Voir le t. II de V Année géographique. 1863, p
L'aNNKE r.KOGR. VIî. 1"
pus, mais noo laineux, des dents d'une blancheur éclatante; ceux qui les dnt mauvaises, et alors dans un état (déplorable, doivent cela, isans doute, à l'usage du tabac et peut-être aussi à PùsAisfe de lâtiande. Ils ont des traits, des physionomies qui n'ftccusent rien d'africain ; mais en Tieillissant ils deviennent généra^ lement très-la.ds. Les hommes et les femmes, soumis à la même misère et aux mêmes fatigues, donnent Tidée de Tétat dans lequel peut tomber une population presque toujours afîamée.
Voici un tableau de genre qui complète ce qu^il y a d'un peu rude dans l'esquisse précédente :
Bientôt arrivèrent les troupeaux ; c'était l'heure de côûduife à PabreuTOir les chèvres, les chameaux, les ftnes. Tous teà animaux étaient menés par des hommes porteurs d'outrés qu'ils remplissaient tour à tour. Des femmes et des jeunes filles vinrent ensuite avec des vases pittoresquement campés sur les épaulei, et poussant devant elles des agneaux et des chevreaux, tt y avait parmi ces jeunes filles de fort beaux types. Leuf costume, ne les couvrant que depuis la ceinture jusqu'aux genout^ permettait de voir parfaitement leurs formes qui étaient irréprochables. Elles allaieDt et venaient suivant les besoins du moment, et quand elles s*arrètaient, soit pour s'appuyer contre un rocher, contre un arbre, soit pour porter à leurs épaules UA vase rempli d'eau, leurs poses, simples et naturellement lio* blés, rappelaient les poses idéalisées dans les tableaoi d#8 peintres.
Encore un trait pour finir :
Les duels parmi ces hommes ne sont pas rares. J'en ai raconté un dont les armes étaient de simples courbachet ; il y en à aussi à l'arme blanche. Ghex les Âmarrar, par exemple, lorsque quelque cas grave conduit deux individus sur le terrain, lés ehefli de la tribu les y ont précédés ; ils s'assoient accrot^ suivant leur coutume, et de manière à former un cefcle an milieu duquel se placent, posés à califourchon l'un contf^ l'autre, les champions entièrement nus. On leur donné alôifS un couteau, dont le plus favorisé se sert pour frapper le ]>rémier son adversaire, après quoi il lui présente l'instrument pour que celui-ci le frappe à son tour, et ainsi non pas jusqu'à ce
SOURCi» BU NIL. 191
qua mort •*ei»iuvt , earQ est défendu de {Kurter dès eoops mortels, mais jusqu'à ee qu'il plaise aux cheikh , joges du combat, d^y mettre fin. 6ettz-ei, pendant que lèS feombattànU te tailladent les )»res-,leé ouïsses, les mollets, les épaules, atée ufté espèce de eourtoisii sauvage qui implique Téloge ou le bléme du dernier ooap porté, ceux-oi,- dls«je, Aiment et boivent du lait que Ton fiut circuler à la ronde dans des courges, des outres ou d'autres vases. Leurs yeux ont* suivi toutes les péripéties da duel, et quand ils pensent que le sang a suffisamn^ent coulé, ils se lèvent et séparent les deux antagonistes, qui s'avouent satia&its et s'en retournent tranqulUemeat à leurs tentes.
5 2, Mort da voyageur La Saint
Notre ohronique de la région des sources du Nil ti cette année, k enregistTer une triste nouvelle, la mort da notire ecMBipatriote Le Saint.
Noue savons avec quelle ardeur l'infortuné Le Saint avait quitté Paris dans les premiers jours de 1867| ayant devant lui une des plus difficiles, mais aussi des plus belles et des plus glorieuses entreprises que puisse se proposer Tambi-* tion d*un explorateur dans Tétat actuel de notre connais-» sance du globe. Le problème séculaire des sources du Nil est devenu la question du jour. Depuis trente ans, la solution de ce mystérieux problème a fait un immense progrès; d'année en année on a vu se resserrer le cercle de l'inconnu. Plus d'une fois on a cru toucher au but. Il est vrai qu'après la première beure d'enthousiasme il a fallu reconnaître qu'en réalité les sources du grand fleuve ne sont pas découvertes; mais la route est tracée, l'accès en est plus facile^ et surtout on a mieux compris les véritables termes de la question qui reste à résoudre.
Le Saint y était bien préparé. D'Alexandrie il avait gagné Ebartoum, par la voie de Suez et de Soualdn, et il avait trouvé près de nos compatriotes qui résident dans là
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capitale du Soudan égyptien l'accueil le plus sympathique. Ses lettres respiraient la confiance la plus entière dans la réussite. « La mort seule, disait-il, m*empéchera d'arriver. » Hélas! il ne croyait pas que la triste prévision dût s'accomplir si tôt. Il quitta Ehartoum à l'époque où com-» mence la navigation du fleuve Blanc, vers la fin d'octobre (1867). Il était parti en compagnie des hommes que MM. Poucet, d'honorables négociants français de Khartoum, envoient chaque année dans le sud-ouest pour la traite de l'ivoire. Il paraît qu'à peine arrivé dans la redoutable région du haut fleuve Blanc, où la chaleur tropicale se combine avec une extrême humidité et d'immenses résidus d'eaux stagnantes, sa forte constitution ne put le défendre contre les atteintes de ce dangereux climat. La Société de géographie, sous les auspices de laquelle Le Saint avait entrepris son voyage, venait de recevoir la nouvelle du départ de l'explorateur pour les hautes régions, et elle allait lui faire parvenir de nouveaux subsides qui lui étaient demandés, lorsque la lettre suivante apporta d'une manière bien inattendue la fatale nouveUe. La lettre est de M. G. Thibaut, agent consulaire français à Khartoum, et adressée à M. le sénateur marquis de Ghasseloup-Laubat, président de la Société :
Khartoum, l"juin 1868.
c Monsieur le président,
c Je viens, le cœur navré, vous communiquer la triste -nouvelle qui m*est arrivée depuis deux jours du fleuve Blanc (le Grand-Nil).
« Notre infortuné compatriote Le Saint, parvenu à trentetrois journées de marche de Khartoum, a succombé à des souffrances de soixante-trois jours. Sa forte constitution n'a pu surmonter la maladie bilieuse et les douleurs qu'il ressentait, dans Testomac. Il est mort après une agonie de cinq jours, le 27 janvier 1868. Il a été enseveli dans un terrain de Tancienne mission catholique, abandonné mais respecté par les noirs de la tribu des Kheiks {Quisque)^ sous le 8« degré de latitude nord.
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c Le Saint avait pris à son service un pauvre Européen, Francisque, qui pouvait lui rendre de grands services par sa connaissance des loèalités. C'est lui qui m'écrit et me donne l'assurance qu'à son retour, dans un mois ou deux, il me remettra tous les papiers et objets de la propriété du défunt. Je me ferai un devoir, aussitôt que ces objets m'auront été consignés, de vous les faire parvenir en les adressant aux bons soins de M. le consul général de France à Alexandrie.
c G. Thibaut. »
Les premiers renseignements que le voyageur avait pu recueillir sur la région du Bahr el-Ghazal ne seront pas perdus pour la scienée, et le plan d'exploration si malheureusement interrompu n'est nullement abandonné. II restait encore de la première souscription une somme importante, qui s'est augmentée d'une souscription de 8 000 francs, libéralement souscrite par le Conseil du canal de Suez. Un nouvel explorateur qui réunira les conditions nécessaires trouvera la tâche bien préparée et les moyens suffisants pour la poursuivre.