SAHARA ALGÉRIEN. — L'ANCIEN NIGER
près les relerës de M. Boû-Derba en 1858, document prédeiiz, bien qu'il n'ait pas la précision rigoureuse des relevés de M. Dnveyrier. A l'ouest et au sud de Tlgharghary tout repose sur les informations indigènes. Cette partie ellemême n'en est pas moins déjà une acquisition fort impor* tante, quoique provisoire, pour cette région intérieure du Sahara. Si nous avions à faire une observation sur cette partie de la carte qui repose non sur les reconnaissances personnelles de M. Henri Duveyrier, mais sur la combinaison des renseignements ^ cette observation porterait seulement sur Taspect net et précis que le dessin leur donne. Peut-être y pourrait-on désirer, dans l'intérêt de la vérité rigoureuse, un aspect et des contours moins arrêtés. Ge qui appartient en propre au voyageur se distinguerait mieux de ce qui n'a qu'une valeur de combinaison. Quand on sait k quel point les renseignements indigènes les plus dignes de confiance se sont pour la plupart profondément modifiés lorsqu'ils ont subi le contrôle direct de l'observation européenne, on éprouve le besoin d'apporter une grande réserve dans l'emploi de cette nature de documents. Notre remarque, au surplus, ne porte en aucune façon sur la valeur spéciale des informations réunies par M. Duveyrier ni sur l'application générale qu'il en a faite : c'est une question de mesure dans l'expression du dessin, rien de plus.
En définitive, il y a un grand fait qui ressort de la vue de cette carte au total si remarquable, aussi bien que de l'ensemble des informations déjà nombreuses que les observateurs européens nous ont apportées dans ces derniers temps sur les diverses régions du Grand Désert : c'est la diversité d'accidents et de configuration que présente sa surface dans toutes les parties jusqu'à présent visitées. Une carte qui représenterait dès à présent ce qu'on en connaît au centre, au nord et à Touest, une carte, surtout, telle que la marche aujourd'hui si active des explorations permettra de la construire d'ici à moins de dix ans peut-être, présenterait, au
lieu de cette immense étendue de plaines uniformes qui occupe la moitié du nord de l'Afrique sur nos cartes actuelles, presque autant de particularités de configuration, sauf l'absence de villes et de rivières permanentes, qu'une région quelconque de TÂsie et de l'Europe. La nature ne fait rien d'inutile, rien qui n'ait sa cause. Ces ouâdis sans nombre , ces rivières sans eau, qui sillonnent le désert comme les rivières et Tes ruisseaux sillonnent nos campagnes, indiquent évidemment , dans le passé sinon dans le présent, un état de choses que la pensée a peine à concilier avec la privation presque absolue d'eaux courantes qui caractérise le désert. C'est là un sujet d'études déjà plus d'une fois touché sans doute, mais qui appellera de plus en plus l'attention des voyageurs instruits et des géologues.
De tous ces grands ouâdis intérieurs, le plus étendu, et maintenant le plus accessible, Tlgharghar, devra être, dans son immense développement, l'objet d'une investigation et d'une étude toute spéciales. Il y aura là des questions du plus haut intérêt à examiner et à résoudre. Cet objet seul justifierait, et récompenserait pleinement sans aucun doute, une expédition spéciale.
Au point de vue physique, cette immense vallée de Tlgharghar, presque partout à sec ou qui n'a que des eaux temporaires, mais qui présente, selon M. Duveyrier, « Taspect du lit d'un grand fleuve, > offre un curieux phénomène. Partant de la région élevée de Gh'ât et de l'Âhaggar, et recevant de droite et de gauche, à mesure qu'elle avance dans le nord, un grand nombre de ouâdis secondaires pareils aux affluents de nos fleuves, elle vient enfin se perdre, aux approches de Touggourt, dans une large dépression marécageuse qu'on appelle la sebkha de Melgh'ir , oii vient aussi aboutir un grand courant, une véritable rivière, le Djédi, iqui a ses sources à l'ouest, dans le Djébel-Amoûr, et longe, depuis Lagh'ouât, le pied du Grand Atlas. Les premiers observateurs qui de l'Algérie descendirent au Melgh'ir, il y a une
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dizaine d'années, reconnurent avec étonnement, aux indications de leur baromètre, que le sol où reposent ces vastes lagunes s'enfonce à une profondeur notable au-dessous du niveau de la mer. Ces observations sont confirmées par celles de M. Duveyrier. Si Tlgharghar fut autrefois un véritable fleuve, il n'a donc pu, comme le pense M. Duveyrier, aller déboucher dans le fond de la petite Syrte par le fleuve Triton, h moins d'un changement complet dans la configuration et le niveau du pays, changement qui, dans tous les cas , serait antérieur aux temps historiques.
