CORÉE
inscrite ici « sur l'histoire naturelle de la Corée » a eu pour occasion, en 1866, la rapide démonstration du contre-amiral Roze, commandant de notre escadre dans les mers de la Chine, contre la capitale de ce pays fermé (voy. le vol. précédent de VAnnéCy p. 225). M. Jouan s'excuse en commençant du titre « un peu ambitieux » qu'il a donné à son Mémoire. « Il ne s'agit point ici d'une histoire naturelle de la Corée, mais seulement de l'exposé 'rapide de ce que j'ai pu voir, au milieu des préoccupations d'une expédition de guerre, pendant un séjour d'un mois (du 12 octobre au 21 novembre 1866) sur un point de la côte occidentale de cette contrée, plus fermée encore aujourd'hui aux étrangers que ne l'était naguère le Japon. »
Voici quelques remarques ethnographiques qu'on ne lit pas sans intérêi :
«Avant de terminer ces remarques, malheureusement bien incomplètes, il ne serait peut-être pas hors de propos de dire quelques mots des habitants du pays. On estime* leur nombre à 15 000000 : ce chiffire est sans doute trop élevé. Les Coréens se rattachent à la race mongole, dont ils ont les traits principaux, mais sans exagération : le nez un peu écrasé, large à la racine, la face plate, arrondie, les pommettes saillantes; le teint tirant sur le jaune citron, quelquefois brun, très- foncé chez les gens du bas peuple qui vivent au grand air. Les yeux sont noirs, le plus souvent obliques, bien qu'on voie des individus qui les ont sensiblement droits. Souvent les dents sont mal rangées, fortes, ce qui les rapproche des Japonais. Les cheveux sont noirs, rudes et abondants; la barbe rare est composée de poils roides. Les proportions du corps sont assez bien gardées : nous n'avons observé de tendance à l'obésité que chez un vieux mandarin. Les hommes de haute taille ne sont pas rares; presque tous sont an-dessus de la taille moyenne. Tous se distinguent par la finesse des extrémités; leurs pieds surtout sont d'une petitesse extrême. Ce sont l'année oéogb. vn. 4
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des montagnards intrépides^ agiles et infatigables; en quelques instants ils gravissent les hauteurs les plus esearpées. Les ascensions continuelles auzqpelles les oblige la nature du pays, l'air yiî qu'on y respire, contribuent sans doute au développement de la poitrine qu'on remuqve chez eux. Je ne pourrais rien dire des femmes» tonte» ayant fui, k Texception de quelques pauvres vieilles infirmas. D'après quelques dessins trouvés dans des maisons, ellss ressembleraient aux Japonaises. Les hommes ne se rasent pai la tète comme les Chinois ; ils laissent pousser leurs Âe* veux et les relèvent de manière à faire an milieu dé la têts une petite queue verticale liée par un ruban. Les jeunn gens seuls, avant le mariage, portent une longue tresse qii leur pend dans le dos, comme les Chinois.
c Le langage diffère du chinois et du mantchou; lu Coréens ont adopté les caractères symboliques de la Chine pour les écrits un peu importants, et c'est faire preuve àê -peu de science que de se servir des caractères phonétiques de l'alphabet coréen. L'instruction, l'instruction primain au moins, parait être très*répandue; car, dans les hattei les plus misérables on trouvait des livres. A Eang-hoa il y avait une riche bibliothèque, composée d'ouvrages d'histoire, de traités de cérémonial, de sciences naturelles^ ds médecine, etc., et de compositions de pure imagination. B est probable que nos sinologues trouveront dans ces livrsSi dont la plus grande partie a été envoyée à Paris, des dooe* ments curieux sur cette mystérieuse contrée. »
44. Aimé Huicbbrt. Le Japon, 1863-64. Tour du Monde, n*' 148- 150, p. 65-112.
Voir le précédent Yolmne dé VÂnnii, p. 324, n^ 133.
45. J. Latblb, capitaine de frégate. Le Japon en 1867. Revue dés Deux-Mondesy 1*' et 15 févr. 1868.
Reproduit dans la Bévtte marititM Bt coloniaté, tnai et Jaih.
46. A. Paris, enseigne de vaisseau. Observations sur la rivière de Kioto et d*Osaka. Revue marit, et colon,, sept. 1868, p. 224-!Îi4*
Détails hydrographiques, a^ec le plan dé la rivière relevé à là botii» sole sar une étendue de kl kilomètres.
47. Die preussische Expédition nach Ost-Asien. Ansichten auslé^ pan^ China und Siam. 4* livr. BerUn, 1868, iiL-*folio. 8 thaï*
48. Japan inland sea, Hiogo et Oôsaga. Commander Bullockj 186T* Lond,, Hydrogr. Office, 1867 (n<* 16). 1 sh. 6 d.
49. Lieut. HxwtB. Descriptive Map shewing thê trêaty limité round Yokohama, including the province of Sagami, and por« tiens of Kaî, Idzu, Musasi and Suraga. Lond,, 1 feuille. 6 ah.
50. Carte de l'archipel Leu-tchou et de la partit sud du JapoQ» Corrigée en 1867. Paris, Dépôt de la marine, n* 1174.
5 {•*, La situation des Européens an Japon*
Tous ceux qui accordent quelque attention au mouvement commercial et politique des nations extérieures, sui^vent avec un intérêt particulier les événements actuels du Japon. La révolution qui vient de modifier profondément la constitution séculaire de ce singulier pays a eu pou^ cause les rapports qu'il y a quatorze ans lès puissanceii
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occidentales ont rouverts avec son gouvernement, on plntAt qu'elles lui ont imposé ; et de l'issue de la crise à laquelle l'institution du taïkounat a déjà succombé, dépeoid l'ayenir de nos relations. Les intérêts du commerce n'y sont pas seuls engagés; la science aussi attend beaucoup du libre accès des îles japonaises à nos explorateurs. Non-seulement la géographie intérieure de l'archipel ne nons est connue que d'une manière très-incomplète par les cartes indigènes; mais l'ethnographie japonaise, quand il sm possible de l'étudier de près dans le centre et le nord de la grande île, donnera sûrement la solution d'un problème encore très-obscur de l'ethnologie de l'Asie orientale.
Au reste les documents qu'il nous arrivent en Europe permettent de suivre la marche des faits. Il en est un surtout fort remarquable en ce qu'il émane directement de la chancellerie japonaise : c'est un mémorandum adressé aux diverses puissances avec lesquelles le gouvernement japonais est lié par des traités, et qui a pour objet d'exposer l'origine et les conséquences des derniers événements. A l'obscurité étudiée et aux réticences volontaires de certaines parties de cette pièce diplomatique, on voit que le Japon est mûr pour les rapports internationaux. Le mémoire, dans son ensemble, n'en est pas moins fort instructif. Il est écrit au nom du Mikado, c'est-à-dire du souverain que l'on a toujours regardé en Europe comme le chef spirituel du royaume, le pouvoir civil et militaire étant aux mains du second roi appelé le Taîkoun.
« Notre Taîkoun ayant pris spontanément la résolntion de remettre entre les mains du Mikado les pouvoirs da gouvernement que lui et ses ancêtres exerçaient depids plus de 250 ans, nous croyons de notre devoir d'expliquer aux puissances étrangères le véritable sens des événement! qui viennent de s'accomplir, et de les prémunir contre dei commentaires erronés qui ne peuvent que jeter le tronUs dans les esprits.
