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Le point d'ébulUtion de Teau

3. Ce renseignement est conforme à la carte de Klaproth, conf traite, comme nous l'avons dit, sur les matériaux t;hinois.

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Kitchou-tzang-bo, et le 10 janvier 1866 on entrait dans H'iasaa, la ville du Dalaî-Lama.

Le pandit s'installa dans une sorte de caravansérail appartenant an monastère de Tachilumbo; il y lona deox chambres qui lui parurent convenablement disposées pour y faire des observations sans être remarqué. La description qu'il fait de la ville concorde en général avec celle qu'en ont donnée MM. Hue et Gabet, les deux missionnaires français, qui s'y trouvaient en 1846. La ville est circulaiie; son circuit peut être de 2 milles 1/2 (4 kilomètres). An milieu de la ville s'élève un très-grand temple. H'iassa est dans une plaine assez unie, que les observations du voyageur mettent à 11699 pieds au-dessus du niveau de la mer (3566 mètres^). La moyenne des nombreuses observations ont donné pour latitude 29^ 39' 17*^ (avec une minnte d'erreur possible) ; cette détermination fait grand honneur à la sagacité des combinaisons de d'Anville^ qui met Lhassa sur sa grande carte d'Asie de 1752 par 29® 34' de latitude, rectifiant ainsi les indications des PP. Jésuites qui ne donnaient que 7 à 8' au-dessus du 29' parallèle. Le pandit n*a pas fait d'observations de. longitude. Celle que le capitaine Montgomerie déduit de la construction de l'itinéraire (avec une incertitude qui peut aller à 15'), est de 90* 59' 43* k TE. du méridien de Greenwich, 88'* 39' 33' du méridien de Paris. La longitude de la carte de d'Anville est de 89*.

1 . C'est à peu près Taltitude des plus hauts passages des Alpes, 1100 mètres de plus que Thospice du Grand-Saint-Bernard. Les lieux habités les plus élevés de l'Europe ne dépassent guère 2000 mètres. Ce n'est qu'en Amérique, sur Tétroit plateau des Andes, que Ton trouve des villes plus élevées que H'iassa au-dessus du niveau de la mer (Calamarca en Bolivie, 4161 m. ; Potosi, dans la même contrée, 4061 m., etc.)' Quito, dans l'Ecuador, n est qu'à 2908 m. Mais Ist villes de la Bolivie sont dans la zone tropicale, tandis que Lhassa est à plus de 29* 1/2 au N. de Téquateur. Aussi y éprouve-t-on des froids polaires. — Quant au chiffre déduit des observations barométriqiies du pandit, il peut être en erreur, selon M. Montgomerie, de 200 i 300 pieds (anglais), c'est-à-dire de 60 à 80 ou 90 mètres.

Les modifications arbitraires des géographes postérieurs s'éloignaient beaucoup plus de l'observation actuelle. La carte de Klaproth met H'iassa par 30* 43' de latitude (plus d'un degré en excès), et 89 1/2 de longitude.

Durant le mois de décembre, pendant la nuit et au lever du soleil, le mercure du thermomètre tombait au-dessous de 32* (de 34 à 35* cent, au-dessous du point de congélation), et pendant le jour il ne s'éleva jamais au-dessus de 40 à 45 degrés (de 4 à 7 degrés c. au-dessus de zéro).

Le pandit raconte sa présentation au Grand-Lama, en compagnie de l'envoyé du rftdjah de Kachmîr. Un prêtre vint les recevoir et les conduisit en présence du Lama, un joli enfant d'environ treize ans ^ Il était assis sur un trône élevé de six pieds, et il avait près de lui deux dignitaires ecclésiastiques tenant chacun une sorte d'éventail en plumes de paon. A droite du Lama, sur un trône de moitié moins élevé, se tenait son ministre, le rftdjah Gyâlbo Khouro Gyftgo. Un grand nombre de prêtres, dans l'attitude du respect, étaient rangés à distance. On dit aux visiteurs de s'asseoir ; et après qu'ils eurent offert leurs présents, consistant en étoffes de soie, en parfums et en argent, le Grand-Lama leur adressa les trois questions réglementaires, en imposant la main au-dessus de la tête de celui à qui il s'adressait : « Votre roi se porte bien? — • Votre pays prospère ? — Votre santé est bonne ' ? >

Voici quelques autres remarques du voyageur.

Le Dalai-Lama est le chef de tout le Tibet, mais il ne se mêle pas des affaires d'État '. Il est regardé comme la di-

1. Tous tes Lamas sont des enfants; leur incarnation ne dépasse jamais un nombre limité d'années.

2. Littéralement les mêmes questions qui leur avaient été adressées par le Lama de Tachilumbo.

3. On remarquera sûrement que, dans toute cette organisation, à moitié civile, à moitié ecclésiastique, il y a bien des analogies avec le gouvernement du Japon tel quMl existait encore hier, partagé entre le Mikado et le TaiJ^oan.

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vinité gardienne du pays. Il ne meurt pas ; mais il s'incarne périodiquement dans tel corps qu'il a choisi. Quand il opère sa transmigration, le corps qu'il abandonne est déposé dans un cercueil d'or orné de pierres précieuses, et gardé dans le temple avec le plus grand soin.

Le radjah ou gyâlbo est le second personnage du royaume; au-dessous de lui, et sous ses ordres, quatre ministres (kaskaks) sont chargés du détail des affaires. Mais TÂmbân, ou représentant de la cour de Péking près du Lama, peut adresser à l'empereur des rapports contre le radjah ou ses ministres, et il a le pouvoir de les déposer^.

