Voir le 2* vol. de V Année (1863), p
l'année géogr. iv — 15
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S 2. Quelques notes sur réconomie sociale, industrielle et commerciale
de la Perse.
Ce n'est pas seulement par les découvertes, par les descriptions, par les données historiques, qu(9 la géographie et les voyages ont tant de titres à Tintérét des esprits éclairés ; ceux que ne toucheraient qu'à demi les raisons d*étade et les considérations spéculatives, y trouveront des indica* tiens qui tiennent de plus près aux intérêts actuels et vivants que la politiqtie et le commerce suscitent entre les peuples. A ce titre, les renseignements suivants, transmis par un des attachés k la législation de France en Perse, M. le comte de Rochechouart (n"" 142), méritent toute notre attention. Recueillis sur les lieux mêmes par un bon observateur, ils nous apportent des notions aussi curieuses qu^utiles et précises sur un côté de l'étude de la Perse, le côté industriel et économique, auquel bien peu de voyageurs se sont attachés, du moins avec cette compétence.
La Petse, dont le climat est si varié que Ton récolte dans céHaiiiés provinces alors qu'on vient seulement de semer dans d'autres, fournit un grand noiiibre de produits agricoiés. Ceiix qui soDt destinés à la consomnlatlon Spéciale des indigènes, notamment les fruits, sont d'une abondance et d'un bon marché inouïs, puisqu'à Téhéran on les vend habituellement 2 francs les 60 kilogrammes. La culture des fourrages et l'élôve du bétail forment deux branches importaiiies de l'agriculture, tous les transports se faisant à dos de chameaux; c'e^t ce qui obligé à entretenir un grand nombre de ces hôtes de somme. La tiftnde de boucherie et le laitage sont d'ailleurs la principale nourriture des Persans.
Les cultures qui alimentent à la fois la codMminatlon intérieure et l'exportation sont : les céréales, le riz, le coton, en quantité aujourd'hui insignifiante; la soie, dans une proportion considérable ; le tombéki, espèce de tabac destiné au nargni- Ihé : la Perse, jusqu'à présent, est le seul pays qui le produise
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dé bonne qualité. Il s'en fait un commerce énorme sar tout le littoral de la mer Méditerranée et de Tocéan Indien;
L'impression des étoffes, la fabrication des armes, ynlgairement appelées de Damas, les cartonnages d'ispahan, les mosaïques de Chirâz, les châles et les feutres de Eermân, sont les principales industries persanes. Le bon marcbé des soieries de Tezd et de Kachan est tel qu'elles luttent ayec a? antage contre le coton; ces étoffes, appelées taffté, servent en général pour les robes d^hommes et de femmes» et remplacent souvent le linge et la flanelle. Cette fabrication, déjk fort importante, pourrait être augmentée dans une proportion considérable, si les marchands en trouvaient le débit facile.
Parmi les établissements d-Hamadan^ ville industrielle qui se trouve sur le cbemin de Téhéran à Baghdàd et à 318 kilomètres 3e la capitale, lés plus considérabled, sans contredit, sont les tanneries; 'mais comme cette ville est un centre qui approvisionne une partie du Kurdistan, il s'y fait un peu de touti notamment des instruments aratoires, bêches, pioches et Sdcs de charrue.
Il y a, à Hamadan, des fabriques de poteries assez importantes, mais les produits en sont très-imparfaits. On compte aussi à Hamadan quelques teintureries pour les étoffes de eotoil, dont les couleurs sont peu variées. Mais la principale industrie de cette ville est la tannerie.
Borondjerd est un centre industriel considérable; on y fabrique une grande quantité de cotonnades communes. Il s'y fait pour plusieurs millions d'affaires par an. La ville est admirablement située dans une petite plaine très-fertile» et arrosée par une rivière bordée de grands arbres, sous lesquels, chose rare en Perse, on peut se promener à l'ombre. On voit dans cette vallée des essais de culture de toutes sortes : des mûriers pour les vers à soie, qui promettent beaucoup; des cannes à sucre apportées du Mazendéran depuis deux ans seulement, et qui» d'après ce qu'on a vu de ces échantillons de culture, réussissent fort bien ; des pomme de terre et du maïs, du coton et du tombéki.
On élève des vers à soie dans cinq provinces persanes, à Méched, à Tezd, à Kachan, dans le Mazendéran et dans le Ghilan. La qualité de la soie n'est pas la même partout ; celle de Kachan et du Mazendéran est très inférieure à celle de Méched et de Tezd, qui eiit elle-même surpassée par celle du Ghilan.
On n'a pu se procurer atteun chiffre sur la production d«
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Méched et sur celle du Mazendëran, mais celle des trois autres districts est approximativement de :
Kachan 750 kilogr.
