EGYPTE. — M. DE ROUGÉ
nues que par des listes royales, les unes transcrites dans des extraits de Manéthoc, les autres conservées par les monuments. La nouvelle liste trouvée par M. Mariette dans un tombeau de Sakkarah, est certainement le plus intéressant de ces documents. Elle nous donne les noms de plusieurs rois de la seconde et de la troisième dynastie sous leur forme égyptienne. La table de Memphis (c'est le nom que lui a donné notre savant confrère) a été copiée et photographiée avec tous les éléments qui sont néceàsaires à la complète discussion d'un texte bien plus précieux encore que la célèbre table d^Abydos.
Les tombeaux de Gizeh et de Sakkarah mis au jour depuis ces dernières années ont été minutieusement étudiés ; ils nous ont rendu les noms d'une foule de personnages appartenant à cette première époque monumentale : ce sont des reines, des princes, de grands fonctionnaires qui ont vécu sous les règnes de Choufou, de SchafrUy de Menkerés et de leurs successeurs. Le plus ancien roi dont nous connaissions un monument contemporain se nommait Senofre ; sa place était jusqu'ici controversée. Le tombeau d'une princesse qui occupa un rang éminent sous les règnes successifs de Senofré^ Choufou et Schafra^ m'engage à reconnaître définitivement dans Senofre le roi que, la liste de Manéthon nomme Sdrts, et qu'elle place avant Souphis (Choufou), en tête de la quatrième dynastie. La succession se continue par une quantité considérable de tombeaux, dont l'étude permettra de dresser un tableau très-étendu de la civilisation égyptienne sous les quatrième et cinquième dynasties.
L'histoire de l'art, à cette époque si reculée, s'impose à l'esprit comme un des problèmes les plus curieux qu'il nous soit donné de méditer. Nous connaissions jusqu'ici l'art de la quatrième dynastie par les masses imposantes des pyramides, qui avaient de bonne heure frappé d'étonnement les architectes le plus habiles par la grandeur de l'appareil, la perfection de la pose des blocs et l'étonnante justesse de leur orientation. Le temple du Sphynx, retrouvé par M. Mariette, attestait en outre l'emploi harmonieux des plus riches matériaux et l'entente des belles proportions. Mais le peuple qui taillait déjà le granit et l'albâtre avec ce goût et cette facilité n'était-il habile qu'en architecture ? Les fouilles qui ont enrichi le musée du Caire de • tant de belles statues de cette première époque répondent aujourd'hui à cette question. La photographie, témoin incorruptible, nous a ici prêté un secours dont le plus habile crayon
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n'aurait pu égaler Tautorité. Les portraits de ces statues antiques, dont nous rapportons d'excellents spécimens, montreront aux yeux les plus prévenus que le principe du premier art égyptien était la nature même fidèlement observée et déjà ha- Mement rendue. Les proportions exactes, les principaux muscles étudiés avec soin, la figure sculptée avec finesse et l'individualité du portrait saisie souvent avec bonheur, telles sont les louanges que nous pouvons décerner aujourd'hui à ces artistes du premier âge, soit qu'ils se bornent à tailler la pierre calcaire, soit qu'ils mettent en usage les belles essences de bois qui croissaient dans la vallée du Nil, soit enfin qu'ils s'attaquent aux roches les plus dures, comme dans les statues du roi Schafra, et qu'ils se rendent maîtres du granit le plus rebelle avec une puissance et une souplesse de ciseau qu'on ne saurait trop admirer. Ce peuple de figures nouvelles, sorti des fouilles de Sakkarah, est toute une révélation ; car la sculpture du temps des pyramides n'était encore connue que par des échantillons rares et peu soignés.
Les souvenirs des quatrième et cinquième dynasties sont groupés et concentrés pour ainsi dire autour du site antique de Memphis. Ceux de la sixième se retrouvent un peu partout, et nous avons eu à glaner quelques inscriptions du roi Popimeri' ra dans toute l'Egypte, depuis San jusqu'à Abydos et aux rochers d'Assouân : peut-être pourront- elles éclaircir la difficile question qui se rattache à sa succession. En effet, la science ne connaît pas de monument qu'elle puisse classer avec certitude entre la sixième et la onzième dynastie, ce qui a fait conjecturer que les familles royales auxquelles les listes de Manéthon ont donné cette place ne représentaient que des souvenirs partiels et contemporains des autres Pharaons. Quoi qu'il en soit, les fouilles de Thèbes ont beaucoup ajouté à nos connaissances sur les premiers rois thébains, ceux de la onzième dynastie. Leur sépulture a été retrouvée, plusieurs de leurs sarcophages sont même arrivés dans nos musées. Nous avons pu étudier, dans le champ funéraire de cette dynastie, un obélisque nouveau, et voir une stèle encore en place devant la pyramide écroulée. tombeau du roi Antef. Ce prince, grand chasseur, à ce qu'il parait, s'était fait représenter environné de ses chiens fayoris, dont il a même voulil nous conserver les noms et nous dire les qualités.
La famille d' Antef ne gouvernait probablement que la Thé* baïde ; mais avec la douzième dynastie, nous rentrons dane une