‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 152 sur 249 · Voir notre précédent volume, p« 3^> n* 411| et p · texte numérisé non relu

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l'institution Smithscnienne, avait pour chef M. Kennicott, qui succomba presque dès le début aux influences du climat, et qui fut remplace par M. W. H. Dali. Les résultats scientifiques de l'expédition ne sont pas encore publiés; mais par des communications adressées de Washington au directeur des Mittheilungen , à la date du mois d'août dernier (1869), M. DaU en fait connaître sommairement les points principaux, tant pour la géographie et la disposition physique du pays, que pour l'ethnographie et l'histoire naturelle. Une carte provisoire, que reproduit le n® 10 des Mittheilungen (fin d'octobre), accompagne cette intéressante communication. Cette carte, pour l'ensemble et la physionomie générale, ne diffère pas essentiellement de celle qu'avait déjà pu donner M. Whymper, tant dans sa relation que dans le mémoire imprimé au journal de la Société de Londres et dans la traduction du Tour du Monde (ci-dessus, n»» 196 et 197), -^ bien que M. Dali la malmène assez rudement; — elle la complète, néaiunoins, et y apporte des rectifications considérables en ce qui touche au cours du Youkon, le grand fleuve de cette région extrême. Elle en appuie le tracé sur des relevés astronomiques et chronométriques (peut-être eux-mêmes susceptibles de quelques modifications ultérieures), et pour la première fois elle en donne le cours supérieur jusqu'aux sources, d'après un levé de la commission scientifique que M. Whymper n'a pas eu à sa disposition.

Voici la grande différence astronomique entre la carte de M. DaU (qui elle-même n'est encore qu'une esquisse, nous Tavons dit), et les cartes antérieures : •

Sur la grande Mappemonde de Berghaus (qui résume les meilleures autorités jusqu'en 1864), le confluent du Youkon et du Porcupine

Est par 66* »» lat. N. W 35' long. 0. de Greenw.

Sur la carte Whymper 65» 48* — 146» 48' —

Surlawta J)all^»... 67» 10* - 142« 45' -

182 AHfÉRIQUE DU NORD. (N** 164-201)

« La mer de Bering g&Ie en hiver au nord de Tîle Nounivok (située sous le 60* parallèle). Toutes les rivières prennent vers le 15 octobre et dégèlent au commencement de juin, quoique la mer ne soit libre de glaces que vers la fin du même mois.

« On a cherché avec soin la trace de l'action des glaciers dlM^s le pays qui s*étend au nord des monts Alaska; mais jusqu'à présent on n'a observé ni pierres roulées, ni vestiges de roches siliceuses polies par le frottement, ni dépât de masses déplacées ou moraines. Au sud des monts Alaska, dans les fiords et les inlets ou coupures qui caractérisent la cAte , il y a beaucoup de glaciers isolés, tant dans la péninsule qu'au long de la côte jusqu'à l'tle Vancouver ; mais au nord de la chaîne, comme je Tai dit, on n'a rencontré aucune trace des phénomènes glaciaires. Aucun sommet ne dépasse une altitude de 2 à 3000 pieds anglais, à l'exception des pics volcaniques des monts Alaska, et de quelques sommités, non volcaniques probablement, des monts Romanzoff. Les montagnes de la vallée du Youkon se composent pour la plupart de roches quartzeuses.

« On a trouvé de Tor au voisinage du fort Toukon, et du charbon en beaucoup d'endroits, mais nulle part en quantité rémunératrice. L'ambre existe à l'embouchure du Youkon, et le rubis dans Tlle Saint-Georges. »

Sur la population de la terre d'Alaska, voici les observations de M. Dali :

« Les habitants appartiennent à deux races. Les Esqui^ maux (nom qu'il vaut mieux écrire Eskimos , pour éviter une inutile accumulation de voyelles), c'est-à-dire les tribus littorales du Nord, sont réellement une belle race ; ce sont des hommes intelligents, grands, bien pris, de formes athlétiques, tout à fait différents, en un mot, de l'idée que nous nous formons d'un Eskimo. Sans le moindre doute, ils ne forment qu'une seule et même race avec les Eskimos

AUSK4- 18^

da Groenland, avec les tribus qui bordent an nord et à l'est les cAtes boréales de rAmériqne, et at^si avec les Aléouts et les tribus de la côte Nord-Ouest depuis la mer de Bering jusque vers le mont Saint-Elias^ C'est ce que prouvent les nombreux rapports des idiomes de toutes ces tribus, ce qui est également vrai des Tchouktcht de la pointe N. E. de la Sibérie. Toutes ces populations, quelle que soit la région qu'elles habitent, se tiennent au voisinage de la mer.

^ Les Indiens se trouvent partout dans Fintérieur; ils appartiennent à la race américaine aborigène, comme le prouve la comparaison de leurs dialectes ^ Us se distinguent complètement des Eskimos, avec lesquels ils n'ont d'autres rapports que ceux du trafic, et à beaucoup d'égards ils sont inférieurs aux trib^s littorales *. »

Nous trouvons dans un rapport du major-général Halleck (n" 200), commandant la division militaire du Pacifique *, quelques détails principalement statistiques sur la population de l'Alaska. Mais comme ce document, indépendamment de l'altération des noms, ne nous apprend rien que nous ne sachions mieux d'ailleurs, tant par les notices de M. de Yrangel (au l*' volume des Beitràge zur Kenntniss

t. Jusqu'au 140* degré de lat. 0. (de Greenwich]^ dit M. Dali. La limite que Ton assigne ordinairement aux tribus de l'Ouest, qui se rattachent aux Eskimos, et àcellesde TEst qui appartiennent à la race continentale, est TAthna, ou riT. du Cuivre, qui débouche dans 1*0céan vers le 145* degré de longitude à TO. du méridien de Greenwich. V« S. M.

