‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 66 sur 368 · Voir notre Année précédante, p. ig · texte numérisé non relu

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cessante de Y m et du soleil. C'est on type qui commence à none devenir bmilier, depuis la visite que none ont faite à Paris les envoyés annamites et ceux du roi de Siam. Malgré ces particularités de conformation, qui ne sont assurément pas celles de la Vénus de Milo, la race ne manque pas d'une certaine beauté relative, surtout chez les femmes, dont les traits moins accusés se rapprochent davantage de l'expression eurepéenne. Les cheveux sont invariablement d'un noir de jais; les hommes comme les femmes les por* tent dans toute leur longueur et les relèvent en un chignon au-dessus du cou. La barbe est rare et tardive. Une particularité pour nous fort disgracieuse, bien que ce soit pour eux une condition de suprême élégance, est de se teindre les dents en noir, non par Tefiet du bétel, comme on le dit communément, mais au moyen d'une composition spéciale. Le costume est chinois, et on y recherche le contraste des couleurs voyantes.

Dans la Gochinchine comme dans le reste de l'Annam (ce qui comprend le Tunkln), la civilisation est d'origine chinoise ; c'est un fruit assez médiocre greffé surxm sauvageon de même famille. Cette civilisation importée, avec ses rites et ses formules, n'a guère dépassé la couche supérieure ; quand on arrive aux classes inférieures, à celles qui forment la base et le fond de la nation, on trouve un peuple enfant, façonné de longue date à la soumission passive, superstitieux parce qu'il est ignorant, ayant peu d'activité parce qu'il a peu de besoins, renfermant sous les dehors de l'apathie et de la réserve un fond de gaieté naturelle, mais dont les idées, au total, ne sauraient être ni bien étendues ni bien pro* fondes. L'amélioration intellectuelle et morale qui peut élever un jour le peuple annamite au-dessus de sa condition naturelle, c'est de l'Europe chrétienne, et d'elle seule, qu'il la peut recevoir.

Leur seule passion est le jeu ; celle-là est enracinée au plus profond de la nature humaine. L'Annamite ne manque

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pM d'uâe ^Hd d« brAVoUJ^) mÀÎB d'une bràvotil*^ qui â« l^eiÉiétnbltl ^ à lA &ôl¥«> 0& M MUvetHàil ëftrement dft&ft fia kkkgud aumm mot qui pût nd)idt*é fimro idée de point d'bon- Mnt^ pâ plus qu'il n'y ftiudmil chéh^her des exprobêion» qui ejipi'iment Uos fientimeUM de liberté, d*égdité> de pà-^ trioti«me. Il se bat bieu quand il se ûi^it le plus fort; maib qu'eu ne lui demèude pi» de tebii^ pied devant un ennemi bupéHeur. Ils ont mt lé eoûrage et sur I& m^ière dont un chef intk*épide peut le transmettre, une superstition eSVayânte^ Quand un tel homme est tué, ils lui ouvrent la poitrine, lui arrachent le cœur et le dévorent efatore palpitant. Alors il» vont en av^t, rien ne peut les arrêter : ils ont du gan.

L'Annamite, en somme, a horreur du sââg versé; sa na-^ ttire y reptile. Et cependant, par une sorte de contradiction qui n'est pas rare, surtout en Asie, des snppliees d'une bar* barie raffinée le laissent impassible. Le erime irrémisèible entre tous, la rébellion à l'empereur, est pUni du l(M*H : le toupable est coupé en cent morceaux, et ces hon^bles débris sont déposés dan^ une Jarre à la porte de sa maison. Parmi les autres supplices, il y en a qui semblent sortis d*une ima-* gination inferUille. Ge sont des bambous coupante entre lesquels en laisse glisser iH victime, dont le corp» est bientbt lacéré cotnme p&r mille coups de rasoir ; des membres seiée avec de mauvais coutèànx ou tenaillés avec des pincée mn^ gieï ', des siégea garnis de longues pointes acérées, des fep^ tiles venimeux introduits entre le vêtement et la thair, ete. tl ne manque guère à cet aimable répertoire qoe le pal des l?urcs. Il est présnmable que Taire simplement trancher la tète, ce qui est le genre de mort habituellement appliqué k nos missionnaires, est regardé comme un acte de clémence.

M. Pallu affirme que Thabitant de la OoehiDchtne n'a aucune aptitude pour le commerce. C'est encore une éducation à faire, et une des plus difficiles, peut-être. Le peu de trafic qui se hdt k Tintérienr a pom^ objet principal le rit. JAvti k

lui-mèmai rAnnamite n'en cultive que ce qu'il lui faut pour vivre. Il n'y a dans le pays, à vrai direi que deux occupations r^UèreSi cultivateur et batelier; deux professions qui semblent s'exclure, et qui par le fait s'accordent très* bien à cause du retour périodique des saisons et des inondations. Cette vie sans attache est bien en rapport avec leurs goûts ambulatoires. -— Que fais-tu ? — Ifim roïy je cultive le rit. — Où vas-tu? — Di doï^ je vais me promener. Pour le grand nombre ^ cela résume toute la vie.

