ce résultat atteint, celles-ci prennent des habitudes plus tranquilles. Mais elles se trouvent à leur tour exposées aux agressions des tribus plus éloignées. L'État est obligé de les défendre contre ces déprédations et de châtier ceux qui les commettent.
De là la nécessité d'expéditions lointaines, coûteuses, pério^ diques, contre un ennemi que son organisation sociale rend insaisissable. Si l'on se borne à châtier les pillards et qu'on se retire, la leçon s'efface bientôt, la retraite est mise sur le compte de la faiblesse. Les peuples asiatiques en particulier ne respectent que la force visible et palpable ; la force morale de la raison et des intérêts de la civilisation n'a point encore de prise sur eux. La tâche est donc toujours à recommencer. Pour couper court à ces désordres permanents, on établit quelques points fortifiés parmi les populations ennemies ; on exerce sur elles un ascendant qui peu à peu les réduit à une soumission plus ou moins forcée. Mais au delà de cette seconde ligne, d'autres peuplades plus éloignées encore viennent bientôt provoquer les mômes dangers et les mêmes répressions. L'État se trouve donc dans Talternative ou d'abandonner ce travail incessant et de livrer ses frontières à des désordres perpétuels qui y rendent toute prospérité, toute sécurité, toute civilisation impossibles, ou bien d'avancer de plus en plus dans les profondeurs de contrées sauvages , où, à chaque pas qu'il accomplit, les distances accroissent les difficultés et les charges auxquelles il s'expose. Tel a été le sort de tous les pays qui ont été placés dans les mômes conditions; les États-Unis en Amérique, la France en Algérie, la Hollande dans toutes ses colonies. l'Angleterre aux Indes : tous ont été inévitablement entraînés à suivre cette marche progressive où l'ambition a moins de part que l'impérieuse nécessité, et où la plus grande difficulté consiste à savoir s'arrêter. C'est aussi la raison qui a conduit le gouvernement impérial à s'établir d'abord d'un côté sur le Syr-Daria, de l'autre sur le lac Issik-koul, et à consolider ces deux lignes par des forts avancés qui peu à peu ont pénétré au cœur de ces régions lointaines sans cependant parvenir à établir au delà la tranquillité indispensable à la sécurité de nos frontières.
La cause de cette instabilité résida d'abord dans le fait qu'entre les points extrêmes de cette double ligne il y a un immense espace inoccupé où les invasions des tribus pillardes continuent à paralyser toute colonisation et tout commerce par caravanes;
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ensuite, dans les fluctuations perpétuelles de la situation politique de ces contrées, où le Turkestan et le Kokand, tantôt réunis, tantôt séparés, toujours en guerre soit entre eux, soit avec la Boukarie, n'offraient aucune possibilité de relations fixes ni de transactions régulières quelconques. Le gouvernemeut impérial s'est donc vu placé malgré lui dans TaltematiTe que nous avons indiquée, c'est-à-dire ou de laisser se perpétuer un état de désordre permanent qui paralyse toute sécurité et tout progrès, ou de se condamner à des expéditions coûteuses et lointaines sans aucun résultat pratique et qu'il faut toujours recommencer, ou enfin d'entrer dans la voie indéfinie de conquêtes et d'annexions qui a conduit l'Angleterre à l'empire des Indes, en cherchant à soumettre l'un après l'autre, par la force des armes, les petits États indépendants dont les mœurs pillardes et turbulentes et les perpétuelles révoltes ne laissent à leurs voisins ni trêve ni repos.
Ni l'une ni l'autre de ces alternatives ne répondait au but que s'est tracé la politique de notre auguste maître, et qui est non d'étendre hors de toute proportion raisonnable les contrées soumises à son sceptre, mais d'y asseoir sa domination sur des bases solides, d'en garantir la sécurité, et d'y développer l'organisation sociale, le commerce, le bien-être et la civilisation.
Notre tâche était donc de rechercher un système propre à atteindre ce triple but.
A cet effet, les principes suivants ont été posés :
1° Il a été jugé indispensable que les deux lignes fortifiées de nos frontières, l'une partant de la Chine jusqu'au lac Issikkoul, l'autre partant de la mer d'Aral le long du Syr-Daria, fussent réunies par des points fortifiés, de manière à ce que tous nos postes fussent à même de se soutenir mutuellement et ne laissassent aucun intervalle par où pussent s'effectuer impunément les invasions et les déprédations , des tribus nomades.
