‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 10 sur 249 · Recherche d*one ligne de communication par terre entre · texte numérisé non relu

Recherche d*one ligne de communication par terre entre

rinde et la Chine.

II y a longtemps que le gouvernement colonial de Calcutta se préoccupe de l'ouverture d'une route commerciale entre le nord-est de l'Inde et le sud-ouest de la Chine. Mettre en communication directe, par une voie courte et rapide, deux pays dont la population se compte par centaines de millions y est un projet assurément séduisant au premier coup d'œil. Il est probable que la réalité pratique réduirait quelque peu le prestigieux mirage de la théorie ; mais il resterait toujours d'assez grands avantages dans cette communication, pour qu'elle mérite, sans aucun doute, une considération sérieuse. Des rapports d'échange ont existé de toute ancienneté entre les deux pays, là où un intervalle de quelques courtes journées de marche sépare la pointe orientale de l'Assam de la frontière chinoise du Tun-nan; il en est fait mention, au premier siècle de notre ère, dans le précieux Portulan grec connu sous le titre de Périple de la mer Erythrée. Seulement ce n'est plus l'échange de quelques charges de produits locaux apportés de part et d'autre à dos d'hommes qui suffirait aux aspirations commerciales de l'époque actuelle^ et il y a des difficultés de plus d'une sorte dans la création sur ce point d'une route de commerce telle que l'entendent aujourd'hui nos ingénieurs. H y a des difficultés diplomatiques vis-à-vis du gouvernement barman, dont cette route doit traverser le territoire; il y a surtout des difficultés d'exécution résultant de la nature du pays.

Néanmoins notre expédition du Mé-kong, et les résultats que Ton en prévoit, ont ravivé les idées analogues du côté de rinde. De nouveau des projets, des propositions, des plans, se sont produits. Une reconnaissance a été faite à ce point de vue du bassin de la Salouèn au nord de Rangonn (voy. «le no 14 de la Bibliographie), et il a été reconnu que cette ligne offrait de très-grandes dif6cultés. Mais on s'est préoccupé davantage de la communication qui partirait non plus du Pégou, mais du Bengale. Le général Arthur Gotton, du corps royal des ingénieurs, a lu à la Société de Géographie de Londres, au mois de juin 1867, un mémoire sur ce sujet (n» 15). La ligne que propose M. Gotton partirait du grand coude du Brahmapoutr, un peu au-dessous du 28^ degré de latitude, et irait, dans sa direction presque orientale, aboutir au Yang-tsé-kiang supérieur. Le parcours, pris à vol d'oiseau, ne serait guère que de 230 milles géographiques, environ 400 kilomètres. Son avantage serait dans cette faible étendue ; mais le caractère indomptable des tribus dont il faudrait traverser le pays, et surtout la nature excessivement difficile du pays lui-même| présentefa^éni des obstacles à peu près insurmontables. G'est ce qu'ont bien fait ressortir plusieurs de ceux qui ont pris part k la discussion soulevée par la lecture du mémoire {Proctê' dingg of ths Roy. Geogr. soc. vol. XI, n*» 6, p. 256 et mm.\ prineipalement le D' Mao Gosh, un des honmies qui connaissent le mieux la frontière nord-est de TLide. M. Mac Gosh a suggéré un tracé plus méridional et plus long, mais qui n'offrirait pas les mêmes difficultés pratiques.

Tous ces plans supposent implicitement la construction d'un chemin de fer; le ]> Williams, qui à plusieurs refurises a étudié la question sur les lieux, est d'un autre avis. Il est convaincu que l'ouverture de rapports conunercianx entre le Bengale et le Yun-nan est parfaitement réalisable. Mais d'une part il n'est pas bien certain que ce commerce se présentera tout d'abord sur une assez grande échelle

pour rémunérer les frais très-considérables d'un pareil établissement; et en second lieu, si la construction d'une voie ferrée entre le Bengale et Bamô, sur le haut Iravaddi, n'offre pas d'obstacles sérieux, il n'en serait pas de même entre Bamô et le Yun-nan,où il y a à gravir un ressaut considérable qui se présente comme l'escarpement étage d'un plateau au-dessus des plaines du Barmâ. « Procédez, dit-il, en gens prudents et ménagers des deniers de vos actionnaires, quand vous aurez des actionnaires. Ouvrez d'abord une bonne route : elle suffira aux premiers temps. Puis quand la position sera bien connue, on fera un chemin de fer à partir de Bamô si la nécessité en est démontrée. » M. Williams a développé ce thème assez raisonnable dans un mince volume, où se trouvent en outre de bons renseignements (qui ne sont pas tous absolument nouveaux) sur la navigation de riravaddy et sur le pays à l'est de Bamô (n"" 13). Le conseil est bon; mais il est douteux qu'il convienne à l'impatience actuelle.

