CONTRÉES A L'OUEST DU NIL
REGION LITTORILB ENTRE L'eGTPTE ET L'ALGÉRIE. CYRâNàlQUE. TUNIS.
187. Murdoch Smith and commander Porcher. Hfstory of the récent discoveries at Cyreae. Lond., 1867.
— Beulê. Découvertes à Cyrène. Journal des Savants j mai 1868, p. 273-291.
188. J. R. BouRGUiGNAT. Histoirc malacologique de la Régence de Tunis. Paris y 1868, in-4% 38 p. avec une planche et une carie. 6 fr. (Cballamel).
189. E. DE GuB^BNATis. l.ettQre suUa Tunisia, e spectalmente suUa provincie di Susa et Monastir; con aggiunta di du? lettere archeologiche di Or. Antinori. Pirenxêj 1868, in-16, 2%% pagpes. S 1. (Loescher).
19Q. Daui. Etudes sur Utique et ses environs. Mémoire lu à l'Académie des iDscriptions dans ses séances du mois d'avril. Extrait analytique et discussion, dans les Comptes rendus des séances de l'Académie, avril 1868, p. 148-177.
— Les ruines de Carlhage et d'Utiqiie; notice sur les découvertes de M. Daux, par M. Menu de Saint-Mesmin. Moniteur^ 8 et 9 octobre 1 868.
S !•'. Noavelles fouilles à Cyrène.
Depuis le voyage dé Pacho, le site de Cyrène a été fouillé à plusieurs repriseS| et des découvertes d'un grand intérêt ont toujours récompensé ces investigations archéologiques. La mine est loin d'être épuisée, comme le prouvent les dernières recherches conduites par MM. Smith et Porcher au compte du Musée Britannique. Dans le même temps, le Commodore Le Brêne avait reçu la mission d'étudier la côte africaine depuis Bérénice jusqu'à la frontière égyptienne, et de continuer ainsi pour la Marmarique la riche et belle étude de la côte tripolitaine, du littoral des Syrtes et de la Cyrénaîque jusqu'à Derna, faite de 18*21 à 1822 par le capitaine Fred. Will. Beechey * et son frère Henry William. M. Le Brêne, dans une des séances de la dernière réunion de l'Association Britannique, a communiqué d'intéressants détails sur les populations actuelles de la Cyrénaîque et de la Marmarique^. Ceux que MM. Smith et
1 . Proceedings of the expédition to explore the northern coast of Africa, from Tripoli enstward. Loml., 1828, in-A". — Le nom du capitaine Beechey, avant et après l'exploration savante de la côte africaine, s'attache aussi à deux remarquables expéditions dans les mers polaires.
2. Nous employons ce nom ancien, qu'il nou^ paraît tout à fait courenable de maintenir à la contrée littorale qui s'étend depuis la
CYIUillATQ0B. 190
Porcher ont publier mr leurs fouilles k Gyrène ont été analysés par une plume eompétente dans le Journal des Savants (ci-dessuS| Bibliographie, n* 187). Nous en donnerons un aperçu.
M. BeuM rappelle, au début de son article, les explorations et les fouilles dont le territoire de Gyrène atait été Tobjet avant l'expédition archéologique de MM. Smith et Poidier. Au siècle dernier, Lemalre, consul de France à Tripoli, explora la Gyrénalque en 1706, par Tordre de Louis XIV. Il y fat suivi, en 1710, par Paul Lucas, qui y retourna en 1793. Un Anglais, le docteur Shaw, y vint à son tour en 1739, et publia un récit intéressant de ce qu'il avait vu. En 1760, Oranger, physicien français, qui revenait d^tgypte par terre et accomplissait ce dangforeux voyage sous la^protection d*an chef de brigands, copia h iyrène plusieurs Inscriptions. Dans ce siède-d, un docteur ita- U«i, Gervelli, accompagna le pacha de lÛpoli dans une de expéditions, en 1819, et rapporta quelques notes que la de géographie de France publia. Un autre Italien, Sella Gella, profita d'pne occasion semblable en 1817, et raconta son voyage, qui fut traduit en anglais en 1829. Enfin, M. Delaporte, consul de France à Tanger, avait à son tour exploré la Gyrénalque et communiqué ses observations k la Société de géographie de France; et M. Vattier de Bourville, agent consulaire & Benghazi (1848-1849), avait fait fouiller la nécropole d'Hesperis {Berenicé)y recueilli des vases nombreux qui sont aujourd'hui au Louvre, et fait une courte visite à Gyrène.
