RECHERCHE DU BERCEAU DES HONGROIS
rechercher le berceau de sa nation, cela sort déjà panablement du cercle habituel de nos idées, à nous autres races ^vieillies de l'Occident.
Pour les Hongrois, la chose est moins nouvelle. Plusieurs entreprises analogues ont précédé celle de M. Yambéry. La première a eu, il y a quarante ans, un grand retentissement : c'est celle de Gsoma de Kôrôs^. Csoma avait quitté sa patrie par une inspiration toute personnelle ; comme M. Yambéry, il s'était proposé d'aller chercher au cœur de l'Asie, dans les hautes vallées qui dominent les sources de l'Oius et rindus supérieur, le siège primordial du peuple magyar. C'était là du moins qu'il espérait le retrouver. On sait que la langue hongroise ou magyar est tme branche de la souche finnoise, qui elle-même appartient à la famille des langues altaîques ou tartares, dont les embranchements ont rayonné sur toute l'Asie intérieure : c'est sur cette vue générale que s'est basé le plan d'investigations de M. Yambéry, et de çevL% qui l'ont précédé dans la même recherche. Celle de Csoma de Kôrôs fut surtout remarquée par la singularité même du voyageur. Sans appui d'aucune sorte, sans argent, sans connaître le premier mot des langues de l'Orient, Csoma ne s'en était pas moins mis en route, confiant dans la Providence et dans sa ferme volonté. Après avoir vu FÉgypte, parcouru la Mésopotamie, traversé la Perse , le Khoraçftn et l'Afghanistan, il était arrivé en 1822 dans le Tibet occidental. lÂ, pensant avoir atteint le but de sa recherche, il s'établit à demeure dans une maison de religieux bouddhistes ; il y séjourna neuf années entières^ assidûment appliqué à l'étude de la langue tibétaine, dans laquelle il voyait des rapports avec sa langue maternelle. Il y a dans l'Himalaya, dans quelques parties de l'Inde centrale et dans la région du bas Indus, une tribu, ou, pour mieux dire, une
1. Si Ton orthographiait ce nom selon sa prononciation, il faudrait écrire Tchoma de Keureus,
chaîne de tribus aborigènes appelées MagArs, Magora, MaghérîSy etc., dont le nom pouvait fortifier chez le voyageur cette illusion d'une parente directe entre les Magyars et le Tibet. En 1831 Csoma se rendit à Calcutta^ où la société Asiatique se l'attacha en le nommant son bibliothécaire. Cette position nouvelle lui permit de mettre en ordre et de publier ses travaux sur le tibétain, et il a ainsi ouvert à l'Europe l'accès d'une littérature inconnue, riche en documents précieux pour l'histoire du bouddhisme. Ce fut là, à défaut des origines du Magyar, le grand résultat de ce voyage. C'est ainsi qu'au seizième siècle les premiers principes de la chimie moderne sont sortis de la cornue des alchimistes appliquée à la recherché du grand œuvre.
Non qu'en elle-même la recherche de la patrie native des Magyars de la Hongrie ait rien que désavoue la science ; seulement il semble rationnel, d'après les indications de l'histoire, de porter les investigations vers les monts Oural et la vallée de l'Obi, plutôt que vers l'Himalaya. Ce fut parla Eama et la région moyenne du Volga que, vers le milieu du cinquième siècle de notre ère, les Ougri, ou lougriens, ancêtres directs des Hongrois, entrèrent dans les plaines delaSarmatie sous la pression de tribus plus orientales ; et il y a aujourd'hui un peu plus de six cents ans que le moine Guillaume Rubruquis (Huysbroeck), en se rendant près du grand Khan de Tartane comme envoyé du roi Louis IX (en 1253), remarquait qu'un peuple appelé Pascatir, qui habitait sur le Jaïk au nord de la mer Caspienne, parlait c la même langue » que les Hongrois. On a identifié le peuple de Pascatir avec les Baskirs, bien que ceux-ci parlent aujourd'hui un idiome tartar (c'est-à-dire un dialecte du turc oriental), langue différente du Hongrois quoiqu'appartenant à la même famille. On a particulièrement signalé le vogoul, qui est une des quatre branches principales du groupe finnois, comme présentant des afSnités intimes avec le magyar; les Yogouls, frères des Ostiaks et (selon toute