Yezd 21 000 —
Ghilan 206 000 —
Les soies de cette dernière province vont chaque année en s'augmentant, et nul doute que d'ici à quelque temps cet accroissement n'arrive à des proportions importantes.
C'est un spectacle très-instructif que de voir l'animation commerciale et industrielle qui règne dans la ville d'Ispahan, devenue sept ou huit fois trop grande pour les habitants qu'elle renferme ; car sa population, que Chardin portait à 600000 âmes, est à peine aujourd'hui de 80 000. Les environs sont bien cultivés et fertiles. Les chemins sont bordés d'arbres, et les jardins remplis de fruits excellents. L'on peut dire qulëpahan est appelé à redevenir un des grands centres commerciaux de l'Orient.
On trouve à Tezd, une des villes les plus commerçantes et les plus industrielles de la Perse, quatre fabrications importantes; la soie, le coton, le sucre et l'opium. La soie est la plus considérable de toutes.
La deuxième industrie est celle du sucre. U existe encore un très-grand nombre de Chiites qui se refusent à manger le sucre européen. Ils ont entendu dire qu'on se servait pour le raffiner de noir animal, ce qui, pour eux, le rend impur au dernier chef. Cependant, comme ils ne peuvent s'en passer et que leur pays ne produit pas de cannes k sucre, ils achètent la cassonnade blanche et jaune de Batavia ou des Indes, et la raffinent euxmêmes.
La troisième branche de commerce de cette place est la culture et l'exportation de l'opium. 11 s'en récolte dans les environs de la ville près de 10 000 batmans, soit 30 000 kilogrammes.
La fabrication des toiles] de coton est également importante.
Le commerce réel et productif de Kermân est celui des lainages. Méched et Kermân sont les deux seules villes persanes où Ton s'en occupe» et si les produits de la première sont plus nombreux, ceux de la seconde sout d'une qualité bien supérieurQ. Le mot lainage comprend non-seulement la laine de mouton, mais aussi le poil de chèvre et la laine de chameau. La laine de mouton est d'une qualité trop inférieure pour être tissée, mais on la feutre pour en faire des bonnets et des tapis.
Le travail des châles est Pindustrie la plus considérable de cette ville; ils sont tous faits à la main.
On s'explique parfaitement Timportance passée de Bender- Abbas ou Abbassi; sa position est excellente, et il serait difficile d'en trouver une meilleure pour un. comptoir. A portée de l'Europe et de Maskât, possédant le seul port de tout le golfe Persique, cette île se trouve également bien située pour écouler les marchandises en Perse, par la voie de Kermân et de Chirâz ; elle commande tout le golfe, et une compagnie ou un comptoir pourrait y concentrer tout le commerce de Bassorah et de Boucbir au détriment de Baghdad. Un autre avantage de ce lieu est la facilité avec laquelle on pourrait s'y procurer du charbon de* terre ; une houillère a été récemment découverte dans les montagnes qui séparent Kermân de la mer, tout près d'Amédi.
Les inconvénients de Bender- Abbas sont la chaleur extrême des trois mois d'été et l'insalubrité de la côte. Mais les conditions climatologiques et sanitaires sont les mômes sur tous les bords du golfe Persique, et Bender-Abbas n'est ni plus chaud ni plus malsain que Bouchir et Maskât.
Bouchir n'a point de port; son climat est aussi malsain que celui de Bender-Abbas; ses communications avec Yerd et Kermân sont sinon impossibles, du moins bien difficiles et trèscoûteuses. On n'a aucune certitude sur la présence d'une mine de charbon de terre dans les environs.
La ville de Laai* est assez importante; ses environs sont d'une fertilité merveilleuse, et produisent, outre les céréales et le coton, une quantité considérable de tombéki fort estimé. Chaque année on en exporte 30 000 charges, soit près de 4 millions de kilogrammes; on apporte en échange les épices et les cotonnades dont les tribus environnantes peuvent avoir besoin.
Laar est située à l'entrée de la province du Fars, dont Chirâz est la capitale ; c'est la partie la plus productive et la plus fertile de toute la Perse. Les cultures y sont variées et importantes, et tous les produits d'une qualité supérieure. On récolte des céréales dans la plus grande proportion , puis du riz, du coton, du tombéki, et des fruits de toutes sortes.
De Laar à Chirâz, à l'exception d'une montagne très-escarpée que l'on est obligé de franchir, la route suit des plaines aussi belles et aussi cultivées que peuvent l'être la Beauce ou la Brie.
