‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 352 sur 368 · MARCO POLO · texte numérisé non relu

MARCO POLO

daclion, la rédaction originale de la relation de Marc Pol. Celui-ci dictait^ Rnsticien écrivait. Rusticien écrivait non dans le dialecte vénitien du voyageur, qui n'était presque qu'un patois de la langue du Dante, mais en langue française, qui était regardée dès lors comme la langue polie de r£urope latine et la plus communément répandue, la par* leure plus deliiable etplm commune à toutes gens, pour employer les expressions d'un autre Italien du temps. On a beaucoup disserté sur la langue dans laquelle fut primitivement écrit le livre de Marc Pol, italien, latin ou français : c*est aujourd'hui une question irréfragablement jugée. Elle Tétait depuis longtemps déjà pour les hommes les plus compétents, et M. Paulin Paris, une grande autorité en ces matières, la résumait nettement ainsi, il y a seize ans, dans une lecture académique : c Marco Polo, citoyen de Venise, dicta, en 1298, la première relation de ses voyages à Rusticien de Pise, abréviateur déjà célèbre des longs récits français de la Table Ronde. Rusticien rédigea la dictée de Marco Polo en français; huit ans plus tard, en 1307, Thiébaud de Gépoy reçut de Marco Polo une relation des mêmes voyages plus correcte, revue par lui-même; et toutes les autres rédactions, latines, vénitiennes ou toscanes, sont des copies ou des abrégés du travail de Rusticien de Pise, ou du texte de Thiébaud de Gépoy. »

Écrits un peu au hasard de la mémoire, sans un ordre bien régulier, sans dates suivies, presque sans notes de directions ni indications de distances, sans nul souci de la véritable orthographe des noms, et même, le plus communément, sans distinguer nettement les choses que le voyageur a vues par lui-mêmes de celles qu'il a recueillies par ouidire, les récits de Marco Polo sont pleins, on lé conçoit, de choses vagues, obscures et confuses, encore augmentées, surtout quant à la forme des noms, par la négligence ou rignorance des copistes. Débrouiller ce chaos a été la tâche de nombre de commentateurs, particulièrement du cardinal

Zurla, de Marsden et de Baldelli. Elaproth, en 1824, annonçait un travail d*exégëse complet sur la relation, et en particulier sur les parties du livre qui traitent de la Mongolie et de la Chine ; et familier comme Tétait cet homme éminent avec la littérature orientale en général, et spécialelement avec la langue et la littérature historique de la Chine, il aurait certainement donné à la science un précieux travail. Mais ce projet fut un de ceux que la mort ensevelit dans une tombe prématurément ouverte.

M. Pauthier était bien préparé par ses longues études orientales et ses travaux antérieurs à reprendre la tâche déjà ébauchée par les savants qui l'ont abordée avant lui, et à la compléter dans les parties surtout les moins éclairées, celles qui appelaient la confrontation des documents chinois du treizième siècle . Sinologue expérimenté, bon indianiste, versé dans les autres branches de la littérature orientale et suffisamment initié aux investigations géographiques, il réunissait plus complètement qu'aucun de ses prédécesseurs, Klaproth excepté peut-être, les conditions nécessaires d'une telle entreprise. Qu'il ait clos absolument la carrière, nous n'oserions Taflirmer; car le livre de Marco Polo est un des classiques de la géographie, et comme tous les classiques celui-ci reste toujours ouvert aux études nouvelles et aux découvertes. Mais on peut dire au moins que pour tous les points essentiels nous avons ici une édition définitive. Le texte publié par M. Pauthier est la rédaction française de Kusticien de Pise, qui est indubitablement le texte primitif et original : — non, toutefois, la première rédaction écrite dans la prison de Gênes sous la dictée de Marc Pol (celle-ci a été publiée en 1824 par la Société de géographie de Paris) ; mais, ce qui est préférable, celte rédaction revue, corrigée, améliorée par Marc Pol lui-même huit ans plus tard, et remise en un meilleur style pour en faire hommage à Charles de Valois, iils du roi Philippe III, par Tintermédiaire de Tambassadeur Thiébaud de Cépoy.

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Le travail de M. Pauthier, indépendamment de la collation du texte^ se peut rapporter à trois chefs principaux : une introduction, un commentaire perpétuel, et Téclaircissement spécial des chapitres relatifs à la Chine au moyen des documents chinois contemporains. Dans sa longue introduction, l'éditeur a condensé le texte de la relation, autant du moins que cela était possible, en une biographie du voyageur, et il a, chemin faisant, touché plusieurs sujets importants : rinflu»nce de la relation de Marc Pol sur les connaissances géographiques de son temps et sur les découvertes ultérieures, — sujet capital que l'érudition de Téditeur aurait pu développer encore d'une manière plus neuve et plus complète ; — la langue dans laquelle le livre de Marc Pol a été primitivement rédigé; la bibliographie du livre de Marc Pol, manuscrits et éditions, point sur lequel on peut regretter que M. Pauthier ait passé trop rapidement : non qu'il y eût beaucoup à ajouter au travail de Yincenzo Lazari; mais nous n'aurions pas voulu que la nouvelle édition restât sous ce rapport plus incomplète que sur le reste. Enfin, dans la dernière partie de son introduction, l'éditeur présente un tableau savant et plein de faits de l'état politique de l'Asie au treizième siècle de notre ère.