« Pour bien comprendre les faits que nous allons exposer, il est indispensable de remonter à une époque reculée de notre histoire. Dans les premiers temps de la monarchie japonaise, c'est-à-dire plus de 2000 ans avant le règne actuel, les souverains descendants des dieux, que nous appelons aujourd'hui Mikados, concentraient dans leurs mains tous les pouvoirs. Mais leur autorité s'affaiblit bien vite et finit par passer aux Fandjiwara, leurs premiers ministres.
c Les maisons du gouvernement civil (kong-hué), qui remplissaient alors tous les emplois , étaient incapables de gouverner avec autorité, et surtout de diriger les opérations militaires contre les rebelles de cette époque. Le souverain fut conduit à prier les maisons militaires (beukhé) de lui prêter leur concours, et cette unité qui fait la force des empires n'existait déjà plus. Deux grandes maisons, les Guendjis et les Fechis, se partageaient alors l'autorité militaire. L'empire se trouvait ainsi scindé en deux; les maisons militaires de l'Est suivaient le drapeau des Guendjis, et celles de l'Ouest celui des Fechis. Les troubles qui remplirent ces époques malheureuses provenaient surtout de l'ambition des princes de la famille des Mikados. Chaque prétendant invoquait l'appui de l'une de ces deux maisons militaires. Les Fechis, devenus un instant les maîtres absolus, surpassèrent en tyrannie les Fendiwaras, et le Mikado se vit forcé de se mettre sous la protection des Guendjis , qui vengèrent sur les Fechis la mort de leurs ancêtres. Le souverain, délivré de ses oppresseurs, investit les Guendjis de toute l'autorité militaire. Ces événements s'accomplissaient au treizième siècle de l'ère chrétiemie. C'est alors qu'apparurent les premiers Chogouns, les véritables ancêtres de la dynastie actuelle des Tokongawa, qui, de droit, devaient occuper le Taïkounat.
<i Cet état de choses dura environ 400 ans. Dans des guerres continuelles, plusieurs Chogouns, en protégeant le Mikado contre ses ennemis, en maintenant la paix dans
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Tempire, arrivèrent à une grande célébrité par leur puissance et leur dévouement. Sans doute l'empire ne jouissait pas encore d'une paix complète; la division du pouvoir était pour beaucoup dans les troubles qui l'agitaient. Chacun ne prenait conseil que de ses caprices ; les peuples, décimés par des guerres perpétuelleSy avaient oublié Jusqu'à 1*901tence du Mikado. C'est alors qu'apparut sur la scène politique l'ancêtre des Taïkouns de la dynastie actuelle^ Gouguen Sama. Doué d'une intelligence et d'une sagesse supérieures, il ne recula devant aucune des fatigues de la guerre pour assurer la tranquillité du pays. Peuple et souverain commencèrent à respirer. Les Mikados virent leurs palais reconstruits, leur revenu augmenté, et tout le personnel de leur cour put alors jouir des bienfaits de la paix. Profondément touchés de tant de vertus, les Mikados confièrent à Gouguen Sama tous les pouvoirs, et prirent l'engagement de ne plus s'occuper des soins du gouvernement. La puissance de Gouguen Sama s'accrut donc rapidement, et ne saurait être comparée à celle des anciens Chogouns.
« Tous les daïmios furent convoqués à Yeddo ; les hases de la nouvelle constitution furent arrêtées. Tous les daïmios, sans exception, furent obligés d'avoir un palais à Yeddo, où ils devaient résider les uns tous les ans^ les autres tous les deux ans, pendant un nombre de jours déterminé. Tous se soumirent, sans la moindre résistance, à cet article important de la constitution. Ainsi notre Japon, après avoir été agité par des troubles qui avaient duré des siècles, se reposa dans une paix qui dura environ 250 ans. Aucun daïmio ne pouvait, pendant cette période, susciter de nouveaux troubles, et tous s'estimaient heureux de vivre sous l'autorité des Taïkouns. Des résultats si importants avaient ainsi assuré dans sa famille et ses descendants la possession d'un pouvoir incontesté.
« Mais, pendant cette longue période, le reste du monde avait marché rapidement dans la voie du progrès. Une
flotte tméricaine se présenta deyant Yeddo, et il devint évident que le Japon ne pouvait plue s'isoler et devait enfin renopcer an vieui système de l'exclusion des étrangers. Le gouvernement était convaincu qu'en présence dea progrès de l'art militaire et du perfectionnement des armes en Europe, il serait puéril de se jeter sans raison dai^s les hasards d'une guerre toujonrs douteuse. D'ailleurs les distances étaient comme supprimées i et, tous les peuples se trouvant ainsi rapprocbés, il fut résolu que le Japon conclurait des traités avec TOccident. Mais une telle résolution devait nécessairement produire des changements auxquels le pays était loin de s'attendre; il est regrettd)le que le gouvernement n'ait pas fait étudier la question sous toutes ses faces, de manière à ne laisser subsister aucun doute dans les esprits. U crut qu'en limitant les dispositions des traités et en restreignant nos rapports avec l'Occident, il parviendrait à dissiper peu à peu les préjugés d'un pays fermé jusqu'alors à toute relation avec l'étranger. Ces demi-mesures ne firent qu'encourager ses ennemis et jeter la défiance entre les étrangers et les Japonais*
« Quelques grands daïmios conçurent même le projet de profiter de ces difîicultés pour raVir le pouvoir du Taïkoun . Les bruits les plus absurdes furent répandus avec obstination. On trompait le Mikado. Le gouvernement était calomnié et ses actes dénaturés.
« Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur les causes qui affaiblirent le gouvernement du prédécesseur du Taïkoun actuel ; une telle critique serait inutile et répugne aux sentiments de serviteurs dévoués du Taïkoun. Cependant, si la politique suivie ne peut avoir notre entière approbation, nous ne sommes que justes en affirmant ici que le gouvernement n'a pas cessé de combattre le parti hostile aux étrangers et de rechercher loyalement les moyens d'assurer l'exécution des traités. Mais la solution de tant de difficultés était réservée au Taïkoun actuel, qui par la supériorité
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de son génie était seul capable de consolider sans secousse rédifice politique de Gouguen Sama. Une longue expérience des affaires l'avait convaincu que l'unité dans le pouvoir était une des premières conditions d'un bon gouvernement.
< Le long séjour qu'il avait fait à Eioto l'avait misàméme d'apprécier toutes les difficultés auxqueUes se heurtait k gouvernement; aussi refîisa-t-îl tout d'abord de prendre k direction des affaires ; et si plus tard il fit taire ses répagnancesy c'est parce qu'il comprit la nécessité de rétablira Textérieur la confiance dans la loyauté du pays, en exécatant les traités quoique impopulaires et combattus par quelques daïmios.
« L'invitation adressée aux représentants des puissances de se rendre à Osaka, l'accueil cordial qui leur fut fait, cette inébranlable résolution d'exécuter les traités dans tous leurs détails, ne sont sans doute qu'autant de devoirs sacrés imposés au chef d'un gouvernement; mais il nous est impossible de ne pas rappeler ici les généreux efforts du Taîkoun, cette loyauté , cette sincérité et cet oubli de ses propres intérêts. Aussi l'exécution des traités est-elle assurée, et le Japon n'a pas à rougir en présence de l'étranger.
La question extérieure réglée, le Taïkoun a naturellement reporté ses regards sur la situation intérieure de son pays. Il ne put s'empêcher de reconnaître que nos institationSy excellentes autrefois, ne répondaient plus aux nécessités de notre époque, et qu'assister indifférents aux progrès du reste du monde équivaudrait à un véritable suicide moral. Nous avons nous-mêmes réfléchi bien souvent sur cette grave question ; mais, pour résoudre im problème si difficile, il ne fallait rien moins que la stagesse du Taïkoun actuel.
c II pense avec raison que pour donner au gouvernement la force nécessaire il est indispensable, tout en ménageant les aspirations et les répugnances du pays, de rétablir
Tnnité dans le pouvoir. Tandis que chez les Occidentaux cette unité est un fait adopté par tous, elle n'est chez nous qu'une pure fiction. Puisse le peuple comprendre lui-même ces nécessités des temps et prêter son concours à la généreuse initiative du chef de TËtat I Aussi le chef de TËtat, en prenant la résolution de résigner entre les mains du Mikado le pouvoir qu'il tenait de ses ancêtres, a-t-il immédiatement prié le souverain de convoquer tous les grands du pays pour s'entendre sur la situation présente, asseoir le gouvernement sur une base solide, reviser la constitution, et ainsi ouvrir au pays cette voie du progrès qui doit le conduire à la puissance et à la prospérité.
