CONGRÈS SCIENTIFIQUES
et remplissent de leur mieux, mais à grand'peine, leur double devoir. Ils aident à maintenir la confraternité dans la concurrence.
Cette aunéer les deux congrès ont tenu simultanément leurs assises à un degré à peu près égal de nombre et d'activité, de science et d'éloquence. A la Sorbonne, M. Duruy a inauguré la session par un discours animé, comme tous ceux qu'il prononce, d'un souffle éloquent et patriotique, où il a tracé à grands traits le mouvement intellectuel qui, dans la France presque entière, s'est révélé, comme un phénomène imprévu, à la voix d'un millier de professeurs, ouvrant des cours libres: s'efTaçant discrètement, il en a reporté, pour une grande part, rhonneut* aux sociétés savantes de province dont il a apprécié, en excellents termes, l'esprit sérieux et les travaux multipliés. Puis, les lectures se sont succédé pendant trois jours et se sont terminées par des distributions de récompenses. À la salle de la rue Bonaparte, M. de Caumont a, suivant l'usage, souhaité la bienvenue aux fidèles, et les lectures ont commencé, entremêlées de plus de discussions, et partant aussi de plus de vie et d'animation qu'à la Sorbonne. Ici et là beaucoup de mémoires sont restés en portefeuille, et trouveront place dans les recueils que publie chacun des Comités.
5*1. A. GuiLLEMiN. LeCieL Notions d'astronomie à l'usage des gens du monde et de la jeunesse. Paris, 1865, grand in-8, avec Il planches et 316 figures dans le texte (2* édition). Hachette.
Sur la l'* édition de ce magnifique et excellent liTre, Toir notre précédent volume, p. 408, où la date est, par erreur d'impression, indiquétt 1854, au lieu de 1864.
572. R.-G.-M. Brownb. Astronomical Geology : a Treatise respecting the causes to which the structural and superficial configuration of the Earth's crust is attributable. London, 1865| in-8.
Œuvre systématique, sans valeur scientifique sérieuse.
573. M. F. Maury. Géographie physique à l'usage de la jeunesse et des gens du monde. Trad. de l'anglais par MM. Zurcher et Margelle. Paris (1865), grand in-18, x-279 pages, avec une pi.
(Hetzel.)
La note suivante, que les traducteurs ont mise en tête de l'ouvrage, en fait bien connaître l'esprit et la nature :
Ce petit livre, résumé des importants travaux du commandant Maury, en contient la partie la plus intéressante, dégagée des théories dont la science ne peut encore constater suffisamment l'exactitude. Il est riche en faits curieux, en descriptions pittoresques, en observations instructives ; l'auteur a revu, pour la France, les parties de son résumé
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écrites d'abord poar l'Angleterre, et il y a ajouté de nombreux développements.
574. Fleuriot DE Langle , coutre-amiral. Rapport sur les hautsfonds et les \igies de l'océan Atlantique, entre l'Europe et l'Amérique du Nord. Bulletin de la Société de géographie, juillet 1865, p. 1-48, avec une carte et 2 pi.
Ce rapport a été provoqué par une demande de renseignements adressée à la Société au nom de rimpereor.
575. *D' KoHL. Gcschichte der Forschungen tlber den Golfstrom in ncuer Zeit scit Franklin. Zeitschrift fur Âllgemeins Erdkunde, n» 147-148, oct. 1865, p. 237-276.
ContinnatioD d'un travail dont la première partie se trouve au n* loi du même journal (nov. 1861), p. 305-341, avec une carte.
576. Mer de Varech, par M. Leps, capitaine de vaisseau. Bulletin die la Soc. de géogr.\ sept. 1865, p. 292-309, avec une carte.
Monographie complète de ce curieux phénomène de TAtlantique. La belle carte où se résument les recherches de l'auteur est un document hydrographique du plus grand intérêt.
577. W.-H. RussELL, tho Atlantic Telegraph. Lond., 1864, gr. in-8, avec cartes, diaphragmes sous-marins et illustrations.
578. A. MuHRY. Supplément zur klimatologischen Uehersicht der Erdo. Leipzig, 1865, in-8.
Le grand ouvrage du D** Mûhry sur la climatologie du globc^ que ce volupie est destiné à tenir au courant de la science, date de 1882. Un chapitre de la publication actuelle que les prochaines expéditions arctiques mettent tout à fait à Tordre du jour, est celui oà le nvant météorologiste traite du climat des régions polaires; M. Mûhry •• rattache à la théorie d'une mer ouverte autour du pâle arctique.
