M. HENRI DUVEYRIER ET LES TOUAREG
fleuve du Soudan occidental), au-dessous de Timbouktou. Partagées en un grand nombre de tribus, ces quatre familles de la nation targbî — Targhi est le singulier dont la forme plurielle est Thouâreg, — se sont ainsi réparties dans les cantons habitables du Sahara central, où elles conservent, quoique séparées, les témoignages indélébiles de leur identité d'origine, les mêmes usages, les mêmes traits, le même idiome.
Les Touareg sont une branche , la plus importante au-* jourd'hui et la seule qui ait conservé sa complète autonomie, de la race nombreuse qui peupla originairement, sous le nom primordial de Berbers, tout le nord de l'Afrique. Les Berbers sont une race à part, dont les origines, comme celles de toutes les races humaines, se perdent dans les ténèbres des premiers âges du monde, mais qui a eu son développement propre à travers tes temps historiques. Selon les contrées qu'ils occupèrent, depuis le Nil jusqu'à l'Atlantique, ils reçurent des Égyptiens et des Phéniciens, et après ceux-ci des Grecs et des Romains , les diverses appellations de Libyens, de Numides et de Maures*. C'est de l'ethnique Berber que s'est formé par corruption notre nom de Barba* rie y appliqué au nord-ouest de l'Afrique. Difficilement accessibles aux civilisations importées, le gros des Berbers conserva toujours sa sauvage indépendance, même au temps de la puissance de Carthage et de Houe, et ils ne dépassèrent jamais les habitudes de la vie pastorale ou demi-agricole. Ils ont eu cependant leurs jours de grandeur dans l'histoire. Jugurtha, Massioissa et Juba étaient des Berbers; et dans les luttes qu'ils soutinrent contre Byzance et les Arabes, il ne leur a manqué que la plume d'un nouveau Sallnste pour que plus d'un nom parmi leurs chefs brillât
1. Libyens, du punique (ou de Thébreu) Lehah'im, dont la dérivation est douteuse: Numides, du grec Nomades, pasteurs; Maures, du punique Ifa/iouri m, les Occidentaux.
du même éclat. Dans les provinces de Textrème Occident, ils ont fondé de puissantes dynasties militaires qui régnèrent sur le Maroc, dominèrent en Espagne, et firent reconnaître leur autorité jusqu'aux limites de la Tunisie; mais dans notre Algérie une icnmense irruption de tribus arabes , venues de l'Orient du onzième au treizième siècle, a brisé leur nationalité, morcelé et refoulé leurs tribus, et les a réduits à l'état de subordination où les Turcs les maintinrent et où nous les avons trouvés. Ijeur nom même a disparu dans cet anéantissement politique de la race ; car ils n*ont plus guère été connus que sous l'appellation de Kabyles qui est d'origine arabe, et que Tusage a maintenue ^ Et comme pour montrer jusqu'où peut aller l'humiliation d'un peuple abattu, cette dénomination même de Kabyles, qui est encore une ligne de démarcation , un usage abusif qui tend à s'établir parmi les Européens de l'Algérie et dans ladministration coloniale Tefiface de plus en plus , pour tout englober, Arabes et Kabyles» sous la seule qualification d'Arabes.
Mais ici l'ethnologie proteste , d'accord avec la vérité des choses. Les pursBerbers se sont toujours maintenus, quoique morcelés, à l'abri des massifs de montagnes les plus difficiles de l'Algérie. On les trouve dans le Dahra, dans l'Ouanséris, dans le Djerdjéra et dans l'Aurès, gardant partout, sauf la religion de Mahomet qu'ils ont autrefois adoptée, leurs mœurs nationales et leur antique idiome. Mais c'est surtout chez les Touareg, leurs frères du Désert, qu'il faut chercher dans sa pureté inaltérée cette double transmission des mœurs originaires et de la langue maternelle.
Que de toute antiquité les grandes oasis du Sahara aient été occupées par des tribus berbères , c'est une chose au moins très-vraisemblable. Il est toutefois certain qu'une partie des Touareg, et sans doute une partie considérable,