< Un noble désintéressement, sans précédent dans notre histoire, n'a pu être inspiré au Taïkoun que par son profond patriotisme, qui ne peut être indifférent aux souffrances de son pays.
c Telle est l'interprétation vraie des événements qui viennent de s'accomplir.
< Nos relations avec les peuples étrangers ne peuvent en être atteintes. Elles seront, comme par le passé, pacifiques et amicales, et ne sauraient être pour les puissances l'objet de préoccupation. Les traités seront exécutés dans leur intégralité. Le Taïkoun, en se conformant rigoureusement aux traités, a donné des preuves éclatantes de sa loyauté et de son désir sincère de vivre en bonne harmonie avec les puissances.
< Quant aux daknios, qui, répondant à l'appel du Taïkoun, se réuniront en conseil pour discuter la question extérieure, s'il se produisait parmi eux quelques divergences d'opinion, le Taïkoun peut compter sur les huit ou neuf dizièmes des daïmios et des hottaniotos.
< Nous terminons cette lettre en faisant appel à la bienveillante amitié des puissances, et nous les prions de vouloir bien s'associer à notre œuvre. Les motifs qui nous font désirer leur concours moral sont surtout l'amour de
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notra pays et le désir de pouvoir un jour les remercier pour la noble assistance qu'elles nous auront accordée. Une réorganisation sera aussi intimement liée à leur gloire que l'ombre Tçst au corps et l'écho au bruit qui le produit.
« Nous avons cru de notre devoir de renseigner les puissances sur les événements qui viennent de s'accomplir, et, ainsi que nous Pavons dit dans une autre dépêche, nous aurons soin de les tenir au courant des nouvelles de Eioto. »
S 2. Conp d'œil historiqae. — Suite. — Le point de yae japonaii
et le point de vue européen.
Les événements dont nous sommes témoins ont modifié sur des points essentiels les notions que nous nous étions formées de l'organisation politique du Japon. Le rôle et la position relative du Mikado et du Taîkoun nous apparaissent d'une manière plus nette ; mais surtout il ressort dai- ' rement de tout ce qui se passe, que la constitution intérieure du Japon repose bien plutôt sur une organisation fédérale que sur une hiérarchie féodale. Il est vrai qu'entre ces deux modes de vie politique il n'y a guère de différence que dansla mesure. Si le pouvoir central est fort, les chefs subordonnés constituent bien réellement un système féodal ; s'il est faible, l'indépendance plus complète des chefs des provinces nous ramène au système fédéral. Une personne qui parait bien connaître le pays en a tracé le tableau smvanti, qu'il est bon de mettre en regard de la pièce précédente :
Le Japon, en réalité, est une confédération composée de dix* huit priDces indépendants les uds des autres, et groupés autour d^un Mikado, qui est à la fois le chef suprême de la religion et du pouvoir. Parmi ces princes, l'un d'eux, le prince de Kouanto, reçoit du Mikado le titre particulier de Chogoun (c'est celui que nous appelons Taîkoun , par suite d'un emprunt an dialecte chinois). Il a pour seule charge spéciale la mission de
commander les armées du Mikado , et de transmettre les décisions de la majesté suprême aux différents princes, chefs d'État» Ces décisions elles-mêmes sont prises, à la majorité des voix, dans une Chambre fédérale, où les dix huit princes souverains ont le droit de siéger, et traduites ensuite en décrets par les soins du Mikado, qui la préside.
Dans la Confédération japonaise, le Taikoun jouissait trèsévidemment d'une certaine suprématie par rapport aux autres princes. Le caractère dont il était revêtu par le Mikado, la mission spéciale qui lui était confiée, étaient de nature à lui attirer de tout temps le respect de ses puissants voisins ; et l'histoire da Japon nous apprend en effet que la dignité chogounale n'a jamais excité de défiance tant qu'elle est restée dans les justes limites de ses attributions. Malheureusemept, tout pouvoir tend à empiéter et à s'agrandir ; aussi voit-on, dès le treizième siècle, les princes du Kouanto, chez lesquels l'investiture taikounale semble s'être perpétuée d'âge en âge, essayer d'agrandir leur territoire et leur autorité aux dépens du Mikado, comme aux dépens des autres princes de la Confédération japonaise.
Ces tendances ambitieuses des Taïkouns furent singulièrement favorisées par l'état d'inertie politique dans lequel les Mikados ne tardèrent pas à tomber sous Tinfluençe du mysticisme, inhérent à la situation qui leur est faite par les traditions et les croyances du pays. Issus des dieux créateurs, entourés d'hommages de toutes sortes , absorbés par les exigences de Tétiquette et par les soins du culte qu'ils personnifient, ces souverains du J^pon devinrent peu à peu de vrais rois fainéants, pendant qu'à leurs côtés, et presque à leur insu, les Taïkouns s'élevaient en force et en puissance, ^ Tinstar de nos maires du palais»
Petit ^ petit, le rôle politique du Mikado s'efface; il symbolise toujours l'unité de la Confédération japonaise, il reste entouré de toutes les déférences : mais les préoccupations du gouvernement temporel cessent de compter dans son esprit |1 semble s'être retiré dans une sorte d'apothéose religieuse, et la révolution qui s'accomplit de nos jours a pu seuïo lui rappeler ses 4evoir8 et ses droits.
Ce pouvoir débonnaire, ^ mesure qu'il s'éteignfùt, permit aux Taïkouns] d'aocroUre )eur territoire et d'affermir leur puissance. Toutefois, jusqu'au 4U-septième siècle, leurs menées ne s'exercèrent qu'aux dépens du Mikado, et nous devons a^tteindre l'année 1610 pour trouver la trace des premiers troubles que l'ambi-
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tion sans cesse croissante des Ghogouns jeta dans la Gonfédôration japonaise.
Cette date représente une époque mémorable dans l'histoire du Japon. Elle se personnifie tout entière dans le nom d'Héas, personnage légendaire, que les Japonais, surpris de son audace et de ses succès, ont rangé au nombre de leurs divinités.
Héas était premier ministre du Taikoun. Il conçut le projet de renverser son maître, et le réalisa; puis, fort de ce premier succès, il somma tous les princes ou dalmios de consacrer son œuvre , en reconnaissant le titre et le pouvoir qu^il avait usurpés.
L'émotion fut grande au Japon, à la suite de ce coup d'État Héas eut cependant ses partisans parmi les princes, que son attitude menaçante avait frappés de stupeur; il réclama aussitôt le concours de leurs armées, et livra au parti de l'oppositîoD, dans la plaine de Séqulgaârah, une longue et sanglante bataille, où son usurpation reçut la consécration de la victoire.
Héas usa de son triomphe pour affaiblir le plus possible la confédération des princes. Il agrandit son propre territoire et revendiqua même, en dehors de ses États ainsi transformés, la possession de certains ports qui lui assuraient, à Poccasion et de tous côtés, de bonnes positions stratégiques; il fixa sa résidence à Yeddo, et fit prendre à tous les princes souverains Pobligation d'y séjourner, chaque année, pendant six mois, afin que sa vigilance pût s'exercer à toute heure et dans tous les sens sur cette confédération, dont il redoutait les rancunes. Tels furent les résultats de la bataille de Séquigaàrah. Héu mourut vers Tannée 1630, et sa dynastie a occupé jusqu'au derniers événements la dignité taikounale.
Lorsque les Européens entamèrent, après 1854, des relations sérieuses et suivies avec le Japon, ils trouvèrent ce pays tel qu^Héas Pavait laissé. L'état de choses quHl avait inauguré s'était maintenu ; le Mikado continuait à vivre de dévotions et d'hommages ; le Taïkoun était puissant et surtout redouté.
