BOUKHARIE. Ô
dèses GladyschefiT et Mouravine, qui se rendirent à Khiva en côtoyant le bord de la mer d'Aral. Quelques monnaies d'argent et de cuivre trouvées pendant les fouilles prouvent que cette ville était en relations commerciales avec la Horde d'Or. Peutêtre même Djankend faisait-elle partie de ce royaume.
A en juger d'après ses restes, Djankend n'était pas de grande dimension; elle occupait environ quatre versts carrés. Son plan dénote sa ressemblance avec les anciennes villes d'Asie , ainsi qu'avec celles de notre temps. Elle avait une citadelle entourée d'un rempart et de murailles. L'irrigation de ses jar • dins et de ses champs se faisait au moyen de canaux qui communiquaient avec les eaux du Sir-daria. Les rues étaient disposées irrégulièrement; ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les maisons étaient pour la plupart construites en briques durcies au feu. La ville avait beaucoup moins de constructions en terre glaise battue que les villes actuelles de l'Asie centrale.
Les ruines de Djankend ne portent aucune trace de destruction violente. M. Lerch pense que la ville a été délaissée par les habitants peu à peu , pour des causes qui nous sont incon-< nues.
S s. Les Russes en Boukharie.
Nous n'avons pas à entrer dans le détail des incidents militaires dont la Boukharie a été le théâtre durant la première moitié de 1868; mi traité de paix avec le khan de Bookhara, traité dont nous ignorons enoore les conditiotts, a mis fin aux hostilités. La Gazette de Moscou a publié à ce sujet un article semi-officiel que nous reproduisons à titre de j»èce hislorique.
L'expédition des troupes russes en Bdukharié, atprès avoir débcfté par un fait éclatant, la prise de Samarkand , s'est terminée par l'aveu salutaire que l'émir a fait de sa faiblesse. La pid± vient d'être conclue , un télégramme nous l'annonce , et le courrier qui apporte la nouvelle est en route depuis longtemps.
Il y a deux ans que la guerre a commencé avec la Boukharie. Nos rapports avec cet État ont commencé à prendre une tournure hostile dès l'été de 1865, lors de la prise de Tachkent.' :
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par le général Tchernaïeff. L'émir avait projeté lui-même de s'emparer de Tachkent; ce fut là l'origine de la querelle. Sans nous déclarer la guerre, l'émir rassembla des troupes autour de nos frontières, et souleva les esprits parmi les populations qui venaient de se soumettre à la Russie. Le général Romanofsky, à peine arrivé dans le pays , marcha contre lui, tailla en pièces son armée àlrdja, et lui enleva Khodjend,Ouratoubé et Disak. Les hostilités furent suspendues, mais la paix ne fut pas signée. Pendant tout le temps qui s'écoula jusqu'à l'arrivée du général Kaufmann, les négociations continuèrent et les bandes boukhares ne cessèrent d'inquiéter nos frontières. Aujourd'hui cette situation indécise n'existe plus. La conclusion de la paix avec la Boukharie est déjà un fait important, par cela seul qu'elle met fin à tous les bruits d'une annexion de la Boukharie. On a appris avec une grande satisfaction les hauts faits du général Kaufmann ; mais tandis que les uns ne voyaient dans ces brillants exploits que la paix définitive qu'ils nous garantissaient , d'autres les saluaient comme le prélude de nouvelles conquêtes, et demandaient que la Russie réunit à ses possessions les deux bassins du Sir-daria et de l'Amou-daria, et s'occupât de civiliser ces pays.
L'exécution d'un semblable programme aurait détourné pour longtemps l'attention et les forces de la Russie de ses intérêts européens. Ce programme ne date pas d'aujourd'hui ; déjà en 1830 il nous était proposé par Mieroslafski.
Pourquoi la Russie voudrait-elle s'annexer des populations nombreuses de race étrangère et professant la religion mahométane? Le peuple russe y gagnerait-il quelque chose? Les intérêts de l'empire en seraient-ils mieux sauvegardés ?
Déjà la province de Turkestan pèse lourdement sur le budget. Que serait-ce avec les nouvelles possessions et les travaux de civilisation qu'on y entreprendrait ?
