TURKESTAN
cessité politique si habilement présentées par la Circulaire russe sont au fond parfaitement justes et fondées, il y a dans le fait accompli, en même temps que dans la logique des faits, une force contre laquelle on voudrait inutilement lutter. Prendre le bon côté des choses, surtout quand on ne peut mieux faire, c'est le parti que conseille la sagesse et que commande le bon sens. D*autant plus qu'à voir les choses eu elles-mêmes, un spectateur désintéressé ne peut dénier à la Russie, certaines circonstances étant données, un droit d'extension pour le moins égal, et certainement plus naturel que celui de l'Angleterre, dans les contrées de Jaxartes et de TOxus.
La politique se mêle forcément à ces graves questions terriloriales ; mais pour nous c'est par leur côté scientifique qu'elles nous touchent et nous appartiennent. La géographie descriptive ne doit pas ignorer qu'un oukhase impérial du mois de janvier 1865 vient de créer, sous le nom de Turkestan, une nouvelle province qui embrasse, av^c la steppe kirghize , la moitié septentrionale du Rhanat de Khokand jusqu'à Tâchkend inclusivement ^ et dans laquelle se trouve ainsi comprise la moitié inférieure du Syr-daria ou Jaxartes, rivière dont une reconnaissance a été effectuée en 1864 par l'amiral Boutakoff, sur une étendue de 1500 versts ' à partir du lac d'Aral. Le chef-lieu de celte nouvelle province russe est la ville de Hazret-Turkistân , sur une petite rivière affluente de la droite du Syr-daria. La ville de Tâchkend, centre commercial très-important', est
t. Il y a une notice sur cette nouvelle province dans les Nouv. Annales des voyages, sept. 1865, p- 324.
2. On sait que le verst est un peu plus long que notre kilomètre.
3. Cette importance date de loin. Le nom turk de Tâchkend, littéralement ville ou fort de pierre, porte le même nom, et très-probablement occupe le même emplacement que la Tour de pierre {Lithinos pyrgos) du géographe Ptolémée, rendez-vous habituel des caravanes, qui, de la Transoxane, se dirigeaient sur la Sérique. Au temps des Thang, et antérieurement , le nom de Tâchkend se trouve mentionné
218 ASIK. (n- 126-134)
déclarée, quant à présent, ville indépendante sons la protection de la Russie. Mais c'est surtout la géographie scientifique qui reçoit, des progrès de la domination russe dans ces contrées intérieures, de fréquentes et précieuses informations. Ces informations seraient pour nous bien autrement abondantes, si la Russie était par sa langue dans une communication plus intime avec le reste de TEurope, ou si du moins les publications de la Société de géographie étaient traduites dans une langue plus généralement accessible, telle que l'allemand, ou, mieux encore, le français.
Des levés topographiques, un peu sommaires probablement, quoique appuyés sur un assez grand nombre de déterminations astronomiques, ont été faits sur la vaste étendue des steppes comprise entre le Syr-daria et le bassin alpestre de Tlssik-koul ; la note suivante que nous trouvons dans le compte rendu pour 1864 des travaux de la Société de géographie russe, sur une carte encore manuscrite conununiquée à la Société par l'Administration , permet de se former une idée de retendue de ces opérations géodésiques, et de leur importance ^
Une carte manuscrite très-intéressante nous a été fournie par la direction de rétat-major; elle représente, sur une échelle de 40 versts au pouce, la partie méridionale de la steppe Eirghize, ou approximativement l'espace entre le bord occidental de la mer d'Aral et la frontière chinoise (du 76® au 102® de long, du méridien de Ttle de Fer, et du 40® au 50® de lat.), — autrement dit la moitié septentrionale des contrées comprises sous la dénomination commune de Touran. Sur cette carte sont représentés pour la première fois Içs résultats de tous les travaux topographiques qui ont été faits dans ces dernières années ; ils étaient restés jusqu*à présent isolés, et en
dans les Annales chinoises sous une double forme : Tchasch, qui n'est qu'une transcription altérée de la première partie du nom turk, et Chi-rkùué (le royaume — pour la ville — de pierre) , qui en est la traduction.