Us ont quelques cannes k sucre, — ce qu'il en faut pour leurs besoins. Le sucre qu*ils en extraient est bon. Il y a dans le pays des plantations d'indigo, mais en petit nombre, et du coton de bonne qualité. La Gochinchine, affirme M. Fallu, pourrait un jour approvisionner de coton le uiarché de l'Europe ; ce serait toute une révolution dans la vie de l'indigène et dans son état social. Le travail, aliment das échanges, amènerait la richesse ; avec la richesse se développerait la propriété, et par la propriété le confort de la via^ la culture de l'esprit, l'élévation morale, le sentiment da sa propre dignité. Mais une telle transformation, la Terrons-nous jamais s'accomplir? En Algérie, nous tentons avac les Arabes quelque chose d'analogue. Des deux côtés les obstacles sont autres, mais également difficiles à surmonter. C'est notre devoir de le tenter, comme ce serait notre honneur d'y réussir. La conquête qui enfante le progrès est une conquête légitime.

Aujourd'hui les habitations elles-mêmes semblent tenir à peine au sol, comme les habitants. Quelques roseaux plantés en terre, un peu do limon que séchera le soleil , et pour toit des feuilles* de palmier, voilà la maison de l'indigène. Quelques heures y sufBsent. On conçoit que la destraction ou Tabaudon d'un pareil édifice ne laisse pas beauooup de regrets. Aussi les déplacements de populations ne sont-ik pas une chose rare. C'est la seule manière d'échapper k une domination antipathique ou trop oppressive. : ;

Dans une société qui sous tant de Rapports touche encore, en quelque sorte, à l'état de nature, on est étonné de trouver un sentiment très-prononcé de déférence vis-à-vis de la femme. On prétend que sous le rapport moral, comme sous le rapport de la beauté physique, les femmes ont ici une supériorité réelle. Ce qui paraît sûr, c'est que dans la vie commune le mari accepte volontiers le second rôle. Les gens experts prétendent, du reste, que ce n'est pas là une mauvaise condition pour le bonheur domestique.

On raconte que chez certaines peuplades de TAmérique, comme autrefois chez les Gantabres, quand une femme est accouchée le mari se met au lit pour recevoir les félicitations de la tribu. Le livre officiel de la Gochinchioe rapporte quelque chose de semblable. A l'accouchement de sa femme, est-il dit, le mari doit s'abstenir de tout travail durant un mois. lya raison que Ton en donne, c'est que durant ce premier mois, un mari se doit tout entier à sa femme et à son enfant.

Nous n'avons fait qu'effleurer un sujet qui a pour, nous, aujourd'hui, plus qu'un intérêt de curiosité. Ceux qui voudront mieux connaître tout ce qui touche aux mœurs, aux usages et aux habitudes des Annamites, non pas seulement chez une de leurs classes, mais dans toutes leurs classes ; ceux qui voudront, en un mot, de plus amples notions sur leur religion et leur hiérarchie sociale, nous devons les renvoyer aux publications de MM. Fallu, de Grammont et Aubaret, sans oublier d'excellentes notes d'un de nos employés civils, M. Bineteau, sur les conditions physiques et la climatologie du pays (n* 132). D'autres publications récentes font connaître d'une manière plus spéciale les productions naturelles, les cultures, etc. (n*** 133 à 137). L'excursion de M. Larclause chez les Moi (n° 134) a un double intérêt : elle décrit la nature forestière du pays qui s'étend vers l'est et le nord-est de Saigon, dans un rayon de 15 à 20 lieues, jusqu'à l'extrême limite de notre- territoire; elle apporte des

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détails peu ou point connus sur les tribus à demi sauvages, Moï^ Stiéngs, etc., qui habitent les montagnes de TAnham méridional. Sur les Stiéngs en particulier, au milieu desquels M. Mouhot nous avait déjà conduits, le nouveau voyageur consigne les remarques suivantes :

Les Stiôngs sont la tribu la plus méridionale de ces nombreuses peuplades, dont les grandes divisions comprennent , en remontant vers le nord, les Gnong, les Giaral, les Banar, les Cédân, etc. La limite ouest de ces tribus est facile à définir ; celle de l'est ne peut être déterminée que par la limite occidentale de la Gochinchine, puisque les sauvages confinent à ce royaume. Il est certain, d'ailleurs, qu'elle est fort irrégulière; car vers Baria, par exemple, elle arrive jusqu'à la mer, tandis qu'au Binh-dinh, Tramgo et Ankê, derniers villages annamites de Pouest, sont assez loin dans Tintérieur des terres. Au point de vue ethnographique il y aurait à faire de curieuses études sur ces peuples, dont le type et la langue prouvent une origine conmiune.

Les Stiéngs sont des hommes vigoureux, à la démarche fière, à Tair martial, et dont les traits expriment pourtant une grande douceur; leur costume, réduit au minimum de largeur, ne cache rien de la force de leurs membres, et leur attitude fort séduisante offre une grande analogie avec celle des habitant^ de rinde. A certains égards, néanmoins, le Kambodja et l'Annamite sont fondés à qualifier les Stiéngs leurs voisins d'hommes des forêts, de sauvages. Le Stiéng. en effet, qui a récolté cent fois plus de riz qu'il ne lui en faut pour vivre, ne tarde guère à en vendre une partie à bas prix pour satisfaire son amour effréné de la verroterie, et transformer le reste en une eau-de-vie détestable qu'il absorbe dans d'ignobles orgies, suivies bien vite do l'abrutissement et de la détresse. C'est alors qu'il va demander aux forêts une nourriture souvent immonde ; c'est alors aussi qu'il vend troupeaux, femmes, enfants, et se fait lui-même l'esclave d'un autre, qui se vendra bientôt à son tour.

SOS ASIK.

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