On ne tarda pas cependant à découvrir que le Taikoun n'é« tait pas aussi omnipotent qu'il lui avait plu de dire : on constata Pexistence d'une influence supérieure à la sienne; et comme on lui demandait quel était le rôle de ce Mikado dont il semblait redouter d'éveiller la défiance, il répondit qu'il fallait voir là simplement un pontife, chef suprême de la religion. Cette explication put apaiser un instant les susceptibilités de la diplomatie ; mais elle dut forcément paraître insuffisante, en présence
du mécontentement manifesté par les daîmios, et des protestations qu'ils opposèrent à ce nouveau coup d'État qui compromettait cette fois leur situation et leurs droits vis-à-vis des puissances européennes. On les vit, peu après, déserter ces palais de Yeddo dont Héas leur avait imposé le luxe, et regagner leurs États pour s'y renfermer dans une attitude menaçante. La Confédération japonaise s*est révélée alors dans son vrai jour. Le Mikado est sorti de sa torpeur. Les daïmios ont protesté contre les abus de pouvoir du Taikoun, et contre sa politique d'exclusion. Ils ont réclamé leurs droits, ils ont voulu entrer directement en rapports avec les étrangers, sans passer par un intermédiaire dont ils ne reconnaissent pas la légalité. Leurs protestations sont enfin parvenues jusqu'au chef de la Confédération japonaise ; la Chambre fédérale s'est réunie, elle a sommé le Taïkoun de résilier ses pouvoirs. Le Taîkoun, défait dans un engagement, a en effet abdiqué. Cette grande révolution s'est accomplie au mois de janvier 1868. Peut-être cette révolution toumera-t-elle au profit de l'industrie et du commerce, en ouvrant à leur développement dtss débouchés plus nombreux et plus vastes.
Le 8 février, un envoyé du Mikado annonçait aux agents des puissances européennes que le taïkounat était supprimé, et que le Mikado, en reprenant l'administration de l'empire, s'engageait à maintenir l'exécution de tous les traités.
Il eût été à désirer que la réaction s'arrêtât là ; mais le ressentiment des daïmios demande une vengeance plus complète, lis veulent se partager la principauté de Kouanto , apanage des Taïkouns; il leur faut une revanche de Séquigaârah.
La guerre civile a commencé. La lutte peut être longue; si le Taïkoun et son pouvoir ont leurs adversaires^ ils ont aussi leurs adhérents. Le soulèvement est unanime dans les provinces du Nord, dont les princes sont plus ou moins liés h la famille du Taïkoun ; tous sont profondément indignés du traitement que Ton fait subir à ce dernier. Eanga, le plus grand des chefs du Japon, dont le territoire occupe près du tiers de Tile Nippon, et Sandaïqui possède le cinquième de ce qui reste, sont devenus les antagonistes les plus déterminés des derniers changements. Les daïmios, ou chefs
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des principautés du Sud, parlent, de leur ofité, an nom du Mikado. Telle est la situation des deux partis.
Les représentants des puissances étrangères au Japon ont été informés le 15 septembre dernier, par une communication du premier ministre du Mikado, de l'arrivée prochaine de ce souverain à Yeddo, qui détiendra la seconde capitale de l'empire et prendra le nom de To-kaL Cette résolution, d'une importance inoontestable pour la politique du Japon, a été dictée au chef suprême par la n(^ cessité d'entretenir des relations directes avec leo agents des nations étrangères. Un décret rendu en même temps a placé entre les mains d'un nouveau fonctionnaire le gouvernement des treize provinces du Nord, dont la plupart sont aujourd'hui en insurrection, et a imposé aux daîmoi de ces provinces l'obligation d'eûvoyer dans la capitale des délégués pour y occuper des emplois.
Un projet de constitution inséré dans la Gazette officiôlU de Eioto a proclamé l'établissement des pouvoirs ezécutif| législatif et judiciaire, concentrés entre les mains d'un corps désigné sous le nom de Daijokan. Si cette institution, qui parait s'être inspirée des idées européennes, n'est pu d'une application facile dans le présent, elle peut toutefois être considérée comme l'indice des préoccupations qui ten* dent à organiser au Japon un gouvernement sur des bases nouvelles.
5 3. Suite. — Les ports oavsrts. — Notes commercialet*
Les traités conclus à Yeddo, dans le cours de Tannée 1858, avec le Japon par la France, l'Angleterre et les États-Unis, renferment plusieurs stipulations dont la mise à exécution, renvoyée à une époque ultérieure, a reçu son accom» plissement au commencement de 1868. Aux trois ports de Yokohama, Nangasaki etHakodadé, ouverts les preiuiers en
1859, il était convenn qu'on joindrait, Tannée suivante, celui de Nigata ou tout autre sur la côte occidentale ; au 1«' janvier 1862 la ville de Yeddo, et au 1" janvier 1863 lit ville d'Osaka et le port de Hiogo. Les négociants étrangers s'établirent immédiatement dans les trois ports, et Touver* ture des autres fut, en juin 1862 et pour divers motifis, Hportée d'un commun accord jusqu'au premier jour de 1868« Osaka et Hiogo sont situées à sept lieues environ l'une db l'autre, à 365 milles, par mer, de Yokohama, sur la rive septentrionale d'une baie profonde qui s'ouvre sur la côte sud du Japon, et qui communique par deut bras avec là mer intérieure et le Grand Océan. La navigation de cee parages étant assez difficile, il y aurait avantage à ériger des phares aux entrées principales, et il y a lieu d'espérer que ces améliorations ne tarderont pas à se réaliser.
La ville d'Osaka, y compris ses faubourgs, renferme une population qui dépasse 373 000 âmes. Elle est bâtie à quatre kilomètres au-dessus de l'embouchure d'une rivière qui se jette dans la baie (Voir la bibliographie, ci-dessus^ n*^ 48 et 49). Mais ce cours d'eau très-large n'a aucune profondeur, et après avoir traversé une longue plaine il se divise en une foule de bras et de canaux, et forme un delta morcelé à l'infini et sur lequel s'élèvent les groupes de maisons, réunis entre eux par plus de deux cents ponts. Osaka offre, sur plusieurs points, l'aspect de Venise et de quelques cités de la Hollande ; on y remarque deux belles pagodes, un grand nombre de temples, l'énorme construction du solide palais duTaïkoun,et ses rues sont d'ailleurs bien pavées et tracées avec une parfaite régularité.
Malheureusement, la barre de la rivière n'a guère plus de trois peds d'eau à marée basse ; quelquefois elle assèche complètement, et quant à la rade, située à deux milles au large, elle est exposée aux vente d'ouest et du sud, et trèsrarement tenable. Osaka étant d'un accès impossible, môme pour les navires d'un moyeu toimage, n'atteindra jamais,
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pense-t-on, un grand développement commercial. En 1866, ce port a cependant été visité par deux mille jonqnes indigènes.
Les deux villes qui semblent, au contraire, appelées k mi grand avenir dans ce pays sont celles de Hiogo et de Kobé, situées sur la même baie à six lieues à l'ouest d'Osakt. Dans ces deux mouillages, les bâtiments de tonte espèce sont abrités de la lame et des vents, excepté du sud-est Le fond est de la meilleure tenue, et les sondes sont si profondes que les plus forts navires peuvent ancrer à quelques brasses du rivage* Kobé offre en outre l'avantage d'être plus près par terre d'Osaka, et d'avoir un grand bassin, construit par les Japonais, pour débarquer les marchandises; c'est évidemment sur ce point que devront être fondés les meilleurs établissements européens. Â peu de distance d'Hiogo, on trouve sur les flancs des collines des affleurements de houille et d'anthracite, et les autorités locales, qui n'ignorent pas la valeur de ces combustibles, en ont fait faire l'essai par M. Sutton, ingénieur en chef à bord du steamer anglais Serpent^ pendant sa récente campagne hydrographique. De nouvelles études vont être entreprises pour s'assurer de la qualité et de l'épaisseur de ces couches de charbon de terre.