S. Comme le prouve bien mieux encore la ressemblance des traits et de la configuration physique qui se maintient dans toute l'étendue du continent d'une manière bien plus absolue que l'analogie des dialectes. V. S. M.

3. Cad n'est vrai que des populations du Nord-Ouest. Plus à TEst, et surtout plus au Sud , la yaleur relative des deux races est tou| à fait l'inverse. V. S. M.

4. La division militaire dite du PadUque se compose de trois pro^ vinces, la Californie, l'Orégon et l'Alaska, et elle a pour chef-lieu San- Frandsca

des rtissischm Reiches) de Baer et Helmersen Saint*Pé« tersbourgy 1839) que par quelques-unes des récentes publications sur Vancouver et la Colombie anglaise , nous nous dispensons de le reproduire. Nous relèverons seulement le chiffre approximatif de 25 000 âmes attribué à la totalité des tribus Koloches ou Koltchânes (nom dont on fait Eoloschiens, transcription non moins barbare que le peuple lui-même), chiffre sur lequel 12 à 13 000 appartiendraient au territoire maintenant américain. Nous ne pouvons sûrement pas tarder à recevoir sur l'ethnographie de l'Alaska des informations plus précises.

Un journal américain, le Daily Alla Califomia\ donne les détails suivants sur l'expédition américaine destinée à observer Téclipse solaire du mois d'août prochain. « L'expédition d'Alaska, dont la direction est confiée au professeur George Davidson du corps des ingénieurs hydrographes, a été organisée non-seulement au point de vue général de la science, mais spécialement pour concourir aux déterminations géographiques auxquelles le corps hydrographique (Coast Survey) est destiné. Le principal objet est la détermination de la longitude de quelque point compris dans le territoire d'Alaska où l'éclipsé du 7 août sera centrale. Le steamer Newbom, qui transportera la commission, touchera à Tongas, à Wrangel et à Sitka, où il sera fait des reconnaissances locales et des déterminations géographiques. De ce point la mission franchira en canots la distance de 160 milles jusqu'à la rivière Tchilkâht, par 59* 15' de latitude, au fond du Ghatham Strait. On remontera cette rivière jusqu'à ce que l'on y trouve un point qui réponde à l'éclipsé centrale. La tribu indienne des Tchilkâhts compte en tout 2000 âmes, et on peut éprouver de leur part quelque difficulté à pénétrer dans leur pays ; mais le général Davis a déjà pris les devants à cet égard près de leur chef. On espère trouver là un point élevé de

1500 mètres au-dessus de la mer, où l'on sera hors de J'atteinte des brouillards de la côte. Le professeur Davidson, qui a déjà séjourné à la bouche de la Tchilkftht comme chef de l'expédition de 1867, est, au total, moins en peine des Indiens que du temps.

« La seconde expédition navale qui doit observer l'éclipse dans les parages de la mer de Bering se composera de deux partis. L'un doit s'installer sur la ligne de Téclipse centrale dans Morton Sound, au S. 0. du Détroit, et l'autre dans le sud du cap Oriental, en Asie. Les baleiniers attribuent les brouillards continuels qui régnent dans la mer de Bering à la rencontre du courant .chaud du Kamtchatka, détaché du grand courant japonais, avec les eaux froides de la mer Arctique et celles du Youkon.... >

L'expédition scientifique de 1867 dont il vient d*être question à l'occasion de celle de 1870, est mentionnée dans le dernier rapport (pour 1867) des directeurs de l'institution Smithsonienne. Elle avait aussi pour objet de recueillir des informations sur le nouveau territoire américain du Nord-Ouest. Elle avait pour chef le capitaine Howard, et elle était accompagnée d'une commission spéciale d'ingénieurs hydrographes du Coast Survey sous la direction de M. Davidson. L'institution Smithsonienne avait fourni des instructions pour les observations de physique et les recnerches d'histoire naturelle. L'expédition employa plusieurs mois de 1867 à ses explorations. Un. très-bon mémoire sur le pays visité a été rédigé par M. Davidson, et imprimé par ordre du Congrès.

On voit que les matériaux s'accumulent. Ce pays, jus* quà présent perdu dans les brumes polaires, va prendre rang parmi les contrées les mieux connues de l'extrême Nord.

Un dernier détail d'organisation. Six points du territoire

baie de Fundy; trad. de l'angl. Parts, 18B9j in-8, xii-344 p. 4 fr. (Bossange) .

Publications da Dépôt de la marine.

Géographie politique.— Terre-Neuve. Le territoire de la baie d'Hudson. La Colombie anglaise.

. L'État confédéré du Canada achève de se constituer en un corps politique. On sait que depuis deux ans (V. nos deux précédents volumes) les ci devant colonies anglaises du Canada se sont unies, vis-à-vis de la politique envahissante de leur voisin du Sud, en une Confédération qui a pris le titre de Dominion of Canada^ et qui se gouverne librement sous la surveillance d'un gouverneur général nommé par la métropole. Jusqu'à ce moment le Dominion n'a compris que les trois colonies principales, le Canada proprement dit, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Bnmswick: les autres Ëtats étaient restés en dehors de rUnion, par suite de difficultés provenant soit dô leurs charges particulières, soit de leur position commerciale. Mais ces difficultés se sont aplanies, et toutes les colonies restées en dehors du premier noyau sont sur le point de s'y adjoindre. La chambre des communes et le sénat de la Confédération viennent de voter Tadmission de Tile de Terre-Neuve au sein de la Confédération. Le vote de la chambre des communes a eu lieu à une grande majorité, et celui du sénat a été unanime. L'ile de Terre-Neuve y gagnera de voir son tarif douanier abaissé de près de moitié et de receyoir un subside annuel.