2<* Il était essentiel que la ligne ainsi complétée de nos forts avancés fût située dans une contrée assez fertile non-seulement pour assurer leurs approvisionnements, mais aussi pour faciliter la colonisation régulière, qui seule peut préparer au pays occupé un avenir de stabilité et de prospérité, en gagnant à la vie civilisée les peuplades avoisinantes.
3° Enfin il était urgent de fixer cette ligne d'une manîèredëfinitive, afin d'échapper aux entraînements dangereux et près-
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que inévitables qui de rëpressioDs en représailles pouvaient aboutir à une extension illimitée.
Dans ce but, il fallait poser les bases d'un système fondé nonseulement sur la raison, qui peut être élastique, mais sur les conditions géographiques et politiques, qui sont fixes et permanentes.
Ce système nous était indiqué par un fait très-simple résultant d'une longue expérience, c'est-à-dire que les tribus nomades qu'on ne peut ni saisir, ni châtier, m contenir efficacement, sont pour nous le voisinage le plus incommode, et que, par contre, les populations agricoles et commerçantes, fixées au sol et dotées d'un organisme social plus développé, nous offrent la chance d'un voisinage tolérable et de relations perfectibles.
La ligne de nos frontières devait donc englober les premières ; elle devait s'arrêter à la limite des secondes.
Ces trois principes donnent l'explication claire, naturelle et logique des dernières opérations militaires accomplies dans l'Asie centrale.
En effet, la ligne primitive* de nos frontières le long du Syr-Daria jusqu'au fort Pérowski d'un côté, et de Tautre jusqu'au lac Issik-koul , avait l'inconvénient d'être presque à la limite du désert. Elle était interrompue sur un immense espace entre les deux points extrêmes ; elle n'offrait pas assez de ressources à nos troupes, et laissait en dehors des tribus sans cohésion, avec lesquelles nulle stabilité n'était possible.
Malgré notre répugnance à donner à nos frontières une plus grande étendue, ces motifs ont été assez puissants pour déterminer, le gouvernement impérial à établir la continuité de cette ligne entre le lac Issik-koul et le Syr-daria, en fortifiant la ville de Tchemkend, récemment occupée par nous.
En adoptant cette ligne, nous obtenons un double résultat : d'un côté, la contrée qu'elle embrasse est fertile, boisée, arrosée par de nombreux cours d'eau ; elle est habitée en partie par des tribus kirghizes qui ont déjà reconnu notre domination; elle offre donc des éléments favorables à la colonisation et à Tapprovisionnement de nos garnisons.. De l'autre, elle nous donne pour voisins immédiats les populations fixes, agricoles et commerçantes de Kokand.
Nous nous trouvons en face d'un milieu social plus solide, plus compact, moins mobile, mieux organisé, et cette considération marque avec une précision géographique la limite où
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ensuite, dans les fluctuations perpétuelles de U situation politique de ces contrées, où le Turkestan et le Kokand, tantôt réunis, tantôt séparés, toujours en guerre soit entre eux, soit avec la Boukarie, n'offraient aucune possibilité de relations fixes ni de transactions régulières quelconques. Le gouvernement impérial s*est donc vu placé malgré lui dans TidtematlTe que nous avons indiquée, c'est-à-dire ou de laisser se perpétuer un état de désordre permanent qui paralyse toute sécurité et tout progrès, ou de se condamner à des expéditions coùteusci et lointaines sans aucun résultat pratique et qu'il faut toujours recommencer, ou enfin d'entrer dans la voie indéfinie de conquêtes et d'annexions qui a conduit TAngleterre à Tempire des Indes, en cherchant à soumettre Fun après l'autre, par la force des armes, les petits Ëtats indépendants dont les mœurs pillardes et turbulentes et les perpétuelles révoltes ne laissent à leurs voisins ni trêve ni repos.
Ni Tune ni Tautre de ces alternatives ne répondait au but que s'est tracé la politique de notre auguste maître, et qui est non d'étendre hors de toute proportion raisonnable les contrées soumises à son sceptre, mais d'y asseoir sa domination sur des bases solides, d'en garantir la sécurité, et d'y développer l'organisation sociale, le commerce, le bien-être et la civilisation.
Notre tâche était donc de rechercher un système propre à atteindre ce triple but.
