‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 291 sur 368 · Voir ci-dessus, à la bibliographie, le n · texte numérisé non relu

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manque à la yégétation, et où d'âge en âge les Tégétanz s'entassent par assises séculaires; la population animale de ces étranges localités, bétes féroces et botes inofTensiTes, singes de cent espèces, oiseaux, reptiles et papillons d'une richesse de couleurs inexprimable. En quoi le spectacle des forêts tropicales le cède-t-il à celui des mers et des montagnes?

La peinture des forêts vierges, et les sensations profondes que Tâme éprouve dans le silence de Ces sombres solitudes, reviennent plus d*une fois sons la plume encore émue du voyageur; c'est bien là cette poésie de la science que M. Liais exalte en un passage de ses récitS| cett^ libre et forte poésie de la pensée qui s'élève en nous devant les majestueuses beautés de là Nature.

Il faut avoir, par un beau clair de lune, voyagé au milieu des forêts vierges de TAmérique tropicale, pour se rendre compte, dit le voyageur, des eCTets merveilleux de cette lumière â^égarant peu à peu dans les mille guirlandes formées païf les lianes. Quelquefois la voûte àé verdure atteint un tel degré d'épaisseur, que l'observateur est plongé dans une niiit profonde ; mais autour de lui un rayon lumineux pénétrant par une trouée vient frapper Télégant parasol d'une fougère aroorescente, ou atteint les grandes feuUles veloutées de quelques bégonia^ ou bien encore s'arrête dans les touffes épaisses des marantas. Ailleurs, sur les points où dominent les grands arbres de la famille des légumineuses, les cossta, les cgmoIjmtii'a, etc., leur feuillage, fermé la nuit, laisse tamiser la lumière qui arrive jusqu'au rang inférieur d'arbustes de toute nature sur lesquels se répandent les rayons épars d'une lueur devenue nébuleuse par son passage dans le haut de la forêt. D'autres fois, dans une éclaircie, le spectateur placé dans le jou^ aperçoit une quantité de végétaux curieux, des palmiers, des musacées, des caladium, des agaves, des dracaenas, dont les vastes feuilles, accusées sur le premier plan, se perdront bientôt peu à peu dans la nuit sombre des arbres gigantesques de l'entèurage. D'autres fois encore, l'observateur gravit un point élevé jusqu'où monte l'air embaumé par les vanilles, et duquel la vue plonge par une échappée sur la masse supérieure de la forêt fortement illuminée. Les feuilles vernissées des ficus et des guttifères, les foliole luisants des cent espèoee de pil-

miers, s^ëlevant majestueusement au-dessus du niveau général, réfléchissent çà et là un vif rayoti de lumière qui tranche sur la teinte mystérieuse de Tensemble relevée par le noir profond des ombres. Et quand la forêt s'étend dans une région Ytàiment montagneuse, quand des aiguilles de granit laissant dans chaque crevasse, dans chaque anfractuosité, sortir des asdépiades, des broméliacées, des amaryllis, souvent théine de grands arbres, arrivent à dominer Pensemble de la seèùé, quand des cascades avec leut écume blanche descendent éé toutes parts dans la vallée, âlord Tharmonie du paysage , sotlS la douce lueur qui Téclaire, plonge Tesprit du speétatenr dans une sensation dé ravissement ilieïprimaJ)le.

Les observations de M. liais sur les populations aborigènes du Brésil méritent d'être reproduites.

Le Brésil renferme encore sur son vas^ territoire des hordes indigènes à l'état de barbarie. Sa population insuffisante dd raoe europé^ne n'a pu se répandre que sur une partie de soa étendue» et le reste est peuplé d'Indiens errants. Ces Indiens appartiennent à deux races distinetes, les nombreuses tribus du groupe Guarani, et les féroces Botooudos. Les premiei^s^ qui possédaient des tendances à lâ vie pastorale, oal pu sur beàuooup de points être réunis, par les soins du gouvertiement brésilien, dans des villages nommés aUteias, où ils se Jivrent un peu à la culture et pratiquent de petites industries. Quoique le type de la majeure partie des Indiens de Taldeia soit encore de race pure, cependant de profondes traces de tnélange aveo les noirs et les (aréoles se font déjà remarquer ohes beaucoup d'entre eux. Us parlent d'ailleurs portugais, et avec leur idiome primitif ils ont perdu bien des caractères qui eussent été inter^ ressants à étudier. Malheureusement le contact avec les tribus entièrement sauvages présente trop de difficulté, à cause de leurs habitudes farouches, pour qu'on puisse, dans les rares relations possibles avec elles, se faire une idée bien précise du degré de perfectibilité de la race américaine. Qe point intéressant pour l'anthropologie ne peut guère être vu que dans les aldeias, où les efforts pour les civiliser se sont produits; mais le mélange qui s'opère alors immédiatement entre les races jette une grande incertitude sur ce genre d'études.