C*est le 5 mars, par un vote de 17 voix contre 7, que la législature de Terre-Neuve avait décidé, d'accord avec le gouverneur, que l'île demanderait à faire partie du Dominion. Depuis lors, des délégués avaient été envoyés poar s'entendre avec le cabinet fédéral au sujet des résolutions

relatives à l'entrée de cette province dans la Confédération.

Les principales de ces résolutions sont les suivantes :

Le Canada sera responsable des dettes et obligations de Terre-Neuve, telles qu'elles existent au moment où commence l'union.

Afin de placer l'intérêt de la dette publique de Terre- Neuve sur le même pied que celui des autres provinces, le Canada prendra des arrangements pour substituer aux effets publics qui représentent aujourd'hui la dette de l'île les bons ou effets publics soit de Tancienne province du Canada, soit des provinces de la Nouvelle*Éco8se ou du Nouveau-Brunswick, émis avant le l*' juillet 1867.

L'île de Terre-Neuve, n'ayant pas de dettes aussi considérables que celles des autres provinces qui constituent actuellement le Dominiany aura le droit de recevoir du gouvernement général un intérêt au taux de 5 pour 100 par année sur la différence existatnt entre le montant réel de sa dette et la dette par tête de la population de la Nouvelle- Ecosse et du Nouveau-Brunswick, — la population de Terre-Neuve étant évaluée à 130000 âmes.

L'accord est donc définitif. Quelques objections avaient été soulevées au sujet des sacrifices pécuixiaires, d'ailleurs peu considérables, que le payement des subsides accordés à l'île entraînera pour le Dominion.

Le ministre des finances a répondu que l'acquisition de Terre-Neuve, comme celle de l'ile du Prince-Edouard, était devenue une urgente nécessité si l'on voulait donner au Dominion sa signification véritable. « Conmiençons par nous débarrasser du souci de nos limites, a-t-il dit, et une fois que notre organisation extérieure sera parfaitement définie, et que les accessions territoriales n'exigeront plus d'application de notre part, nos efforts se porteront avec énergie vers les grandes améliorations intérieures, v

190 AMÉRIQUE DU NORD. (n^ 202-210)

Des questions plus difficiles, parce qu'elles tiennent à de plus grands intérêts et à des droits plus anciens, se sont présentées lorsqu'il s'est agi des immenses territoires relevant de la Compagnie de la baie d'Hudson. Ces territoires, qui s'étendent au-dessus du Canada vers le Nord et le Nord-Ouest, embrassent presque toute la largeur du continent américain, depuis le détroit de Davis et le Labrador jusqu'au delà des Montagnes Rocheuses. Ce sont des pays de plaines incultes, de lacs et de marais, dont le sol et le climat sont absolument impropres à toute culture (sauf quelques portions dans le sud-ouest), mais où la chasse des animaux à fourrures est une source de très-grands profits. U est bon de rappeler quelques antécédents historiques. Au milieu du dix-septième siècle, une expédition partit d'Angleterre pour l'Amérique du Nord, sous le commandement d'un certain Rupert, dans le but de se livrer au commerce des pelleteries et du minerai. Sur la demande de ces navigateurs, le roi Charles U constitua le territoire qu'avait découvert Hudson en 1610, et qui depuis oette époque était resté inexploré, en plantation royale {royal plantation) jsona le nom de terre de Rupert (Rupert'iLand); la propriété en fut concédée à Rupert et à ses compagnons, ainsi que le monopole du commerce et le droit de bdre des lois et règlements pour le gouvernement de la plantation.

Cette charte, adaptée aux besoins de l'époque, assura pour longtemps la prospérité de la nouvelle compagnie, dont le territoire s'étendait, au sud de la mer d'Hudson, entre la Nouvelle-Gralles à l'ouest, le Canada au sud, et le Labrador à l'est. Le seul commerce auquel elle se livra au début était celui des fourrures. On ne soupçonnait pas encore l'existence de gisements d'or.U n'y avait ni voisins ni conunerçants ruraux. Quant aux naturels du pays, ils ne donnaient aucun eml i .traitait humainement dn

reste, et, en ] i à la conH

pagnie OomuM chas*

seurs. Dans des conditions aussi favorables, le commerce de pelleteries donnait aux actionnaires du fonds primitif des dividendes de 60 et 70 pour 100. Ce ne fut qu'au commencement du siècle actuel que commença la période des difficultés. La colonisation européenne, en s'étendant de plus en plus dans les diverses parties de l'Amérique , finit par atteindre les confins du territoire de la compagnie, qui, dès lors, se trouva en face d'une concurrence sans cesse grandissante.

D'un côté les settlers du Canada, de l'autre ceux des États-Unis, s'approchent de la région d'Hudson, dont quelques portions, d'ailleurs, ne sont pas aussi stériles qu'elles en avaient la réputation. Dans la partie méridionale, notamment, se trouve un espace propre à la colonisation : ce sont des prairies de la même qualité que celles qu'arrosent rOhio et le Mississipi, et des forêts à proximité de cours d'eau. Ce territoire a reçu le nom de BeU FertUey et comprend environ deux millions d'acres ; il s'étend depuis la frontière des États-Unis au sud jusqu'au Saskatchewan au nord, et depuis les Montagnes Rocheuses à l'ouest jusqu'au lac Winnepeg à l'est. Cette région possède aujourd'hui une colonie agricole, appelée colonie de la Rivière- Rouge, qui a commencé par être un poste militaire fondé par lord Selkïrk en 1812, et qui compte actuellement une population de 15 000 âmes.