579. R.-W. DowE. La loi des tempêtes considérée dans ses rapports avec les mouvements de ratinosphère ; trad. par A« Le Gras. Paris, 1865, in-8, xiv-311 pages, avec cartes et tabl. (Publications du Dépôt de la marine.)
580. Becquerel. Des forêts et de leur influence sur les climats. Comptes tendus' de V Académie des sdmcety 33 mai,
Un mémoire sur les forêts et leur influence climatologie que, présenté par M. Becquerel à F Académie des sciences, réunit sur cet important sujet un ensemble de fûts physiques et économiques des plus instructifs, et développe des
vues auxquelles la longue expérience chi savant antear donne une grande autorité.
La question des forêts, fait observer M. Becquerel, envisagée sous le double point de vue de leur importance sociale et de leur iuOuence sur les climats, exige, pour son étude, des emprunts faits àrhistoire, à la météorologie et à Téconomie publique. L'histoire nous fait connaître les déboisements qui ont eu lieu depuis les temps les plus reculés jusqu'à nous, ainsi que les changements survenus dans les climats ; la météorologie explique les effets physiques qui doivent en résulter, et Técono* mie publique les besoins en tous genres des divers produits des bois.
Les forêts existaient sur la terre bien avant rapparition de Thomme, comme l'attestent les immenses dépôts de houille que Ton trouve sur tous les points du globe, même dans les régions polaires, dépôts formés de débris d'Ëquisétacés , de Sigillaria, etc., etc., parmi lesquels on distingue des Fougères en arbres dont on ne retrouve plus les analogues que sous les tropiques.
La vie primitive de l'homme, dans une grande partie de Tan^ cien continent, s*écoula au milieu des forêts. L'accroissement de la population leur porta des atteintes successives ; mais les grandes dévastations ne datent que de Tépoque où les grands conquérants, voulant assujettir les nations nouvellement formées, coupèrent ou brûlèrent les forêts servant de refuges aux habitants. L'accroissement de la population, les guerres et les progrès de la civilisation sont donc les principales causes de la destruction des forêts.
L'auteur cite différentes contrées, la Palestine notaln*» ment, où. le déboisement excessif a eu les plus tristes conséquences ; et ramené ainsi vers la France, il rappelle ce qu'était la Gaule à une époque voisine de notre ère, alors que César avait à frayer l'accès du pays à ses armées par de vastes abatis.
Après César, poursuit M. Becquerel, les défrichements continuèrent. Ils furent d*abord inconsidérés. Des lois les restreignirent, même sous Toccupation romaine ; mais il n'en fut plus de même dans la suite, car on ne put arrêter les dévastations
pendant les temps de barbarie. Les moines, de leur côté, défrichèrent les terres et abattirent des bois dans les plaines pour les cultiver, oa sur les coteaux pour y planter des vignes.
Dans le neuvième siècle, les Normands, par leurs incursions, et les flots de Croisés qui se portèrent dans les lieux saints, furent cause que, dans beaucoup d'endroits, les terres devinrent incultes ou furent envahies par les eaux, qui devinrent stagnantes. Les forêts, négligées ou détruites, devinrent insensiblement, dans le nord et dans rouest,^les landes de la Bretagne, les déserts de la Champagne, les vastes déserts du Poitou; dans le centre, les terres marécageuses de la Bresse, du Forez, de la Sologne, du Berri et du Gatinais, etc.
Nous renvoyons du reste à Texcellent ouvrage de M. Maury sur les grandes forêts des Gaules pour de plus amples développements.
Des ordonnances royales parurent successivement, depuis Charlemagne, pour arrêter les dévastations des forêts et adopter des mesures conservatrices; parmi ces ordonnances, on distingue particulièrement celle de 1669, Téritable Code forestier pour Tépoque, et dont l'influence a été puissante pour la conservation des forêts.
La révolution de 1789 arriva; l'Assemblée constituante n^apporta qu'un palliatif momentané au mal qui s'était accru, et lé régime de la Convention mil le comble aux déprédations.
Napoléon, sous le Consulat, par son décret du 16 nivôse an IX, prit également les mesures conservatrices les plus sages, dictées par sa profonde connaissance des hommes et des choses.
Les Assemblées législatives, jusqu'en 1859, suspendirent la liberté illimitée de défricher les bois^ mais la loi du 18 juin de la même année, qui régit aujourd'hui la matière, pernaet le défrichement au-dessus de 10 hectares, après demande préalable à l'autorité.
