‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 28 sur 368 · EGYPTE. — DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

EGYPTE. — DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES

égyptienne est pour M. Mariette l'occ&sion d'une étude approfondie, quoique rapide, sur Thistoire antique de rÉgypte, et sur les listes de Manéthon qui en reproduisent les éléments. Le savant égyptologue nous montre ce qu'il y a dans cette histoire d'authentique et de douteux ; c'est un précieux commentaire de nos abrégés historiques. On parle d'une autre découverte, peut-être plus précieuse encore, faite sur le site d'Abydos par un archéologue allemand, M. Dumichen; la tablette mise à jour par ce dernier explo^ rateur présente, dit-on, une liste ininterrompue de soixanteseize cartouches royaux, à partir de Menés jusqu'à Séti P*", de la xix** dynastie.

Mais le grand événement de Tannée pour la science égyptologique, qui touche par tant de points à Tétude historique et géographique du monde ancien, c'est la mission scientifique de M. le vicomte de Rougé, Téminent successeur de Ghampollion. Le Rapport adressé par le savant acadé» micien k S. E. le ministre de l'instruction publique (n'^Sd), bien qu'il ait dû se borner k de sommaires indications, est dès à présent un document de la plus haute importance, où se retrouvent les rares qualités d'esprit et de méthode qui ont donné depuis longtemps une si grande autorité aux travaux de l'illustre professeur. C'est un document de trop de valeur et d'un trop puissant intérêt pour ne pas le reproduire intégralement.

Votre excellence voudra bien m'excuser si je me borne à lui rendre un compte sommaire de la mission que j'ai remplie en Egypte pendant les six mois qui viennent de s'écouler. La fatigue excessive qui a suivi cette période d'activité laborieuse ne me permettrait pas d'exposer en détail les progrès que doivent apporter à la science les immenses malériaux que nous avons collectionnés. Six volumes d'inscriptions inédites, copiées à la main; deux cent vingt planches photographiques, reproduisant les murailles historiques des temples, les plus grandes inscriptions et les plus beaux monuments de l'art égyptien : tel est le résumé des dépouilles que nous avons re-

cueillies dans Tancienne Egypte. C'est assez vous dire le travail nécessaire pour en tirer les fruits.

Organisée par les ministères d'État et de Pinstruction publique sous l'inspiration de Sa Majesté, notre mission réunissait tous les éléments d'un travail fructueux. Un savant é'pigraphiste, M. Wescher, m'était adjoint pour étudier les iifscriptions grecques; mon fils s'était préparé par trois années d'études spéciales à me seconder dans la copie si difficile des inscriptions hiéroglyphiques. M. de Banville devait nous fournir l'aide, devenue indispensable aujourd'hui à Tarchéologue, de son talent éprouvé pour la photographie. Enfin, M. Mariette s'est joint à la mission dès son début, avec l'autorisation de S. A. le vice-roi ; et il nous a constamment éclairés par sa connaissance profonde des monuments, et en nous communi({uant les découvertes sorties des fouilles qu'il a dirigées.

S. A. Ismall-Pacha, jaloux de contribuer au succès de notre mission, a mis à notre disposition un excellent bateau à vapeur, sur lequel nous trouvions le double avantage de n'éprouver aucune perte de temps dans les longues distances, et d*avoir les ressources, si précieuses pour l'étude, d'un établissement sain et commode. Aussi avons-nous pu travailler avec une assiduité non interrompue, et la fatigue ne s'est fait sentir qu'après l'accomplissement de la tâche qui nous était imposée.

Une simple table des documents nouveaux que nous rapportons grossirait démesurément ce premier rapport ; je me bornerai en ce moment à vous signaler les principaux objets d'études autour desquels ces documents viendront se grouper, en négligeant la marche de notre voyage, et en me conformant plutôt à la succession historique : notre but et l'espoir de nos progrès seront ainsi plus facilement compris.

La plus ancienne époque qu'il nous soit donné d'étudier en Egypte par des monuments contemporains appartient à la quatrième dynastie, c'est-à-dire à une époque qui précède certainement notre ère de plus de vingt-cinq siècles. Il faut reconnaître que les calculs chronologiques ne peuvent avec certitude s'étendre jusqu'à cette limite; la variété des systèmes suffit pour le prouver : mais nous n'en sommes pas moins déjà aux prises avec une histoire bien réelle, certifiée par les monuments, vivant encore dans des œuvres immenses, et dont une foule de détails et de personnages nouveaux, révélés parles fouilles du gouvernement ëg3'ptien, vient animer et enrichir la connaissance. Les dynasties antérieures ne sont jusqu'ici con-

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