Du côté du sud, la situation de la compagnie n'est pas plus avantageuse. A mesure que les colons américains du territoire de Montanay qui appartient à l'Union, avancent vers le nord, ils poussent devant eux les Indiens qui se répandent sur les domaines de la compagnie et y jettent le désordre. Quelquefois aussi les naturels commettent des dépradations à l'égard des colons américains ; les autorités civiles de l'Union réclament l'extradition des envahisseurs, et comme la compagnie est incapable de les livrer^ les ttonpea fédérales franchissent parfois la frontière*

Ces différentes considérations ont fait naître la pensée d*aûnexer au Canada le territoire de la baie d'Hudson, ou tout au moins la partie susceptible d'être colonisée. C'est sur cette base que des , négociations ont commencé, il y a déjà six ans, entre la compagnie et le gouvernement canadien, par Tentremise des ministres successifs des colonies de la métropole. Jusqu'ici, toutes ces négociations avaient été inutiles. Le Canada et la Compagnie, bien que désireux également d'arriver à un arrangement, ne pouvaient s'entendre sur les conditions. Au mois de mars dernier, une sorte d'ultimatum fut proposé par le secrétaire d'État des colonies, lord Qranville.

D'après les termes de la transaction projetée, la compa« gnie devait recevoir 300 000 livres sterling payables imoiédiatement ; on lui reconnaîtrait en outre le droit de revendiquer à tout instant, dans le cours des cinquante années suivantes, une concession gratuite d'un vingtième de l'étendue du Belt Fertile. En retour, la compagnie devait céder tous ses droits territoriaux au Dominion of Canada^ et renoncera son monopole. Elle pourrait toutefois continuer le commerce avec la franchise de toute taxe excep^ tionnelle, et recevrait pour cet usage 50 000 aères dans les parties environnant ses stations actuelles.

Cette combinaison a obtenu l'accord des deux parties. Elle parait, du reste, également avantageuse à chacune d'elles. En définitive, il n'est imposé à la compagnie d'autre sacrifice que celui de son monopole ; en dehors de ce privilège, le territoire qu'elle abandonne était en effet pour elle sans valeur. La perte du monopole sera, du reste,, compensée pour la compagnie par la protection que le gouvernement du Canada ne manquera pas, dans son propre intérêt, d*accorder au commerce des pelleteries, en tant que ce trafic ne nuira pas à la colonisation permanente, ce qui n'est pas à craindre, en raison de la vaste étendue du territoire et de la diversité du climat.

D'un autre côté, la transaction relève les aclionnaires des lourdes charges que leur imposait le gouvernement du territoire, et des risques et dépenses de la colonisation. L'incorporation s'est effectuée, sur ces bases équitables,; par un vote définitif du parlement canadien, le 31 mai ^

L'acquisition nouvelle entre sous la dénomination de Territoires du Nord-Ouest dans la Confédération; elle n'y figurera en qualité de province^ avec une législature locale et une administration propre, que lorsque le chiffre de sa population, encore faible aujourd'hui, aura pris une extension suffisante. En attendant, ces territoires, comme cela se pratique aux États-Unis, seront administrés, sous le contrôle du gouvernement général, par un lieutenant-gouverneur et un conseil choisi parmi les principaux fonctionnaires ou habitants du pays, et cela en vertu d'un bill spécial que le parlement fédéral votera à cet effet.

Cette solution importante en prépare une autre qui doit compléter la délimitation du Dominion entre les deux océans : c'est celle de la Colombie britannique. Cette colonie anglaise, la plus récente de toutes, est située sur le versant occidental des Montagnes-Rocheuses, entre la grande chaîne et l'océan dit Pacifique; l'île Vancouver (dont le commandant Browne, chargé d'une exploration officielle, vient de donner la description et la carte les plus complètes qu'on en eût encore, — ci-dessus, n" 206), l'île de Vancouver, disons-nous, en fait partie, et elle est enserrée au nord et au sud entre les territoires américains : d'un côté rOrégon, de l'autre l'Alaska. Une dépêche de lord Granville au gouverneur de la Colombie anglaise, à la date du 14 août dernier, précise bien [la situation actuelle. Voici les points pri^'cipaux de cette dépêche :

a La Colombie est la possession anglaise sur laquelle la m6«

L*ANNÉG CÉOCR. VIll. l3

194 AMÉRIQUE DU NORD. (n*' 202-210)

tropole a l'action la plus directe dans rAmérique du Nord. Il a été proposé plusieurs fois de Tanexer au Canada, et de réunir Ainsi dans un même lien fédératif les colonies anglaises des bords de l'Atlantique et celles du Pacifique, de manière à leur donner une vie commune et à asseoir ainsi sur des intérêts communs l'ensemble de ces vastes possessions. Mais tant que le territoire de la Compagnie de la baie d^Hudson restait en dehors de cette combinaison, il était impossible d^y songer sérieusement. Aujourd'hui, au contraire, le rachat de ce territoire est un fait accompli, et il est probable qu'au premier jour la reine se trouvera invitée à incorporer, par décret, toutes les possessions nord-américaines de l'Angleterre dans le Dominion du Canada, et il convient d'envisager sérieusement la question. »

Ici, parait-il, les avis sont partagés dans la Colombie. Toutefois, le noble comte croit que l'opinion dominante est en faveur de l'union, et, d'un autre côté, le gouvernement métropolitain partage absolument cette manière de voir. Il croit, en effet, qu'une assemblée législative composée d'éléments empruntés exclusivement aux possessions anglaises nord-américaines^ se trouverait en mesure de s'occuper bien plus complètement et plus utilement des affaires locales que ne peut le faire le gouvernement métropolitain. Il croit que la fusion des intérêts amènerait la diffusion du capital et de la riohesse sur chaque partie du tout, tandis que l'état actuel en maintient la concentration sur quelques points indifférents les uns pour les autres, et souvent rivaux. Il croit enfin que la nécessité des communications, en même temps que leur difficulté actuelle, amènerait plus promptement la création d'une voie rapide, destinée à relier les colonies de l'Atlantique avec celles du Pacifique, en répandant la vie dans les espaces intermédiaires.

