Voir le même volume de notre Àjmée, p
son œuvre géographique. M. de Meynard pense qu'elle dut être publiée vers rannée 260 (874). L'objet que Khordabdèh s'y propose est de décrire dans un ordre méthodique les grandes voies de communication de l'empire. U suit d'abord la route qui conduit de Baghdad aux extrémités de la Transoxane, d'où il revient par Kharezm à son point de départ. Dans la section suivante, il trace la route maritime que suivaient les navires qui se rendaient du golfe Persique aux ports de l'Inde et en Chine, c Les faits que les marins lui ont racontés nous représentent, dans leur forme primitive, ces récits, mélanges de vérités et de fables puériles, qui, vers la même époque, furent recueillis et publiés sous le nom du marchand Suleïman et d'Abou-Zeïd. i^ Continuant de rayonner autour du centre de l'Empire et de Baghdad sa capitale, le géographe nous conduit au Maghreb par la Syrie et l'Egypte, dans les contrées du nord par le Caucase, et enfin dans le sud-est de l'Arabie, au pays d'Oman. Pour cette dernière partie, la traduction a consulté utilement le texte arabe de Yakoubi publié à Leyde en
M. de Meynard regarde comme certain que nous n'avons qu'une rédaction abrégée de Touvrage de Khordabdèh ; et ce qui n'est pas moins fâcheux, c'est que les deux seuls manuscrits que l'on en coi^naisse, celui du fonds Bodléien à Oxford, et un manuscrit de Constantinople dont M. de Meynard doit une copie à S. £. Ahmed Yafik-Efendi, ci-devant ambassadeur de la Porte à Paris, c'est, disons-nous, que ces deux seuls manuscrits ont des lacunes et sont fort incorrects. L'éditeur n'a négligé aucun des secours qui pouvaient l'aider à rectifier les incorrections et à combler les lacunes; et, au total, son travail ne peut être que d'une extrême utilité pour la carte (encore à construire) de l'Asie musulmane au temps du Rhalifat. C'est un beau travail à faire, qiie cette carte, et qui servirait grandement cette partie des études orientales.
Une autre œuvre de premier ordre à laquelle M. Barbier de Meynard a, comme traducteur, attaché son nom, est le grand ouvrage de Maçoudi, intitulé fe^ Prairies dOr (n* 612). Historien, voyageur et géographe, ou plutôt encyclopédiste, Maçoudi est bien à des égards, et toute proportion gardée entre l'Asie littéraire et l'antiquité classique, le Pline de rOrient musulman. La publication de cet important ouvrage est un des grands services que la Société asiatique de Paris aura rendus aux études orientales.
Elle leur en rend de réels aussi par le tableau que chaque année son savant secrétaire, M. Jules Mohl, qui est la vie, Tactivité et Thonneur scientifique de la Société, par le tableau, dis-je, que chaque année M. Mohl trace, dans un excellent rapport, du mouvement des lettres orientales. Ces morceaux d'histoire littéraire, dans leur concision élégante, sont des modèles achevés de sobre et ferme critique, en même temps que du meilleur savoir : heureuses les sociétés — mais combien y en a-t-il? — qui ont pour représentants des esprits de cet ordre I Nous ne pouvons nous refuser au bonheur de transcrire ici l'appréciation que M. Mohl, dans son rapport de 1865, a tracé du caractère de l'histoire chez les Orientaux , et du rôle de l'Orient dans l'histoire générale :
Quant à l'histoire politique de TOrient, elle s'élabore lentement et graduellement; car il ne s'agit pas seulement de constater les gros faits des conquêtes, des batailles et des successions des dynasties, il s*agit de comprendre rorganisation de ces peuples, les idées auxquelles ils obéissent, les motifs qui les font agir, pour expliquer la résistance qu'ils ont pu opposer, et pour donner les raisons de leur grandeur et de leur décadence. L'histoire de ces grandes monarchies n'a que peu d'intérêt si nous nous en tenons aux faits extérieurs, parce que leur sort a eu peu d'influence sur le nôtre; mais il y a là-dessous une histoire humaine digne de toute notre sympathie et faisant essentiellement partie de l'histoire universelle. Qui estce qui pourrait prendre plaisir à lire l'histoire de la Chine du
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P. Mailla ? Mais quand nous connattrons mieux le développement de la civilisation chinoise, quand nous pourrons ensuivre les phases et les causes, quand nous verrons clairement de quoi il s'agissait dans ces événements, ces noms, qui ne nous font aujourd'hui aucune impression, prendront de la vie et deviendront les représentants d'hommes comme nous, d'idées et d'intérêts comme les nôtres. Les Anglais ont pu faire cela pour quelques parties de l'histoire de Tlnde, on Ta fait pour la vie de Muhammed, on l'a essayé avec un certain succès pour les Djioghiskhanides ; on pourra prochainement le faire pour l'histoire du khalife Mamoun et montrer de quels grands intérêts il s'agissait alors à Baghdad; on pourrait déjà le faire pour Gonfucius ou pour l'empereur Akbar»'et peut-être bientôt pour le Bouddha. A mesure que des matériaux de toute espèce s'accumulent, de nouveaux points de vue ressortiront de cette masse encore un peu indistincte du monde oriental ancien ; et l'histoire que nous nommons universelle, et qui est réduite aujourd'hui à celle d'un assez petit nombre de peuples, gagnera en surface et en profondeur, et deviendra de plus en plus ce qu'elle doit être : le tableau de tous les grands faits et des grands intérêts qui ont agi sur le développement des sociétés humaines.
Parlant d'Ibn-Khaldôun, dont M. de Slane a traduit successivement V Histoire des Berbers et les Prolégomènes j M. Mohl ajoute : ^
Quand on réfléchit que c'est un Arabe du quatorzième siècle, on ne peut pas lire sans étonnement des chapitres comme ceux *dans lesquels il traite de la distinction entre le pouvoir temporel et spirituel, des observations sur l'économie politique, comme, par exemple, le chapitre où il entreprend de montrer que les octrois sont un signe de la décadence des empires ; ses observations sur le dogme de la foi et des œuvres, ou son histoire de l'origine de la scolastique. Sans doute il est inégal, quelquefois faible ; mais c'est néanmoins un grand esprit, et il est heureux qu'il se soit trouvé un traducteur aussi compétent pour interpréter son ouvrage.
Les Prolégomènes ne sont rien moins, en effet^ qu'une philosophie de l'histoire, une philosophie telle que la pouvait concevoir un Arabe, un musulman, du point de vue ob