Le district d*Osaka et ses deux ports offrent à l'exportation plusieurs articles importants, parmi lesquels il suffira de citer les soies de Tespèce hubataï et les thés oudji, trèsestimés par les habitants, qui s'adonnent spécialement dans les campagnes aux plantations et à la sériciculture. Bien que les autres industries manufacturières soient très-avancées dans cette province, sa population, qui est considérable, formera sans doute, dès que les rapports seront bien assis, un excellent marché pour les produits étrangers.
C'est h Osaka qu'a eu lieu, le 1«' janvier 1868, Tinauguration des nouveaux ports, mesure arrêtée dès le mois d'août précédent. Le pavillon japonais, arboré en tête du grand
mftt de tous les navires de guerre européens et américains, a été salué par une salve royale, et. le même jour les représentants des puissances ont notifié à leurs nationaux les règlements qu'ils auront à suivre pour s'établir ou commercer dans ces parages et dans ces villes, qui seront la résidence des membres du corps considaire. Les négociants ont été particulièrement invités à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires politiques du pays par suite des difficultés intérieures survenues récemment, et ils devront imiter la stricte neutralité observée par les légations chargées de la protection de leurs intérêts. Les forces navales étrangères sont d'ailleurs judicieusement réparties dans tous les ports où se trouvent déjà des comptoirs.
Nous ajouterons à ces injformations quelques notes commerciales que nous fournissent les Annales du Commerce extérieur.
Il est utile de faire connaître en peu de mots le trafic japonais avec les étrangers.
Lorsqu'on vertu des traités conclus avec les diverses puissances de PEurope et de l'Amérique, le Japon ouvrit, le !•' juillet 1859, les trois ports Yokohama, Nagasaki et Hakodadé au commerce étranger, on supposait que ce pays offrirait non pas seulement à l'importation un marché lucratif, mais encore à l'exportation un grand nombre d'articles importants.
En effet, spécialement pour la $oie et; le thé, il s'est développé peu à peu un trafic animé qui permettait de présumer que l'importation et la production du pays lui-même, favorisées par les prix énormes que payaient les étrangers, augmenteraient toujours.
Pour l'importation le Japon n'offre pas à beaucoup près, au commerce exuropéen, les grands débouchés que l'on pouvait attendre après un isolement d'environ deux siècles et demi.
L'industrie indigène a pu à peu près jusqu'à présent suffire aux besoins limités du pays, et s'ils doivent nécessairement augmenter par un plus grand contact avec les Européens, ce ne sera qu'à la longue. Le gouvernement a toujours employé tous les moyens pour empêcher un trafic trop animé avec les étran-'
l'année, GIÎOGB VII « ô
66 ASIE. (n* 44-5û;.
g&n, et éviter ainsi une trop prompte tranifoniutUon de la liiQfttion du pays à Tintérieur.
Depuis rouverture des ports, le Taïkoun a eu à lutter contre les accusations et les attaques de la part des puissants Dalnoioi du Sud, et môme contre les accusations du Mikado.
On s'est plaint dans le pays que les étrangers enlevaient les meilleurs et les plus riches produits du Japon : la soie, le thé, le cuivre, etc., etc.* La plainte la plus fondée que les Daîmios aient exploitée parmi le peuple a été celle qui porte sur le renchérissement constant des choses de la vie. Cette circonstance pèse surtout sur les officiers des princes et sur leurs vassaot dont les revenus sont restés les mêmes, tandis que le prix de toutes choses va toujours en augmentant.
A peu près jusqu'en 1865, le Taïkoun etles Daîmios avaient été d'accord sur un seul point : celui de dégoûter les Européens, de les mettre dans le cas de se retirer d'eux- ihêmes du Japon, en les effrayant, comme en 1863, par la présence des bandes de lonines (rebelles) menaçant de tout vouloir mettre à feu et à sang.
Le Mikado, le Taïkoun, les Daîmios, persuadés enfin que lei Européens resteraient quand môme, ont compris qu'ils devaient les accepter, en rendant leur séjour le moins dangereux po»ible et le moins désagréable pour eux et pour le peuple.
Mais les autorités japonaises n'ont pu s'entendre sur les moyens à employer pour arriver à ce résultat Tandis que le Taïkoun s'efforçait de réserver à son autorité le règlement des rapports avec les étrangers, les Daîmios prétendaient conserver le soin exclusif des relations particulières aux provinces placées sous leur conunandement. De là les divisions et les résistances qui se produisent en ce moment.
D'après ce qu'on vient d'exposer, il est facile d'apprécier les obstacles que le commerce étranger a rencontrés au Japon.
Il est évident pour tous les Européens, ayant séjourné quelque temps dans ce pays, que l'on ne peut obtenir pour le moment que des indications fort inexactes sur les circonstances commerciales, les besoins et la production du pays.
L'auteur du rapport ajoute cependant :
Déjà, grâce à l'influence de notre diplomatie, l'horizon des libertés commerciales s'est agrandi.
L'Exposition universelle de 1867 aura été pour le Japon 0
nouveau et brillant rayon de lumière. Les nombreux Japonais qui sont venus comme exposants ont beaucoup vu, beaucoup étudié et beaucoup apprécié.
Les agents du Daîmio de Fitzen, l'un des plus puissants, des plus riches, des plus éclairés et des plus sages, ont emporté de l'Exposition le souvenir le plus durable et le plus favorable au commerce français.
Les détails donnés sur le commerce àUmportatwn et les chances qu'offre le Japon au placement des produits français, prouvent que toutes les importations sont encore dans une phase d'expérimentation, et que des besoins positifs, dont le commerce pourrait tirer avantage, ont encore à se former chez les Japonais.
Mais celui qui conclurait de là que les premiers résultats n'étant probablement que minimes, toute relation commerciale serait à déconseiller à l'importateur ou à son soutien, l'industriel, se tromperait.
Le Japon offrira avec le temps un grand marché à Vimportation. L'industriel qui désire en profiter regretterait alors de n'avoir pas, dès le commencement, cherché à inspirer aux Japonais du goût pour ses produits.
S 4. Les représentants de l*Eiirope poar la première fois ^n présence
da Mikado.
Cette solennité, en Europe, n'aurait rien que de trèsordinaire ; il en est tout autrement au Japon. Le Mikado, dont la Majesté s'enveloppait depuis des siècles d'un voile presque mystérieux, apparaissant tout à coup sur la scène des événements actifs, et par tme nouveauté plus étrange encore se pspduisant de sa perspime sacrée en présence même des étrangers, cela bouleverse toutes les id^es reçue>s et confond les imaginations. L'événement tiendra une assez grande place dans les fastes de la nation pour que les circonstances en aient été recueillies.
Celles que nous reproduisons sont empruntées à une correspondance française.
C'est sur PinvitaUon pressante et directe du Mikado, invita-
tion adressée à M. Léon Roches , à bord de la Vénus , par le gnrand-oncle du Mikado, premier ministre des affaires étrangères, que le voyage à Kioto fut décidé. Les deux représentants de la France et de l'Angleterre résolurent aussitôt de s'entourer d'un cortège capable d'inspirer le respect dû à leur situation et de garantir leur sécurité. Sir Henry Parkes emmena avec lui, outre le personnel de sa légation, son escorte montée (dooie cavaliers) et soixante hommes du 9^ régiment de la reine. M. Roches était accompagné de quarante marins-fusiliers de la Vétim et de cinq cavaliers d^escorte, ainsi que des commandants de la F^us.et du Dupleix^ et de six officiers des deux bâtiments. II avait été établi d'avance avec les ministres du Mikado que les deux commandants seraient reçus par le souverain , et il était juste , en eflet, qu'ayant été, comme chefs militaires, si fortement intéressés dans les derniers événements, ils fussent aosn admis à toutes les conséquences de la réparation.