Le comte Granville invite le gouvernement de Victoria à donner de la publicité à sa dépêche, afin de permettre aux populations de la colonie de faire connaître leur manière de penser à cet égard. Il l'autorise également à prendre avec sir John Young, gouverneur général du Canada, les dispositions nécessaires pour mener cette affaire à bonne fin.

Le gouvernement central désire, du reste, que les questions de détail soient résolues par les soins du gouvernement local.

EXPÉDITIONS POLAIRBS. 195

usa EXPÉDITIONS POLAIBBi.

ÉTUDES ET YOTÀOBS.

211. J. G. XoHL. Die erste deutsche, yoq der Weser au8 um das Jahr 1048 Veranstaltete, Entdeckungsreise zum Nordpol. Mittheilungen de Petermann, 1869, n* 1 (jan?.)i P« 11-19.

Sar cet ancien voyage des pécheara brtmoit, on peot rtûr aassi l*Hi8toire des naTigations dans le Nord d'Adelong {Hotte, 1768, in-4"), p. 31.

212. C. BosRGEN und R. Copbland, Astronomen und Pbysiker der zweiten deutschen Nordpolar Expedidon. Kurse Geschichte der Ueberwinterungen in den arktischen Regionea w&hreod der letzten 50 Jahre. Ibid., n* 4 (avril), p. 142-154.

213. Das neu entdeckte Polar-Land, uod die Xxpeditionen im Eismeere nœrdlioh der Bering-Strasse, vom 1648 bb 1867. Ibid., !!• 1 (janv.), p. 26-37. Carte.

214. À. E. NoRDBNSKioLD and Fr. W. von OrriB. Account of the swedish North-Polar expédition of 1868. Proceedings of the Roy. Geogr. soc, yol. XIII, 1869, n» 3, p. 151-165 (Extrait). — Discussion, p. 165-170.

215. Is. J. Hates. Perdus dans les glaces. Ouvrage trad. de l'anfrl. par L. Renard. PariSf 1870, grand in-8, avec iliustr. (Hachette).

Récits populaires dont bien d'antres que les enfants peuvent faire leur profit, pour s'initier A cette rude vie des voyages polaires qu occupent tant aujourd'hui l'attention publique.

Sur le D' Hayes et son expédition arctique, qui l'a conduit, en 1861, à la terre la plus élevée dans le Mord que l'on ait encore atteinte (31* 35'), voir le volume précédent de VAnnée géograj^iquCf p. 348 et 340, n»* 422 et 423.

216. D' G. Hartwio. The Polar World, a popular description of Man and Nature in the Ârclic and Antarctic régions of the globe. Loftd., 1869, in-8, with illustrations. 21 sh. (Longman).

217. J. TiLLOTSON* Adyentures in the ice : a compcehensive sum

196 AMÉRIQUE DU NORD. (n* 211-223)

mary of arctic exploration, discovery and adventure. Lond., 1869, in-8, fig. (Hogg).

218. C. Weyprecht, k. k. Schiffslieulenant. Die Nordpolar-Frage. und die verschiedenen Plane zu ihrer Lœsung. Aréhiv fur Seeweserij a. 1869. — Reproduit dans les Mittheilungen de U Soc. de géographie de Vienne, 1869, n*» 7, p. 413-427.

219. R. V. H A HILTON. R. N. On open water in the Polar basln. Proceed. of the Roy. Geogr. soc, vol. 13, n» 3, juillet 1869, p. 234- 240. — Discussion, 240-43.

Le début de la Note du capitaine Hamilton en résume saflîsamment le contenu. « L'idée d'une mer ouverte et d*un cliooAt relatiTement tempéré au voisinage du pôle, se recommande en tout cas par son ancienneté, et elle a été adoptée, de nos jours, sur des fondements scientifiques, par beaucoup de géographes éminents, par M&ory, entre autres, qui s'efforce de soutenir les conclusions théoriques par des arguments tirés des explorations modernes, et des observations de VAdvancej du Resolute et du Fox sur les glaces flottantes. Il y aurait de la présomption de ma part à contester la justesse des déductions scientifiques d'un physicien aussi éminent; néanmoins, ayant l'expérience pratique de deux voyages à la mer Polaire, je crois pouvoir montrer que les conséquences qu'il a tirées de relations des navigateurs sont erronées, et qu'il ne les aurait pas acceptées si son expérience personnelle du mouvement des glaces avait égalé ses connaissances scientifiques. »

220. F. G. I. LuDERS. Das Nord-oder Polarlicht, wiees istundwas es ist. Eine Zusammenstellung von Tbatsachen Qber dasselbe und diesem verwandte Erscheinungen der Atmosphère. Nach Bcobachtungen im Westen der Vereinigten Staaten yon Nord Amerika. Hamhurg, 1869, iQ-8, 45 p. (Richler).

