‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 186 sur 249 · KURDES · texte numérisé non relu

KURDES

l'ArméDie, rÂzerbaldjàn et Plrak, n'a pas de limites bien déterminées, et les Kurdes, essentiellement guerriers et nomades, poussent leurs excursions dans les contrées voisines, s'y établissent, les abandonnent selon les circonstances, sans qu'il soit par conséquent possible de définir avec précision l'étendue réelle de leur territoire. Ce peuple n'a d'ailleurs que peu d'industrie, peu de commerce et pas d'autre gouvernement régulier que le despotisme féodal de ses seigneurs ; sa civilisation parait être aujourd'hui la même que dans l'autiquité, à l'époque où Xénophon décrivait ses mœurs sauvages; quoique divisés entre eux, ils ont cependant, d'un district à l'autre, une pensée commune, celle de conserver cette faculté de vivre à leur guise et de s'administrer eux-mêmes, que nul des conquérants successifs de l'Asie ne parait avoir tenté de détruire. Leur pays» du moins le centre de la contrée assez vague qu'ils habitent, est d'un accès difficile, pauvre, aride. Du reste, sa situation sur la frontière donne aux Kurdesdes faoilités spéciales pour échapper à toute domination trop pesante : ceux mômes qui ont embrassé un genre de vie sédentaire sont toujours prêts à redevenir nomades et à passer soit en Turquie, soit en Perse, selon les circonstances.

On peut les diviser en cinq groupes assez distincts. Le premier, très-engagé dans le territoire persan, est nécessairement , dans la mesure que comporte sa vie nomade, à peu près soumis au gouvernement central dans les provinces deKirmanchab, de Kboraçân, de Mazendéran et de Ghilan, où il est disséminé. Le second, qui habite le sud-est de l' Azerbaïdjan, est composé d'éléments plus sédentaires, mais mêlés de divers groupes étrangers. Il ne peut espérer, dans cette condition, une indépendance même relative, et l*on peut dire qu'il est sérieusement placé sous l'autorité du Gbâb. Le troisième, connu sous le nom de Kurdes de Makoa, au pied du mont Ararat, est beaucoup plus libre. Les seigneurs, très-riches et très-puicsants, y jouissent d'une autorité étendue et peuvent mettre plusieurs milliers de cavaliers en campagne. Le roi de Perse leur confère habituellement le titre de gouverneurs de ce district. Le quatrième groupe kurde est celui qui habite Sondj Boulâk, importante fraction de la province d'Azerbaïdjan, située sur la limite du royaume du côté de la Turquie. On en peut évaluer la population à 250 000 âmes. Le bourg dit de Sondj Boulâk, le plus important de ce canton, est un des points du pays kurde où Pou rencontre quelque commerce : il s'y fait des transac-

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tions assez considérables, sur les diverses ressources et produits de la contrée, chevaux, bestiaux, céréales, tapis. Quant au régime politique, il est, comme dans le précédent groupe, purement féodal. Seigneurie et propriété sont des termes ^ nonymes, et le seigneur gouverne absolument en maître sa famille, sa tribu, ses villages.

Ce district est rattaché à la Perse, dont il dépend an prât de vue commercial, à laquelle il 'paye un impôt» et qui oqbserve le droit de requérir son concours militaire en temps utQe; mais il ne donne aucun soldat à l'armée régulière, et a cou* serve, avec son administration spéciale, son ancien costume national. C'est une population sédentaire, très-forte, très-énergique, et dont jusqu'à présent les gouverneurs avaient été indigènes. Il en avait été de môme dans le cinquième groupe, établi dans la province de Senneh, et qui est le plus considérable, tant par sa position que par son étendue, sa population et son organisation politique. Tels sont à peu près les caractèresgénéraux des tribus kurdes, et Ton comprend qu'il soit parfois asseï difficile à la cour de Téhéran de veiller àradministrationde districts épars, diversement habités, et dont les populations se font une idée aussi incomplète de tout gouvernement régulier. Du moins agit-elle avec prudence, désireuse, avant tout, d'éviter des troubles inutiles, et plutôt disposée à modifier au besoin ses résolutions qu'à agiter des tribus qui, d'ailleurs, tout en réservant leurs privilèges, ne se refusent pas à reconnaître sa souveraineté.