Ayant quitté les navires le 20 mars (1868), la caravane vînt coucher le soir à Osaka, dans les temples précédenmient affectés à la légation de France.
Le lendemain, sous l'escorte du prince de Satsouma, qui avait demandé à être seul chargé d'accompagner et de loger le ministre de France et sa suite, on remonta en jonques la rivière d'Osaka jusqu'à Fouchimi, où était préparé le coucher. Le jour suivant, 22, après une marche de trois heures par terre, M. Ro* ches arrivait à Kioto. Un logement avait été disposé pour lui dans un temple immense, distant à peu près d*un kilomètre da palais du Mikado. A peine était-il arrivé qu'il reçut la visite du jeune daîmio de Satzouma. Le ministre d'Angleterre avait choisi pour sa résidence un temple splendide , mais éloigné de sept kilomètres du palais.
L'audience officielle avait été fixée au lendemain 23; ce jourlà , après avoir réglé d es la veille avec les officiers du Mikado les détails du cérémonial, M. Roches se rendit, avec les commandants de la Vénus et du Dupleix , au palais impérial , où il fut rejoint par l'agent politique de la Hollande. C'est à ce moment qu'eut lieu l'attentat commis par deux fanatiques contre le cortège de sir Henry Parkes, au moment où il se rendait de son c6té à l'audience du Mikado , ce qui l'empêcha d'être reçu le même jour que ses collègues. Après l'avoir vainement attendu pendant deux heures, le ministre de France fut introduit dans la demeure proprement dite du Mikado : c'est un palais de grande dimension, mais très-simple. La réception ent lieu
dans la grande salle des cérémonies officielles , oh se tenait le Mikado, assis sous un dais, et entouré à droite et h gauche des membres de sa famille, des grands dignitaires de sa cour, et des daïmios. M. Roches s'avança jusqu'à une estrade en contre-bas du trône , sur laquelle se tenait Toncle de Tempereur, premier ministre des affaires étrangères. Quand il monta sur l'estrade, suivi des commandants Roy et Du Petit-Thouars, le Mikado se leva. Le repr^entant de la France lui adressa alors le discours suivant :
« Sire , l'audience que Votre Majesté accorde aujourd'hui au représentant de la France est un témoignage éclatant de ses bons sentiments à l'égard de mon pays. En voyant cette haute preuve de considération , vos sujets se conformeront à vos intentions. Ce jour à jamais mémorable sera le commencement d'une ère de concorde pour le Japon et de sincère amitié avec les nations étrangères.
« Puisse le Dieu tout-puissant exaucer les vœux que je forme au nom de mon auguste souverain pour la gloire de Votre Majesté et la prospérité de votre empire, i
Le Mikado , par l'organe de son premier piinistre, répondit à ce discours quelques paroles pleines de bienveillance , en s'informant de la santé de l'empereur des Français. Le souverain du Japon est un tout jeune homme, qui semble âgé seulement de quinze ou seize ans. Ses dents sont laquées de noir et ses sourcils rasés. Au milieu du front sont figurés des sourcils artificiels obliques à la ligne des yeux, suivant les images qui nous représentent les anciens personnages japonais.
A la suite de cette audience , M. Roches reçut la visite des principaux daïmios : Nagato , Fitdzeu , Echidzeu , etc., ainsi que des hauts fonctionnaires de la cour de Kioto ; il retint la plupart d'entre eux à dîner avec lui. Tous paraissaient francs d'allures et sincères dans leur désir de se lier avec les étrangers.
Trois jours après, sir Henry Parkes fut reçu par le Mikado. Au sortir de cette audience, les trois représentants de la France, de l'Angleterre et de la Hollande eurent, dans le palais même et avec les ministres japonais, une conférence dans laquelle ils obtinrent le décret suivant relatif aux attentats contre les étrangers:
£ioto, le 27 mars 1866.
c Le gouvernement japonais ayant été reconstitué sous la forme monarchique, et âa Majesté Impériale ayant déclaré pu-
70 ASIE. (h- 44-50)
bliqaement son intention de s'appuyer sor les gnnds principes du droit et de la justice et d'entretenir les meillenra relatioiis avec les puissances étrangères . la cour de Kioto s*est chargée eUe-mème de diriger ces relations et de prendre les mesnm nécessaires pour la fidèle exécution des trutét, oonformémeiit aux règles de droit international.
c II est donc enjoint à toutes les nations d'obéir mnx ordres da Mikado et d'y conformer ses actes.
c A Tavenir, toutes les personnes qui se rendraient coi^a* blés d'assassinat sur la personne d'an étranger, on se livreraient contre eux à des actes de violence , agiraient en opposition aax ordres exprès de Sa Majesté, seraient la cause de calamités publiques, et commettraient nn crime de lèse-nation en portant atteinte à la bonne foi et à la dignité dn Japon anx yeux des puissances étrangères, avec lesquelles Sa Blajesté a résolu d'entretenir des relations d'amitié.
c Les coupables seront donc punis en raison de la graTitéde Toffense ; s'ils sont officiers, ils seront dégradés (leur nom sen rayé du rôle des samouraïs).
c Tel est le but di présent décret; chacun devra obéir à cet ordre impérial et s*abstenir de tout acte de violence. >
Tel fut, continue le correspondant que nous avons cité , le premier voyage fait à Rioto par les représentants des puissances européennes. Ce voyage parait avoir été pour le gouyemement japonais, et surtout pour les dalmios , une occasion désirée et saisie avec empress-ment d'entrer en relations cordiales avec nous et de rompre sans retour avec un passé encore récent. Il a permis de plus à notre ministre de recueillir de nouvelles et précieuses indications sur ce pays et ce gouyemement en« core si peu connus, et d*en toucher pour ainsi dire da bout du doigt les ressorts intimes et cachés. Sa bonne volonté ne pantt pas douteuse , et il semble tout disposé à marcher dans la vm de Talliance et de l'amitié des étrangers. Nul ne pourrait cependant affirmer aujourd'hui que Taccord qui règne en ce moment entre les dalmios et qui les réunit tous autour du trône du Mikado ne sera pas troublé. Peut-être d'autres révolutions suivront-elles celle dont le Taikoun a été victime; mais , quoi qu'il en soit, on peut être certain que la situation des étrangen au Japon est déjà meilleure aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été, et tout porte à croire que les derniers événements n'auront pas été inutiles à l'accroissement de notre influence.
JAPOH. 71
La tranquillité intérieure est loin cependant d'être parfaite, et des désordres partiels, qui sont les suites inévitables de la période de transition dans laquelle se trouve le gouvernement, ont forcé les représentants européens à prendre toutes les mesures propres à garantir la sécurité de leurs nationaux. C'est surtout dans les provinces qui formaient l^ancien doinaine du Taikoun , et où sont nos établissements, que cet état de choses se produit. Ce prince , rejetant avec une sorte, d'horreur la peur sée môme de désister par les armes au Mikado , a congédié ses troupes et ses serviteurs, en leur enjoignant la soumission aux ordres de Tempereur du Japon. Retiré à Oûeno , dans une bonzerie de Yeddo habitée par on mia ou grand prêtre parent du Mikado , il ne reçoit plus personne et semble avoir renoncé aux choses de ce monde. Après sa retraite d*Osaka, le Taikoun était encore plus puissant et mieux pourvu que ses adversaires. U a considéré toute résistance contre le Mikado comme illégale et impie , et a lui-même dispersé ses ressources. U n'y a pas encore, il est vrai, d'occupation militaire, et aucun corps d'armée n'a pris possession jusqu'à présent des points stratégiques du pays ; mais tous les officiers du Taikoun ont ordre de remettre leurs postes aux représentants du Bfikado quand ils paraîtront*
Telle est en ce moment la situation du pays.
S s. Quelqaei notices récentes sur le peuple et le pays. — M. Humbert.
li. tayrle.