A cet effet, les principes suivants ont été posés : 1° 11 a été jugé indispensable que les deux lignes fortifiéesde nos frontières, Tune partant de la Chine jusqu'au lac Issikkoul, l'autre partant de la mer d'Aral le long du Syr-Daria, fussent réunies par des points fortifiés, de manière à ce que tous nos postes fussent à même de se soutenir mutuellement et ne laissassent aucun intervalle par où pussent s'efTectuer impunément les invasions et les déprédations , des tribus no-
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péeDS, en réalité elle De s'adressait directement qu'à un seul, à celui que sa position coloniale dans te Sud de l'Asie rapproche le plus des établissements russes de l'Asie centrale. On sait quelles vives Appréhensions se ma ni restèrent en Anf^leterre, à une époque qui n'est pas encore bien éloignée, au sujet de ce qu'on nommait Us rapides empiétements du Colosse russe vers la frontière de l'Inde, Aujourd'hui, il faut le dire, ces appréhensions, plus aveugle?, bu, si l'un veut, plus instinctives que raisounées, sunt singulièrement affaiblies, sinon tout à fait dis;ipées. ^oic à l'occasion de la circulaire impériale, soit à propos de deux récentes publications anglaises où la niarche progressive de la Russie dans l'intérieur du Turkestan est fidèlement exposée {ci-de£siiB,Ji la bibliographie, n°' 126 et 127), lesorganes les plus autorisés de la presse anglaise sa sontnette'ment prononcés dans ce sens d'apaisemeut. Un article de la (Juartcrty Review {n' 128), d'ailleurs magistralement écrit par une plume hautement compétente, est surtout fort remarquable à ce point de vue. Un autre journal d'une grande autorité, VAlhenaetim, disait à ce sujet (n" 1964, p. 811 }: ■ Les Européens, sauf les Russes, ne connaissent guère mieux l'Asie centrale qne l'intérieur de l'Afrique. La vaste région qui s'étend du bord oriental de la Caspienne au désert de Gobi, et de la frontière sud de la Sibérie aux limites nord de ia Perse, de l'Afghanistan et de l'Inde, en d'autres termes les contrées comprises entre le 36" et le W degré de latitude X., et les 54' et 100' degrés de longitude K. (de Greenwich), quoique des explorateurs tels que Burnes, Schkgiatweit et Vambery y aient de temps à autre pénétré, soot encore fermées aux voyageurs ordinaires, et 00 y trouve même des territoires absolument inconnus. Cette impénétrabilité est due moins aux difficultés phy.siques de cette partie de l'Asie, bien qu'il y ait Ih des déserts de sable, des chaînes neigeuses et sans chemins, et des solitudes sans eau telles que le Kizil-koum, qu'à l'esprit ds
l'intérêt et la raison nous prescrivent d'arriver et nous commandent de nous arrêter, parceque, d'une part, toute extension ultérieure de notre domination, rencontrant désormais non plus des milieux inconstants comme les tribus nomades, mais des États plus régulièrement constitués, exigerait des efforts considérables et nous entraînerait, d'annexion en annexion, dans des complications infinies ; et que, d'autre part, ayant dësoripais pour voisins de pareils Ëtats, malgré leur civilisation arriérée et Tinstabilité de leur condition politique, nous pouvons néanmoins assurer que des relations régulières pourront un jour se substituer, pour lavantage commun, aux désordres permanents qui ont paralysé jusqu'ici l'essor de ces contrées....
Je n*ai pas besoin d'insister, poursuit le ministre, sur rin« térôt évident que la Russie a à ne pas agrandir son territoire, et surtout à ne pas se créer aux extrémités des complications qui ne peuvent que retarder et paralyser son développement intérieur. Li^ programme que je viens de tracer rentre dans cet ordre d'idées. Bien souvent, durant les dernières années, on s'est plu à assigner pour mission à la Russie de civiliser les contiées qui Tavoisinent sur fe continent asiatique. Les progrès de la civilisation n'ont pas d'agent plus efficace que les relations comnicrciales. Celles-ci, pour se développer, exigent partout Tordre et la i»tabilité ; mais en Asie elles réclament une transformation profonde dans les mœurs. Il faut, avant tout, faire comprendre aux peuples asiatiques qu'il y a plus d'avantage pour eux à favoriser et assurer le commerce des caravanes qu'à les piller. Ces notions élémentaires ne peuvent pénétrer dans la conscience publique que là où il y a un public, c'est-àdire un organisme social et un gouvernement qui le dirige etle représente. Nous accomplissons la première partie de cette tâche en portant . notre frontière à la limite où se rencontrent ces coniitions indispensables. Nous accomplirons la seconde en nous attachant désormais à prouver aux États voisins, par un système de fermeté quant à la répression de leurs méfaits, mais en même temps de modération et de justice dans l'emploi de la force et de respect pour leur indépendance, que la Russie n'est pas leur ennemie, qu'elle ne nourrit à leur égard aucune vue de- conquête, et que des relations pacifiques et commerciales avec elles sont plus profitables que le désordre, le pillage, les représailles et la guerre en permanence.
