‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 333 sur 368 · WALES · texte numérisé non relu

WALES

peau de blanches génisses. Ailleurs des maisons neuves s^éparpillent à tous les étages d'une montagne boisée. La charrue se promène sur les hauteurs, traçant des sillons chargés de toutes les promesses de l'année suivante, ou bien encore la faux décrit un cercle éclatant parmi les épis mûrs. La rivière Tafif coule nonchalamment auprès du chemin de fer, s'en éloigne, puis s'en rapproche encore, écumant çà et là entre des quartiers de roche. Au moment où je traversai à vol de vapeur cette vallée pittoresque, un voile de pluie et d'épais brouillard couvrait la tête des collines, dont quelques-unes s'avançaient en promontoire sur un océan de verdure, éclairées de distance en distance par une lumière couleur de rouille. Après tout, cette brume, qui se rencontre si souvent dans le sud du pays de Galles, ne nuit aucunement à l'effet général de la scène. L'esprit devine sous ce voile des horizons qui échappent au regard, et se les figure plus étendus qu'ils ne le sont peut-être en réalité. N'estce pQint à cet aspect nébuleux du ciel qu'il faut attribuer le caractère même de la poésie des bardes du nord? A mesure qu'on avance, le spectacle extérieur se modifie : l'agriculture et l'industrie semblent se disputer le terrain. De petits moutons welshes, à la laine noircie par le brouillard et par la fumée des usines, errent encore dans les prairies herbues, qui, abritées par de hautes collines, restent vertes en dépit des étés les plus secs. Plus loin, c'est l'industrie qui triomphe. Des rubans de fer couronnent le front des hauteurs, sur lesquelles courent de petits wagons chargés de minerai ou de charbon de terre, et qui sortent sans doute des bouches de la mine. Les collines, coupées, dénudées, tourmentées dans leurs escarpements, accusent en vigueur sur un fond brumeui les blessures qu'elles ont reçues de la main de l'homme. De tous les côtés de l'iiorizon, de longs tuyaux de brique font de la fumée dans du brouillard. Des bouffées de feu s'échappent à distance de sombres soupiraux, comme si c'était le sol lui-même qui brûlât. Le ciel en est noir; la campagne étouffe en quelque sorte dans un bain de vapeur. Ceux qui ont vu, il y a une trentaine d'années, cette vallée du Glamorgan ne la reconnaîtraient plus aujourd'hui. D'où est venu le changement? L'homme croit tenir et dominer la terre: c'est au contraire la terre qui le possède. Qu'une veine de métal passant sous des prairies, des champs cultivés, vienne à être découverte, et pourvu que cette veine soit riche, voilà toute une région bouleversée. Le sous-sol exerce une réaction puissante non-seulement sur les travaux qui s'exécutent à la

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surface du terrain, mais encore sur les mœurs et le caractère des populations locales. C'est Thistoire de ce qui est arrivé dans la vallée de la rivière de Taflf. La découverte du fer, non contente d'altérer les traits du paysage, a changé un peuple de laboureurs eu un peuple d'ouvriers.

Ge nouveau peuple d'ouvriers, voulez-vous le connaître dans l'appareil un peu négligé de son costume de travail?

Tydvil jouit, il faut le dire tout de suite, d'une assez mauvaise renommée. La veille, à Cardiff, un employé du chemin de fer m'avait engagé à ne point me rendre pendant la nuit dans ce qu'il appelait une ville dangereuse. Je ne vis rien, absolument rien, qui justifiât ses craintes, si ce n'est qu'il y a là une population pauvre et grossière. Les habitants peuvent se diviser en deux classes, ceux qui portent des souliers et ceux qui vont pieds nus. Il m'a été difficile de saisir d'autres distinctions, car presque tous sont vôtus des mêmes habits cousus plus ou moins de mille pièces. Une Anglaise disait qu'il fallait venir à Merthyr Tydvil pour apprendre à raccommoder. Si quelque chose étonne, c'est que de tels vêtements aient jamais pu être neufs. Ces haillons, vus par un jour de pluie, sous une lumière cendrée, ont je ne sais quoi de fantastique et de navrant. Les enfants demi- nus barbottent dans la boue avec l'indifférence de jeunes canards. Les femmes, habillées en grande partie comme les hommes, couvertes de vestes ou de casaques brunes, chaussées de gros souliers à semelles de bois, arpentent bravement le terrain, portant sur le sommet de la tête une cruche, un baril chargé de charbon de terre, ou une lourde corbeille de légumes. Un chapeau à couronne plate, fait en paille grossière, leur permet d'asseoir et d'équilibrer le fardeau. Leur force égale leur adresse ; on est tout surpris de voir des muscles vigoureux se dessiner sous leur peau brune et en quelque sorte cuivrée. Elles marchent droites et semblent défier le mauvais temps aussi bien que la mauvaise fortune. Quelques-unes recouvrent d'une loque la corbeille posée sur leur tète, prenant ainsi pour quelques humbles achats domestiques plus de soins qu'elles n'en prendraient pour elles-mêmes : que leur fait la pluie ? Les femmes du pays de Galles ont aussi nuQ manière à elles de porter leur enfant. Ce dernier est enveloppé dans un vieux châle qui recouvre l'épaule gauche de la mère et passe sous le bras droit, les deux extrémités étant

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