L'occupation de Khodjend» d'Ouratoubé et de Dizak a donné à la Russie une position prépondérante dans l'Asie centrale. Le Kokan et la Boukharie sont séparés l'un de l'autre par les possessions russes , et placés vis-à-vis de la Russie de telle sorte que celle-ci peut à son gré, et au premier moment, les écraser ou les anéantir. Les derniers événements de la Boukharie en sont la preuve. Les Khanats ne sauraient donc plus être dès aujourd'hui que des instruments passifs entre nos mains; tel est depuis quelque temps le Kokan, telle sera désormais la Boukharie. De tels États sont donc pour nous un meilleur voisinage que ne
le seraient les hordes nomades qui errent entre la Boukharie et la Perse dans le Turkestan; et puis, l'annexion de la Boukharie ne ferait qu'irriter contre nous les esprits dans cette population, livrée tout entière à l'influence du clergé musulman. La Boukharie est habituée à une existence indépendante ; elle a ses traditions dont elle est fière, et depuis longtemps elle est le centre du mahométisme en Asie. En lui laissant son indépendance et en ne s'immisçant pas dans ses affaires intérieures, il sera facile de conserver par son entremise , sans sacrifices ni périls, une influence réelle dans la vallée de l'Amou-daria.
Le seul intérêt que la Russie ait à ménager dans l'Asie centrale, c'est celui de son commerce. Noua n'avons pas besoin de civiliser ces peuples, nous avons assez à faire chez nous ; mais il nous importe de protéger notre commerce dans l'intérieur de l'Asie, et d'ouvrir le plus large débouché à nos manufactures. Dans l'espace de quatre ans nous nous sommes assuré les marchés de Tachkent, de Boukhara et de Kokan; nos marchandises pénètrent déjà dans le Turkestan chinois, où elles n'ont à redouter aucune concurrence. Voilà des avantages réels , et c*est sur cette voie seulement que nous pourrons obtenir de véritables succès.
S 6. Première relation européenne dn Turkestan chinois. M. Johnson à Khotan.
Le voyage de M. Johnson à Khotan a été un événement géographique. M. Johnson est un ingénieur attaché à la triangulation du Nord-Ouest de l'Inde, sous la direction du capitaine Montgomeria. Les travaux de cette grande opération l'avaient conduit à Lèh, ville du Ladakh ou Petit- Tibet située près de la droite du haut Indus , à l'orient du Eachmir dont cette place dépend aujourd'hui; il s'y trouvait au mois de juillet 1865, lorsqu'un indigène de la hante Asie lui vint remettre une lettre par laquelle le khân de Khotan, territoire turk situé de l'autre côté des grandes montagnes qui limitent au nord les terres du roi de Kachmîr, l'engageait instamment à venir le visiter dans sa capitale. Le khftn, en faisant cette invitation amicale à un sujet
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anglais, avait une idée politique^ comme cela se reconnut plus tard; quant à M. Johnson, il ne vit, dans cette excursion qui lui était ofierte, qu'une heureuse occasioii de visiter une terre inexplorée, et d'en rapporter de bonnes ob« senrations. Il quitta Lih en août, franchit la chaîne colossale de Karal^oroum par un col élevé de 5820 mètrss ({ 9 O^S pieds anglais) au-des9UB du mveau de la mer, ejt arrivji k Khotan le 17 septembre. Le vrai nom de l|i TÎUe est Iltohî; Khotan est le nom du pays. M. Johnson y séjourna seize jours, accueilli de la manière la plus cordiale par le khân et son entourage; il mit ce temps à profit pour faire des observations qui fixent la position astronomique de la ville et son altitude, et pour recueillir de nombreuses informations sur le pays, sur sa condition politique, sur la population, sur tous les points, en un mot, qui sollicitent rattention d*un explorateur instruit. Le mémoire concis, mais plein de faits, où M. Johnson a consigné ses remar* ques (n° 83), est d'un très-grand intérêt, et la carte dont il l'accompagne est précieuse par le caractère authentique des matériaux qui lui servent de base. C'est à de tels travaux que l'on reconnaît la distance qu'il y a entre le point de vue de la science européenne et l'horizon des produc^ tions asiatiques. L'ingénieur anglais a réuni en deuK semaines plus de faits et de notions positives qu'on n'en pourrait tirer de la longue série de notices consignées dans les géographies chinoises extraites par Abel Rémusat '.
