Dans le Magasin asiatique de Klaproth, t. II
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pitale du Tibet, était fort incertaine. L'exploration projetée devait donc être une acquisition capitale.
Une première tentative fut faite en 1864 par les deux pandits pour se rendre à Lhassa en partant du Eémaoun *■ ; mais les chemins se trouvèrent trop difficiles, il fallut y renoncer. Il parut alors au capitaine Montgomerie C[ae la meilleure chance était de partir du Népal, les rapports entre ce royaume indigène et Lhassa étant habituels. En consé* quence^ les deux pandits se rendirent k Eathmandoû (la capitale du Népal, à 650 milles anglais vers le N. 0. de Calcutta). Ils étaient munis de sextants, de boussoles, de thermomètres, d'un chronomètre et d'une montre ordinaire, le tout réduit autant que possible et dissimulé dans des boîtes à double fond parmi les bagages ordinaires d'un marchand en voyage; car c'était sous les dehors de mar« chands indigènes, allant acheter des chevaux au Tibet et en même temps faire leurs dévotions à Lhassa, que les deux observateurs entreprenaient leur voyage.
Us partirent de Eathmandoû le 20 mars 1865, n'ayant avec eux que quatre domestiques; mais ils eurent bientôt le premier avant-goût des ennuis qui devaient accompagner leur entreprise. Au premier poste tibétain, en quittant le territoire du Népal, le fonctionnaire chinois préposé à la garde de la frontière trouva quelque chose de suspect dans leur histoire : il leur fallut revenir sur leurs pas , d'autant plus que l'inexorable fotictionnaire avait eu des rapports personnels avec la famille de l'un des deux pandits, et que celui-ci pouvait ainsi être reconnu. Revenus à Eathmandoû, ils se mirent en quête d'un autre moyen d'entrer dans le Tibet. Il s'en présenta deux. Le radjah du Népal était sur le point d'envoyer à Lhassa un nouvel agent (vakîl) : ils pouvaient se joindre à sa suite. lis pouvaient aussi partir
. Le Kémaoun est un district de l'Himalaya occidental, que le Gange supérieur borne à l^ouest avant de sortir des montagnes pour entrer dans les plaines.
de compagnie avec un marchand du Boutan. Afin d'augmenter leurs chances, ils se décidèrent à employer les deux moyens. L'un d'eux accompagnerait le Boutanien: l'autre irait avec le vakil.
Mais ils n'étaient pas au bout de leurs traverses. Le vakîl, qui avait adhéré d'abord à l'arrangement proposé, finit par retirer sa parole, craignant sûrement de se trouver compromis , et le marchand du Boutan , pour une raison ou ^ pour une autre, reculait de jour en jour son départ. L'un des pandits se décida enfin à se mettre en route avec un des hommes du Boutanien, celui-ci promettant de les rejoindre bientôt après. Notre pandit avait pris cette fois rhabillement et les dehors d'un natif du Ladakh. L'autre pandit était parti en même temps de son côté, — c'était au commencement de juin 1865, — se proposant de remonter une autre vallée de l'Himalaya; mais sa santé, dit-il, et aussi peut-être le manque de décision, le fit encore reculer dans cette tentative. Après d'assez longues marches dans les parties supérieures du Népal, il finit par rentrer sur le territoire anglais. Son journal forme une section à part dans le Rapport de M. Montgomerie (n® 86). Nous n'avons à suivre que l'itinéraire bien autrement important de son plus heureux collègue.
Gelui-<u avait enfin, le 13 août, franchi la barrière si bien gardée des terres du Grand-Lama ; le 24 on arrivait à Babouk, grand marché tibétain ouvert aux gens du Népal, et le 6 septembre la caravane atteignait le monastère de Tadoûm, halte bien connue de ceux qui suivent la route de Eathmandoû à Lhassa. C'est là que la route de Rathmandoû à Gartokh rejoint la route de Gartokh à Lhassa. Pour ne pas être obligé d'aller jusqu'à Gartokh avec ses compagnons, le pandit feignit d'être malade; il comptait sur quelque occasion de se rendre directement à Lhassa. Il s'en présenta bientôt une excellente : c'était un marchand du Ladakh, accompagné d'une suite nombreuse, qui portait au
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Dalaï-Lama les présents qae lui envoie tous les deux ans le roi du Kachmîr, en même temps qu'un conyoi de marchandises qui se vendent dans le pays. Notre voyageur trouva aisément place dans cette caravane, qui recevait sur sa route les honneurs dus à l'envoyé d'an prince ami.