Chapitre important pour l'étude de la physique terrestre et des Courants atmosphériques.

221. Mor. LiNDEUAN. Die arktische Fischerei der deutschen See« stâdte, 1620-1868, in vergleichender Darstellung. GoUha^ 1869, in-4'*, VI- 118 pages à 2 col., avec 2 cartes (forme le n* 26 des Ergànxungihefte ou cahiers complémentaires des MiUheUun' yen) .

222. W. von frebden , director der Nord-Deutschen Seewarte. Die wissenschaftiichen Ergebnisse der ersten deutschen Nord&hrt, 1868. MUtheilungeu de Petermann, 1869, n« 6 (juillet), p. 201- 219; carte.

Exposé des résultats acquis pour les sciences physiques dans U première expédition polaire de la Gertnaniaj 1868.

223. A. Petermann. Instruktion fQr die zweite deutsche Nord-polar Expédition, 1869-1870. {(^otha) 1860, 8 pages in-4^

— Traduites dans les Annales d'js Voyages, octobre, pi 20'38*

S 1*'. Les tentatives polaires par la mer du Spitzberg. L'Angleterre. La Suède. L'Allemagne. — La Germania.

Depuis quatre ans une grande question géographique, — la question d'un voyage au Pôle, — s*est fortement emparée de l'attention du inonde savant, bien plus, de l'intérêt du grand public européen. Depuis quatre ans les questions théoriques et pratiques que soulève cette rude entreprise sont discutées en Angleterre, en France, en Allemagne, par les hommes les plus compétents. Au delà du 80^ parallèle, qui décrit sur nos globes, à 10 degrés du pôle, un cercle rétréci à demi perdu dans les glaces et les frimas, un dernier espace s'étend oii jusqu'à présent les marins les plus intrépides n'ont pu faire que de rares et courtes percées. La calotte polaire reste pour nous l'inconnu dans son acception la plus absolue. Et pourtant la physique terrestre, aussi bien que la géographie de notre hémisphère boréal, n'auront pas dit leur dernier mot tant que le Pôle, ce point mystérieux de la planète, n'aura pas été vu par l'homme.

L'Allemagne, nous le savons, a dans M. Augustus Petermann un ardent promoteur des expéditions arctiques ; l'insDCcès de Tan dernier, dû à une saison qui parait avoir été exceptionnellement défavorable ', n'a ni refroidi ni rallenti son zèle. L'automne et l'hiver ont été activement consacrés aux préparatifs d'une nouvelle tentative, plus puissamment organisée que la première. Comme chez nous, M. Petermann a fait appel à une souscription nationale, à une souscription exclusivement allemande ; et sa voix, qui a une si grande et si légitime autorité, a été entendue. Les sommes déjà réunies ont été suffisantes pour que Ton ait pu faire toutes les dispositions du départ. L'expédition

i. Voir notre volume précédent, p. 355.

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a pris la mer le 15 juin ; et huit jours après elle entrait en plein dans le cercle de ses opérations. Les travaux d'appropriation ont été exécutés dans le port de Brème (Bremerhaven), à Tembouchure du Weser ; c'est de là qu'est partie l'expédition .

L'heure est aux voyages polaires; au mois de juillet dernier il n'y avait pas moins de cinq expéditions engagées dans la mer Arctique, occasionnellement ou exclusivement destinées à Texploration scientifique de la route du pAIe. Toutes sont des expéditions privées; jusqu'à présent les gouvernements se sont abstenus de leur concours o£Eciel dans ces entreprises, quoique les princes et les souverains y aient généreusement concouru de leur propre bourse. De ces cinq expéditions, trois sont allemandes, une norvégienne et une anglaise. Elles ont toutes engagé la lutte dans la partie de la mer Glaciale qui s'étend du Groenland au Spitzberg, et à l'est du Spitzberg vers les côtes sibériennes. Les deux autres grandes voies par lesquelles on peut espérer de s'ouvrir une percée vers le pôle, la voie du détroit d'Inglefield au nord de la mer de Baffin, et celle de la terre de Yrangel par le détroit de Bering, sont quant à présent hors de concours.

L'expédition anglaise est une entreprise toute personnelle ; elle a pour auteur un riche Écossais, un membre du parlement britannique, M. Lamont, qui a consacré 8 à 10000 livres sterling (200 à 250 000 francs) à équiper son yacht à hélice Diana^ un joli navire de 250 tonneaux, pour nne course de deux ans dans les glaces de l'extrême Nord. Marin expérimenté, géologue, homme d'énergie et d'entreprise, M. Lamont se proposait de tenter sa voie entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble. U y a dans ces parages, un peu à l'est du Spitzberg, une terre que plusieurs marins ont aperçue depuis le commencement du derrier siècle, et qui porte sur nos cartes le nom de Gillis ; M. Lamont se proposait de reconnaître cette terre et d'en remonter aussi loin

que possible le côté occidental. On ignore quelle est retendue de cette terre nouvelle dans la direction du nord ; mais il est possible qu'en longeant la côte occidentale aussi loin qu'elle peut conduire , on soit dans une bonne voie pour atteindre une haute latitude. C'est, on le sait, une loi générale dans toute la région arctique, que les glaces s'accu* mulent sur les côtes exposées à l'orient, tandis que celles qui regardent l'ouest sont comparativement et souvent absolument libres. M. Lamont ne croit pas à la mer libre du pôle, non plus qu'à la possibilité d'arriver par eau jusqu'au pôle même; mais il croit possible de s'élever à travers les glaces flottantes au moins à 200 milles plus haut qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, c'est-à-dire jusqu'aux environs du 85* parallèle, où sans doute on trouvera la banquise de glace fixe qui forme, dans son opinion, la calotte polaire. M. Lamont avait avec lui un naturaliste et un peintre ^