Mais, en réalité, il n*avait été publié que deux ouvrages considérables : Tun par le capitaine Beechey, l'autre par Pacfao^ artiste français. Le capitaine Beechey, parti de Tripoli avec son frère, avait fait le tour de la Grande Syrte,
Btase-tsTPte jusqu'au pays de Darkah (l'ancienne Cyrénaique) , cette région n'ayant pas d'appellation moderne.
exploré toute la contrée, dressé des plans très-exacts, fixé la position astronomique des principales villes, décrit en détail son voyage (1821-1822), tandis qu'un bâtiment examinait et relevait la ligne des côtes. Pacho avait publié , en 1827, un volume de texte in-4* accompagné de cent planches in-folio, qui est encore aujourd'hui la source la plus complète de renseignements.
Ce que Ton doit aux explorations de MM. Smith et Porcher, c'est, avant tout, un plan beaucoup plus précis de Gyrène. Ils ont fouillé non-seulement les temples déjà connus d'Apollon et de Bacchus, mais encore trois autres temples; Pun qu'ils attribuent à Vénus, les deux autres qui Bont voisins du Stade. Trois théfttres et un palais semblent également acquis à la topographie, tandis qu'on gran^piédestal avec une statue de Minerve devient le centre de la colonnade déjà signalée par Pacho. Il faut ajouter des tombeaux, des citernes et des tours, mentionnés par les précédents voyageurs, et des ruines byzantines. « Quoique beaucoup de points restent inexplorés, les ruines de Gyrène commencent à prendre une importance digne d'une grande ville. >
La Pru£se à son tour veut avoir, à ce qu'il parait, sa part des inépuisables dépouilles de la ville de Battus. On annonce que Gerhard Rohlfe, l'infatigable explorateur africain, à peine de retour d'Abyssinie où il a fait une excursion géographique à la suite de l'armée anglaise (Y. ciaprès), vient tout récemment de se rembarquer pour Tripoli, d'oii il doit entreprendre un voyage scientifique en Gyrénaïque et à l'oasis de Jupiter Ammon. L'explorateur est accompagné d'un photographe qui prendra les vues des monuments découverts. M. RohlCs s'est rendu à Tripoli en passant par Marseille; son voyage en Afrique durera environ quatre mois. Au bout de ce temps, M. Rohlfs reviendra à Berlin, d'où il repartira bientôt après pour aller remplir à Jérusalem les fonctions de consul fédéral.
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S 2. Recherches de M. Danx sur les sites d'Utiqne et de Carthage.
Ces recherches ont été faites anz frais de TEmperetir; elles se rattachent au bel ensemble d'études archéologiques et géographiques que l'impérial historien fait poursuitre pour réclairdssement des campagnes de César, études qui nous ont déjà valu, qui nous vaudront encore de si remarquables^ travaux sur le sol de la âaule/ sur l'Italie^ sur l'Asie Mineure, sur Tlllyrie et la Macédoine, sur l'Egypte, rÂ&ique et la Numidie. Ceux de M. Daux y tiendront une des premières places par l'importance, par l'inattendu, et aussi par la certitude des résultats.
La, restitution des deux villes antiques (Utique et Carthage), dit M. de Saint-Mesmin dans l'analyse qu'il a donnée au Moniteur du mémoire de M. Daux, n'est pas le résultat d'une de ces excursions rapides dans lesquelles le voyageur jette un coup d'œil sur l'ensemble d'uu pays pour en rapporter des impressions plutôt que des faits; c'est la suite et comme le couronnement d'une mission de longue haleine, pleine de périls., dans laquelle il a fallu affronter ou vaincre et les difficultés matérielles d'un sol qui s'obstinait à demeurer muet, et le guet-apens de PArabe, et la disette, et la nature rebelle, et le soleil ennemi. C'est une lutte continuelle du jour, de la nuit, de toutes les heures. On couche sous la tente ; on dort le pistolet au poing ; on veille le sabre au côté. Enfin le travail commence ; le sol s'ouvre ; quelques pierres résonnent sous la pioche ; le cœur bondit.... Hélas! ce qu'on a pris pour quelque chose n'est rien. Ces fragments qui se dressent ne sont pas, comme on l'avait espéré un instant, les restes d'une œuvre humaine; ce sont les dépôts d*une mer disparue, dont les coquilles incrustées attestent le passage; ce sont des débris géologiques que les assises des antiques alluvions cachaient au regard. Il faut en faire son deuil; on s'est trompé.
