‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 96 sur 368 · CALIFORNIE · texte numérisé non relu

CALIFORNIE

le plus imposant. Il y a lieu de croire , d'après la lettre du professeur Brewer, que le mont Shasta lui-même sera dépassé par une ou plusieurs des cimes gigantesques qui ont été découvertes dans le cours de cette exploration. Le 2 juillet (1864), les voyageurs gravirent un cône granitique de 13500 pieds de hauteur environ ; du pied môme de ce pic M. Brewer écrit : c Les montagnes neigeuses forment ici une ceinture de 30 à kO milles anglais de largeur, et au-dessus du tout s'élèvent de longues arêtes granitiques prodigieusement acérées, hautes de plus de 11 000 pieds, et des centaines de points qui dépassent

12 000 pieds ; celui que nous avons gravi n'a pas moins de

13 500 pieds, et peut-être 13600! A notre grand étonnement, ce pic n'appartient pas à ce qui forme proprement la chaîne ; celle-ci est bien à 15 ou 20 milles anglais plus à l'est, et nous apercevons au moins dix autres sommets d'égale hauteur pour le moins, parmi lesquels on en distingue un qui, vraisemblablement, atteint 14000 pieds, ou peu s'en faut. »

Une de ces hautes cimes fut gravie le 6 juillet par M. King, non sans de grandes difficultés. D'après ses observations, elle dépassait 14000 pieds. Cinq autres pics atteignaient la même hauteur, et deux la dépassaient. L'un de ceux-ci pourrait bien ' surpasser la hauteur du Shasta. Ces cimes colossales sont situées entre les sources du King- et du Kern, un peu au nord du bord septentrional du lac Owen.

Il semble donc, poursuit le professeur Whitney , que dans le district qu'ils viennent d'explorer, les membres de la commission géologique ont découvert la plus puissante masse de montagnes qu'on ait reconnue jusqu'à présent dans les limites des États-Unis , et peut-être de toute PAmérique du Nord. Qi^e le fait soit si longtemps resté ignoré , cela s'explique par la nature extraordinairement sauvage et difficile de cette partie du pays, où aucun homme de science n'avait jamais pénétré, ni même, autant que nous sachions, aucun chasseur ni chercheur d'or. La Sierra , dans cette partie de môme que plus aU nord, renferme une grande quantité d'anciens glaciers d'une étendue peu ordinaire.

Le mont Saint-Elias est habituellement regardé comme la plus haute cîme de l'Amérique, et cela sur l'autorité des manuscrits de Malespina, qu'Alexandre de Humboldt trouva dans les archives de Mexico, et qui attribuaient à la mon-

tagne une hauteur de 17^854 pieds anglais. Les taits suivants tendent k prouver, selon M. Whitney, que les mesures de Malespina étaient très-inexactes.

Premièrement, La Pérouse a trouvé pour les hauteurs du Saint-Élias^ en 1786 et 1788, 12 661 pieds; en second lieu, les cartes anglaises indiquent 14,970 pieds. De plus, Vancouver dit expressément, dans sa description de la montagne, que la neige qui la couronne ne descend pas trèsloin sur ses pentes, ce qui aurait certainement lieu, sons le 60' degré de latitude nord, si la hauteur atteignait réellement 1 7 000 pieds. Il est vraisemblable que le chiffre qui approche le plus de la vérité est celui des cartes anglaises. Dans ce cas, le Saint-Élias est d'environ 3000 pieds moins élevé que le Popocatepetl, moins élevé aussi que plusieurs autres points du Mexique, et que les monts Brown et Hooker do la Colombie anglaise, dont on estime habituellement Taltitude à 16 000 et 16 750 pieds anglais, chiffres qui à la vérité paraissent fort exagérés.

Le docteur Petermann fait remarquer avec raison qu'en ce qui concerne les volcans du Mexique il n'y a aucune incertitude, attendu qu'ils ont été mesurés avec soin par Sonntag, et que sa détermination barométrique s'accorde avec la mesure trigonométrique relevée par Alexandre de Uumboldt il y a plus de cinquante ans. Le Popocatepetl, d'après Sonntag, a 17 783 pieds anglais (5420 mètres)^; c'est donc à cette cime volcanique, depuis si longtemps célèbre, que revient l'honneur de tenir la tête de toutes les montagnes de l'Amérique du Nord.

1. M. Craveri, en 185ri, n*a trouve, par plusieurs séries d'observations barométrifiucs, que 5250 mètres; mais cette divergence, si considérable qu'elle soit, ue modifie pas la remarque du Ù' Petermann.

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