Dans tous les cas, on voit par la note suivante, que publiait il y a quelques mois un journal anglais, que le gouvernement britannique a mis tout de bon la question à l'étude : < L'étftblisseme&t d'une voie directe de communication entre l'Inde et la Chine par Tempire des Birmans est depuis longtemps le projet favori des voyageurs et des commerçants. Le gouvernement local de l'Inde a été jusqu'à ce moment opposé à ce projet, et a rejeté constamment les plans qui lui étaient proposés à cet égard. Dernièrement, enfin, d'après des ordres précis émanés de la seerétairerie d'État, une expédition a été organisée dans le but d'étudier la possibilité d'établir une route dans Cette direction. Le commandement de cette expédition a été confié au capitaine Sladen, agent anglais près la cour des Birmans. L'expédition s'est mise en marche, et le capitaine Sladen annonce, à la date du 28 avril, qu'il a été retenu dans une localité appelée Pôousî , située à cinq jours de marche de

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Bamôy depuis le 8 mars, par suite des intrigues de certains chefs du pays et de quelques officiers birmans, agissant en contradiction directe avec les ordres de leur roi. Au moment où il écrivait, non-seulement les difficultés étaient levées, mais la mission n*était plus arrêtée dans sa marche que par les craintes trop amicales de la population circonvoisine, qui voulait l'entourer de précautions pour assarer sa marche tranquille et son succès. On espérait que mal* grér ce retard le capitaine Sladen accomplirait sa mission dans le cours de cette année. »

La nouvelle est confirmée par une lettre de notre compatriote le missionnaire Bigandet (à qui la géographie et l'ethnologie de Tlndo-Chine doivent depuis longtemps de si utiles informations), écrite du haut Iravaddi à la date du 6 décembre 1867 : « II se passe en ce moment un fait très-important pour la Birmanie et pour la Chine occidentale. Une expédition anglaise va partir de Rangoun pour la capitale de la Birmanie ; de là elle remontera le cours do riravaddi jusqu'à la ville de Bamô ; puis tournant à rest, elle passera une chaîne de montagnes. Suivant ensuite une direction un peu au nord, elle se rendra à Momiên, Laou* tchang et Thaï-phing. Cette dernière ville est la principale place de la partie occidentale du Yun-nan. Le but de cette expédition est de rouvrir l'ancienne voie suivie par les cara* vanes chinoises qui venaient trafiquer avec la Birmanie. On tracerait d'abord une bonne route pour les voitures à travers les montagnes, à Test de Bamô. L'expédition se propose aussi de préparer une entente avec les mahométans, maîtres de la partie occidentale du Yun-nan, afin qu'ils aident et protègent les marchands qui viendront trafiquer dans la vallée de Tlravaddi. »

S 3. La Cochinchine française. Le présent et l'avenir.

L'annexion à la Cochinchine française des trois provinces occidentales, qui, par une singulière anomalie géographique, avaient été laissées au royaume d'Annam (voy. le précédent vol. de V Année, p. 254), est pour le présent et l'avenir de notre colonie un fait considérable. Un foyer d'agitation hostile se trouve supprimé, et les sources de prospérité sont augmentées pour la colonie. Il n'est pas indifférent de connaître à ce sujet Topinion d'un officier de marine qui a reçu du gouvernement la mission d'étudier la situation de notre établissement. Nous tirons les passages suivants du très-remarquable écrit de M. de Yarannes (n*" 2) :