Que de fois il en arrive ainsi ! Le sol est lacéré ; on l'a re^ tourné dans tous les sens. Les émotions se sont succédé : l'es-» poir (c'est toujours par là qu'on commence), le doute, la décep*
tioD, le découragement. Rien n apparaît, rien.... C'est bien ici pourtant qu'il faut chercher.
Ces espérances, ces déceptions, ces abattements, quel savant quel inventeur, quel pionnier ne les a pas connus ?
c Je me souviendrai toujours, me disait M. Dauj, à son ren tour de la Tunisie, de Tétat dans lequel je' tombai, après les premières recherches que je fis pour retrouver le port d'Ha-^ drumète ; je n'oublierai pas non plus comment j'en sortis.
f J'avais consulté tous les documents, étudié tous les maîtres, interrogé touteç les pierres, éventré le sol dans toutes les di* ^Qctions; cela durait 'depuis plus de trois mois. Depuis plus de trois mois, je me levais le matin avant Taube, haletant, avec une espérance nouvelle, et le soir, abattu, je rentrais sous la tente avec une nouvelle déception. C'en était fait; j'étais à bout de forces et de courage.
c Un jour que pour faire diversion aux fatigues de cette lutte, j'explorais le rivage dans une barque conduite par un pêcheur de la côte, ma vue se porta sur les rochers, qui, à quelque distance dans la mer, ressemblent à des sentinelles avancées. Je les avais vus mille fois sans y prendre garde ; mes idées étaient . alors portées d'un autre côté. Une mousse noirâtre couvrait ces masses imposantes.
c — Ce sont, me dit le batelier qui me prenait >sans doute pour un étranger et dont les yeux suivaient mon regard, ce spnt les rochers de Souza.
c — Oui, les rochers de Souza, repris-je machinalement en rQtombapt dans ma rêverie.... Lesrochersde Souza! > fis-jetout à coup» en me dressant brusquement comme poussé par un ressort.... Mais, des rochers qui émergent sont rafÛeurement du squelette caché sous le sol de la côte, et la côte est en mollasse. Au-dessous viennent et s'étendent à des profondeurs infinies, des marnes blatiches et des argiles smectiques; point de rpches de nature compacte, rien, sur le continent, qui rappelle ces rochers.... Quelle idée! Si c'était.... « Ami, dis-je au batelier, conduis-moi vers le roc le plus voisin, et rame vite.... »
« La mer était calme; une brise légère la plissait à peine. En (melques minutes, la barque, lancée par un bras vigoureux, arriva au pied du rocher. J'arrachai les algues d'une main agitée; je mis à nu une petite portion de bloc. La surface en était polie et luisante comme celle des rochers que Ton rencontre sur nos c0teâ« De distance en distance, des masses pareilles, sortant des fiots et qui jusqu'alors m'avaient paru dispersées au hasard,
UTIQUS ET CARTHAOE. SÛ3
me seiobUûQnt groopées suivant dep lignes définies. Un certain ordre régnait là où Je n'avais encore vu qne les c^prideases dispositions dues à nne révolution Un glolie.
c J'allai d'un rocher à l'autre, les grattant de mes ongles, demandant à la surface le secret de la substance intérieure.
c La nuit me surprit ainsi. Je regagnai le rivage. J*arrivai cbei mes hôfes où le souper m'attendait. Je m'assis sans dire qn mot, sans voir personne.
c ^ Vous est-il arrivé quelque accident? me d}t-on après un moment de silence. Vous naraisses absorbé par une peufée unique. Serait^il indiscret ae vouîb en demander la causù?
c — Tous connaissez les rochers de Souza? répondis-je.
c — . Oui, sans doute ; qui ne les connaît ici? Tovt le n^onde les voit de la céte« ' ■" .
c — Eh bien I reprisje en poursuivant ma pensée, les rochers de Souza ne sont pas des rochers. >
c Hou interlocuteur me regarda avec sun^riso} un sourire passa sur ses lèvres. Ma déclaration très-formelle, un peu brutale même, bouleversait toutes ses connaissances topographiques.