La superficie totale de la France, d'après la statistique générale, est de 52 768 610 hectares; la superficie boisée de 8 804 550 hectares ; celle des pâturages et landes cultivables de 21 729 102 hectares, et le sol non agricole de 2 920 217 hectares.
Kn 1860 *, les forêts domaniales étaient réduites à 1 077 046 hectares, comprenant 40 716 hectares de vides, dont le repeu-
J . Rapport de M. de Fortade au miai&lie des liuancci.
plement est aujourd'hui achevé- Mais, d'après un nouveau recensement, ce nombre dépasse 1 100 000 hectares, sans y comprendre 67 185 hectares affectés à la dotation de laCou« ronne par le sénatus-consulte du 12 décembre 1852,
Depuis seize ans, on autorise annuellement le défrichement d^environ 1 5 000 hectares. On peut évaluera une contenance de 9000 hectares les défrichements au-dessous de 10 hectares en plaine et les défrichements illicites. Si Ton ajoute encore, à cette contenance 6000 hectares de bois domaniaux et 1000 bectares de bois communaux, on arrive à un total d'environ 31 000 hectares, qui représentent très-approximativement la surface boisée livrée chaque année au défrichement* On ne sait pas encore officiellement si la totalité est défrichée. Or, si le défrichement n'éprouvait pas un temps d'arrêt et qu'il fût effectué en totalité, on aurait défriché en im siècle 3 100 000 hectares sur 8 SOk 550 hectares représentant la superficie boisée de la France.
On se demande s'il est bien *e de (
pour les besoins de l'agriculture, qui 21 729102 hectares de pâlu ne
lorsqu'on a démoDtré dans in * a
duction du froment en Fra s c* nçaic a be-
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des besoins de l'agriculture, on s la 3 ae
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aujourd'hui à la culture, ou de les t • paiu
Mais si Ton déboise d'un côté, on reboise de l'autre; y a-t-il compensation? Non, répond Tauteur du Mémoirei et il le montre par de nombreux exemples. Puis, arrivant à la deuxième partie de son travail, il étudie l'influence des forêts sur les climats.
L'influence du déboisement sur la température moyenne a été étudiée dans les conditions suivantes :
M. Boussingault, au moyen d'observations faites par lui et par d'autres voyageurs dans les régions équinoxiales de l'Amérique, dans diverses localités situées à la même hauteur audessus du niveau de la mer, sous les mêmes latitudes et dans
1. Voir Comptes rendus de l* Académie des sciences ^ 10 avril 1865*
l'an:«ée géoob. iv — 30
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les mêmes conditions géologiques, a constaté que Tabondance des forêts et Thumidité tendent à refroidir le climat, tandis que la sécheresse etParidité du' sol réchauffent.
D'un autre côté, M. de Humboldt, en discutant les observations thermométriques faites dans l'Amérique septentrionale de 1771 à 1834, dans trente-cinq postes militaires placés dans une étendue de 40 degrés en longitude, a trouyé qu'elles tendent à montrer que le climat, sous le rapport de la température moyenne, n'a pas changé par la destruction d'un grand nombre de forêts. 11 pourrait se faire que la température moyenne restant la même, la répartition de la chaleur dans le cours de l-'année fût changée, et, dans ce cas, le climat serait modifié. Néanmoins, M. de H umboldt reconnaît que le déboisement doit améliorer la température moyenne, en faisant disparaître plu* sieurs causes frigorifiques.
D'un autre côté, en discutant rimportante question de rinfluence du déboisement sur les cours d'eau et les sources, l'auteur arrive aux conclusions suivantes :
P Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent dans un pays; 2° on ne. peut décider encore si cette diminution doit être attribuée à une moindre quantité annuelle de pluie tombée ou à une plus grande évaporation des eaux pluviales, ou à ces deux causes combinées, ou à une nouvelle répartition des eaux pluviales; S® la culture établie dans un pays aride et découvert dissipe une partie des eaux courantes ; 4° dans les pays qui n'ont point éprouvé de changement dans la culture, la quantité d'eau vive paraît être toujours la même; 5° les forêts, tout en conservant les eaux vives, ménagent et régularisent leur écoulement ; G® l'humidité qui règne dans les bois et l'intervention des racines pour rendre le soi plus perméable doivent être prises en considération; 7® les déboisements en pays de montagne exercent une influence sur les cours d'eau et les sources; en plaine, ils ne peuvent agir que sur les sources. On voit donc que l'action exercée par les forêts sur les climats est extrêmement complexe.