L'annexion des trois provinces du sud de la Basse-Gocbinchine, faite au mois de juin dernier en quelques jours sans pertes d'hommes ni dépenses sérieuses, a passé presque ina* perçue. Cependant c'est de cette époque seulement que la colonie, après six années de luttes et d'efforts, s'est assise sur des bases durables, et qu'elle a conquis sa véritable position politique et commerciale dans le monde de l'extrême Orient. Nous n'avons, en effet, plus rien à craindre des trahisons de la cour de Hué , maintenant que ses mandarins n'ont plus d'accès sur notre territoire. Le roi Tu -Duc , avec des ressources financières restreintes et des moyens d'action relativement bornés , ne peut plus revendiquer ces provinces qu'il a perduespour avoir déchiré le traité signé avec le vice- amiral Bonard . L'annexion n'a point eu pour mobile de vaines idées d'agrandissement; nous avons voulu conquérir un gage de sécurité pour l'avenir en occupant le foyer d'insurrections incessantes fomentées contre notre autorité et nos droits. Du côté de l'est , une chaîne de montagnes nous sépare de l'empire d'Annam ; au nord , nous sommes couverts par le protectorat que nous exerçons depuis quatre ans sur le Kambodj ; à l'ouest et au sud , la mer nous sert à la fois de limite et de défense. La colonie a donc ses frontières naturelles. Son territoire représente le quart de la superficie de la France ; la fécondité de la terre rappelle celle des deltas quo l'année gboor. vu. 2

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forment les grands fleuves avant de se jeter à la mer ; les recettes locales approchent sensiblement de 9 millions ; la valeur des exportations et des importations a, Tannée dernière, atteint près de 6^ millions de francs , et la navigation a occupé un nombre de bâtiments jaugeant ensemble 500 000 tonneaux environ, en faisant entrer dans ce compte les barques annamites pour le chiffre de 130 000 tonneaux; enfin la demande du riz à Saigon est illimitée. La qualité produite dans notre colonie fiait prime sur les marchés de Chine, et le cours de cette denrée s^j établit d'après les prix français.

Tels sont les principaux éléments de prospérité que la France est appelée à mettre en valeur....

La vitalité de la Gochinchine est donc bien assurée. La colonie soldera plus tard son budget en équilibre et peut-être même en excédant de recettes. La défense des côtes contre les atta^ ques des grandes puissances maritimes ne nécessite aucune fortification permanente. Quelques torpilles à l'embouchure des fleuves, la garnison, la flottille ordinaire et les milices indigènes suffisent au maintien de Tintégrité de notre territoire etàThonneur de notre pavillon. L'occupation de Saigon ne compromettra jamais toute notre marine et n'engagera pas , comme jadis dans l'Iade et au Canada , une notable partie de nos forces de guerre. Le temps n*est plus , du reste , où des guerres générales ensaa* glantaient le monde pour la possession de quelques poaces de neige en Amérique ou d'une lie sous le soleil. Des complications européennes ne produiraient qu'un accroissement ie commerce en Gochinchine ; les navires neutres et les faibles rallieraient bien vite cette terre franche, inabordable peurl^anemi, et trouveraient dans cette colonie, née d'hier, toutee lee libertés, tous les secours. Notre annexion récente a été saluée avec joie par les An<;1ais eux-mêmes, qui aiment mieux voir une contrée si riche ouverte à tous que d'en être à januûe éloignés par la méfiance des mandarins annamites. Notre marine de commerce, vivifiée par l'immense exportation durix qui lui assure un fret de retour , peut donc prendre bien vile au rang digne d'elle dans les mers de Chine , ce grand marché du globe. En résumé , si notre présence dans l'extrême Asie est un gage de sécurité pour les possessions voisines de la Hol* lande et de VEspagne , la colonie de Saigon est pour ia France dans ces parages un élément de prospérité commerciale et de prestige moral....