Cette condition physique, particulière à la région orientale du Sahara algérien, de deux longues vallées parties de deux points opposés, l'une de l'ouest, celle du Djédi, Tautre du sud, celle de l'Igharghar, et vouant l'une et l'autre aboutir à la même dépression du sol, le Melgh'ir, cette particularité physique, dis-je,nous fournit au contraire l'explication d'un ancien texte géographique dont la rédaction avait dû jusqu'à présent paraître assez bizarre. Je veux parler de la description du cours du Gir dans Ptolémée. Le GiTy ou, comme le nomment les auteurs latins, le Niger^ a été longtemps une pierre d'achoppement pour les critiques. Trompéspar les énormes aberrations des latitudes du géographe alexandrin, on voulait retrouver très-loin dans le sud une rivière qui appartient en rëaUté à la région dé l'Atlas ; on allait la chercher jusques dans le Soudan, où les anciens n'ont jamais pénétré. C'est de là qu'est venue l'application que Ton fait encore tous les jours du nom de Niger au * Dhioliba ou Kouâra, c'est-à-dire au grand fleuve de Timbouctou, application qui se perpétue même après que l'erreur est reconnue ; car en géographie comme en bien d'autres choses, rien n'est plus difficile à déraciner qu'un abus. Habituellement, il y a dans une rivière deux chosesassez distinctes, une source et une embouchure ; dans Ptolémée, le Gir n a pas de débouché, et il a deux sources opposées, deux sources placées aux deux extrémités du fleuve, l'une au nord-oueîfl
dans l'Atlas, l'autre au sud-est dans une vallée nommée la Gorge Garamantique, c'est-à-dire au voisinage du Fezzan qui est le pays des Garamcintes. Rapproché des notions actuelles, des notions fournies par Boû-Derba et complétées par M. Duveyrier, tout cet agencement devient parfaitement clair, et, qui plus est, parfaitement exact ; ce qui nous montre une fois de plus qu'en bien des cas le progrès de nos propres découvertes confirme, en les expliquant, celles des anciens. L'identité du Niger avec les deux vallées confluentes du Djédi et de l'Igharghar, identité que celui qui trace ces lignes a le premier nettement affirmée même avant le voyage de M. Duveyrier ^, est désormais un fait hors de discussion.
S 3. Étades sar la géographie romaine. Carte de M. Nau de Champlouis. — Levé de la carte topographique de l'Algérie.
Les études de la géographie romaine de l'Afriquei dont cette question du Niger a été longtemps une des questions les plus perplexes, n'ont pas seulement un intérêt spéculatif ; elles ont aujourd'hui pour nous , depuis que la plus belle partie de l'Afrique romaine est devenue une province de la France, un intérêt pratique cfes plus sérieux. Au point de vue de l'administration civile et militaire de notre colonie algérienne, il n'est pas indifférent de connaître à fond nonseulement Torganisation administrative établie par les Romains en Numidie, mais surtout le système de conmiunications qu'ils y avaient introduit, et le détail de leurs établissements stratégiques. Le tracé des voies romaines et la position précise des villes et des postes militaires devienr nent par là une étude politique en même temps que scientifique. Aussi l'attention s'y est-elle portée de bonne heurei
1. Voir le Nord de V Afrique dans l'antiquité grecque et romane, 1863, p. 425etsuiv.
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et les encouragements officiels ne lui ont pas fait défaut. Sans parler des recherches dues à l'initiative individuelle, recherches dont les Mémoires des deux sociétés de Gonstantine et d'Alger (N"** 40 et 41) sont devenus de riches répertoires, la Commission créée en 1839 pour l'exploration scientifique de l'Algérie a fourni de nombreui matériaux à cet ordre d'études, grâce surtout aux travaitx de MM. Warnier, Renou, Carette et Pellissier ; et la mission de M. Léon Renier, de 1850 à 1852, nous a valu, dans le volume d'inscriptions romaines public par l'illustre épigraphiste, un recueil de documents d'une inappréciable valeur pour l'étude de l'ancienne Numidie. La même pensée inspira en 1850 le projet d'un travail d'ensemble sur l'administration romaine en Afrique, travail dont M. Frédéric Lacroix, qui en avait tracé le plan, fut officiellement chargé en 1851 ^. Une carte générale de l'Afrique romaine en devait être le complément. M. Lacroix est mort en 1863, ne laissant que des notes et quelques ébauches. Un jeune et studieux officier d'étatmajor, M. Nau de Champlouis, qui avait eu part, dans les derniers temps, à l'élaboration de M. Frédéric Lacroix, a été chargé de terminer la carte; il s'est acquitté de cette lourde tâche avec un zèle tout-à-fait méritoire.
La carte de M. de Champlouis est en deux grandes feuilles ; ce développement a été jugé nécessaii*e pour un espace qui comprend toute la zone littorale du nord, depuis la Marmarique jusqu'à la mer Atlantique. Il faut remarquer, toutefois, que l'abondance des détails, et leur intérêt par rapport à l'objet spécial de la carte, sont fort inégalement répartis dans ce vaste espace ; et peut-être pensera-t-on que la disposition eût été meilleure, si Ion eût consacré une feuille seulement à cet ensemble de l'Afrique romaine à partir de la frontière d'Egypte, et que l'on eût^donné une seconde feuille à la carte spéciale des pays qui correspon-