Une heureuse opportunité fournit à M. Liiûs Tooeasion

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de voir de près une de ces aldeias ou habitations de Guaranis sédentaires ; il ec profita pour observer de plus près leur caractère et leurs liabitudes.

Un Indien m'invita à entrer dans sa chaumière; sa femme était occupée à bercer son enfant dans un petit hamac. L*un et l'autre, d^une couleur jaune olivâtre, présentaient complètement le type guarani sans aucun mélange. Ce type n'a guère de la race mongole que la couleur; il n'en montre ni l'obliquité des yeux, ni les pommettes saillantes, et manque d'ailleurs de beauté. Les yeux bridés et les lèvres minces nui* sent beaucoup à l'expression de la physionomie. Les cheveux sont noirs et longs. La plupart les portent pendants sur les épaules. La taille chez les hommes est petite; et la barbe peu fournie se montre surtout au menton. Lorsque je fus installé dans la cabane, plusieurs autres Indiens, hommes et femmes, entrèrent. Leur conversation était animée, car ils sont tièsloquaces. A propos de chaque question et réponse, ils contaient, les femmes surtout, mille anecdotes sur les gens qui avaient passé au village; mais ils sautaient sans cesse d'un sujet à un autre sans que leur verve tartt, et assez fréquemment la superstition se mêlait aux récits.

En voyant leur manque de suite dans les idées, leur caractère défiant, leur esprit d'indépendance farouche qui a persisté malgré leur organisation en villages, et enfin leur paresse, il m'est resté l'impression que les tribus américaines n'aunieq^ pu parvenir d'elles-mêmes à un état de civilisation avancé sans un grand nombre de siècles, et qu'elles n'y parviendraient pas, malgré le contact de la race caucasique, sans la fusion avec la colonisation européenne qui a peuplé l'Amérique. Incapables de réflexions profondes et prolongées, l'esprit de ces hommes ne perçoit que des images matérielles. Il ont toutefois acquis avec le christianisme la notion du bien et du mal, qui semble manquer aux farouches Botocudos.

Les Indiens de ce dernier nom, dont quelques tribus errent encore aux limites des provinces de Minas Geraesetd'Espirito Santo, ont dans leur type une assez grande ressemblance avec les autres, mais ils sont plus robustes et beaucoup plus rebelles encore à la civilisation. Ils se percent les lèvres et les oreilles et y introduisent de gros morceaux de bois. Ils sont complètement nomades. Un voyageur français, aujourd'hui habitant Barbacena et qui a traversé avec une escorte, il y a une treife-

taine d'années, la région qu'ils occapent, M. Victor Renault, a pu, par un séjour prolongé sur les rives du Macury qu'il ejp\orait, étudier à fond leurs habitudes. Je lui dois de nombreux documents sur ces peuplades, qui, depuis cette époque, ont été bien refoulées par les progrès de la colonisation, et qui persistent daDs leurs usages féroces de cannibalisme. S'attaquant sans cesse entre eux par trahison , marchant toujours en alerte Tare bandé, dévorant leurs victimes, ces êtres dégoûtants, dont les deux sexes sont entièrement nos et couverts de boue, offrent Taspect le plus hideux que puisse présenter l'humanité. Chaque jour ils changent de lieu, et, après leur chétif repas de racines de fougères et de gibier gnllé qu'ils déchirent avec leurs ongles, ou après leurs horribles festins d'anthropophages, ils se jettent pêle-mêle sur la terre comme un troupeau de sangliers, l'un servant d'oreiller à l'autre. Cette vie nomade leur est nécessaire pour trouver leurs aliments. Leur industrie se borne à la fabrication d'arcs et de flèches et à celle de colliers de dents de cabiai et de jaguar; elle ne va pas jusqu'à la [construction de huttes de palmier. Ils restent exposés à l'action des pluies comme à la famine.