c «- Et que vouleE*vous donc que ce soit? me dit-il. La my* thologie est morte, et, avec elle» tout l'attirail des Andromède et des monstres marins.
c — Les rochers de Souza, répondis-je un peu piqué, né sont pas des rochers ; ce sont des débris de rindustrie humaine, ce sont des témoins du passé, des blocs de maçonnerie debout ou inversés.... J'ai trouvé le port d'Hadrumète! »
a Le lendemain, au point du jour, une barque courait d'un bloc à.rautre. Je rassemblai et je comparai les échantillons des prétendus rochers. La loupe accusait invariablement un mélange de pierres concassées et noyées dans un mortier durci. Tantôt les couches superposées étaient horizontales, la muraille était restée debout; tantôt elles étaient obliques ou verticales, le bloc s'était incliné ou renversé tout à fait.
« Une fois assuré que tous ces blocs, les uns demeurés en place, les autres tombés, étaient une œuvre humaine, j'installai sur le rivage un poste d'observation. Desplougeurs descendirent sous l'eau et mirent à nu les fondations elles-mêmes. Je fis baliser les points principaux *, je rapportai sur le papier la baie et les blocs. Les lignes générales se dessinèrent; je retrouvai la direction, les inflexions et la largeur du môle. L'avant-port d'Hadrumète était restitué ! »
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Ce souvenir, qui porte avec lui son intérêt, a aussi sa moralité. Il montre qu'en matière de recherches archéologiques, il faut être à la piste des moindres incidents. Il n'y a pas de détail indifférent pour Tarchéologue ; tout a sa portée et son enseignement. Hasard, dira-t-on, que cette découverte! Le hasard est un mot vide de sens. Depuis bien des siècles, on passait devant les rochers de Souza sans se douter de leur origine ; personne ne s'était dit encore que des rochers étaient tout simplement impossibles en cet endroit. Il fallait savoir à fond la constitution du sol et du sous-sol pour avoir ce trait de lumière, et faire surgir Hadrumète du sein des eaux.
La découverte de M. Dauz prouve donc d'abord la mutuelle et précieuse assistance que se prêtent la géologie et ParchéologiCy en même temps que la connaissance parfaite que cet habile ingénieur a de ce pays si riche en souvenirs.
M. DauXy en effet, y avait déjà vécu longtemps avant de recevoir la mission qu'il a si heureusement remplie. Élève de i'Ëcole impériale des Mines, il fut plus tard, pendant onze années consécutives, ingénieur du gouvernement tunisien. Il a eu, pendant ces onze années, à diriger de nombreux travaux dans la régence, constructions d'édifices divers, recherches et exploitations de mines, études des ressources géologiques et minéralogiques du sol, etc., etc.; il a pu, en un mot, parcourir dans tous les sens ce pays, camper à chaque moment au milieu des innombrables ruines des temps anciens qui le couvrent presque à chaqne pas, ruines dont un grand nombre, encore considérables par leur étendue et imposantes par leur grandeur, provoquent un saisissement d'admiration profonde.
J*y ai vu, dit-il, d^antiques cités entières aujourd'hui désertes, avec leurs édifices grandioses, témoins désolés mais éloquents pour l'ingénieur, Parchitecte et Tarchéologue ayant tout loisir pour les étudier ; témoins enfin assez entiers dans leur constroction, leur maçonnerie et leurs ordres décoratifs, pour classer nettement aux yeux exercés par cette étude leurs Ages différents, le génie propre à chacun des peuples divers qui les
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avaient éleYto, comme auaei les nuancée jjMtrtieulièrea à chaque genre, selon les dSiStrentea périodes, fai donc pa ^»prendre, pom: ainsi dire ptr eoBor, ces deux anciennes contrées, le Zeogb et le fijyaeiam» contrées qui jetèrent pendant plusiears siècles un si Tîf édat parmi ces grandes civilisations éteintes aujourd'hui, contrées néanmoins si peu parcourues à présent par les Européens, et dont Pétai de désolation muette est à peu près ittounnu*
J'étais donc préparé à l'avance pour une mission de la nature de celle que daignar me confier l'Empereur en 1862, après d'antres missions du gouvernement à l'étranger. Cette dendère en Afrique vint lyouter cinq nouvelles années d'étude à mes explorations antérieures, avec cette différence, toutefois, que le souverain qui m'envoyait mettait è ma disposition tous les moyens nécessaires pour faire des investigations plus complètes, tout à MX spéciales, c'est-à-dire des fouilles continues et sans limites, des recherches archéologiques sur les points nécessaires de la régence; enfin de grands travaux géodésiques pour lever des cartes géographiques exactes, et asseï détaillées pour que Ton pitt y étudier l'ancienne histoire.