Si celte circulaire était adressée à tous les ÉUtts eurû-
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péens, en réalité elle ne s'adressait directement ({u'à un seul, à celui que sa position coloniale dans le Sud de PAsie rapproche le plus des établissements russes de l'Asie centrale. On sait quelles vives appréhensions se manifestèrent en Angleterre, à une époque qui n'est pas encore bien éloignée, au sujet de ce qu'on nommait les rapides empiétements du Colosse russe vers la frontière de l'Inde. Aujourd'hui, il faut le dire, ces appréhensions, plus aveugles, bu, si l'oD veut, plus instinctives que raisonnées, sont singulièrement affaiblies, sinon tout à fait dissipées. Soit à l'occasion de la circulaire impériale, soit à propos de deux récentes publications anglaises où la marche progressive de la Russie dans l'intérieur du Turkestan est fidèlement exposée (ci-dessus, à la bibliographie, n*" 126 et 127),lesorganes les plus autorisés de la presse anglaise se sont nettement prononcés dans ce sens d'apaisement. Un article de la Quarterly Review {n° 128), d'ailleurs magistralement écrit par une plume hautement compétente, est surtout fort remarquable à ce point de vue. Un autre journal d'une grande autorité, YAthenaeumy disait à ce sujet (n'* 1964, p. 811 ): « Les Européens, sauf les Russes, ne connaissent guère mieux l'Asie centrale que l'intérieur de TAfrique. La vaste région qui s'étend du bord oriental de la Caspienne au désert de Gobi, et de la frontière sud de la Sibérie aux limites nord de la Perse, de l'Afghanistan et de l'Inde, en d'autres termes les contrées comprises entre le 36" et le 44* degré de latitude N., et les 54" et 100" degrés de longitude E. (de Greenwich), quoique des explorateurs tels que Burnes, Schkgintweit et Vambery y aient de temps à autre pénétré, sont encore fermées aux voyageurs ordinaires, et on y trouve même des territoires absolument inconnus. Cette impénétrabilité est due moins aux difficultés physiques de cette partie de l'Asie, bien qu'il y ait là des déserts de sable, des chaînes neigeuses et sans chemins, et des solitudes sans eau telles que le Kizil-koum, qu'à l'esprit de
férocité fanatique des tribus, qui volent, pillent et massacrent d'un bout à l'autre de cette région inhospitalière. On peut dire même qu'à l'exception du cannibalisme, pour lequel on ne parait pas avoir de goût dans l'Asie -oentrale, il est douteux qu'en aucune autre partie du globe la nature humaine soit descendue plus bas que le point où elle est maintenant arrivée dans le Turkestan et la Tartarie chinoise. Le Nègre et le Papou se rapproche peut-être plus de la brute que l'Ouzbek, mais il ne saurait être plus sale, plus sanguinaire et plus dépravé. Les choses étant ainsi, il n'est pas un philanthrope qui ne suive avec un profond intérêt le progrès des Russes dans l'Asie centrale. Le progrès des Russes dans cette direction est synonyme d'accès de la civilisation dans un des coins du monde les plus barbares et les moins connus; et bien que pour quelques-uns la lumière ainsi répandue ne paraisse peut-être pas des plus pures, on conviendra du moms qu elle est immensément supérieure aux ténèbres actuelles. Du jour où les possessions russes toucheront au Khoraçân, au Caboul et à l'Inde, l'esclavage et l'enlèvement des hommes et des enfants auront cessée et le commerce, s'il n'est pas entièrement libre, aura du moins renversé une partie de ses barrières. Jalousie politique à part, l'Angleterre doit donc saluer comme un événement heureux pour l'humanité Tabsorption de Khi va, de Bokhara et des États avoisinants, dans les possessions du Tzar. »
Celui qui aurait tenu un tel langage en Angleterre il y a trente ans y aurait été, certes, très-mal venu; il faut se féliciter du progrès qu'a fait à cet égard, comme à bien d'autres, la raison publique. Dire qu'il ne reste plus aucun nuage au fond de la pensée, et même qu'au strict point de vue de la sécurité anglaise en Asie, dans l'avenir comme dans le présent, l'extension russe en Boukharie ne présente absolument aucune chance de danger, ce serait aller peutêtre un peu loin; mais outre que les considérations de né-