L'expédition norvégienne, anglo-norvégienne pour mieux dire, était conduite parle capitaine Palliser: son navire est un petit schooner à voiles accompagné d'une chaloupe à vapeur. Déjà familiarisé par des navigations antérieures avec les parages du Spitzberg, le capitaine Palliser, comme M. Lamont, se proposait d'explorer la mer qui s'étend du Spitzberg à la Nouvelle-Zemble. Toutefois il ne semble pas que les projets d'exploration scientifique fussent ici au premier plan. L'équipage était d'une douzaine de vigoureux Norvégiens, à la fois marins et chasseurs. Le capitaine Palliser quitta Yadsœ, sur la côte de la Norvège, au commencement de juin.

Des trois expéditions allemandes, deux appartiennent à M. Rosenthal, un des premiers armateurs de Brème. M. Bosenthal envoie tous les ans à la grande pêche dans les mers du Nord ; cette année, comme Tan dernier, il avait disposé

1. Voir ta lettrt du 30 avril au président de la Société de géographie de Lon4re8, dana )es Ffoeeeiingi de 1» Sooi^ié, vol. XUI| p. ^«

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ses expéditions de manière à seconder autant que possible celle de la Germania. Un de ses deux navires, le Bienenkorbj vapeur àhélice de 400tonneauXy était sous le commandement du capitaine Hagens, avec un équipage de cin* quante-cinq hommes et un approvisionnement pour dix à douze mois. Un physicien astronome, le docteur Dorst, de Juliers, était à bord pour les observations scientifiques. Le champ projeté des opérations était la mer du Groenland jusqu'à la Terre de Gillis, et la reconnaissance aussi haut que possible du Groenland oriental. Le Bienenkorb mit h la voile de Bremerhaven dès le 21 février, afin d'étudier l'état des glaces avant le départ de la Germania.

Le second navire de M. Rosenthal, le vapeur à hélice VAlbertf de 700 tonneaux, avait pour commandant le capitaine Hashagen. Son équipage était de cinquante-quatre hommes, avec quinze mois d'approvisionnement afin d'hiverner au besoin. Le docteur Emil Bessels, d'Heidelberg, était à bord comme astronome, ainsi qu'un zoologue, un dessinateur, etc. Le but était de contourner le Spitzberg, d'opérer la reconnaissance de la Terre de Gillis, de sillonner le bassin compris entre le Spitzberg et la Nouvelle- Zemble jusqu'à d'aussi hautes latitudes que possible, et enfin de suivre les côtes de la Sibérie à la recherche des gisements de dents de mammouth. L'Albert partit de Bremerhaven le 23 mai.

Ces diverses expéditions (sauf celle de M. Lamont) combinaient, comme on le voit, l'exploitation industrielle avec l'investigation scientifique ; celle de la Germania seule a été organisée pour une campagne exclusivement consacrée à la science. Elle se compose de deux bâtiments, la Germania^ vapeur à hélice de 143 tonneaux et de la force de 30 chevaux, et la Hansa, brick à voiles de 240 tonneaux. La Hansa est le bon petit navire qui l'an dernier, sous le nom de Germania^ a déjà tenté sa fortune Bcien,tifique dane les rudes parages du Spitzbergi où lei glacei lui ont barré la

route un peu au delà da 81» parallèle. Cette année elle a cédé son nom à son chef de file, mais sans renoncer à faire bravement son devoir comme second, à la fois conserve et messager. L'éqnipage total est de trente et un hommes, dont six hommes de science, MM. Bœrgen, Buchholz, Go peland, Laube, Pansch et Payer, avec le capitaine Eoldewey comme chef et le capitaine Hegemann comme second. L'expédition est approvisionnée pour deux ans. Ses instructions, rédigées par le docteur Petermann (n** 223), ont pour but l'exploration aussi complète que possible de la région arctique, en prenant la côte orientale du Groenland comme base et le pôle comme objectif. Des observations et des études hydrographiques et physiques propres à compléter celles de Tannée dernière, la mesure d'un arc du méridien, Texploration de la côte du Groenland au delà du 76* degré de latitude (dernier point connu), la reconnaissance de la Terre de Gillis, etc., tels sont les objets qu*ont eu en vue les organisateurs de l'expédition. Elle est partie le 15 juin de Bremerhaven.

Un détail qui a son intérêt. La dépense des deux expéditions allemandes, celle de Tannée dernière et celle de cette année, s'élèvera, d'après le calcul du Comité de Brème, à 80600 thalers, soit 300 000 francs environ. Au 4 décembre 1869, la souscription publique (toujours ouverte) avait couvert 46 582 thalers (174 700 francs), à peu près les trois cinquièmes de la dépense présumée.

Nous n'avons rien dit de plusieurs expéditions simultanées aux côtes de la Sibérie, indépendamment de celles du capitaine Palliser et de V Albert de Brème, parce qu'elles concourent moins directement au grand objet de la recherche actuelle. Le patron norvégien Garlsen, en vue de chercher un nouveau champ pour la pêche delà baleine, a franchi cette année le détroit de Vaîgatz, parcouru la mer de Eara, et longé la côte sibérienne jusqu'à la Bélol-Oatrov ou lie Bltnche des Russes, qui précède Tentrée du vaste estuaire

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de rOb. Le capitaine russe Simonof était chargé dans le même temps d'effectuer une reconnaissance hydrographique de l'embouchure de l'Ob et de celle du Yéniseï ; enfin une expédition russe, sous les ordres du baron Maydel, se portait par terre yers le pays des Tchouktchis, à la pointe extrême de la Sibérie sur le détroit de Bering, chargé en même temps de faire des observations et d'opérer des relèvements sur la partie de la côte qui fait face k la Terre de Vrangel.