Suivons maintenant succinctement rintéroinBant exposé que l'explorateur ki-mème fait de ses recherches, dans le mémoire dont il a donné lecture à l'Académie. Le travail qu'il devait accomplir présentait, dit-îl, un grand nombre de difficultés, et des difficultés de diverse nature.
Outre les répugnances des indigènes et le mauvais vouloir qui m'était opposé par certains personnages haut placés, le temps avait rendu les recherches mômes hien obscures. En effet, depuis l'époque de la guerre de Gurion et du séjour de César àUtique, date à laquelle étaient précisées mes études, la physionomie de cette partie de l'antique Zeugis a étrangement changé d'aspect. Un grand fleuve, dont les berges ont été témoins des grands faits remarquables mentionnés dans Pbistoire, a complètement changé de cours; et les ruines d'Utique, les seules cependant qui par leur importance puissent faire admettre qu'elles attestent l'emplacement du célèbre port de mer, entourées actuellement de vastes champs de culture entrecoupés de marais, se trouvent à dix kilomètres de la partie
du littoral moderne la plus proche. Des palmiers et des plantations d'oliviers en plein rapport ^ des jardins et des cultures maraîchères, couvrent d'immenses espaces que dans les temps anciens sillonnaient les flottes phéniciennes et romaines.
La grande carte de Tunisie, dressée au ministère de la guerre en 1857 au ^OOGOO^», était à une échelle trop restreinte, ajoute M. Daux, et contient des détails trop incertains pour m'ètre utile.
J'ai dû procéder pour cette partie du territoire tunisien, ainsi que j'avais déjà été obligé de le faire sur d'autres points, c'està-dire opérer la triangulation du pays et lever ensuite topographiquement toute la partie que j'avais à étudier, en dresser complètement la carte, en un mot, pour pouvoir me diriger avec quelque certitude.
Ce travail géodésique fait, et muni de cette nouvelle carte dressée au 100000*, j'ai interrogé, la pioche en main, le sol et les ruines.
J*ai pu retrouver le cours primitif du Bagrada, ainsi que les contours anciens du golfe d'U tique : j'ai été également conduit par ces travaux à pouvoir fixer l'emplacement des célèbreà Castra Cornelia.
Certain de la position d'Utique, que je venais de déterminer*, j'ai pu ensuite me livrer à l'étude en détail des ruines.
Au moyen de c/es diverses investigations, faites sur la nature des constructions, comme aussi des fouilles opérées sur toute l'étendue du sol qu'occupait la ville, j'ai pu reconstituer l'antîque cité aussi complètement que possible, sauf les massifs de maisons particulières dont les constructions, relativement lôgères, n'ont pu résister à l'action désorganisatrice du temps, mais dont les fondements néanmoins existent en partie sous le sol.
J*ai obtenu par ces procédés non-seulement le plan et la restitution d'Utique, mais également les plans et les périmètres exacts de plusieurs. autres villes d'originp phénicienne en Afrique, telles que Carthage, Hadrumète, Thapsus, Thysdrus, Leptis parva, Uzita, Ruspina, etc., etc.
Presque tous les édifices, ainsi que les fortifications, les
l. (Méridien de. Paris.) Sommet de la coupole du Marabout sur le plateau élevé de rancienne forteresse :
V 43' 20" longitude — 37» 2' 50" latitude.
unguE. S07
porUi etc. 9 OQt lâiiié des tracM^ dM fondraieniii ém blocs muiilii, toBib4s tur pIsM : m sont autant da témoina gisant aoit en deaauai aoît en danona da sol, témoina aaffisanti à peu près partouti peur oflHr à Tétade des indications de leur étendae, de leur puissance, et quelquefois môme de Tordonnanoe gêné* raie qui préaidait à leur décor.
