WALES
nouées sur la poitrine. De cette manière Penfant repose dans un des plis du châle comme dans un nid, et n^est plus un fardeau pour la femme, dont un des bras reste toujours libre. Cette habitude est celle des gypsies, et remonte sans doute à une haute antiquité. Les jeunes filles, d^autant plus déguenillées qu^elles sont plus à la fleur de Tâge, s'arrêtent, rient et parlent entre elles une langue inintelligible qui ajoute encore au mystère de cette race infortunée. Tout le monde est si pauvre - qu'on ne rencontre point de mendiants : qui leur donnerait? Les chiens eux-mêmes, maigres, ébourififés, flairant tous les coins, parcourent la ville avec des airs affamés. Tant de misères, et nous sommes pourtant ici à la source des richesses ! Si je consulte les statistiques, j'apprends que cette paroisse est une des plus abondantes de toute la Grande-Bretagne en produits métalliques ; les millions en sortent sous la forme de minerai de fer et de diamant noir (charbon de terre). L'industrie, religion des temps modernes, aurait-elle donc ses martyrs?
Mais quelles sont ces ombres qui s'avancent li-bas dans un tlot de brouillard, au milieu d'une foule recueillie?
C'est un enterrement. Des parapluies massifs de toutes les couleurs, quoique le plus souvent bleus, forment autour du noir cercueil un groupe étrange. Comme toutes les anciennes races, les Celtes du pays de Galles professent un grand respect pour les morts. Quatre ou cinq cents personnes suivent généralement le défunt à sa dernière demeure. Dans quelques paroisses au sud du pays de Galles, les cimetières ressemblent à une fiancée parée pour le jour des noces. Durant la semaine qui précède les fêtes de Pâques ou de la Pentecôte, on arrache les mauvaises herbes, on fait la toilette du terrain, on y plante des fleurs nouvelles et des arbrisseaux. Parmi ces fleurs, on n'admet que celles qui ont une odeur agréable. ' Les roses blanches s'épanouissent sur la tombe des vierges, tandis que les roses rouges indiquent des personnes qui s« sont distinguées par leur bienfaisance et par leurs vertus sociales. Ce langage des fleurs appliqué aux morts nVt-il point quelque chose de touchant? Arracher les plantes d'un cimetière est regardé comme un sacrilège.
Le lendemain était un beau jour pour Merthyr Tydvil; il
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n'avait plu que deux fois dans la matinée. Notre voyageur profita de cette éclaircie pour se rendre aux usines. C'est le spectacle d'une prodigieuse activité. Naguère toute cette vie cyclopéenne faillit être interrompue, à l'immense consternation d'un peuple d'ouvriers. Par une particularité commune en Angleterre, le sol qui recèle les mines d'où la fonderie extrait le charbon et le. minerai n'appartient point aux maîtres de l'usine, et le bail étant expiré, le propriétaire du fonds, un riche et puissant seigneur, dictait des conditions d'une acceptation difficile. Tout s'arrangea poprtant, mais l'anxiété avait été grande. A cette occasion, l'auteur fait la remarque suivante :
La vie de douze mille hommes avec toutes leurs familles livrée brusquement à la merci d'un contrat, quel argument plus fort contre la loi qui immobilise en Angleterre la propriété foncière dans les mains de quelques familles nobles! Aussi, qu'on ne s'y trompe point, la guerre est chez nos voisins entre ces deux puissances, rindustrie et ce qui reste encore du régime féodal. C'est une guerre lente, courtoise, respectueuse, car heureusement pour la Grande-Bretagne il n'y a point chez elle d'animosité entre les classes. L'industrie se courbe pour conquérir (j'emprunte volontiers le titre d'une comédie de Goldsmith) ; la noblesse, de son côté, fait la part du feu et cède prudemment du terrain à l'ennemi. Quoi qu'il en soit, le résultat peut-il être douteux? Qu'on regarde autour de soi dans le pays de Galles; les châteaux tombent en ruines, tandis que les usines avec leurs tours illuminées, leurs murailles noires et épaisses comme d'anciennes forteresses, leurs remparts de terre et de débris, se pressent fièrement panachées de plusieurs jets de fumée. Là est la vie, là est le progrès.
M. E^quiros termine par les réflexions suivantes, cette instructive et intéressante excursion :
Les Anglais reprochent aux Celtes du pays de Galles un caractère fin et rusé. Quant à moi, j'ai surtout été frappé de leur tristesse. Consultez leurs poëmes nationaux, ce sont des élégies ; écoutez leurs chants et leurs airs, ils ont la mélancolie