Sans doute, le déboisement d'un pays n'y a pas tonjoars amené la stérilité : témoin l'Angleterre, qui n'a plus que 2 pour 100 de superficie boisée. Mais l'Angleterre a un di'-
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mat marin, et de fi^qnentg vents d'ouest et de sad-ouest chargés de vapeurs y versent des pluies aliondanles, qui entretieDDent nne humidité plutôt excessive qn'insufliBaiitA, L'Espagne a élé déboisée dans une moindre proportion que • l'Angleterre, poisqu'il lui reste encore 3,17 pour 100 de superficie boisée; mais comme elle n'a pas la mi'^me compensation que l'Angleterre pour le renouvellement des principes d'humidité, de vastes, espaces, tels que ses plateaux de l'Aragon et de la Gastille, y sont dcveaiis ile véritables steppes.' Ses seules parties fertiles suul les vallées que traversent de grands fleuves. De plus, l'Espagne, et l'Angleterre elle-même, sonttributaîres de l'étranger pour les bois nécessaires à l'industrie.
Prenons garde, dit M. Becquerel, — et c'est Ib sa coudusion, — prenonsgarde que la France, qui possède encore actuellement 16,7 pour 100 de superficie boisée, ne soit un jour dans le même cas, si l'oo y poursuit des défrichements hors de proportion avec les besoins de l'agriculture.
Ceci n'est pas un cri d'alarme, caria Frauce est encore, sous le rapport de ses forêts, dans d'excellentes conditions; c'est un avertissement que la science apporte aux entraînements de la spéculation publique on privée.
La pose des télégraphes sous-marins, et les investigations nécessitées par ces difficiles opérations, ont ajoute un chapitre nouveau, et des plus intéressants, )i l'étude physique du globe, celui de la configuration du fond des mers et de leurs profondeurs. Le très-savant et Irës-curieux rapport du vice-amiral Fleuriot de Langle (n° 574) a réuni sur ce sujet une niasse de faits du pins grand intérêt; et l'on ne peut ouvrir le beau volume de M. H. Russell sans en parcourir les pages avec une curiosité avide.
Les mers sont ordinairement peu profondes dans le voisinage des continents : ainsi la Baltique, entre les cdtes
d'Allemagne et de Suède^ n'a que 35 à 36 mètres de profondenr; rAdriatique^ entre Venise et Trieste, 55 mètres. La pins grande profondeur de la Manche, entre la France et l'Angleterre, n'excède pas 100 mètres, tandis qu'an sudouest de rirlande la seconde accase plus de 600 mètres. Les mers du Sud de TEnrope sont beaucoup plus profondes que les mers intérieures. Dans la partie la plus resserrée du détroit de Gibraltar, la profondeur n'est que de 300 mètres environ, tandis qu'un peu plus à l'est, elle est de 900 mètres. Spr les côtes d^Espagne^ on en trouve à peu près 1800.
A 250 milles sud du Nantucket, la sonde s'est perdue à S380 mètres. Les plus grandes profondeurs se rencontrent dans les mers du Sud. A l'ouest du cap de Bonne-Espérance, on a mesuré 4900 mètres, et à l'ouest de Sainte-Hélène, plus de 8200 mètres.
Voici une note assez curieuse, tirée d'un journal anglais, sur l'état actuel de la télégraphie sous-marine. Les c&bles sous-marins actuellement existants en Europe, en Asie, en Afrique et en Australie sont au nombre de cinquante-deux, dont la longueur totale est de 5625 milles anglais, on 9050 kilomètres. La plus grande profondeur à laquelle un câble ait été descendu (c'est entre Toulon et la Corse) est de 2836 mètres; la moindre profondeur de 2"',75. Lagrande ligne de télégraphie continentale entre Saint-Pétersbourg et New- York, par la Sibérie, la Colombie anglaise et le Canada, avec l'embranchement de New- York à la côte d'Irlande à travers les profondeurs de l'Atlantique, aura un développement de 33 000 kilomètres, dont les trois cinquièmes existent déjà.
Le câble de Douvres à Calais a une longueur de 27 milles anglais , ou 43 kilomètres ; de Douvres à Osteôide, 130 kilom. ; d'Angleterre en Hollande, 225 kilom. ; d'Angleterre au Hanovre, 450 kilom. ; d'Angleterre au Danemark, 592 kilom. ; de Folkestone à Boulogne, 39 kilofai. ;