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LA TURQUIE ET SES RÉFORMES

vation est un grand mattre. Mais mille obstacles se mettent en travers de ses meilleures intentions» et les plus grands sont dans son peuple même. U y a là à vaincre d'aveugles préjugés, des sentiments d'ignorance, de fanatisme et de barbarie, — tout ce qui a fait dans un temps la force du peuple ottoman, tout ce qui fait aujourd'hui son infériorité et sa faiblesse. Qu'avec les éléments dont elle se compose, la Turquie puisse jamais devenir une puissance véritablement européenne^ européenne par les lois, les sentiments, Tadministration, 1,'activité morale et industrielle, la chose est pour le moins très -douteuse, sinon impossible ; mais entre ce qu'elle est et ce que la ferait une transfiguration radicale, il y a certes place à bien des améliorations. Après tout, les Ottomans ne sont plus ces hordes grossières de Turkomans sortis au moyen âge des steppes de l'Asie centrale; un contact de sept à huit cents ans et une longue fusion avec les peuples de l'Asie occidentale et de l'ancien empire grec, en ont fait physiquement, et moralement aussi sous bien des rapports, une race, on peut dire, nouvelle. Entre ce qu'elle fut et ce qu'oUe est, il y a autant de distance au moins qu'il peut y en avoir entre ce qu'elle est et ce qu'elle devrait être. Il n'y a donc pas, à ce qu'il semble au moins, d'impossibilité absolue dans une transformation complète; mais si cette transformation doit jamais s'accomplir, ce n'est sûrement pas nous, ni nos fils, qui verrons le phénomène.

En attendant, la sultan y travaille de toutes les forces de sa volonté. Aux nombreuses réformes déjà introduites dans l'administration civile et l'organisation des tribunaux, il faut joindre l'adoption d'une grande mesure dont la sérieuse application est destinée à rendre les services les plus signalés, non-seulement aujourd'hui, mais surtout aux générations futures. Un iradé du sultan a récemment ordonné la création d'une université impériale, d'un conseil supérieur de l'instruction publique, et celle d'un plan très-com-

plet pour renseignement primaire et secondaire des enfants des deux sexes et de tontes les croyances. C'est, en effet, par l'éducation, et par là seulement, que l'on peut affranchir les futures générations des entraves qui pèsent sur la génération actuelle. Mais il y a une réforme encore plus urgente : c'est celle des finances. Il a été décidé, et c'est là encore une grande innovation, que les comptes de l'Etat seraient dressés et rendus publics sur le modèle de nos budgets européens. La mesure est importante en cela surtout, qu'elle peut donner une garantie d'ordre dans la gestion des ressources de l'Empire. Ces ressources sont bien supérieures à ce qu'on en a tiré, jusqu'ici. Quand on embrasse du regard les magnifiques et vastes territoires dont l'Empire se compose, la Roumélie, la Crète, Chypre et les îles asiatiques de TËgée, l'Asie Mineure, la moitié de l'Arménie, la Syrie, les provinces de l'Euphrate et du Tigre — tous ces pays illustres dans l'histoire et dont plusieurs ont autrefois formé de puissantes monarchies ; — quand on songe que ces belles provinces pourraient nourrir, dans la prospérité, 100 millions d'habitants, et qu'elles en comptent à peine 26 millions, pauvres pour la plupart et vivant chétivement dans une inertie sans ressort et sans émulation, on comprend à quel poiut les dons les plus précieux de la nature sont paralysés par la mauvaise administration de l'État. Les 520 millions de recettes qui figurent au budget n'arrivent pas à couvrir les dépenses. Là encore, il y a pour les hommes d'État de la Turquie un grand sujet de méditation et d'études. Les travaux publics que l'on a fait entreprendre, la construction des routes et la préparation de lignes importantes de chemins de fer sous la direction d'ingénieurs européens, sont un acheminement sérieux, il faut le reconnaître, à un autre ordre de choses.

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BURÔPE MÉRIDIONALB.

(Première PéDlnsale.)

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