La grande question du pftle est, on le voit, vigoureusement attaquée par une pléiade d'explorateurs, les uns a'attachant à déblayer les approches et à préparer la voie, les autres résolus à pousser en avant tant que des obtaclea absolument insurmontables ne se dresseront pas devant eux. Les premiers ont maintenant terminé leur campagne de 1869. Le Bienenkorb est rentré à Brème le 31 août, V Albert le 22 septembre. M. Lamont est rentré à Dundee (Ecosse) le 6 octobre, après avoir touché au Spitzberg et à la Nouvelle-Zemble, mais sans avoir pu aborder la Terre deGillis, ni forcer les glaces au delà du 80* parallèle. Le Bimenhorb non plus n'avait pu, malgré des tentatives opini&tres, pénétrer la puissante barrière de glaces qui défend cette année encore les approches du Groenland oriental ; cependant le docteur Dorst se montrait satisfait de sa récolte d'observations physiques et magnétiques. VAlbett^ arrêté parles mêmes obstacles, n'a pu ni dépasser, à l'ouest du Spitzberg, le 80* degré 14 minutes de latitude (à l'est du Spitzberg on a été arrêté dès le 76* degré 45 minutes}» ni approcher de la Terre de Gillis assez pour eniairelareconnaissance.

La Germania seule est restée sous les armes; mais d'après les rapports dont nous venons de résumer la substance on voit que les choses se présentent sous un aspect médiosrement favorable. Xi'^ntreprise, au surplus, est une lutte

contre la terrible nature de la région polaire, une lutte aussi rude que dangereuse, de tous les jours, de toutes les heures, et le capitaine Eoldewey, de même que ses compagnons et son équipage, y sont préparés de longue main. Les dernières nouvelles reçues à Brème, au moment où nous écrivons, sont du 1* août; elles sont écrites du 72* degré 50' de latitude, par 15^ 40' environ ouest de Greenwich (18^ ouest de Paris). La plus haute latitude que Ton eût encore atteinte (le 17 juillet) était 74^ 59'. Tout allait bien à bord, mais les observations sérieuses n'avaient pu commencer encore. On espérait cependant atteindre promptement la côte du Groenland, que Ton avait en vue.

Il n'est pas étonnant que dans les entreprises d'explorations arctiques, qui tiennent une si grande place dans les préoccupations géographiques actuelles, la pensée se tourne d'abord involontairement vers la partie de la mer polaire qui baigne les extrémités de l'Europe; la plus grande proximité, la fréquence des communications créées par la pèche de la baleine et du phoque, et par suite la facilité relative d'arriver de plein saut sur le théâtre des recherches à entreprendre, sont de fortes raisons qui militent pour cette direction. U faut bien avouer, cependant, que jusqu'à présent les tentatives n'y ont pas donné de résultats qui répondent à ces prémisses. Hudson en 1607, Phipps en 1773, Scoresby en 1806, Buchan en 1818, Parry en 1827, enfin la Germania et les Suédois en 1868, ont tous été ar» rêtés par les glaces bien avant d'avoir atteint le 83* parallèle ^. D'un autre côté, les tentatives par d'autres routes

Hudson 78*56' »

Phipps 80« ZV »

Scoresby 81» 12' 42"

Buchan 80*34' »

Parry 82* 45' » (en traîneau).

Les Suédois 81* 9' »

Là Germania 81* 5' »

ODt-elles fait pénétrer plus avant dans la calotte polaire? c^tst aux chiffres à répondre. Collinson, en 1850, a trouvé les glaces, au nord du détroit de Bering, à 73® 23'; et le docteurs Hayes, celui qui jusqu'à présent a touché la terre la plus élevée au Nord que Ton ait encore atteinte, a dû s'arrêter au 81« degré 35' dans le détroit Kennedy, au nord de la mer de Baffin .

Yoilàau vrai Tétat des choses. Est-ce à dire qu'il faille désespérer du succès? loin de le. L'opinion de la plupart des marins qui ont pratiqué les mers arctiques, et la conviction persistante d'un homme tel que le docteur Petermann, sont au moins une bien grande présomption que les obstacles, si grands qu'ils soient, ne doivent pas décourager les tentatives. Les masses flottantes, les banquises mobiles, les glaces amollies, fongueuses, pourrieSy que l'on a trouvées dans les hautes latitudes au delà des glaces fixes, Vrangel dans la mer de Sibérie, Parry au-dessus du Spitzbeig, Hayes au fond du canal Kennedy, paraissent bien indiquer, quoi qu'on en puisse dire, qu'une mer entièrement libre, telle que l'annonce la théorie scientifique, existe aux environs du pôle. Et puis toutes les grandes découvertes, quand leur jour est venu, ne se sont-elles pas annoncées par cette tension fiévreuse, par ces efforts répétés dans toutes les directions jusqu'à ce que Ton soit au but?

S 3. L'expédition française. M. Gustaye Lambert. — L'état des cbo^M.

Pendant ce temps, l'expédition que M. Gustave Lambert doit conduire au pôle par le détroit de Bering reste paralysée dans le port du Havre. Cette situation f&cheuse nécessite quelques explications. Ces explications, je les ai d.éjà données ailleurs au double titre d'historien et de membre du ci-devant Comité de surveillance de l'expédition : mais il convient de les consigner ici.

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