FRONTIÈRE RUSSO-CHINOISE
phie de Saint-Pétersbourg. L'exploration de M. d*Osten- Sacken embrasse tonte la région alpestre comprise entre rissi-koul et les montagnes qui couvrent au N. 0. les plaines de Kachghar ; elle nous place sur la ligne de communication qui de la haute vallée du Sir-daria conduit par Kachghar au cœur de ce que nos cartes ont désigné jusqu'à présent sous le nom de Turkestan chinois (on verra bientôt pourquoi cette réserve). Cette arête» encore si peu connue, qui sépare les eaux du bassin de l'Aral de celles de la haute Tartarie, est un point d'une égale importance comme position commerciale et comme position stratégique.
Nous reproduisons intégralement le compte rendu de la communication de M. d'Osten-Sacken ; la seule carte sur laquelle son itinéraire soit figuré est la» belle carte russe en quatre feuilles du gouvernement général du Turkestan tout récemment publiée à Saint-Pétersbourg (ci-dessus, n"" 82 de la Bibliographie).
M. d'Osten-Sacken commence par un aperçu général de son itinéraire. Le voyage a eu lieu dans Tété de 1867. D'Orenbourg, se portant au N. E. pour revenir à l'E., il touche les ville d'Orsk, de Yerkhné-Ouralsk, de Troïtzk, Omsk et Semipalatinsk, d'où il gagne la steppe Kirghize. Arrivé à la ville de Vernoïé ^ à la fin du mois de juin, il prit part à une reconnaissance qui avait pour objet, sous la direction du général Poltaratsky, le levé topographique des parties centrales au Thian-chan, au delà de la Narïn *.
1. Au pied des montagnes qui couvrent au N. Plssi-koul. La position astronomique de cette ville, et d'autres places de la même région, a été déterminée en 1866. (Voir notre précédent volume, p. 209.)
2. Le Thian-chan, ou « Montagne Céleste, » selon la signification du nom chinois, est une chaîne neigeuse qui court de l'ouest à l'est à1>ea de distance au sud de l'Issi-koul (ou Issyk-koul). Cette chaîne forme ici la frontière russo-chinoise. La Narïn est la principale branche supérieure du Sir-daria ou laxartes, aujourd'hui un fleuve entièrement rosse depuis ses sources jusqu'à son embouchure.
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nales du Tian-chan , sur le versant conduisant à la plaine du Turkestan oriental, les voyageurs ont suivi une direction à peu près longitudinale. Toute la contrée présente un aspect trèsmontagneux. Les voyageurs n'ayant eu à leur disposition ni baromètre ni aucun autre appareil hypsométrique, n'ont pu mesurer les hauteurs des chaînes qu'ils ont traversées. C'est seulement d'après les observations faites sur la végétation aux différentes hauteurs , que l'on a pu suppléer en partie au manque de déterminations hypsométriques.
Trois fois les voyageurs ont été assez près de la limite de la végétation (entre 10 et 11 000 p.) sans cependant la dépasser: savoir, sur les sommets des cols de Chamsi (dans la chaîne d'Alexandre), de Diaman-daban et de Tâch-Robat '. Sur le premier de ces cols on voyait encore çà et là de la neige le 9 (21) juillet. La flore alpine était des plus belles.
Les différentes chaînes de montagnes suivant une direction plus ou moins parallèle, sont séparées par des vallées qui ont également une élévation assez considérable au-dessus du niveau de la mer. Dans la première de ces vallées , celle de la rivière Tchou, les Kirghiz (Kirghiz-Bourouts de la tribu des Sari-Baghisch) récoltent du froment, du millet, ete., en abondance. Dans la seconde , celle du Kotchgar (cours supérieur du Tchou) , les voyageurs n'ont pas vu de champs cultivés. Vient ensuite le plateau élevé du lac Son-koul. Ce plateau n*a environ que quarante versts de longueur sur vingt de largeur (le lac même a vingt-cinq versts de longueur sur dix- huit de largeur.)
Les flancs de ce plateau sont singulièrement abrupts de tous côtés, et s'élèvent au-dessus de la limite de Ja zone des forêts (c'est-à-dire au-dessus de huit mille pieds.) Les bords du lac offrent de riches pâturages pour les troupeaux des Sari-Baghisch. La descente du Son-koul vers la vallée de la Narïn est trèsrapide et exige plusieurs heures. Dans cette dernière vallée on retrouve l'agriculture (froment, orge, millet), qui disparaît ensuite avec l'élévation du sol; on ne la retrouve ni dans la vallée de l'Arpa, ni dans la plaine du Tchatir-koul. Ce n'est qu'à trois marches au delà de ce dernier lac vers le sud qu'on rencontre des champs cultivés (froment), appartenant à la tribu des Kirghiz Tchong-Baghisch.
