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LES MAÏNOTES

haines terribles de famille et d'implacables vengeances, ces deux races, néanmoins, fusionnées désonnais en un seul peuple, ont repoussé avec fureur et succès Tenvahissement des barbares. Tandis que les populations du reste du Péloponèse, bientôt forcées de pactiser et de contracter des alliances avec les colons étrangers, subirent peu à peu ce mélange qui empêche de constater d'une façon précise la filiation du peuple moderne avec le peuple primitif, les guerriers du Maïna, puissamment aidés dans leur lutte par la nature même du pays, se conservèrent purs de tout élément étranger. Ils ont donc le droit de se dire les représentants les plus directs et les plus authentiques de Tantique race hellénique ; leur langage, leur caractère, leurs coutumes, leurs traits môme, tout en eux témoigne de l'origine dont ils se vantent. Aussi , depuis les temps les plus reculés jusqu'aux guerres de Tindépendance, les assemblées de leurs vieillards et de leurs chefs ne cessèrent-elles de s'intituler, dans leurs actes politiques et administratifs, « le sénat de Lacédémone. i

Les rochers de Souli, illustrés plus tard par l'héroïsme et les infortunes des Tsavellas et des Botzaris, n'étaient encore qu'un désert, que déjà le Magne, par son indépendance et son existence politique reconnues, protestait contre l'apparent anéantissement de la nationalité grecque. Souli, Sfakia, le Magne, tels sont les trois foyers où pendant quatre siècles à peu près ceuva sous les cendres de la barbarie ^étincelle de vie qui devait plus tard ressusciter un peuple. L'histoire des guerriers de Souli et de Sfakia est aujourd'hui connue; mais que sait-on du Magne? Des légendes, des traditions populaires, des récils de vieillards-, voilà tout ce que l'on possède sur le pays ofl la cause de l'indépendance hellénique a trouvé ses plus anciens, ses plus énergiques défenseurs. A la fin du siècle dernier, un savant anglais, William Leake, explora une partie du Magne; plus tard Bory de Saint-Vincent y conduisit la mission scientifique chargée alors d'explorer la Morée. Les notes qu'ils ont recueillies méritent encore d'être consultées, mais ne peuvent remplacer les renseignements qu'on obtient sur les lieux mêmes, et en interrogeant, comme nous l'avons fait, les populations. N'importe, il faut se hâter de recueillir ces rares épaves. Si l'on manquait à cette tâche, le passé du Magne s'envelopperait bientôt d'un mystère qu'il ne serait plus possible de sonder.

Cet aperçu du Magne et des Maïnotes, si complet dans sa

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concision, fait pressentir Tintérêt des scènes historiques dont M. Yéméniz présente le récit animé. Nous nous bornerons à en extraire quelques lignes encore, auxquelles ne pourra qu'applaudir tout véritable ami de la Grèce et de sa régénération.

On voit, par l'exemple du Magne, quel est le caractère des transformations intérieures auxquelles la Grèce doit consacrer jusqu'à nouvel ordre son activité. Outre ce pays trop négligé, d'autres provinces encore réclament la prompte intervention d^une sollicitude administrative éclairée. Au delà du golfe de Lépante, dans TÊtolie et l'Acarnanie, des populations entières sont encore à Tétat demi-barbare où les a laissées la domination musulmane. Il y a là aussi toute une métamorphose à opérer, toute une conquête matérielle et morale à poursuivre. Une pareille œuvre n'est certes pas de celles qui s'accomplissent en un jour, entre deux révolutions, par un subit accès de passagère sagesse ; la Grèce a besoin de s'armer de patience, de s'imposer la ténacité , de s'arracher au charme décevant et aventureux de la grande idéç, pour embrasser le système plus pratique des améliorations et des travaux -de l'ordre social et pacifique. C'est à ce prix seulement qu'elle obtiendra les sympathies et le secours de l'Europe, qui n'aurait nul intérêt à seconder le triomphe définitif de la nationalité grecque en Orient, si ce triomphe ne devait aboutir qu'à remplacer la barbarie des Turcs par celle des klephtes. Que la Grèce se hâte donc d'effacer les derniers vestiges de cette barbarie; elle n'a pas de meilleur usage à faire de son indépendance et de sa nouvelle constitution, elle n'a pas de plus sûre garantie de force à donner à l'Occident.

S 2. une excursion dans l'archéologie géographique.

Au mois d^août 1854, le docteur Baumeister fit dans Tlle d'Eubée un voyage de trois mois depuis longtemps piojeté, avec le dessein de compléter et de soumettre à une révision critique les informations géographiques et archëologiqaes que nous possédons sur cette Ue moins connue que célèbre. Malheureusement les troubles dont la Grèce tout entière

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