Tout le monde à Saigon croit à la vitalité et à la prospérité

d'une colonie que nos guerres n'ont pas dépeuplée, que la cour de Hué considérait comme son grenier d'abondance, et oh Von vient d'inaugurer la liberté complète du commerce pour les bomme3 de toute race. L'œuvre de Ja colonisatiou n'est donc pas attaquée dans son ensemble , mais elle est critiquée dans ses détails. On pourra témoigner une compassion railleuse à notre capitale naissante, qui parait bien petite auprès de Calcutta, de San Francisco, de Batavia, de Melbourne; mais cet grandes viiles ont eu de chétiDs commencements, filles $ont restées longtemps stationnaires ; la splendeur eti est toute moderne et ne date que de la découverte des métaux précieux trouvés dans le voisinage , ou de l'extension prodigieuse de la vente de l'opium. Certes, le gouvernement pouvait dépenser 15 millions pour élever tout de suite à Saigon les édifices nécessaires au logement des hommes et du matériel ; mais ob ^ préféré attendre que les ressources nouvelles eussent grandi pour faire face à ces obligations sans grever le budget de la métropole. Pendant ce temps , une administration simple, point tracassière, a fonctionné , tracé 492 kilomètres de routes ) élevé des marchés, des écoles, et pacifié le pays. On trouve bien les inspecteurs armés de trop de pouvoirs civils ; mais c'est seulement le manque de personnel , limité longtemps par le manque de fonds, qui a forcé de concentrer tant de fonctions disparates dans une même main. Il ^ fallu des gens de cœur et de tête pour déblayer le terrain, apprendre la langue et les mœiirs. Dans peu de temps, le corps sera organisé, Je$ règles locales formulées, Tapplication en deviendra facile, et l'administration civile» séparée du pouvoir militaire, fonçtignnQjra régulièrement*

S 4. Le rapport Jacques siegfiried*

A côté de ce rapport, nous avons aujourd'hui k citer un second document d'une très -haute valeur et d'une date toute récente, le rapport d^ M. Jacques Siegfried (n^ 3).

M. Siegfried, l'un des fondateurs de l'École supérieure de commerce de Mulhouse, a entrepris en 1867 un voyage d'exploration commerciale autour du monde.

Pour lui faciliter l'accomplissement de cette entreprise, la Chambre de commerce de Mulhouse a appuyé la de-

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mande qu'il a faite d'une mission parement honorifique, et, de son côté, le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, accueillant avec empressement cette proposition, a obtenu pour lui du ministre des affaires étrangères des lettres qui l'accréditent auprès de nos agents diplomatiques et consulaires k l'étranger.

M. Jacques Siegfried a rempli déjà une partie de la tâche qu'il s'était imposée, et il a fait parvenir au département du commerce deux rapports, l'un sur l'Inde anglaise, l'antre sur la Gochinchine.

Nous n^avon^ à nous occuper en ce moment que du second de ces deux documents, dont nous devons nous borner, à notre grand regret, à citer deux ou trois passages, ceux qui touchent aux côtés les plus généraux des questions économiques, politiques et commerciales étudiées avec une haute compétence par l'honorable représentant de la Chambre de commerce de Mulhouse.

Remarques générales. — En venant planter son drapeau sur le sol de la Gochinchine, la France a eu la main heureuse, et je ne crois pas qu'elle eût pu mieux choisir parmi les contrées libres encore de Tétreinte envahissante de rAngletenre ou de l'étroite domination des Hollandais et des Espagnols. Placée conune elle l'est aux portes de l'empire chinois et sur la grande route qui relie l'Europe et l'Extrême-Orient, la Gochinchine est à la fois une position politique de premier rang et un établissement colonial d'une importance modeste, il est vrai, mais d'une prospérité certaine. Au point de vue politique, elle est un magnifique point d'appui pour nos forces navales, grâce à son port de Saigon, qu'une rivière profonde rend accessible à nos vaisseaux en même temps que quelques torpilles suffiraient à le défendre ; au point de vue colonial, elle a sa fertilité si renommée et un débouché assuré pour ses produits auprès des 300 ou 400 millions d'habitants qui peuplent la Ghine.

Notre nouvelle possession semble faite pour les cultures les plus riches; la soie, le tabac, le coton, les cocotiers, le sucre s'y trouvent tous, et pourraient y prendre de l'importance à côté des grandes quantités de riz qui forment jusqu'ici la base de

^agriculture du pays. Partout les communications se font facilement par une quantité innombrable de canaux naturels, qui, partant de nos fleuves principaux, parcourent en tous sens notre beau delta et y portent la fertilité et la richesse.

Nous avons en outre le bonheur d'avoir trouvé là une population douce, agricole avant tout, facile à gouverner, parce qu'elle s'occupe peu de haute politique et qu'elle demande seulement le respect de la liberté commerciale dont elle a joui de tout temps, et qui est si bien comprise qu'elle pourrait servir de modèle à beaucoup de nations européennes.