S s. Quelque! notes rar le Mekran.

Avant de quitter llran, empruntons quelques renseignements au lieutenant Ross (n"* 355) sur une de ses ptrties les plus ingrates et les moins connues^ le Afekran* On sait que sous ce nom, dont l'origine est incertaine, Ibi Persans désignent la zone maritime de Baloutchistln, et plus particulièrement la partie occidentale. C'est nne cor trée aride, sauvage, à peine an*osée par quelques courants temporaires, et n'ayant sur une étendue de sept ou hnt degrés de longitude qu'une très-faible et très-rude population. Elle répond à ce que les anciens connurent wob

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le nom de Gédrosie, pays tristement célèbre dans l'ancienne histoire par les souffrances qu'y éprouva Tannée d'Alexandre à son retour de l'Inde. Â une époque qui remonte à plusieurs siècles, le Mekran forma une sorte de confédération de petits territoires régis par leurs propres chefs, mais reconnaissant la suzeraineté d'un chef supérieur ou melek résidant à Eedj. Les principaux territoires confédérés étaient ceux de Bânpour, Eedj, Pandjgour, Toump, Dizflk, Oaïh, Sirbaz et Kassarkand. D'un point de vue plus général on distinguait dans le pays deux régions, le Mekran de Kedj\ comprenant les provinces orientales, et le Rouhana ou Rouhhana Mehrân, division qui comprenait tout le pays à l'ouest de Kedj, et qui' tirait son nom de Tabondance relative de ses eaux courantes (en persan roudf, une rivière), comparée à l'aridité de la division orientale.

Depuis longtemps cet état de choses n'existe plus qu'en souvenir ; loais Redj n'en est pas moins restée, dans le sentiment des tribus, la capitale du Mekran. Nous traduisons du rapport de M. Ross les détails tout nouveaux que nous y trouvons sur l'aspect et la condition de cette ville.

De ce que Kedj est généralement citée comme la capitale ou la place principale du Mekran, on en vient assez naturellement à se figurer cette place comme une ville d'une grande étendue, ayant ses marchés, ses rues et ses édifices. La vue des lieux a bientôt dissipé rillusion. Kedj est un village, rien de plus. 11 est du reste difficile de trouver un terme qui convienne précisément à Kedj ; le mot est employé pour désigner un établissement contenant un certain nombre de forts et de villages, et il faut remarquer que ces sortes d'établissements sont communs à tout le Mekran. Toutes les places principales généralement regardées comme des villes, Pandjgour, Toump, Kolantch, Baho, Dizâk, etc., ne sont en réalité que des abadis, des « établissements 1 qui s'étendent sur une longueur de plusieurs milles, et qui contiennent, sous une dénomination générale, des villages et des forts qui ont chacui^leur nom particulier.

Vabadi Kedj est situé au centre de la vallée, entre deux chaînes de coUines élevées séparées par un intervalle de 10 à

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12 milles (une ving^ine de kilomètres). La partie fertile et habitée qui constitue l'abadi s'étend de l'est à l'ouest sur une douzaine de milles à droite et à gauche de la rivière, laquelle est appelée ici Kedj'khor, mais qui reçoit plus bas le nom de Docht-khor. La plus grande largeur de Kedj ne dépasse pas 3 milles (à peu près 5 kil.); de là jusqu'aux hauteurs le reste de la vallée est aride et pierreux. Le trait dominant du paysage est dans les beaux groupes de dattiers qui bordent les rives du khor. Des karez ou cours d*eau artifldels coupent le pays dans toutes les directions à travers des bouquets d'aii>res, et arrosent les champs qui les bordent. Un certain nombre de forts et de villages suivent les rives du khor, cachés au milieu des dattiers ; aussi ne les découvre-t-on que quand on en est tout près, à Texception du Miri ou palais qui est constmit à une certaine élévation. Les places principales de Kedj sont le Miri, Killa-i~Naoû , Gachtang, Tarbat, Absèr, Kahov-i-kalat, Senghi-kalat et Kalatok; chacune de ces places se compose d'on fort en terre de dimensions plus ou moins grandes, entouré d'un groupe de chaumières. Le Miri est le plus remarquable et le plus respectable des forts de Kedj. C'était autrefois la résidence des chefs ou Meleks ; c'est aujourd'hui celle du nalb oa lieutenant qui régit le pays au nom du khân de Kélat. Il est au nord du khor, presque au centre de Kedj, sur une ëminence qui commande le pays environnant. Construit en terre m61éede pierres rondes, il n'opposerait aucune défense à l'artillerie; mais dans le Mekran, où l'on ne voit guère le canon, la place est regardée comme imprenable.

