L'AFRIQUE ROMAINE
rindustrialîsme. Pour conserver désormais leur prévention irréfléchie en faveur de ce déplorable procédé (je ne m'occupe que de son application aux cartes géographiques), i faudra chez ses partisans une héroïque persistance dans le parti pris, car jamais ce qu'il y a d'inévitablement défectueux dans ses résultats ne s'est montré avec plu» d'évidence. Ainsi, pour les noms anciens, que Ton a imprimés en rûuge, je défie les meilleurs yeux de lire distinctement un mot sur trois. On sait que le procédé exige l'emploi d'autant de pierres qu'il y a de couleurs différentes ; or, un grand nombre de noms sont venus de telle sorte à l'impression, que les mots qui désignent des dénominations correspondantes se touchent fréquemment et quelquefois s'enchevêtrent à demi. Même observation pour les noms de montagnes et de rivières ; ceux-ci, par exemple, au lieu de se maintenir parallèlement au trait, courent parfois à travers la rivière même. Il est impossible, au total, d'imaginer quelque chose de plus disgracieux, de plus irrégulier, de plus choquant, de plus contraire, en un mot, aux premières conditions d'une carie sérieuse. Nul ensemble, nulle fusion, nulle harmonie ; c*est redescendre volontairement k l'enfance de l'art. Ce n'est pas de la gravure ; c'est de l'imagerie.
Que M. de Champlouis ne s'affecte pas de la sévérité de ces remarques; elles ne touchent qu'au triste système d'exécution graphique auquel son propre travail a été sacrifié. La notice dont la carte est accompagnée témoigne du soin consciencieux avec lequel M. de Champlouis s'est acquitté de la tâche qui lui était confiée. Celte notice, toutefois, n'est pas une analyse proprement dite; après avoir fait connaître les sources où il a puisé et les travaux antérieurs qui lui ont seryi de guide, l'auteur se borne à relever par ordre alphabétique la liste de tous les noms de peuples ou de localités que la carte renferme, avec l'indication des autorilés sur lesquelles leur identification repose. M. de Champlouis n'a fait figurer sur sa carte que les noms
L* ANNÉE GÉOOR. m. R
déterminés par ses devanciers, se bornant ainsi en quelque sorte au rôle de rapporteur, et s'effaçant lui-même avec une modestie excessive, car l'initiative d'un géographe instruit pouvait, dans le cercle des données acquises, ajouter beaucoup aux déterminations déjà connues. Ce ne serait pas ici le lieu d'entrer dans un examen détaillé; j'oserai seulement soumettre à l'auteur une ou deux observations générales. La principale, -* et j'attacherais à celle-là une grande importance, — est le regret que M. de Ghamplouis n'ait pas cru pouvoir y tracer le réseau des anciennes voies militaires. Je sais qu'en l'absence d'une bonne carte topographique, dont les cartes actuelles du Dépôt de la guerre ne sont qu'une première et bien incomplète ébauche, un pareil tracé présente encore actuellement des difficultés considérables, quand on ne veut rien donner à l'arbitraire. Je ne crois pas, cependant, que ces difficultés soient telles qu'on ne pût s'en tirer, au moins en partie ; et dans tous les cas, la physionomie d'une carte de l'Afrique romaine reste singulièrement incomplète quand on supprime ce qui en était le trait caractéristique, au double point de vue de l'administration civile et de la disposition stratéjs[ique. Il aurait été intéressant aussi, à ce qu'il semble, et certainement utile pour les recherches ultérieures , de marquer sur une carte de ce genre toutes les localités — et elles sont en très-grand nombre — où l'on a signalé l'existence de ruines romaines, indice certain d'anciens établissements, même lorsque aucun nom connu ne s'attache à ces ruines.
En disant que le très-estimable travail que vient de publier M. de Ghamplouis n'est pas la carte définitive de la Numidie romaine, je ne fais que répéter la modeste appréciation de l'auteur lui-même ; mais il est bien en état de reprendre et de compléter son œuvre, et jusque*là ce sera toujours une utile et bonne préparation à consulter.
Mais, au nom du ciel, plus de cartes lithochromiqnes ! Que l'expérience parle, si le goût se tait, pour nous ramener