Djaroum est une ville de 10 000 âmes, dont le commerce est le même que celui de Laar; mais, placée moins avantageuse-
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ment, son éloignement de la mer et sa proximité de Chirâz nuisent à raccroissement des transactions.
Chirâz n'est point, à proprement parler, une place de commerce; ce n*est qu^un entrepôt. LUndustrie 7 est nulle, et c'est à peine si l'on y trouve les ouvriers dont toute agglomération de population a besoin. Autrefois, il y avait une manufacture d'armes renommée et' des artistes émailleurs d'une grande habileté ; ces deux induï'tries sont abandonnées, et il n'en reste pas trace. L'importance actuelle de Chirâz vient de sa situation , à portée des envois de marchandises de Bender-Abbas et de Bouchir, qu'elle distribue sur diverses places. Elle reçoit avec une égale facilité les produits de toute la province du Fars, et sert d'entrepôt pour l'exportation des Indes.
Depuis longtemps les rapports ont été purement nominaux entre la France et la Perse, par la raison qu'aucun besoin n'attirait nos capitaux dans cette direction. 11 n'en sera plus ainsi désormais. Une ligne télégraphique relie aujourd'hui Téhéran à Paris par Baghdad, ainsi qu'à Rescht, centre de la production séricicole, et à Tauris ou Tebriz, marché très-important. On est donc fondé à dire que les éléments principaux d'un commerce actif entre la France et la Perse se trouvent réunis dès aujourd'hui, et n'attendent plus que l'initiative éclairée de ceux de nos nationaux qui sauront les mettre à profit pour s'ouvrir un nouveau marché.
La Perse, qui est l'intermédiaire naturel entre l'Europe et la haute Asie, entre l'extrême Orient et l'Occident, offre aujourd'hui le spectacle d'un peuple se relevant par sa propre vitalité. Néanmoins les Persans ne pourront, de longtemps, lutter avec nos industriels. Nos draps, nos porcelaines, nos cristaux sont devenus à ce pays aussi indispensables qu'à nous-mêmes.
Un point dont les Persans doivent s'occuper est l'établissement des voies de communication. Dans l'état actuel des chemins, tout os les marchandises doivent être portées à dos de mulets et de chameaux, et souvent même les routes pont si mauvaises qu'on est obligé d'avoir recours aux ânes et même aux vaches.
A cette importante communication, nous ajouterons la note suivante extraite d'une correspondance directe de Téhéran : * • .
Les vues du Chah embrassent des améliorations vitales.
PEHSE. Sdl
Autrefois, la viabilité était très -perfectionnée en Perse. Par les rois S^ssanides et par les Séfévis, avaient été créés, dans le^ provinces du sud principalement, des routes superbes, des ponts solides et des caravansérails nombreux ; mais depuis le dernier siècle, tout cela a disparu sous la main barbare des Afghans. Le gouvernement du Chah, préoccupé depuis plusieurs années, dans l'intérêt du commerce, de créer ou de réparer des voies de communication rapides et sûres, veut j travaille^ dans la mesure des ressources du trésor public. Il a'ppelle également de ses vœux l'établissement de chemins de fer dans la direction des provinces les plus riches de l'empire.
Dans Tabsence, à f'hçure qu'il est, de tput esprit d'a^socjation dans ce pays, c'est à l'association d'Européens qu'il fait un appel. Le gouvernement s'occupe aussi d'encourager et de régénérer l'agricullure. Cet art était une sorte de culte chez les anciens Persans ignicoles; certains sectaires, en créant la contemplation de la fainéantise, ont inauguré la ruine de l'art agricole. L'agriculture des Persans est moins avancée de nos jours que du temps du roi Ardeschir, auteur, au troisième siècle de J.-C., d'un règlement très-sage en faveur de Tagriculture. Tous les grands monarques de Perse , depuis Djemchid , ont encouragé cet art sans lequel il ne saurait y avoir de richesse ni de prospérité. Avec la soie seule et avec le riz, si abondant dans le Tabaristan et aux alentours qu'on en nourrit les bestiaux, la Perse peut se créer d'immenses ressources; mais il faut qu'elle sorte de la routine léthargique d'où la veut tirer son magnanime souverain.
Par un firman qui date de 1862, le Chah a institué une espèce de consulte composée de personnages marquants nommés par le monarque.