364. F. WusTBNPBLD. Die Wohnsitze und Wandw ungen der iiabischen St&mme. Gœttingen, 1868, in*4, 84 pages (Extrait de» Mémoires de la Société des Sciences de Gœttingue, t. XIV).

TraducUon derintrodactioa du Dictionnaire géogmphiqfat inédit dn ce -^ lèbre Békri. C*est un catalogue hietorique des tribni arabes avant llsla — misme, avec indication de leur siège pilmitif, de leurs déplacenents et d^^ leurs établissements définitifs. Békri écrivait danslaseeondeBoitiédi::::^^ onxième siècle de notre ère ; il avait à sa disposition bien dos matériani^

qui n'existent plot aujourd'hui. C'est ce qui donne à son ouvrage nne tanportance particulière . Békri n'était pas, d'ailleors, un esprit ordinaire, comme on a pn en juger depuis longtemps par sa description du Nord de l'Afrique; néanmoins il ne faudrait pas chercher dans ses compositions la précision de nos indications scientifiques. Elles n'en sont pas moins précieuses à étudier, puisque ce sont les seulM que les Orientaux, même les plus éminents, nous puissent transmettre. Il est à regretter que le D' Wûstenfeld, dans la publication k part de son mémoire, n'y ait pas joint nne table alphabétique, si nécessaire dans un travail qui se résume en une longue série de noms de tribus. Une carte aurait été également bien nécessaire; elle aurait permis de suivre aisément les indications de l'écrivain arabe, et d'en embrasser d'un coup d'œil les résultats géographiques. Il arrive trop souvent que les savants exclusivement absorbés dans les textes ne se préoccupent pas assez des applications réclamées par l'histoire et la géographie.

Le mémoire suivant du D' Blau répond précisément à ce besoin d*élucidations critiques:

)65. D' 0. Blau. Die Wanderuog der Sabftisehen Vœlkerstinima in 2*" Jahrh. n. Chr. Nach aiabischen Sagen und Ptplemâus. Zeitschr. der deutsehen Morgenlànd, GesdLtehaft y t. XXII^ 4* cah., p. 654-673, avec deux cartes.

Au milieu du crépuscule qui enveloppe d'une lu*ur indécise les temps qui ont précédé en Arabie l'apoetolat de Mahomet, parmi le très-petit nombre de faits conservés par la tradition indigène ou par les témoignages extérieurs et qui présentent un caractère historique, il en est un qui domine tous les autres par la longue impression qu'il a laissée au sein des tribus et par les événements que l'on y rattache : c'est la rupture des digues gigantesques, ouvrage des anciens rois de Saba, qui formaient près de Mareb, alors capitale du pays, un immense réservoir d'où l'on répandait à volonté les eaux et la fertilité sur les campagnes environnantes. La tradition veut que cette catastrophe ait occasionné dans le Yémèn et dans tout le Sud-Ouest de l'Arabie un déplacement de populations, qui porta dans le centre et le nord de la Péninsule des masses entières de tribus auparavant localisées dans le pays de Mareb. Quelle que soit la valeur absolue qu'il faille attachera cette tradition, autour de laquelle se seront groupés sûrement bien des faits indépendants de la rupture de la digue, elle nous a conservé, sur l'état et l'emplacement des tribus entre le premier et le troisième siècle de notre ère, une foule d'indications qui ne nous seraient pas autrement parvenues. Le D" Blau, qui par ses nombreux et savants travaux fait le plus grand honneur au corps consulaire de la Prusse, a eu l'heureuse pensée de rapprocher ces indications, telles qu'on les peut tirer des anciens chroniqueurs et des autres sources nationales, du chapitre irès-détaiilé que Ptolémée consacre i l'Arabie (vers le premier tiers du deuxième siècle de rère chrétienne), et il y a en eflfet trouvé un ensemble de rapports frappants. L'œuvre du géographe alexandrin et les indications de la tradition indigène s'éclairent et s'appuient mutuellement-, les deux cartes eomparées, rédigées par M. Blau à l'appui de son mémoire font bien ressortir ces rapprochements, qui embrassent la péninsule tout entière. C'est un travail d'un extrême intérêt pour l'ethnographie et l'é* tude géographique de l'Ancienne Arabie.

