V Aigle portait Plmpératrice Eugénie
l'isthme de suez.
berges du canal conpent les vastes surfaces, et dont on aperçoit vaguement les ilôts vaseux, les rives planes où s'élèvent les cabanes de quelques villages de pêcheurs arabes; puis on passe devant Eantara, autrefois ville importante sous les anciennes dynasties égyptiennes, et aussi, croit-on, sous la domination romaine.
« Aujourd'hui ce grand centre de population a disparu : on y retrouve à peine quelques vestiges de la splendeur passée ; Eantara n'est plus qu'un campement de la compagnie de Suez, et des maisons de bois ont remplacé les antiques édifices. Mais le passage du Canal près de cette bourgade va lui donner une vie nouvelle. Plus loin, et près de bancs de gypse qui miroitent au soleil, on arrive à El Ferdân, où la compagnie a établi une vaste plâtrière qui a fourni des matériaux à la plupart des constructions de l'isthme; puis à El Guisr, immense dune de sable d'une étendue de près de quatre lieues, que traverse le lit du Canal, et qui a coûté de longs et difficiles travaux.
« Dans ce vaste désert s'élève maintenant un bourg de près de 2000 habitants qui y ont construit une mosquée et une église. Le Canal se continue à travers une tranchée profonde jusqu'à l'entrée du lac Timsab. Là, tout à coup, les deux rives s'abaissent, et l'on se trouve en présence d'une large nappe d'eau qui n'était autrefois qu'un étang encombré de vase, et qui, devenu par le Canal une sorte de déversoir des eaux de la Méditerranée, n'a pas moins de 2000 hectares de superficie et de 16 kilomètres de tour.
« Sur les bords de ce beau lac, où débouchait la flottille des princes, le khédive a fait construire une ravissante villa. Des chantiers y dressent leurs vastes bâtiments ; on aperçoit les cheminées de grandes uéines, puis au loin la surface des lacs Amers, et l'on arrive à Ismaïiia, qui est une véritable ville et la plus importante staQon sur le parcours de Port-fiaïd à Suez.
6 AFRIQIJE.
c Ismaïlia présente l'aspect d'une cité enropéemie. On y admire des maisons élégantes, des mosqnées, des églises, des promenades, nn quai étendu snr le canal d'eau douce qui sépare la ville du lao Jimsah^ et ce point paraît devoir prendre en peu de temps un développement plus considéi*able encore. Au moment où V Aigle, sortant de la tranchée d'EI Guisr, et naviguant à travers le lac Timsah, fut aperçu d'Ismaïlia, de nombreuses embarcations à vapeur et à rames allèrent au-devant du yacht impérial, qui fut salué par les canons de grands bateaux qui attendaient son arrivée.
c La flottille dep princes s'arrêta jusqu'au surlendemain à Ismaïlia, qui est destinée à devenir le port d'arrêt et de radoub jdes navires qui feront la traversée de l'isthine. Une multitude de bâtiments jetèrent l'ancre après VAigla sur la rive du lac, et Ismaïlia se trouva bientôt remplie de la foule qui naguère encombrait les rues d'Alexandrie et de Port-Saïd. L'Impératrice descendit à terre le lendemain, et se rendit à cheval jusqu'à El Guisr, où elle visita les travaux accomplis, que Sa Majesté n'avait pu juger complètement dans son rapide passage à travers la tranchée ; puis, revenant à Ismaïlia, elle reçut au chalet de M. de Lesseps les dames de la ville, accourues pour lui présenter leurs hommages. L'empereur d'Autriche, le prince de Prusse, le prince de Hollande, accompagné du vice-roi, visitèrent ensuite les principales rues d'Ismaïlia en même temps que Sa Majesté, au milieu d'une multitude considérable, et le 19 la flottille est repartie pour Suez.
c Suez n est plus aujourd'hui la ville désolée, enfouie dans le sable et perdue dans une lointaine solitude. Le canal maritime lui donne une nouvelle vie. Autrefois sa ra49 était vide, ses rues désertes, sa population appauvrie; l'eau potable surtout faisait défaut aux habitants, forcés de la faire venir à grands frais des sources appelées Fontaines de Moïse. Maintenant le canal d'eau doube veau d'Ismaï-
l'isthme de suez.
berges du canal conpent les vastes surfaces, et dont on aperçoit vaguement les îlots vaseux, les rives planes où s'élèvent les cabanes de quelques villages de pêcheurs arabes; puis on passe devant Kantara, autrefois ville importante sous les anciennes dynasties égyptiennes, et aussi, croit-on, sous la domination romaine.
