‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 43 sur 368 · LE D' LIVINGSTONE AU NYASSA · texte numérisé non relu

LE D' LIVINGSTONE AU NYASSA

ÂQZ premières notions certaines et précises que son Yoyage de 1856 avait données à l'Europe sur le grand lac de l'Afrique orientale yagoement connu des Portugais sous le nom de Maravi, M. Livingstone ajoute les détails suiyants dans une lettre du 8 janvier 1862 adressée au président de la société de Géographie de Londres :

Le Nyassa ne reçoit pas de grands affluents de Touest. Il ne nous a pas paru que les rivières devant lesquelles nous avons passé apportent au lac autant d^eau qu'il en déverse par le Ghiré. Des marques restées distinctes sur les rochers montrent qu'au temps des pluies les eaux du lac^s'élèvent de trois pieds au-dessus du niveau de la saison sèche. Le Ghiré et Tévaporation peuvent rendre raison de cet abaissement du niveau ; mais que les cinq rivières de l'ouest, avec d'autres, probablement moindres, qui viennent des montagnes de Test, suffisent en une couple de mois, lorsqu'elles sont enflées par les pluies, à compenser cette perte, ou qu'il faille y joindre une grande rivière qui viendrait du N. 0. au dire de quelques indigènes, c'est un problème qui n'est pas encore résolu.

Le côté occidental du Nyassa présente une suite de baies de forme semblable, comme si elles avaient été produites par une cause commune, telle que la prédominance des vents du N. £. ; chaque baie est séparée de celle qui la suit par une pointe de terre rocheuse, avec des roches détachées qui s'étendent à une certaine distance au large. Ces baies ont en général une plage sablonneuse ou une côte pierreuse. La grande baie du sud-ouest possède un havre sûr et commode. Sur une assez grande étendue, les terres qui bordent le lac sont basses, parfois marécageuses, avec de nombreux oiseaux aquatiques et quelques éléphants. A 8 ou 10 milles en arrière de la plaine s'élèvent des rangées de collines granitiques, hautes et bien boisées, presque parallèles au lac, et présentant en plusieurs endroits la magnifique perspective de chaînes étagées, que dominent au dernier plan une chaîne bleuâtre dont les pics se perdent dans les nues. Vers le nord, la plaine se rétrécit, et non loin du point où nous rebroussâmes chemin, elle disparaît tout à fait. Les montagnes alors semblent sortir du lac môme, et elles forment Textrémité N. E. d'un vaste et haut plateau semblable au pays de Batoka, sain, propre au pâturage et à l'agriculture.

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NuUo part, jusqu'alors, nous n'avions vu en Afrique rien qui 90 puisse comparer à la population pressée duNyassa, particulièrement dans le sud. En certaines parties les villages semblent former une chaîne continue. Sur les bords de chaque baie, les noirs se pressaient en foule pour contempler le spectacle, nouveau pour eux, d'un bateau sous voiles ; et partout où nous prenions terre, nous étions immédiatement entourés de centaines d'hommes, de femmes et d'enfants, qui accouraient voir les tchiromba^ « les bêtes sauvages. » Voir les bêtes prendre leur repas, était pour eux le grand spectacle. Jamais les lions du jardin zoologique n'ont attiré la dixième partie d'une pareille ^uence. A chaque repas, une impénétrable ceinture de nègres nous enveloppait, nous pressait, nous dévorait du regard. Leur empressement étaitplus amusant qu'agréable. L'odeur de cette masse de noirs, en état de transpiration, n'était pas du tout de nature à nous mettre en appétit.

Leur culture du sol a une assez grande extçnsion, et ils récoltent de grandes quantités de patates douces, ainsi que du riz, du mais, du blé indigène, etc. Dans le nord , le manioc est le produit principal ; avec le poisson avancé^ c'est le fond de la nourriture.

Au S. 0. du lac habitent les Maravi ; puis, en avançant au nord, on trouve les Marimba, les Matumboka, les Atimboka, les Ikfakusa et les Man^amvira. C'est au fond un seul et même peuple, se ressemblant beaucoup et n'ayant qu'une môme langue, sauf de légères différences de dialectes qui ne les empêchent pas de se comprendre entre eux. La langue mangadja est un passeport universel. Le nom de Marimba pourrait leui: être appliqué àtous. Nous n'avons jamais entendu prononcer le nom de Oua-Nyassa, si ce n'est parmi les Arabes. Le préfixe oua^ appartient au nord.

Ces gens du lac ne sont pas beaux. Les femmes sont effiroyablement laides, et elles se rendent encore plus hideuses par les moyens qu'elles emploient dans une pensée de coquetterie. Le péléléj ou ornement de la lèvre supérieure, est pour elles autant à la mode que la crinoline dans d'autres contrées. Tantôt cet ornement a la forme d'un petit plat; J,an tôt c'est une pièce de quartz blanc qu'on prendrait pour une chandelle passée dans la

1. C'est la particule formativedes noms dépeuples et de tribus. Au sud du Zambézi, elle se change en ha.

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