Cette consulte est chargée de se réunir à des jours marqués pour entendre des propositions que tout Persan est autorisé à faire dans son sein, relativement à toutes les affaires du pays, sauf celles de haute politique. Le préambule de cette consulte témoigne assez de la ferme volonté de l'empereur d'imprimer à son peuple une forte impulsion dans la voie du progrès; et ce qui démontre aussi cette sincère et généreuse intention, c'est la nomination de S. Ëxc. Hassan- Ali-khan, ancien ambassadeur à Paris, de membre de ladite assemblée. Hassan-Ali-kban, après avoir résidé près de six ans en France, a vu l'Angleterre, l'Italie, la Crusse, la Belgique, l'Autriche et la Eussie, et il a acquis en Europe une grande expérience dont il est appelé
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à faire profiter son pays. On assure, et ceci est encourageant pour les amis de la Perse, que S. M. Nasser-ed-Din écoute son aide de camp général Hassan avec intérêt et bienveillance. Le général Hassan- Ali-khan était, pour les élèves persans à Paris, un père véritable plutôt qu'un chef haut placé. Une bonne partie des quarante-deux élèves qu'il avait amenés avec lui en 1859 sont de retour dans l'Iran, qui compte parmi eux des agriculteurs, des chimistes, des photographes, des militaires, des industriels, faisant venir de Paris leur outillage perfectionné.
Encore un mot^ extrait de la même correspondance, sur le point le plus important de la sociabilité persane.
Quoi qu'il en soit, cette séparation de la femme dans une société qui l'isole est une calamité que les Persans, qui ont compris combien les mérites des femmes apportent de bienfaits dans les sociétés européennes, considèrent comme déplorable. Le sertip ** khan me disait un jour : < Nos usages, en mettant la femme hors du commerce de la vie sociale, nous privent de la meilleure moitié de notre population. L'islamisme est mal interprété, car Mahomet n'a-t-il pas écrit dans le Coran : a Craignez d'être injustes envers vos femmes. Si vous ne pouvez les maintenir avec équité, n'en épousez qu'une. » Au fait, ajouta le seriip, peut-on être juste envers sa femme si Ton en a plusieurs? Aussi, chez nous, la polygamie, de droit religieux absolu, n'est-elle en fait qu'une exception. Elle est si rare, qu*on peut affirmer à la rigueur qu'elle n'existe pas. »
Les femmes sont donc sévèrement cloîtrées dans les harems à l'égard de tout étranger à la famille; mais elles sont tout à fait libres de sortir, même du malin jusqu'au soir. Dans le bazar, rendez-vous ordinaire de toute la population inoccupée, on les voit deux à deux, par groupes, et souvent seules, s'arrêtant aux boutiques de marchands d'étoffes, où elles s'accroupissent sur leurs talons supportés par d'élégantes babouches, faisant déplier les ballots de tissus de toute sortes, toujours incertaines et fort embarrassées du choix, et discutant le prix.
Quand le marchand s'aperçoit qu'il n'écoulera rien de ses soieries et de ses cotonnades, il exhibe quelques articles de Paris, de ces jolis riens, boîtes à ouvrage, cartons de fantaisie, éventails, etc., etc. C'est alors qu'il fixe l'attention fugitive des belles capricieuses; et, après leur avoir vendu l'un de ces riens p^racieux, il ne manque guère de leur fournir une ample em-
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plette de ses tissus, n'omettant' jamais, fussent-ils des étoffes russes, anglaises ou allemandes, d'affirmer que ce sont aussi des produits de la France.
S 3. Une excursion dans l'Hindoukooch.
C'est le capitaine Baverty, de rarmée britannique de rinde, qui nous conduit au fond de ces hautes et froides vallées de THindoukouch ou Caucase indien, chaîne neigeuse et difficilement accessible qui envoie ses eaux au nord dans rOxus ou Amou-daria supérieur, et au sud dans le Cophès ou rivière de Kaboul. Déjà plus d'une fois le capitaine Raverty nous a servi de guide vers ces parties sauvages et peu connues de Textréme Afghanistan ^ ; le canton de Kâch-kâr qu'il décrit dans sa note actuelle (n" 146) est resté jusqu'à présent au nombre des moins connus de l'Asie intérieure. Il est situé, dans la vallée supérieure de la rivière de Kounar^ un des grands affluents de la gauche ou du nord du Cophès. Bien que la notice du capitaine Raverty soit écrite seulement sur des informations indigènes, ce n'en est pas moins un morceau plein d'intérêt pour la géographie. Nous en traduisons les généralités ; c'est dans le mémoire même qu'il faut chercher les détails topographiques.
Kâch-kâr est borné au nord par le haut pays de Pâraîr ; au sud, par la chaîne des monts Lâs-poûr, qui forme la limite nord du district afghan de Pandj-korah; au N. E. par une région montagneuse qui s'étend à l'ouest de la rivière de Yarkand, et que les gens du pays désignent sous le nom de Bilauristân ou Hégion du Cristal, à cause de cette substance qui y abonde *;