Noas n'avons pu nous dispenser d'exposer avec quelque détail les graves événements qu'a provoqués notre présence au Japon ; mais pbùr fëvëiiii' S quelque chose de plus particulièrement géographique, mentionnons en téirminaht les notes excellentes de deux de nos résidents au Japon, MM. Aimé Humbert et le capitaine Layrle.
Le nom de M. Htmibert est bien connu déjà des lëetenrë de V Annie. Lb Tour du Monde à reçu de lui dé notivelles communications (n^ 44). Mais nous savons qu'il se prépare de l'ensemble de TÀlhum de M. Humbert et de son texte une édition complète^ qui nous initiera mieux qu'aucade
publication antérieure à la vie intime de ce pays singulier, où la répulsion barbare contre l'étranger s'allie encore, chez quelques fanatiques, à une civilisation trës-ayancée.
Les Notes que M. Layrle a publiées dans la pins répandue de nos Revues (n® 45) sont aussi un morceau fort remarquable. M. Layrle nous paraît apporter dans l'appréciation du pays et de la situation un coup d'œil sûr et un juge* ment ferme.
De prime abord, dit-il, il semble qu'un pays qui a véca à l'écart pendant des siècles peut se passer de nous. La vue du sol, la multiplicité et la variété des produits confirment cette opinion, et Ton peut dire avec justesse que si le Japon n'avait pas goûté de notre progrès, il n'aurait aucun besoin d'entrer ea relations commerciales avec les Européens. Par sa forme al* longée et étroite , il touche, avec une surface relativement peu considérable, d'un côté aux frimas du nord et de l'autre anx chaleurs des tropiques. Dans Yéso, nous trouvons le climat de la Norvège, ses neiges continuelles de Thiver, sa nature sauvage, ses arbres résineux et aussi les grandes pêcheries de saumons dont les produits se répandent à profusion au sein des provinces les plus reculées de l'empire. Le détroit de Tsangar franchi, nous sommes sur la grande lie de Nipon, au milieu d'une végétation semblable à la nôtre, mais qui pousse beaucoup plus hardiment , grâce aux ardeurs excessives du soleil et aux pluies torrentielles de l'été. Le riz, la vigne, le mûrier croissent en abondance, et sont cultivés avec un soin extrême; le blé, qui a remplacé le riz aux environs de quelques grandes villes, s'étend en sillons étroits, délivré par la main du coltivateur de toutes les plantes parasites qui pourraient l'étouflèr; sur les montagnes boisées, du haut en bas, les plus belles essences se touchent. dans des fouillis qui prennent parfois des aspects sauvages de toute beauté. Les marronniers et les camphriers atteignent des dimensions considérables. Le long des habitations et des routes, des bois de bambous fournissent à l'industrie les matières premières de mille objets d'art et d'ameublement, tandis que pour le voyageur ils s'unissent aux arbres résineux, aux camphriers, aux camélias, et donnent à la campagne un aspect des plus riants pendant l'hiver. Partout la sol est riche, couvert d'une épaisse couche de terre végétale
produite par les détritus de toute nature que les pluies entraînent des plateaux boisés. Aux alentours des villes, la culture maraîchère prépare pour le marché tous nos légumes d'Europe sous des formes et des dimensions quelquefois différentes. En descendant sur les rivages de la mer Intérieure, les plantations de thé s'étagent le long des collines, le tabac et le coton s'étendent au loin dans les plaines; sur Tlle de Kiousiou, Poranger domine avec ses variétés infinies; enfin à l'extrémité de l'empire, chez le prince de Satzouma, le riche propriétaire des lies Liou-tchou, se cultive la canne à sucre, dont les produits, peu recherchés aujourd'hui, acquerraient une parfaite pureté sous l'action énergique de nos raffineries. Les richesses minéralogiques abondent dans l'ouest. La houille y est commune, et si la qualité en est médiocre, ce défaut tient surtout à l'exploitation actuelle, qui n'attaque encore que les couches supérieures. L'argent suffit et au delà à tous les besoins de la circulation monétaire ; l'or, dont on a trop poussé l'extraction, au dire des Japonais, n'avait à poids égal, à notre arrivée dans le pays, que six fois la valeur de l'argent ; le cuivre enfin est à bas prix et entre comme matière première dans une foule de fabrications. Cette variété et cette abondance de produits , cette diversité et cette richesse du sol, donnent naissance à, un commerce intérieur considérable qui se fait principalement par cabotage. Les jonques arrivent chaque jour par centaines dans la mer Intérieure ; il y a des moments où le détroit de Simonoseki en est tellement couvert, qu'elles se poussent l'une l'autre. Elles échangent leurs produits contre ceux des riches contrées que baigne cette nappe immense, puis elles viennent alimenter Osaka, la grande cité commerciale, à quelques lieues de Kioto, la capitale de Tempire.
Voici le portrait que M. Layrle fait de la ville de Yëdo, naguère la capitale du Taïkoun :
Yédo manque de ces monuments que l'on retrouve partout, produits de tous les âges^ emblèmes de quelque vertu ou souvenirs de quelque haut fait, statues, idoles, arcs de triomphe. La Chine, en dépit des guerres civiles et des dévastations de toute espèce, possède de belles reliques de son passé ; l'Inde fourmille de ces richesses : le Japon seul n'a rien, mais seul il n'a pas vieilli. Tandis qu'ailleurs ces monuments, ces merveilles d'architecture ne servent qu'à rendre plus saillant le contraste
avec rétat actuel, ici rien n'indique qu'il y ait en nn pasaéf que le temps en marchant ait changé des idées ou semé des ruines. Il semble au Japon que tout soit d'hier, ou que le pays, vivant à l'écart du reste du monde, soit parvenu à se maintenir sans en dévier jamais dans la route unie et tranquille de la Tie pratique. Tout est simple, depuis l'habitation jusqu'au ▼dtement L'imagination n'est pas en travail continuel pour enfanter m plaisir qui sera usé demain, et fera place à une autre distractûa tout aussi éphémère. Les habitants en sont encore à la maîsM à thé dans ce qu'elle a de plus primitif, à la modeste table ds bois sous un bouquet d'arbres; c'est là que la famille viendra se reposer, jouir de l'ombre et du point de vue. Depuis des aièdai, les choses se passent ainsi sans modification d'aucune espèce. Le luxe n'a pas entamé ces goûts champêtres. Partout où la nature a jeté une colline verdoyante, placé un panorama grandiose ou une échappée gracieuse, quelque large aspect de l'horizon de li mer, la vue tranquille d'un lac ou d'une rivière aux bords tottf* fus, s'élèvent les constructions qui doivent abriter la famille dans ses modestes joies des jours de fêtes. Gomme capitale^ comme grand centre industriel, Yédo s'efface. Rien ne ressort ; c'est une agglomération d'hommes sur une immense étendue de terrain, une place de commerce et de consommation, un point très-intéressant pour qui veut étudier la vie sociale de l'indigène. Au lieu d'y chercher des monuments et des fabriques, ce qui dans nos pays constitue le cachet de la grande viUs, il faut y admirer les charmes du paysage et la beauté des pobiti de vue. Nos progrès industriels n'ont pas encore pénétré dans le Japon ; mais les institutions municipales, inaperçues quant à leur principe, affirment par leurs résultats un état social des plus avancés. Gomme ordre, comme police, comme propreté, le pays peut rivaliser avec nos contrées d'Europe. Peu de mendiants et nulle exhibition de ces maladies, de ces plaies qu'telent en plein dix-neuvième siècle et dans nos capitales mêmes des misérables qui cherchent à se rendre plus hideux pour exciter la charité publique.