Le D' NoBldeke a (ait, dans la livraison suivante du même journal (t. XXIII, i*' cab., p. 398), quelques remarques sur le mémoire du

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D» Blan. Ces Nmarqnas portent sur on certain nombre dldentifleationi. Le D' Nœldeke n'oserait pas aller, dit-il, jasqn'à identifier la tribu arabe à'Ârhab ayec le peuple derenn tout à fait israélite des Rekhabitetj alors même qne le premier nom ne s'écrirait pas par on heth (la gutturale douce) et le second par un kaf. M. Nœldeke tronre aussi qoelque peu hasardé de tirer du passage de Pline « Oppidum XIIII p. xini Maribba (var. Jf onppa), Paramalacum (var. Palmaiaewn)^ et ipsum non spemendum, item Canon (Sillig, (7arnon), > de tirer de ce passage, disons-nous, la restitution latrippa Alamacum^ interprétée par < latrib des Àmalécites. • Paramalacum^ dans le compilateur latin, est éTidemment donné conmie le nom d'une localité notable, entre Maribba et Canon ou Camon.

U est difficile que des recherches telles que celles du D** Blau ne prêtent pas à des critiques ou i des rectifications de détail ; elles n*en méritent pas moins une très-haute estime, en ce qu'elles réuidssent en une synthèse critique des données anciennes qui peuvent s'éclairer et se compléter par leur rapprochement.

366. D' J. E. PoiAK. Itinerarien maselmanischer Pilger zu den wichtigsten Walifahrtjorten, mit Bezugnahme auf Yerbreitung von Choiera. MittheU. von k, kœn. Geograph. GegeUechaft in Wien, 10" année, 1867-68, p. 63-85.

Sur cette question des caravanes de la Mekke, voici un fait intéressant signalé dans une correspondance de Damas :

■ Autrefois, le voyage des pèlerins déterminait un grand mouvement commercial : un nombre considérable des individus qui en faisaient partie apportaient des marchandises dont ils trafiquaient le long de la route, transformant ainsi chaque campement en une sorte de bazar; parfois même ces marchands apportaient jusqu'à la Ville sainte les objets qn'ils comptaient vendre, et là parvenaient sans peine à les échanger contre les produits de l'extrême Orient apportés par les musulmans de l'Inde. Les caravanes alors ne comprenaient pas moins de plusieurs milliers de pèlerins ; mais aujourd'hui ce nombre a beaucoup diminué. On peut assigner plusieurs causes à cet^ décroissance des pèlerinages. Peut-être la ferveur religieuse est-elle moindre qu'autrefois, peut-être aussi les violentes épidémies qui ont éclaté à la Mekke à diverses reprises, et notamment en 1865, ont-elles inspiré aux populations une inquiétude qui aura refroidi leur zèle ; peut-être enfin les facilités de plus en plus grandes accordées au transit par l'Egypte ont-elles déterminé beaucoup de voyageurs à prendre la voie de mer et à éviter ainsi les redoutables fatigues d'une route qui parcourt la plus vaste étendue des déserts de l'Arabie. Quoi qu'il en soit, on ne peut guère évaluer maintenant à plus de sept ou huit cents les pèlerins de la caravane de Damas. Cette troupe ne met pas moins de quatre mois pour se rendre à la Mekke, y séjourner et revenir à son point de départ. lUe est placée sous la conduite d'un pacha, qui accom,plissait cette année pour la trentième fois ce long et pénible voyage. »

367. Mer des Indes. Cdte orientale d'Arabie, partie comprise entre Maskat et Ras-Merbat. N* 2647.

-* Carte de rentrée du golfe d*Aden» comprenant la côte Sud d'Arabie, entre Ras-Merbat et Ras al-Kelb. N* 2648.

PublicatioDB du Dépôt de U Marine.

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