Il y a loin de cet ignoble tableau, de cette vie misérable de guerre et de famine, aux images de la vie sauvage dépeintes par quelques philosophes et quelques poètes du dernier siècle. Certainement les Botocudos sont au plus bas degré de l'échelle des peuples existants ; ils sont inférieurs à la presque totalité des peupades africaines et océaniennes. Ils ont moins de perfeblibilité que les dernières races nègres elles-mêmes, qu'on peut dresser au travail, ce qui montre que le prognathisme de la face est loin d'être le signe d'infériorité intellectuelle le plus caractéristique.

M. Liais nous a conduits tout à l'heure au milieu des races sauvages ou barbares, qui gardent encore au Brésil quelques portions du sol dont ils étaient les seuls occupants avant l'arrivée des Européens. Il nous a dit aussi ce qu'est aujourd'hui l'éducation intellectuelle chez les Européens eux-mêmes; écoutons-le encore lorsqu'il parle de l'état social et politique du peuple brésilien. Nous aimons, nous l'avons dit, à voir l'intelligent observateur porter tour h tour son attention et sa pensée du Ciel à la Nature, et de la

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Nature à rHomme. Le Brésil offre d'ailleurs un sujet d'étude particulièrement intéressant comme corps politique, au milieu des sociétés américaines.

Les institutions politiques du Brésil sont trôs-avancées. Le suffrage universel j eiiste depuis Torigine de l'empire. Le préjugé de la couleur de« races n'existe pas au Qpéail comme aux Btats-Unis. Le noir libre est considéré sur le pied d'égalité la plus complète avec le blanc, et peut circuler dans tons les établissements publics, ce qu'on ne laisse pas faire dans les Etats du nord de l'Amérique, qui se montrent bH violeuts abolitionnistes. Au reste, la liberté est plus grande au Brésil qu'aux Ëtats-Uois ou en Angleterre, parce qu'Qli y a en outre la plus grande liberté religieuse, non pas seulemept dans la loi, uiais dans les mœurs. On n'y voit pas les biiarres réunions qui se sont faites quelquefois à Londres pour empêcher la musique le dimanche dans les parcs. Personne ne s'inquiète, comme en Angleterre, si les boutiques sont ou nou ouvertes ce jour-là, ni ne se demande si son voisin travaille ou ne travaille pas. Cependant le Brésil a une religion d'État. Les processions circulent dai^ les rues ; mais comme tous les autres cultes sont aussi libres que la religiou de l'État elle-mémO} cela ne gêne personne, t^s couvçnts des deux saxes sont prohibés ; du moins, il est défendu d'y recevoir de nouveaux moines. Aujourd'hui les communautés sont déjà presque éteintes, et dans très-peu d'années le Brésil n'en aura pas une seule. Il faut, au reste, reconnaître que dans; ce pays le dergé catholique a des opinions plus libérales et moins uUramontaines qu'en France. On l'a en général calonmié.

Les vues qu'une expérience désintéressée suggère au voyageur sur un sujet auquel les récents événements de l'Amérique du Nord donnent une triste actualité, sur l'tsclavage et la libération des noirs, commandent encore plus fortement notre attention.

Le Brésil a toujours des noirs esclaves, mais on n^y en in» troduit plus. Sans cesse il s'en trouve de libérés, de sorte que l'esclavage va en diminuant. Mais on conçoit qu'il y a de grandes difficultés à vaincre pour que le pays puisse en finir rapidement avec cet état de choses. Une métropole peut facilement

libérer les noirs de ses colonies; les ressources dont elle dispose lui permettent les sacrifices nécessaires dans ce but. Mais . quand o'^iit une métTQpotfi ^-wémfiQui est ^igiç du fléau, la question devient plus ardue. L'abolition faite instantanément est un renversement complet de Tordre social existant ; c'est i)U9 rqine et \l^ ^^fi^m^i 0 1(» I^Uti ^apg dûutP : i'e^pnt du sièçlfi rezigç^ ûpp^Qi^^^nti 9\ 1^ plus tôt possible j mais on ne peut s'écarter, dans rezécution, des règles de la pnidencel La majeure partie des noirs n'est pas préparée pour ta liberté, dont elle ne sauiail lûre un usag-e oanveaable, te na M% PW

resse et à rivrôgnerie. Ce cpi se passe en ce moment 4^91 TAmérique du Iford est nne preuve de ce qu'en avance loi. •