H'Iassa a une garnison de 1 000 Bhotyas et de 500 Chinois. Un dénombrement de la population fait en 1854 a donné, non compris les soldats et les prêtres (ceux-ci sont trèsnombreux), le chiffre de 15 000 âmes, dont 9000 femmes. Cet énorme excédant de la population féminine s'explique par le grand nombre d'hommes qui embrassent la carrière ecclésiastique et se vouent au célibat.

Durant le mois de décembre, des marchands de toutes les contrées environnantes arrivent à H'Iassa. De la Chine il vient des soieries de toute sorte, des tapis et des porcelaines; deDjiling en Tartarie (?),des galons d'or, de la soie, des pierreries, des tapis de qualité supérieure, des selles, des chevaux et des moutons doumba d'une très-grande espèce. Il vient de Dartchando (Ta-tchïn-do?), à deux mois de H'Iassa vers le N. E., d'immenses quantités de thé; on apporte de Tchando (Tziamdo?), ville du pays de Kham ', une énorme quantité de musc, dont une partie s'éconle en Europe par le Népal. Il vient de Taoïiangdansle Boutanda ris et d'autres grains que le sol du Tibet ne produit pas. Du Sikkïm, on apporte du riz et du tabac ; du Népal, de Dardji-

1 . Mous reviendrons tout à l'heure, d'après la communication d'un de nos missionnaires, sur toute cette organisation politique.

2. Sur la frontière occidentale de la Chine. Voir le tome XIV de V Année géographique, p. TU.

ling et d'Âzimabad, des draps communs, de la soie, des satins, de la sellerie, des pierres fines, du corail, des perles, du sucre, des épices et d'autres marchandises de Tlnde. Il vient du Ladakh et du Eacbmîr du tcharas et du safran. Les marchands, arrivés en décembre, repartent en mars avant (|tté les pluies H'aiônt grossi leâ rivièreSi

Le pandit ne quitta cependant H'iasâa qti'un mois plus tard, le 21 avril, avec l'envoyé du Mahàr&djah qui retournait au Kaohmir. lis reprirent la grande route qu'ils avaient suivie trois mois et demi auparavant, revirent Tadoûm, et de là continuant de remonter au N. 0. la vallée du Yaroutzang-bo (qui porte dans ces parties supérieures les noms de Tamdjan et de Khamba), ils arrivèrent au lac Mansarovar^ si célèbre dans Tlnde comme lieu de pèlerinage. Toute cette l'égion du Tibet, où sont les sources de toutes les grandes rivières de Tlnde, le Brahùiapoutrà, lé Sindh, le Satledj, la Yamounâ et le Gange, est un plateau montagneux de 4 à 5000 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer; ane population pastorale occupe seule (ies hautes plaines, avec de nombreuis troupeaui de moutons, de chèvres et de yaks ou bœufs du Tibet. A Dartchan, près du Mansarovar, le pandit et les Ladakhis se séparèrent le 18 juin avec un mutuel regret, car notre voyageur aifàit gagné la sympathie de tous ses compagnons. De là, tournant au S. 0., il descendit une des vallées de rUimâlaya et rentra ainsi par le Kémaoàn sur le territoire britannique, «ù il se retrouva avec joie après une absence de dix-huit mois.

S s* AéiÉMè d« réfOlUto aoquis pour la géographit da Tiket.

Quelqoes remarques.

Notre rapide analyse montre assez quelle est la nature et l'importance des résultats acquis dans ce remarquable

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voyage ; sur ce point, cependant, laissons la parole au capitaine Montgomerie, qui dans son rapport les résume ainsi :

Les résultats de rexpédition, remis au quartier général de la grande triangulation, se composent :

1° D'un grand nombre de hauteurs méridiennes du soleil et de hauteurs d'étoiles ;

2o Un relevé circonstancié des lignes parcourues sur une longueur de plus de 1200 milles, comprenant la route de Kathmandoû à Tadoûm et la grande route du Tibet tout entière de H'iassa à Gartokh ; relevé qui fixe généralement le cours du Brahmapoutra supérieur ou grand fleuve du Tibet, depuis sa source près du Mansarovar jusqu'au point où il reçoit le cours d'eau qui passe à H'iassa ;

3® Observations de la température de Pair et du degré où Teau entre en ébullition,au moyen desquelles Paltitude de trentetrois points a été déterminée , outre un beaucoup plus grand nombre d'observations de température faites à Cbigâtzé, à H'iassa, etc., qui donnent quelque idée du climat ;

4® Notes sur tout ce qui a été vu, et sur les informations recueillies dans le cours de l'expédition.

Les observations de latitude ont été faites avec un grand sextant de 6 pouces de rayon, et elles ont été réduites par les calculateurs attachés à la triangulation. Le paudit est certainement un excellent observateur, digne de toute confiance. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir la liste ci-jointe.

Entre le lac Mansarovar et H'iassa, le pandit a suivi la grande route appelée le Djohng-lam, ou Vhor-lam*, par laquelle les fonctionnaires chinois maintiennent leurs communications dans toute la longueur de l'Himalaya, sur une étendue de 800 milles (1300 kilom.) depuis H'iassa jusqu'à Gartokh. Un mémorandum a été dressé de toutes les stations de cette remarquable route. Elle est maintenue dans un état d'entretien réellement extraordinaire, eu égard à la grande élévation et à la nature désolée du pays de montagnes qu'elle traverse. Entre H'iassa et Gartokh il y a 22 stations appelées tardjoums, où l'on change les animaux qui portent les bagages. L'intervalle d'un tardjoum à l'autre varie de 20 à 70 milles (de 32 à 112 kilom.); des abris y sont ménagés, ainsi que les relais nécessaires aux messagers et aux fonctionnaires.

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