COCHINCHINE
La faaie Péninsule pour laquelle nos géographies européennes ont créé la dénomination très-bien appropriée d*Indo-Ghine a été peu visitée par les voyageurs ; mais depiuis deux siècles et plus c'est une terre familière k nos missionnaires. Jusqu'à ces derniers temps au moins, le peu que nous savions du Tunkin, de la Gochinchine, du royaume de Siam et des contrées intérieures, c'était à eux que nous le devions bien plus qu'aux relations politiques. Dans ces pays où règne depuis deux mille ans le culte dégénéré du Bouddha indien, les propagateurs de la parole chrétienne ont traversé bien des fortunes diverses. Tantôt accueillis, tantôt persécutés par les chefs du pays, ils ont plus d'une fois aiTosé deJeur sang cette terre qu'ils voulaient appeler à un meilleur avenir. Depuis vingt ans surtout une persécution cruelle les avait frappés, eux et leurs prosélytes. Dans cette crise terrible, leurs regards se tournaient vers la France, leur protectrice naturelle. Des réclamations avaient été adressées plus d'une fois au gouvernement annamitique, d'autant mieux fondées qu'elles s'appuyaient de traités formels. Ces réclamations lointaines avaient été méprisées; la force est le seul argument auquel aient égard ces gouvernements despotiques de Textrême Orient. Il fallut y recourir.
En 1858, notre pavillon parut devant Tourâo, kune quinzaine de lieues de Hué, capitale du royaume annamite. La ville est prise et ses défenses détruites ; mais les forces dont le chef de notre escadre disposait (c'était l'amiral Bigault de Genouilly) ne suffisaient pas pour avancer plus loin dans cette direction par Tint-Prieur des terres. Un autre parti, qui parut à la fois plus sûr et plus efficace, est bdopté. Notre escadre se porte au sud en longeant la côte, et vient prendre posiliou devant les bouches du grand fleuve, le Mé-kong, qui traverse du nord au sud la région orientale de llndo- Cbine. Saigon, capitale de la Basse-Gochinchine, est assise sur un des Lras du fleuve, à quelques lieues de la mer. Des
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défenses formidables en convraient les approches; elles sont emportées d'nn senl élan, qnoiqne bravement défendues, et le 17 février 1859 les couleurs françaises, flottant sur la ville, annonçaient que la seconde cité de l'empire annamite avait changé de maître. Cet échec, cependant, ne suffit pas encore pour amener l'empereur Tu-duk (c'est le nom du souverain régnant) k composition ; fortement retranché dans sa capitale, protégé par des troupes nombreuses échelonnées dans le pays, et d'ailleurs excité k la résistance par l'empereur de la Chine, il attendait que les six ou sept cents hommes que nous avions k Saïgon, décimés par les chaleurs extrêmes d'un climat nouveau pour nous, se vissent contraints d'abandonner leur conquête conmfb il nous avait vus abandonner Tourân. C'était Ik son calcul ; il a été déçu. Deux années d'occupation n'avaient pas lassé notre constance, lorsque le traité de Tien-tsin (15 octobre 1860), en réglant nos griefs du côté de la Chine, vint nous rendre la pleine disposition de nos forces dans les mers orientales. Un renfort important fut immédiatement dirigé sur la Gochinchine.
Nous pûmes alors reprendre une vigoureuse offensive. L'effet ne s'en fit pas longtemps attendre. Le 5 Juin 1862, les plénipotentiaires annamites signaient k Saigon, avec l'amiral Bonard, un traité de paix dont le représentant de la France avait dicté les conditions. Les incidents de cette guerre, en élargissant notre champ d'opérations, avaient singulièrement agrandi notre position. Ce n'était plus seulement, comme k l'origine, des garanties que nous réclamions pour la sécurité des missionnaires ; c'était presque un royaume dont la possession nous était assurée. Un article du traité est ainsi conçu :
< Les trois provinces entières de Bien-hoa, de Gia-dinh et de Dinh-tuông (Mitho), ainsi que l'île de Poulo-Gondor, sont cédées en toute souveraineté k l'Empereur des Français. »
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JViUlies ar^^lea portant qnei 1^8 siyeUi de h Fmnoe, 9xm Vm qi^ c^m de l'Espagne (l'SsftfQfi iQtarveiMtit wn imté c^mm noire nmûliilire dan^ le4 qpéri^Ucm ée f»e|te guerre) pourraient exercer le culte dirétiendena le royaume d'AiUMim, et que les eiyeta axuuMniiea qui veudreient em^ tapeaeer 1a rel^ou ebrétienne n'y trouyereient aueim em^ plcibeo^eilti et en outre, que les oommerçania français poiirr nûai^t libreiuent eifopler sur le greud fleuve et diMis toutes eei lirnn^ep» i^usiî bien que le« bâtiments de guerre fran^
Cie trûté e fait passer sous po^ souveraineté nu teifitoire qui peut équivi^uir eu étendue à einq on six de nos dépais teme^ts, et nom a donné un milliou de sujets asiatiques.
Crest un acte mémorable^ luoius eucore par IHmportance maténeUe de la conquête que par son effet moral, par la poaitî^Ul qu'elle nous £m| dans Textréme Asie, et par le rAle nouveau qu'elle uous prépare dans cette régioa du monde.
Un de nos of^eiers de marine auquel nous devons une dea réeentes publications dont la Goebincbine a été l'objeli M. Léopold Fallu, a consacré la m^eure partie de son livre (n^ 127)^ au récit des opérations mililaires de la seconde période de l'expédition, c'esi-à-dire à partir du moment où h moitié de notre escadre de Chine, dégagée par le traité de Tien-tsiu, put venir se joindre à la division de Saigon et mettre fin aux longs aterof^oiements de Tempereur Tu-duk. L'auteur ne s'y montre pas seulement officier instruit et de grande expérience ; on trouve en lui, dans un piquant et^ curieux chapitre sur la population cocbincUnoise au milieu de laquelle il a vécu, les qualités élevéei^ d'^ exoeUenl obiservaiteur. M. Pailu avait déjà fait ses preuves dans une relation de notre expédition de Chine, accompagnée dfua grand et bel atlas, qui restera commA ua des meilleurs do->. cumeuts de l'expédition ^