Beaucoup de ruînea offirent encore, à quelquea ccntimètrea à peine sous le sol, de merveilleux pavages en fines mosaïques, dont le dessin varie selon la salle à laquelle ils appartenaient. Le monomant, | Utique, qui offireles mines les plus saiaiaaantes d'intérêt par leurs dimenaions grandioses est Tûitique Palaia- Afflirait qui a'élevait sur un Ilot an centre du port de guerre.
En dehors du site de la ville, M. Daoi avait à. rechercher la ti&aae, la nàtttird et Tétendûê dés ôhangementé que lé soi lui-même a subie.
La cauae déterminante des vastes atterrissements qui ont tant dénaturé les contours et même remplacement entier des andtfnnea rivés du golfe situé entre Garthage et Utique, était évidemment le déplacement graduel de Pembouchure du Ba« grada.
Il importait donc d'en rechercher le lit primitif, puis, partant de là, d*observer la trace des changements successifs que son cours a subis.
Dans ce but, j'ai remonté le fleuve, rOuéd-Medjerdah actuel, dans rintérieur des terres, jusqu'au poin]t où les restes d'un antique pont, encore à cheval sur le fleuve, témoignent que là Tanciec lit n'a pas changé.
Ce point, éloigné de soixante-dix- sept kilomètres du cap Garthage, et de soixante-sept des ruines d'Utique, est Medjei-el* Bab, l'antique Membressa^ selon Tltinéraire d'Antonin — ou Membriaoy selon la Table de Peutinger, à trois cent cinquante stades de Garthage, selon Procope.
De ce point certain, j'ai suivi en aval le cours du fleuve, exavninaut les berges, ainsi que les aboutissants de droite et de çauche, et sondant les inflexions du sol.
Parvenu à l'endroit où précisément eut lieu la bataille entre
Carion et Saburra, c'est-à-dire où se termine, au sud, la chaîne
de collines partant au nord des Gastra Gornelia, le fleuve fait
nu coude brusque vers la gauche, en ouest, au pied méridional
de la dernière colline, et, côtoyant les sinuosités de tous ces versants ouest, prolonge actuellement son cours jusqu'à Pétang de Porto 'Farina, près de l'ancien promontoire d'Apollon.
A ce point où le fleuve fait un coude brusque, j'ai retrouvé le lit primitif.
A quatre kilomètres du point de séparation, en aval, et dans la petite vallée à gauche, sont les ruines d'un pont et d'une ville antique assise sur un pli en exhaussement du sol. Ces ruines concordent avec le récit de Polyhe, qui, dans l'histoire de la guerre des Mercenaires, place à cette situation une ville q[a'il désigne simplement sous le nom de la ville du Pont,
D'après les géographes anciens, ce devrait être Gigissa ou Gj^sa*.
Un peu plus loin, sur la droite, d'autres ruines paraissent rappeler l'ancienne ville Àd Gallum Gallinaceum, Puis on arrive à l'embouchure que Ptolémée place à dix miputes seulement à l'ouest-sud de Carthage. Elle était au pied des derniers versants nord des montagnes, qui, ainsi que le dit Polybe, bornent dans toute sa largeur l'isthme de Carthage à son point de jonction avec le continent.
L'antique embouchure est encore en contre-bas du sol environnant ; et des touffes de jonc marin tracent, au pied des bergeSy Tancien contour du rivage.
Avec le temps, les atterrissements du fleuve comblèrent toute la partie nord-ouest du golfe par cette embouchure, et les vents du nord, ayant obstrué les issues en refoulant les limons et les sables, le fleuve dut s'ouvrir un autre cours plus à l'ouest.
Par les mêmes causes, un troisième et un quatrième furent k la longue également formés et obstrués de plus en plus vers l'ouest.
Toute issue dans la mer étant ainsi fermée, le fleuve inonda pendant longtemps, parait- il, la vaste plaine sise à l'ouest des collines des Castra, plaine dans laquelle on voit encore en effet, sur de grandes étendues, le témoignage de traces profondément marécageuses laissées par un long séjour des eaux.
Enfiu, il s'ouvrit un cours par la partie la plus basse de la plaine, longea les versants des Castra, à l'ouest cette fois, jusqu'aux rivages du golfe, sous Utique même, où ses eaux, char-