Nous ne pouvons que mentionner quelques Incidents du voyage. La route suit à quelque distance, jusqu'à Djanglatjé, le côté gauche ou septentrional de la vallée duDzangbo, dont le cours général est à l'est. Djanglatjé était la première ville importante que le voyageur rencontrait depuis son entrée dans le Tibet; elle possède une belle lamaserie| et un chemin direct la relie k Kathmandoû. Ici la route de Lhassa passe au sud du fleuve. Chigatzé (ou Digartja), autre ville considérable à trois journées de la précédente, a déjà été décrite par Turner; ce fut le point extrême que ce voyageur bien connu atteignit en 1783. Près de la ville est le couvent de Tachilumbo, oh réside, comme à Lhassa, on lama ou pontife bouddhiqpe. Trois mille trois cents prêtres babitent ce clottre célèbre, où les statues du Bouddha resplendissent d'or et de pierres précieuses. Gomme le Dalaï-Lama de Lhassa, le Lama de Tachilumbo est une incarnation réputée immortelle de la divinité bouddhique, et il lit dans la pensée des hommes. Notre pandit, quoique brahmane zélé, descend d'une famille bouddhiste; et comme H lui reste apparemment quelque chose de la foi de ses ancêtres, il n'était pas sans une certaine inquiétude, lorsqu'il lui fallut paraître devant le lama, au sujet de son déguisement. Tout se passa bien, cependant. Le lama était un enfant de onze ans, qui adressa trois questions fort ordinaires au voyageur étranger, et qui sans doute, selon l'usage royal, n'écouta pas les réponses.
Au sortir de Chigatzé, la route s'éloigne considérablement du fleuve en décrivant au sud un large circuit, où elle rencontre li^ ville de Gyangzé. A deux journées delà on arrive
au lac Yamdokcho^ qui figure sur nos cartes sous le nom de Patte. On y arrive après avoir franchi des montagnes dont le col est à 16700 pieds au-dessus du niveau de la mer (5090 mètres), autant que l'on peut compter sur la rigueur absolue déduite des observations du voyageur*. Il n'est personne qui en jetant les yeux sur une de nos cartes du Tibet, n'ait été frappé de la forme singulière de ce lac Palté, enveloppant comme un anneau une très-grande île qui en occupe l'intérieur. Ce que le pandit en a vu confirme cette configuration. îl estime que la circonférence extérieure peut être de 45 milles (environ 70 kilomètres), et sa largeur ne lui parut pas excéder 2 à 3 milles; le reste est occupé par l'île centrale. Cette île s'élève de 2 à 3000 pieds audessus de la surface du lac, et le lac lui-même, d'après les observations faites sur ses bords, est à 13500 pieds d'altitude absolue au-dessus du niveau de la mer (4115 mètres). Cette hauteur, qui est presque celle des sommités de nos Alpes suisses, marque l'altitude moyenne de l'énorme plateau où le Dzang-bo s'est creusé sa vallée, et dont l'Himalaya, à un degré plus au sud, forme le gigantesque escarpement vis-à-vis des plaines du Gange, élevées de quelques centaines de pieds seulement au-dessus de l'Océan. D'après le rapport des gens du pays, le lac est très-profond et n'a pas d'écoulement extérieur'; néanmoins ses eaux sont douces.
La route que l'on suivait longe le côté N. 0. du lac, qui n'est séparé du Dzang-bo que par un étroit intervalle, une dizaine de kilomètres. On franchit de nouveau le fleuve sur ce point rapproché du lac, on marcha encore une courte journée vers le N. E., en suivant une petite rivière appelée