La province de Khotan, qui était regardée depuis longtemps comme une dépendance de la Chine, et qui faisait partie du pays marqué sur nos cartes, au N. du Kachmtr
1 . Histoire de la ville de Khotan , tirée des Annales de la Chine et traduite du chinois par M. Abel-Rémusat Paris, 1820, 1 vol. iD-8. — Ls travail du célèbre orientaliste n'en est pas moins très-méritoire, et encore utile sous plusieurs rapports. Toutes les notions acquises sur Khotan avant le voyage de M. Johnson sont réunies dans Bitler, VII- partie de VSrdkunde, 1837, p. 343-380.
et au N. 0. du Tibet, sous le nom de Turkestan chinois, est actuellement indépendante. Un soulèvement général des provinces de Yârkand, de Ehotan, de Kftchgâr et des autres territoires de la haute Tartarie a eu lieu en 1863; tous les Chinois ont été massacrés, sauf un petit nombre qui ont adopté la religion musulmane.
Tout le pays de Ehotan, au nord de la chafbe de Eiounloun, y compris sept parganas ou districts de la province de Yârkand qui se sont soumis au khftn à l'époque même de la visite de M. Johnson à Iltcht, est une vaste plaine s*inclinant par une pente douce vers Aksou, place située à 15 longues Journées au nord d'Iltch!. Toute cette plaine est sillonnée d'une multitude de petits cours d'eau, et traversée par plusieurs grandes rivières qui sont les principaux affluents de la Târïm ou rivière d'Argol, laquelle à son tour va déboucher dans le grand lac appelé Lob Noûf. Tout le pays est arrosé par des canaux dérivés des eaux courantes.
Le sol est en grande partie sablonneux, sans pierres ni rochers; il est très-productif, ce que les habitants attribuent à la poussière impalpable que les courants d'air apportent du désert et déposent dans les plaines. M. Johnson, durant son séjour k Iltchî, fut en effet plusieurs fois témoin de ce phénomène; bien qu'on ne sentît aucun vent, l'atmosphère était tellement remplie de poussière, qu*il lui fallut pour lire allumer une chandelle en plein midi. La poussière qui tombait ainsi était d'une extrême ténuité et d*une nuance très-claire ; c'était comme de Targile pulvérisée. Les gens du pays regardent ce dépôt comme un véritable engrais, sans lequel aucune végétation ne pourrait prospérer.
Les prinmpaux grains du pays sont le maïs, le froment, deux sortes d'orge, le badjray le djovar et le riz; tous d'une très-belle qualité et vraiment supérieurs aux productions analogues de l'Inde, grâce à la douceur du climat, à une température plus égale, et aux pluies modérées qui tom-
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bent de temps à autre par légères ondées. Le pays est dëddëment supérieur à rinde ; il vaut à tous égards le Kachmîr, sur lequel il a l'avantage d'être moins humide, et conséquemment mieux approprié à la culture des fruits. Ils sont en effet très-abondants, très-savoureux et trèsvariés : olives, poires, pommes, pêches, abricots, mûres, melons, etc. tlne bonne qualité de coton, et la soie sauvage, viennent aussi en très-grandes quantités. Les principaux arbres des bois sont le peuplier, le saule et le tamarix. Aux environs des villes et des villages, ces arbres ont été plantés pour la plupart; mais entre Khotan et Âkson, sur une distance de douze journées, ils forment une forêt tellement compacte, que des voyageurs, dit-on, s'y sont perdus. Le sol, au total, est très-bon, à en juger par les magnifiques herbages qui le recouvrent partout où il y a en de l'eau, ne serait-ce qu'un jour. Néanmoins, la plus grande partie du pays est inculte, faute d'une population suffisante, et ce qu'on en tire actuellement est plus que suffisant pour le nombre relativement très-faible des habitants.
Tout le pays, notamment la chdne des monts Eiounloun, est riche en minéraux, or, argent, fer, plomb, cuivre, antimoine, sel, salpêtre, soufre, soude et houille; de celleci M. Johnson a rapporté des échantillons. L'or et les pierres précieuses se tirent principalement du lit des rivières qui descendent du Kioim-loim.
Les principales villes du Ehotan sont Iltchî, Karakftch, Ourangkàch, Tchirâ, Kiriâ et Tàk. Celles du pays de Yftrkand, outre la capitale de ce nom, sont Pochgfton ^ et Elar-
1 . Nom d^origine indienne ; gaon est dans l'Inde la forme vulgaire ou prftcrite de grdma^ bourg ou village. On sait^ du reste, qu'à une certaine époque toute la contrée de Kâchgar (encore un nom hindou), de Tarkand et de Khotan, à la suite des missions bouddhiques, fut en quelque sorte indianisée. La même chose a eu lieu dans rindo-Ghine. Il est admis que le nom de Khotan est une altération du sansoit Kouttana, « Ombilic de la terre. »
galik; celles du Kacbgar sont Eachgar et Yanghi-schahar.