M. Layrle, en rappelant les scènes de meurtre dont un trop grand nombre d'Européens ont été les victimes, demande que Ton se garde de faire peser sur tous, même sor l'ensemble de la noblesse, le crime de quelques fanatiques. < L'intérêt chez les grands, la sympathie chez les petils,
Dous appellent au Japon, dit-il, et nons y feront pénétrer tôt ou tard. » Et M. Layrle ajonte :
Ouvrir le pays, voilà le but. Pour Tobtenir, n'ayons recours qu'à des moyens pacifiques, laissons de côté la violence. Les résultats de toute guerre avec une puissance européenne seraient nécessairement funestes au Japon ; très-brave individuellement, connaissant la pratique des armes européennes, les sddats japonais ne tiendraient cependant pas devant une troupe d^nfanterie marchant en ordre. Les privations, les campements, les marches feraient fondre leur armée. Au point de vue du succès, il n'y a donc aucune crainte à concevoir ; mais il est^des pays dont l'aspect seul éldigne toute idée de guerre, et le Japon est de ce nombre. On arrive le cœur rempli de vengeance, et l'on hésite à la vue d'une campagne admirablement cultivée, de villages où tout respire le bien-être, de populations honnêtes, laborieuses, dont la figure est empreinte de gaieté et de sympathie. Pour atteindre une aristocratie invisible, à Tabri dans des châteaux inconnus, il faut brûler, ravager, détruire de toute manière, et devant soi l'on ne rencontre que la cordialité. Involontairement on se sent désarmé.
Et puis, ajoute l'auteur, si le système féodal ne doit pas périr dans des luttes armées entre dalmios, peut-il disparaître dans une convulsion sociale, et les idées modernes que l'Europe apporte avec elle seront-elles le levier destiné à changer l'état des choses? Ici le doute n'est plus possible : notre système social n*a pas le moindre charme aux yeux des Japonais. Il effraye par moments la noblesse, qui craint de voir diminuer le respect dont elle est entourée ; mais il effraye davantage le peuple, qui ne veut à aucun prix de notre égalité. Son bonheur est de ii'avoir rien à démêler dans les affaires publiques, de ne pas être soldat, de n'être assujetti à aucune convenance extérieure, enfin, par celamêthe qu'il n'est rien, de passer inaperçu et de jouir d'une liberté extrême.
Laissons donc de côté les rêves de régénération qui ont pu entrer dans nos esprits; restons convaincus que nos idées politiques ne sont goûtées dé personne au Japon, que lé seul moyen d'acquérir de l'influence est d'accepter les hiérarchies sociales que nous renomitrons , telles qu'elles sont acceptées par les intéressés eux-mêmes ; avant tout, occupons-nous du pays au point de vue de la géographie, des ressources agricoles , des
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avec Pétat actael, ici rien n'indique qu'il y ait eu un passé^ que le temps en marchant ait changé des idées ou semé des ruines. Il semble au Japon que tout soit d'hier, ou que le pays, yiranl à l'écart du reste du monde, soit parvenu à se maintenir sans en dévier jamais dans la route unie et tranquille de la vie pratique. Tout est simple, depuis l'habitation jusqu'au vêtement. L'imagination n'est pas en travail continuel pour enfanter un plaisir qui sera usé demain, et fera place à une autre distraction tout aussi éphémère. Les habitants en sont encore à la maison à thé dans ce qu'elle a de plus primitif, à la modeste table de bois sons un bouquet d'arbres; c'est là que la famille viendra se reposer, jouir de l'ombre et du point de vue. Depuis des siècles, les choses se passent ainsi sans modification d'aucune espèce. Le luxe n'a pas entamé ces goûts champêtres. Partout où la nature a jeté une colline verdoyante, placé un panorama grandiose ou une échappée gracieuse, quelque large aspect de l'horizon de la mer, la vue tranquille d'un lac ou d'une rivière aux bords touffus, s'élèvent les constructions qui doivent abriter la famille dans ses modestes joies des jours de fêtes. Gomme capitale, conune grand centre industriel, Yédo s'elSace. Rien ne ressort ; c'est une agglomération d'hommes sur une immense étendue de terrain, une place de commerce et de consommation, un point très-intéressant pour qui veut étudier la vie sociale de l'indigène. Au lieu d'y chercher des monuments et des fabriques, ce qui dans nos pays constitue le cachet de la grande viUe» il faut y admirer les charmes du paysage et la beauté des points de vue. Nos progrès industriels n'ont pas encore pénétré dans le Japon ; mais les institutions municipales, inaperçues quant à leur principe, affirment par leurs résultats un état social des plus avancés. Gomme ordre, comme police, comme propreté, le pays peut rivaliser avec nos contrées d'Europe. Peu de mendiants et nulle exhibition de ces maladies, de ces plaies qu'étalent en plein dix-neuvième siècle et dans nos capitales mêmes des misérables qui cherchent à se rendre plus hideux pour exciter la charité publique.
M. Layrie, en rappelant les scènes de meurtre dont un trop grand nombre d'Européens ont été les victimes^ demande que l'on se garde de faire peser sur tous, même sur l'ensemble de la noblesse, le crime de quelques fanatiques. « L'intérêt chez les grands, la sympathie chez les petits.
Dous appellent au Japon, dit-il, et nons y feront pénétrer tôt ou tard. » Et M. Layrle ajoute :
Ouvrir le pays, voilà le but. Pour l'obtenir, n'ayons recours qu'à des moyens pacifiques, laissons de côté la violence. Les résultats de toute guerre avec une puissance européenne seraient nécessairement funestes au Japon ; très-brave individuellement, connaissant la pratique des armes européennes^ les soldats japonais ne tiendraient cependant pas devant une troupe d'infanterie marchant en ordre. Les privations, les campements, les marches feraient fondre leur armée. Au point de vue du succès, il n'y a donc aucune crainte à concevoir ; mais il est,des pays dont Taspect seul éldigne toute idée de guerre, et le Japon est de ce nombre. On arrive le cœur rempli de vengeance, et l'on hésite à la vue d'une campagne admirablement cultivée, de villages oh tout respire le bien-être, de populations honnêtes, laborieuses, dont la figure est empreinte de gaieté et de sympathie. Pour atteindre une aristocratie invisible, à Tabri dans des châteaux inconnus, il faut brûler, ravager, détruire de toute manière, et devant soi l'on ne rencontre que la cordialité. Involontairement on se sent désarmé.
Et puis, ajoute l'auteur, si le système féodal ne doit pas périr dans des luttes armées entire dalmios, peut-il disparaître dans une convulsion sociale, et les idées modernes que TEurope apporte avec elle seront-elles le levier destiné à changer l'état des choses? Ici le doute n'est plus possible : notre système social n'a pas le moindre charme aux yeux des Japonais. Il efi'raye par moments la noblesse, qui craint de voir diminuer le respect dont elle ^t entourée ; mais il effraye davantage le peuple, qui ne veut à aucun prix de notre égalité. Son bonheur est de li'avoir rien à démêler dans les affaires publiques, de ne pas être soldat, de n'être assujetti à aucune convenance extérieure, enfin, par cetaméme quMI n'est rien, de passer inaperçu et de jouir d'une liberté extrême.
Laissons donc de côté les rêves de régénération qui ont pu entrer daûs nos esprits; restons convaincus que nos idées politiques ne sont goûtées de personne au Japon, que lé seul moyen d'acquérir de l'influence est d'accepter les hiérarchies sociales que nous renodntrons, telles qu'elles sont acceptées par les intéressés eux-mêmes ; avant tout, occupons-nous du pays au point de vue de la géographie, des ressources agricoles , des
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procédés manufacturiers , des exportations , et avouons-nous franchement que de ce côté nous avons tout à apprendre.
Par intérêt et par calcul, notre seule mission est de nous initier commercialement aux besoins du pays et de nous lier avec lui de telle sorte qu'au milieu des événements de toute nature que le temps fera naître nous restions indispensables au point d'être sacrés. Nous avons atteint ce but dans les États du Talkoun; nous devons chercher à l'atteindre chez les autres princes^ au fur et à mesure que nous sentirons le terrain assez solide sous nos pieds.
ASm CENTRALE.
HONGOUE.
IIANDCHOURIE CHINOISE ET MÀNDCHOURIB RUSSE. SIBÉRIE.