Il est bon toutefois, pour contenir dans de justes proportions ridée favorable que l'on peut, à bon droit, avoir de notre colonie, de se rappeler qu'elle n'occupe jusqu'à présent qu'une superficie dix fois moindre que la France, et que si, grâce à la prospérité que nous pouvons y amener, sa population peut facilement doubler en peu de temps, elle ne compte encore que 2 millions d'habitants, dont à peine un millier d'Européens. On peut y ajouter, il est vrai, le royaume de Gambodj, qui compte un million d'habitants et dont nous avons le protectorat, et nous arriverons peut-être aussi à tirer parti plus tard du grand fleuve du Mé-kong, qui traverse tout le pays de Laos et va môme jusqu'à la province chinoise de Yun-nan, mais que jusqu'ici les premières nouvelles de l'expédition scientifique de M. de Lagrée nous représentent malheureusement comme barré en plusieurs endroits par des rapides infranchissables.

En somme, et tout bien pesé, nous avons là une possession dont on peut certes obtenir d'excellents résultats, et qui nous offre un champ suffisant, pour le moment, pour nous donneir l'oôcasion de prouver que nous aussi nous nous entendons à la colonisation....

M. Siegfried arrive aux faits qui touchent directement au développement commercial de notre nouvelle coloniâ :

Le gouvernement de la Gochinchine s'est inspiré des doctrines les plus saines de l'économie politique, et il a rendu le plus grand service au commerce en le déclarant entièrement libre. Il n'y a en Gochinchine ni droit d'entrée, ni droits de sortie sur aucune marchandise (l'opium excepté); les formalités de douane y sont inconnues, et les navires ne payent en tout qu'un petit droit d'ancrage et de phare. Toutes les nations y sontcon-

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viôes sur le même pied d'égalité « et les produits de tous les pajs y sout admis indistinctement. Je ne saurais trop féliciter l'administration sous ce rapport ; il eût été impossible d^agir mieux qu'elle ne l'a fait.

Le commerce ne doit demander et ne demande aux gouvernements que trois choses : la sécurité politique, la justice et la liberté. En dehors de cela, il doit marcher par lui-môme; et si, malheureusement, les négociants français jouent, même en Cochinchine, un rôle tout à fait secondaire, ce n'est pas à Tadministration qu'ils doivent s'en prendre, c^est à eux-mêmes. Si le commerce de Saigon est bien plus entre les mains des étran* gérs qu'entre les nôtres, ce n'est pas la faute du gouvernement, c'est celle de chaque Français en particulier.

La grande exportation est faite en Cochinchine par les Chinois, les Allemands et les Américains ; deux ou trois miaisons françaises, au plus, y participent un peu ; quant aux Anglais, ils laissent encore notre colonie de côté. L'importation se fait bien par des Français pour les vins, les spiritueux et les articles de Paris destinés à la consommation locale européenne ; mais les grosses affaires de ventes aux indigènes se font plutôt par les Chinois, qui vont acheter des produits anglais à Singapore et les placent ici à des conditions plus douces que les maisons européennes....

L'importance commerciale de Saigon s'est développée rapidement depuis l'occupation française. Elle est arrivée à donner l'année dernière les résultats suivants :

L'exportation, outre quelques articles secondaires, tels que l'es poissons secs pour une valeur de 1 1/2 million et la soie pour 350 000 francs, a consisté surtout en 3 200 000 piouls de riz d'une valeur de 28 millions, donnant un aliment de 192 000 tonneaux à la navigation, et répartis comme suit (1 ptoui := 60 kilogr.).

Popr Hong-kong 2 000 000 de piculs.

— le reste de la Chine 300 000 —

— Singapore 355 000 —

— Maurice et Bourbon 180 000 —

— l'Angleterre 155 000 —

— le Japon 70 000 —

— la France 60 000 —

— leBrésil 15000 -^

— la Guadeloupe 10 000 —

Pour foême. . •••..•.•• 9 000 de piculs

— TAustralie..., 6 000 —

Quant à l'importation, elle a compris surtout des cotonnades pour une Yaletir de 6 1/2 millions, de Topium pour 1 1/2 million, et divers articles secondaires plus spécialement destinés à la consommation locale des Européens, et que je crois devoir négliger. J'ai dit déjà que la presque totalité de ces cotonnades était de provenance anglaise, et n'arrivait en Cochînchine que de seconde main par l'intermédiaire de Singapore.