Les villages du Ehotan sont petits pour la plupart et formés de huttes éparses (à l'exception de Karangotâk et de Tcha-tchan, qui étaient des établissements pénitentiaires fondés par les Chinois); ceux du Yarkand, au contraire , tels que Sandjoû et Koughiâr, sont très-grands.
Des villes mentionnées, Yftrkand est la plus grande; c'est un centre commercial important. Les caravanes de Bokhâra et de Khokand, au nombre parfois de 2000 chameaux chargés de sucre candi, de pains de sucre, de draps, de fer ouvré, de cuivre, d'ustensiles en fer et d'autres articles provenant de Petropaulovsk, de Semipalatinsk, de Troîtzka et de Bokhâra, visitent Yarkand deux fois par an. Des marchands de Vemoïé, d'Ak-Masid (fort Perovski) et d'Ili, amenant des chevaux, du thé de Chine et des soies, y viennent aussi en grand nombre.
Après Yarkand, la place importante est Iltchî. C'est une ville d'industrie; les principaux articles qu'on y fabrique sont des étoffes de soie, des feutres, des tapis, tant en soie qu'en laine, et des cotonnades communes. Une partie de ces articles se place dans le pays; le reste est exporté à Yarkand et à Lèh. La soie grége du pays est très-grossière, faute d'une bonne manipulation. On fait aussi des papiers de fibre de mûrier, que l'on exporte dans l'Ouest.
Les animaux sauvages que Ton voit dans le pays sont le bouc, le loup, le chacal, le renard et le lièvre, tous des espèces tibétaines. On dit qu'il y a des ours, des tigres et des léojpiards dans la grande forêt du Nord. Les animaux domestiques sont le chameau, le cheval, la mule, l'âne, le bœuf (tibétain et indien), la chèvre, le mouton doumbâ. Les chèvres se rencontrent par grands troupeaux. La plupart des chevaux sont importés du Badakchân, d'Ili, et du pays des Tâtars Eilmâks. Les hommes sont en général d'excellents cavaliers. Chacun a son cheval, sinon plusieursy et tous paraissent n'user de leurs jambes qu'à con-
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tre-CŒur. Les volatiles domestiques sont l'oie, le canard et la poule.
La population d'Iltchî peut être de 40 000 ftmes, et celle du pays tout entier de 350 000. On compte qu'il y a un cinquième de femmes plus que d'hommes, par suite de l'expatriation considérable qui a eu lieu lors dû soulèvement contre les Chinois. Ce sont en général des hommes de bonne mine; ils ont le teint clair et les membres bien découplés. Les femmes sont petites, mais agréables. Dans les deux sexes, le type est tartar, mais sans exagération. La langue est le turc. La population tout entière est musulmane.
Le khân a une armée de 11 000 hommes, dont 5000 cavaliers, mais tous très-mal équipés.
Telle est, pour s'en tenir aux points essentiels, la substance des renseignements rapportés du Ehotan par M. Johnson. On n'en demanderait guère plus pour un État européen.
Le mémoire se termine par un journal de route de Lèh à litcht, aller et retour, comme il serait à désirer qu'on en eût un semblable dans tous les voyages d'exploration. Nous en tirons quelques mesures d'altitudes pour les points principaux.
Route de Lèh à lUcht Retour d'Iltchî à Lèh.
m4tr«s. aitns
Lèh 3458 Kiria, ville du KhoUn, à Test
Lac Tsothang (Ladak) S189 d'Utcht 1449
Lac llapothang {idsm) 4864 Sandjou , ville da Khotan , à
Rivière Karakâch, à 30 kil. en- l'ouest d'Iltchi 1870
viron de sa source 4722 Col de Oualagot ftf09
Yafighi'divdn^ col de la chaîne Zakongra, au pied de la passe,
des monts Kioun-lonn 5820 ducôtédusud 3112
Tàch, an pied de la chaîne, du Chadoula, sur le Karakâch.... SSM
côtéda nord (pays de Khotan). 4750 col de Soukit-divàn, au-dessus Yanghi-langar, vers la sortie des du passage de la Karakâch. . S555
moBtagati (iLbotaa) 1807 Poêsê de Karakoram, dans la
lltcM,». 1319 chaîne de partage entre le
bassin du Sindh et les eaux
du pays de Khotan SSSS
Col de Khardong, passage des montagnes qui couvrent Lèh
au nord 5486
Lèh S458