Ge qu^ajoute le v^fagenr nous parait dHine }attêaM frappante : c'est un point de vne trop oublié dans ea dé« plorable sujet de polémiques passionnées, où le pFéjngéi les animosités politiques et le p^i pris ont si aoùvenl remplacé la saine et froide appréciation des faits.

Si l'abolition de l-esclf^yage 4Afi noirs est à désirer, pe n'dit pa^ tant pour les uègres fiux-ipémea que pour ]e« blanc§. tj^ns un pays où ezi3t§ le principe de l'esclavage d'une râpe incontestablement inférieure, le travail n'est pas bonoré comme il devrait l'être; il est, au contraire, méprisé. Or, sous Tinâuenoe de ce préjugé, qui pègne seulement, il est vwi ebei les eliasea peu iustruUes, \9% b)#ucs prenpeut d^ bftbiliude^ de pare^; c'est uu 4es pbst^^çle^ ^ T^tablisseu^pt de la colonisatiou européenne. Le colou s*babitue vite aux préjugés déjà existants dans la contrée, et il refuse bientôt de travailler à oôté de Tesolave nègre, dont la laoe, quoique supérieure à oelle de 1^ dien, est ceppndei^t iuférieove eu iptellige^ce k ]^ nôtre, du moius pour 1^ majeure pfirtie des variétés noires, (]ui sont çUesmômes très-nombreuses. D'un autre côté, dès qu'il. s*agit de . développer les établissements, le manque de bras libres pour le trayail i^grico|e nécessite la possession 4e capitaux considérables pQurl's^chat 4'69cUTes, et c'e^t uu Pt>st^p|e ^l'exteusio^ des entreprises dee colon?, qui n^ peuveut arriver k urgwisi^? de grandes cultures, lea seules qui puiaaeut prueurer des anu^tages sérieux.

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S 2. Quelques autres expéditions scientifiques en diTèrses parties

du Brésil.

D'autres voyages scientifiques, organisés ou favorisés par le gouvernement, ont, depuis quelques années, contribué à étendre ou à perfectionner la connaissance de diverses parties de l'empire. Indépendamment du relevé trigonométrique du haut San Francisco au-dessus du confluent du rio de las Yelhas , effectué par M. Emmanuel Liais et que nousavons déjà mentionné (ci-dessus, p. 321, n*" 237), le cours tout entier de ce grand fleuve a été levé, de 1852 à 1854 , par Tingénieur Willelm-Ferd. Halfed, et la carte a été gravée à Rio de Janeiro, à l'échelle du 72 500% aux frais dn gouvernement Lrésilien^ Nous avons mentionné les travaux géodésiques d'un autre ingénieur et naturaliste allemand, M. Woldemar Schultz, dans les provinces de Santa Catharina et de Rio Grande do Sul , à l'extrémité méridionale de Tempire (ci -dessus, n* 239).

D'autres additions ont été faites c^ans ces derniers temps à nos informations géographiques sur le Brésil. Le capitaine José da Costa Azevedo , directeur de la Commission des limites , a travaillé récemment au levé d'une carte du bassin de l'Amazone. M.-J. Martine da Silva Gontinho a remonté le rio Pirus en 1863, sur une longueur de pins de 80 lieues, et une expédition a été organisée à Rio Janeiro l'année suivante pour compléter ses reconnaissances. Dans le même temps un autre affluent important dn grand fleuve, le Tapajos, était aussi reconnu par ordre du gouvernement

1. Une réduction de celte carte, au 2 000000^, a été faite par M. Henri Kiepert en 18G1, et publiée au tome X du Journal de géographie de Berlin {ZeiUchrift fur allgem. Erdkundej n" 93, p. 214) avec une note descriptive de M. Schultz, et des remarques additiunnelles de M. Kiepert, excellentes à consulter pour l'histoire cartographique dn Brésil.

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