De tous les articles de la Cochinchine, le riz est donc le seul qui, jusqu'Ici, donne lieu à des affaires un peu importantes. Or^ comme ce commerce se fait pour la plus grande part avec la Chine et bonne portion par les Chinois eux-mêmes, il n'offre pas aux Européens un champ suffisant, et il serait vivement à désirer que l'on pût introduire, à côté de lui, une culture plus riche, semblable à l'ilne de celles qui font la fortune des colonies étrangères, comme, par exemple, la soie pour la Chine et le Japon, le coton pour l'Inde, le café pour Geylan, Java et le Brésil, le tabac et le sucre pour File de Cuba. A cette condition seulement, le commerce européen pourra prendre de grandes proportions dans notre nouvelle colonie.

Parmi les moyens que le rapport si iremftrqiiable de M. Siegfried suggère pour hâter le développemèfit de la colonie, il insiste sur la nécessité d'y encourager et d*y faciliter la colonisation par tous les moyens possibles, é II faudrait que Tadministration répandît dans le monde, par tine publicité bien entendue, des renseignements détaillés sur les ressources de notre nouvelle possession ; et comme dans ces pays-ci les Euro{)éens ne peuvent pas travailler eux-mêmes la terre, qu'ils doivent se vouer plutôt au commerce et aux avances de fonds à l'agriculture sous forme de métayage ou de compagnies agricole^) il faudrait faire surtout appel à cette race de travailleurs par excellence que la Gbine noua <^e à près de nous. Enfin, il faudrait diminuer la grande mortalité qu'il y a parmi les Annamites, et cela par un moyen si simple que je suis presque honteux

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d'avoir à le signaler, par la formation immédiate d'un comité de vaccination ; car si les femmes de la Gochinchine sont renommées pour leur fécondité, elles voient malheureusement la variole leur enlever le tiers de leurs enfants dès leur première année^ et un second tiers avant l'âge de vingt et un ans. »

Dans un paragraphe intitulé Conclusion, le rapport revient sur ce point important :

Pour résumer en peu de mots mon opinion sur la Gochinchine, je dirai, monsieur le ministre, que nous avons là une très-bonne colonie, que jusqu'ici il y a été beaucoup fait par son gouvernement, et que certes ceux qui jettent de tous côtés le blâme sont bien impatients ou bien peu impartiaux; maïs qu'il reste encore beaucoup à y faire, et qu'il sera bientôt temps d'y introduire même de grandes réformes.

c Pour couronner toutes ces mesures, ajoute M. Siegfried, — et ceci ne s'adresse plus seulement au ministre, — pour couronner toutes ces mesures, il en faudrait une dernière, qui, malheureusement, est moins du domaine du gouvernement que celui de la nation française elle-même : il faudrait que les Français, renonçant un peu aux idées qu'ils caressent d'ordinaire pour leurs fils, et qui ne voient rien de plus enviable qu'une place dans les bureaux de l'enregistrement, des douanes, ou en un mot de l'administration, finissent par comprendre que le présent et l'avenir appartiennent maintenant à ceux qui font le plus preuve d'initiative individuelle. »

S 5. Traités de limites dans llndo-Chine.

L'œuvre de consolidation accomplie vis-à-vis du gonver» nement d'Annam a été complétée par un traité de limites avec notre allié le roi de Siam. M. Duchesne de Bellecourty consul général, envoyé en mission extraordinaire auprès da

roi de Siam, a procédé à l'échange des ratifications du traité conclu le 15 juillet 1867, à Paris, entre la France et les ambassadeurs siamois. Ce traité assure la libre navigation du Grand Lac, ainsi que des parties du fleuve Mé-kong qui touchent au territoire du royaume, et il établit une ligne de démarcation entre ce pays et le Kambodj, qui, depuis 1863, est placé sous le protectorat français. L'échange des ratifications a eu lieu à Bangkok le i4 novembre 1867, avec la plus grande solennité.

Voici le texte du traité, avec le décret impérial du 29 février 1868 qui en porte promulgation.

Décret impérial portant promulgation du traité conclu, le 15 juillet 1867, entre la France et le royaimie de Siam, pour régler la position du royaume du Cambodge.

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