« Aujourd'hui ce grand centre de population a disparu : on y retrouve à peine quelques vestiges de la splendeur passée ; Eantara n'est plus qu'un campement de la compagnie de Suez, et des maisons de bois ont remplacé les antiques édifices. Mais le passage du Canal près de cette bourgade va lui donner une vie nouvelle. Plus loin, et près de bancs de gypse qui miroitent au soleil, on arrive à El Ferdân , où la compagnie a établi une vaste plâtrière qui a fourni des matériaux à la plupart des constructions de l'isthme; puis à El Guisr, immense dune de sable d'une étendue de près de quatre lieues, que traverse le lit du Canal, et qui a coûté de longs et difficiles travaux.
« Dans ce vaste désert s'élève maintenant un bourg de près de 2000 habitants qui y ont construit une mosquée et une église. Le Canal se continue à travers une tranchée profonde jusqu'à l'entrée du lac Timsah. Là, tout à coup, les deux rives s'abaissent, et Ton se trouve en présence d'une large nappe d'eau qui n'était autrefois qu'un étang encombré de vase, et qui, devenu par le Canal une sorte de déversoir des eaux de la Méditerranée, n'a pas moins de 2000 hectares de superficie et de 16 kilomètres de tour.
c Sur les bords de ce beau lac, où débouchait la flottille des princes, le khédive a fait construire une ravissante villa. Des chantiers y dressent leurs vastes bâtiments ; on aperçoit les cheminées de grandes usines, puis au loin la surface des lacs Amers, et l'on arrive à Ismaîiia, qui est une véritable ville et la plus importante sta&on sur le parcours de Port-Saïd à Suez.
France en particulier avait le droit d'en être fiëre ; cette œuvre, dirigée par un de ses enfants, a toujours obtenu son appui le plus bienveillant, et c'est en témoignage de cette sympathie constante qu'une auguste Souveraine a voulu être présente à Tinauguration de l'entreprise qui intéresse à un si haut degré la civilisation du monde et nos rapports avec l'Orient. L'Impératrice quitte l'Egypte emportant le meilleur souvenir de l'accueil qu'elle a reçu. Les populations demeureront longtemps sous l'impression de sa grâce et de son afifabilité. Son voyage en Turquie et en Egypte n*a été qu'une série d'ovations qui s'adressaient autant à Sa Majesté qu'à la France et à l'Empereur qu'elle a représentés si dignement dans ces mémorables solennités. »
Le Journal officiel annonce en ces termes l'achèvement heureux de l'inauguration du Canal :
L'inauguration du canal maritime de Sues est terminée. Le yacht impérial, ayant à son bord Tlmpératrice, a franchi en quinze heures la distance qui sépare Suez de Port-Saïd. Sa Majesté revient en France, après avoir donné par sa présence à iUnauguration du Canal un témoignage éclatant de rq>pui accordé par PËmpereur et par le gouvernement impérial à la grande entreprise qui vient d'être couronnée de succès. Au moment où cette œuvre, si longtemps discutée, s'accomplit dans les conditions les plus favorables, on se souvient, non sans un juste sentiment de fierté pour l'esprit d'initiative qui appartient au caractère français, de toutes les difficultés, de tous les obstacles et de toutes les erreurs qu'il a fallu vaincre pour mener à bonne fin une tâche si laborieuse et si utile.
L'Empereur, dans son discours d'ouverture des chambres, le 29 novembre, a trouvé de nobles paroles en présence de révénement qui vient de s'accomplir.