Les vallées de cette partie du Tian-chan ont une largeur de
1. Rov<U dans le routier publié par M. de Humboldt, au 3* vol. de VÀiie centrale, p. 369.
c, vingt et trente versts. Elles ont en grande partie un aspect i et désolé. La végétation , à quelques exceptions près, est lie des steppes kirghizes (la famille des chénopodiacées et lie des composées prédominent). On ne rencontre des buisns que le long des bords des rivières ; ce sont des saules imarix , Hippophae rhamnoideSy etc. La zone des forêts se Duve à une certaine hauteur dans les montagnes ^ Les forêts
composent presque exclusivement d'une espèce de pin trèsancé {Picea Schrenkiana) ; il y a ensuite un certain nombre de fférents arbustes, notamment le genévrier. Les voyageurs ont ncontré pour la première fois la zone sylvatique dans le déé de Chamsi ; mais il est à noter que ce n'est que le flanc ptentrional de la chaîne d'Alexandre qui est boisé, tandis que versant méridional de cette chaîne, sur la descente dans la liée du Kotchgar, est complètement nu.
En général , la pauvreté de la végétation forestière est surenante. Pour la seconde fois (c'est-à-dire au delà du col de lamsi) la zone sylvatique reparaît à la descente du plateau de u-koul, vers la vallée de la Narïn , dans le défilé de Moldaun. C'est ici qu'on rencontre , outre le Picea Schrenkiana et le névrier des montagnes , une grande variété d'arbres et d'arisseaux, tels que le rosier, le sorbier, le bouleau , le saule , ux espèces du Berberis, l'Ëvonymus, deux espèces de Ribes, micera, Ck)toneaster^ etc.
Sur la chaîne qui borde le côté méridional de la vallée de la irin on distingue très-bien la zone sylvatique , qui se trouve ^elques centaines de pieds au-dessus du sol de la vallée, le se présente comme une bande d'un vert foncé sur les côles raptes et rocheuses de la chaîne susmentionnée. Plus loin au sud on ne voit plus d'arbres , ni dans la vallée de irpa, ni dans la plaine de Tchatyr-koul. La hauteur à laquelle
trouve le lac de ce nom ne parait pas être inférieure à celle du )n-koul*, mais par suite de l'absence d'arbres dans les environs s plus proches , il est difficile de déterminer celte hauteur, ôme approximativement. La longueur du Tchatyr- koul est de Qgt et un versts, sa largeur de neuf et demi. Derrière ce lac, rès le passage peu sensible de Touragat*, qui cependant
1 . D'après les observations de M. Semenoff , la zone sylvatique daus pays Transilien s'étend de 5000 jusqu'à 8000 p.
2. Torgat dans l'itinéraire déjà cité de M. de Humboldt, et sur la rte de Ritter et Oetzel (1833).
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marque le partage des eaux entre le bassin de la Narîn et celui du Kachgar-daria, le sol s'abaisse graduellement. Les premiers arbustes (Hippophae Rhamnoides), apparaissent dansr la vallée de la rivière de Toïn (affluent de la rivière de Soujek qui se jette dans le Kachgardaria) à deux journéees de marche au delà de Tchatyr-koul; le premier arbre (un peuplier), à quatre journées du lac. C'est ici qu'on retrouve les belles cultures dont il a été question plus haut.
En somme, les résultats scientifiques de l'excursion faite dans le Tian-chan pendant Tété de 1867 peuvent se résumer ainsi :
1" Un levé sur une échelle de cinq versts au pouce de la contrée située entre la Narïn et la frontière chinoise , embrassant une étendue de douze mille versts carrés*.
2» Une collection zoologique , et principalement ornîthologique, due aux soins de M. SkorniakofT, préparateur habile qui a fait partie de la plupart des expéditions de M. Severtzoff dans l'Asie centrale.
3® Une collection de plantes d'environ cinq cents espèces, et un journal botanique et descriptif qui sera publié dans Içs mémoires de la Société géographique.
Parmi les communications de la Société de géographie russe, nous relèverons encore quelques notes archéologiques de M. Lerch. Ces notes se rapportent au site de Yanghi-kent, ou, comme prononcent les Kirghiz, Djankend.
C'est dans l'histoire de la conquête du Kharizm par Djiaghis-khan qu'il est question pour la première fois de cette ville. Après la prise de Saganak et de Djen(la(cette dernière se trouvait aussi sur le Sir-daria), Yan^'hi-kent tomba également, en 1219, au pouvoir du grand conquérant. Aboulféda (quatorzième siècle) dit que Djankend se trouve à deux journées de marche de l'embouchure du Sihon, détermination qui coïncide avec sa position actuelle.
En 1740 cette ville était en ruines, comme l'attestent les géo-
1 . r>e cette manière le levé du général Poltaratsky, en complétant celui du colonel Protzenko, ainsi que les travaux topographiques exécutés sous la direction de M. Severtsoff dans la contrée de la NaiÎD supérieure, nous donnent un tableau assez complet de la configuration de cette partie du Tian-chan.