Nous devons nous borner à cette notice générale. Entrer plus avant dans le détail nous mènerait beaucoup plus loin que ne nous le permettent le temps et l'espace, bien que la lecture de ces deux volumes puisse suggérer plus d'une remarque, soit pour faire ressortir, et c'est le cas le plus habituel, la sagacité et la bonne critique des éclaircissements de l'éditeur et de ses rapprochements géographiques, soit aussi parfois pour relever des vues hasardées et de singuliers rapprochements. Tel est, par exemple, à la p. 60 de l'introduction, l'origine « indienne, ou plutôt indo-scythe » de la dynastie abyssine qui a porté le titre patronymique de Zah, rapprochée des rois Sàh du Sourftchtra. Il faut laisser des découvertes de cette sorte aux critiques do l'école

de Wilford et b ceui (car il y en a encore!) qui vont chercher an fond de la Scythie les origines de la cÏTilisation babylonienne. La critique Hériense, qui le sait mieux que M. Paulhierî suit d'autres règles et s'appuie sur d'antres principes.

S î. orient.

610- Le Mabâbhirali, traduîl complètement pour la première Tais du sanscrit en français, par Hipp. Faucbe, t. IV. Paria, |g65, in-8, ivi-603 pages.

Voir notni dtniiënu Annie, p. lis.

611. Li livre des Roules et des Provinces, par JeN-KaoRDABOËR ; publié, traduit et annolé par C. Babweb de Mktnahd. Paris, Imp. imp., 186&, in-8, 283 pages (teite arabe et (rad.).

614. J. J. Ahpëbx. La Science el les Lettres en Orisnl. Paris, Didier, 1865, in-8, m-WI pages.

Réunion d'articles put>1lé> k diverws éfouva par fcD M. Ampire sur if sujets relalirsi l'orient. Les articlu ici réunit sont au nombra de

i. Le Bhagivi Raniafana.

Ce voluiDï poilbams a «té publié par Les soins de M. Barlhilem^

6. tiust. n'EiCHTBAL. Ëlude sur les origines bauddliiques de la civilisation aniricaine. I" partie. Paris, 1865, grand in-8, viii- 86 pages, .avec une pi. (IiïitraLi de la Rtvue arcbéotogique, STeu une addition de ti pages sous Je titre de Réponse à quel-

ques observations de M. Vivien de Saint-Martin sur le Mémoire (le de Guignes, etc.

Depuis quelques années, les publications relatives à la Perse et aux provinces du Khalifat ont été nombreuses, et en général d'une grande importance; M. Barbier de Meynard, ancien attaché de France en Perse, aura eu une part des plus honorables à ces utiles et savants travaux. Un volumineux dictionnaire de la Perse, que M. de Meynardamis au jour en 1861, a fait entrer dans la littérature géographique tout ce que le grand ouvrage de Yakoût renferme de documents sur l'Iran^; la publication actaelle (n"* 611) sera pour le*dictionnaire de 1861 un excellent complément. Sauf un ou deux extraits antérieurs, le D" Sprenger est le premier Européen qui ait mis à profit l'ouvrage de Khordabdèh, dans sa récente publication du livre des Routes de l'Orient*. Mais le D' Sprenger a seulement puisé dans Khordabdèh, en intercalant ses extraits, dépourvus de tout commentaire, dans le cadre de son propre travail ; tandis que M. Barbier de Meynard nous donne le texte même, traduit et complété. Il n'y a pas double emploi.

Dans une introduction d'une vingtaine de pages, M. de Meynard fait connaître les ressources littéraires qu'il a eues pour sa publication, et il réuni| sur son auteur ce que les sources musulmanes fournissent de renseignements. Ces renseignements ne sont pas nombreux, bien qu'Ibn-Khordabdèh ait eu sous le Khalife Moutamid de la dynastie abasside (256-272 de l'hégire, 870-885 de notre ère) la position importante de chef des postes du Djébal. Ces fonctions lui permirent de réunir les documents qui lui servirent à rédiger

1. Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Perse et des contrées adjacentes, extrait du Madjern-el-Bouldanj de Yaqoût, et complété à Taide de documents arabes et persans pour la plupart inédits; par C. Barbier de Meynard. Paris, 1861, un vol. grand in-8. — Sur Yakoût, voir notre précédente Année, p. 445.

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