« Les progrès de la science rapprochent les nations, a- « t-il dit. Pendant que l'Amérique unit l'Océan Pacifique « à TAtlantique par un chemin de fer de mille lieues d'é-
l'isthme de suez.
« tendue^ partout les capitaux et les intelligences s'enten- « dent pour relier entre elles, par des communications « électriques, les contrées du globe les plus éloignées. La « France et l'Italie vont se donner la main à travers le tun-
« nel des Alpes; les eaux de la Méditerranée et de la mer « Rouge se confondent déjà par le Canal de Suez.
c L'Europe entière s'est fait représenter en Egypte à « l'inauguration de cette entreprise gigantesque; et si au- « jourd'hui l'Impératrice n'assiste pas à l'ouverture des « GhambreSy c'est que j'ai tenu à ce que par sa présence « dans un pays où nos armes se sont autrefois illustrées, < elle témoignât de la sympathie de la France pour une « œuvre due à la persévérance et au génie d'un Fran- « çais. »
Le Canal est maintenant ouvert à la grande navigation. Les navires à voile ou à vapeur, partis de Port-Saïd pour Suez ou de Suez pour Port-Saïd, naviguent librement et se croisent de jour et de nuit sans inconvénient d'aucune sorte. Le problème est résolu, magnifiquement résolu. L'entretien et les détails d'exploitation ne sont plus que des choses techniques d'une importance tout à fait secondaire. Et quant aux perspectives financières de l'entreprise , à cette considération dont l'histoire ne s'occupera guère, mais qui touche beaucoup les actionnaires, écoutons une autorité toute spéciale : « Le Canal de Suez, a dit le président de la chambre de commerce de Marseille, ne serait-il creusé que pour le commerce de la mer Rouge, qu'il serait une grande et fructueuse entreprise. » Il ne faut pas oublier, en effet, qu'avant la découverte du cap de Bonne-Espérance, tout le commerce entre l'Europe et l'Asie passait par le golfe Arabique. Ce mouvement commercial fit la splendeur de Venise, de Gênes, du bassin de la Méditerranée. Il y a certitude de prévoir un mouvement total de 11 millions de tonnes s'effectuant entre l'Europe et l'Asie au moment où
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le Canal mariUme s'inaugure. Quand on songe que cette voie nouvelle rapproche de 3000 lieues en moyenne 300 millions d'Occidentaux et ÇOO millions d'Orie^x^ia; que malgré les difficultés et la lenteur des voyages par le Gap, et les nécessités onéreuses du transit à travers l'Egypte par le chemin de fer, le mouvement commercial en est arrivé à ^n dévelppppment de 1 1 millions de toi^neaux, il est facile de pr^sçentir un avenir bien près de noi;s où ce tonnage dépassera toutes les prévisions. »
En présence des progrès de toute nfiture qui sont la gloire de notre époque, on aime à se rappeler que pendant ^rois Qjèçles et demi les navigateurs de toutes les nations niaritimes de l'Europe ont cherché à travers les n^ers polaires une route directe et courte vers l'Asie orientale. Gett^ route abrégée des mers asiatiques, le percement de l'isthme de SuQz vient de nous la donner. La solennité mémorable qui vient de s'accomplir consacre un de ces grands événements qui apparaissent à de rares intervalles dans la vie des peuples. Les communications lointaines rendues plus faciles, plus promptes et plus fréquentes, c'est la civilisation qui se propage, c'est la richesse générale qui s'augmente^ c'est la paix du monde qui s'affermit, c'est aussi |a science qui va conquérir de nouveaux champs d'observation. L^ géographie n'est pas la dernière à profiter de cesconquêtee. pacifiques : les époques caractéristiques qui en marquent le progrès dans le cours dçs siècles, les établissements phénicien?, Alexandre, les Romains, Christophe Colomb, se rattachent toutes à un de ces faits universels qui sont les grandes étapes de la marche de l'humanité.
Avant de nous éloigner de l'Isthme, arrêtons-nous encore un moment à quelques faits particuliers qui ne touchent plus au Canal que d'une manière indirecte, mais qui is^téressent la science squs différents aspects. L'isthme ^ Suez va se transformer complètement — il Teat déjà çn
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