Alors secrétaire d'Éiat pour les Affaires Klrangî'res
3. Le ^rand lac du sud, dont les eiux se déversent par le Cliiré dans le Zaml»ézi inlérieur. Il est tout à fait convenable de restituer à cette vaste na[)pe d'eau le nom de lac Mnravi, sous lequel d'Anville, d'après les vagues indications portugaises, la traya approximativement sur ses cartes dans le siècle dernier. Nous avons déjà dit que tiyassa es une appellation générique qui signifie seulement lac, grande eau.
250 AFRIQUE. (n*' 246-251)
genr, qui oocupe dtns !• Haoovro une grande poslUon de fortuDe, organisa en 1866 une expédition chargée de remonter, autant que poseible, jusqu'au théâtre même de la catastrophe; peut-être les premiers rapports étaient-ils exagérés et le baron avait-il échappé à la mort. Cette mission, qui n'était pas sans périls, fut confiée à deux hommes depuis longtemps familiers avec les hasards des explorations africaines, M. Richard Brenner, qui avait été uu des oompagnoDS de M. de Ûeoken sur la côte d'Afrique, et M^ Kinzelbach, qui fit partie de l'expédition allemande de 1860 à la recherche de Vogel. Ces deux measienrs arrivèreot à Zanzibar au mois de novembre 1866. M. Kinxelbach s'y arrêta momentanément, tandis que M. Brenner continuait jusqu'à Brava. Le témoignage qu'il y recueillit de la bouche même d*un témoin oculaire ne confirma que trop la réalité de la catastrophe; mais il s'y procura aussi, soit de la bouche des anciens, soit par ses propres excursions aux environs de la côte, des informations nouvelles sur la géographie et les tribus de cette partie du pays somâli, qui est encore une des régions inconnues de l'Afrique. Ces renseignements, transmis en Allemagne, furent immédiatement publiés dans le précieux recueil géographique de Cotha*; mais M. Brenner, de retour en Allemagne, a publié depuis des notes plus circonstanciées sur son expédition (ci-dessus, n<^' 249 et 250).
M. Brenner ue bornait psfs là ses plans d'exploration. De retour à Zanzibar au mois de février 1667, il l'y prépara à une longue excursion dans l'intérieur, et il ne tarda pas à réaliser son projet. Ses lettres, à cette époque, vont jusqu'au mois d'août. Il avait déjà reconnu, sur une partie de leur parcours, la Dana et l'Osi, deux rivières qui descendent des montagnes élevées à la distance de dix à douze
1 . MUthêikm§m du D' PaUmann, juiltot ISél. Ce BiereMu a M traduit dans le cahier des annales det voyages , mai }S^.
UVINGSTONE. 261
firent des terribles Mazitou, ou Zoulous, excitèrent tellement la terreur de mes Johannais, que les yeux leur en sortaient de la tète. G^est de là que dans leur épouvante ils prirent tous la fuite \ me laissant avec neuf jeunes noirs de Nassik.
c Quittant les bords du lac au commencement d'octobre, nous nous disposâmes à gravir les pentes de la chaîne de Kirk *; nàais les gens d'en bas avaient une telle peur de ceux du haut pays (où l'on disait que quelques traitants arabes , pourchassés par les habitants , s'étaient retirés) , qu'il me fut impossible de reTSruter les hommes dont j'avais besoin pour porter notre surcroit de provisions. Il fallut que Katosa, un de mes vieux amis, èe chargeât de la tâche lui et ses femmes. Six dames vigoureuses prirent les charges sur leurs épaules, en même temps que leurs langues affilées disaient leur fait aux jeunes gens qui avaient reculé. La chaîne n'est que l'escarpement d'un plateau élevé , où demeurent plusieurs tribus auxquelles nous donnons le nom de Maravi, mais qui sont en réalité des Mangandja, Katosa est le seul chef maravi que nous connaissions. Les tribus mangandja senties Kanthounda^ les Tchipéta^ les Etchéoua^ etc. La contrée est élevée et froide. Leurs huttes sont enduites de terre, même la couverture , à cause de la fraîcheur des nuits. Les Kantbounda, ou c grimpeurs, » habitent les montagnes qui s'élèvent du plateau. Les Tchipéta demeurent plutôt dans les plaines ; les Ëtchéoua sont plus loin vers le nord. L'habitude de 86 vendre les uns les autres n'a pas encore pénétré chez eux ; anasi les trouvâmes-nous très-bons et très-hospiraliers. Ils craignent ceux d'en bas autant qu'ils sont craints de ceux-ci. Ils sont grands cultivateurs du sol , et leurs villages sont tellement nombreux que l'on fait rarement un mille sans en rencontrer un. Nous faisions de courtes marches, et nous eûmes de fréquents rapports avec ces montagnards ; il est possible que ce que je leur dis des maux qui suivent le trafic des esclaves les empêche d'y donner tète baissée, 'comme beaucoup de tribus de cette race d'Africains n'y sont que trop disposées.
t Nous avions fait route à Touest pour éviter les Mazitou ; nous tournâmes au nord dès que nous eûmes dépassé la longitude de leur territoire. Il s'en fallut peu que nous ne tombions dans
1 . Ce sont ceux-là qui vinrent raconter à Zanzibar, deux mois plus tard, l'histoire de l'assassinat de Livingstone, avec tous ses accessoires.
2. Les Kirh's Mountains forment une chaîne non loin de l'extrémité sud du Nyassa-Maravi, vers le S. 0.
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les mains d'un de leurs partis de maraudeurs. Nous rencontrâmes deux habitants d'un village qui se sauvaient vers les montagnes; nous prîmes la môme direction pour les défendre, et nous avec eux. Heureusement que les Mazitou, après avoir pillé les villages vers lesquels nous nous dirigions , étaient retournés dans le sud-est.
t A mesure que nous avancions vers le nord, nous rencontrions de plus en plus les témoignages de leurs dévastations , et nous avions beaucoup à souffrir du manque de provisions. Après une course assez sinueuse, nous nous retrouvâmes au point où nous étions parvenus en 1863, à 20' à l'ouest deTchimanga. Nous traversâmes le Loangoua ', par 12^ kb' de latitude sud, à un endroit où la rivière coule dans le lit d'un an( ien lac; et après être sortis de cette grande dépression , nous montâmes au plateau de Lobisa, dont la limite sud est par 11**. Sur quelques parties du plateau les montagnes atteignent une altitude de 6600 pieds (anglais) au dessus de la mer (au delà de 2000 mètres). Tant que nous avions été dans les basses terres, j'avais pu aisément fournir de viande ma petite caravane , le grand gibier étant très-abondant: mais sur ce plat'f^au de Babisa, le gibier nous fait complètement défaut. Dépeuplé par la traite des esclaves, le pays n'est plus qu'une vaste forêt, où l'on rencontre à peine çà et là, à de longs intervalles, un misérable village. Le grain est semé par petites places dans la forêt , et le peuple n'a rien à vendre. Nous eûmes plus d'une fois à souffrir de la faim , pendant les longues journées qu'il nous fallait traverser lei terrains boueux de ces forêts, où nous ne trouvions que de mauvais fruits et des champignons. Quand nous arrivâmes au Tchambézé, forme que prend ici le nom de Zambézi , nous retrouvâmes sur SCS bords la vie animale du grand fleuve; nous y eûmes bientôt abattu une antilope. Nous traver>àmes le Tcbambézé par 10® 3V de latitude; la rivière a ici 80 mètres de large, et ses rives sont bordées d'arbres touffus*.
c Nous arrivâmes à Bemba, d'où cette lettre est datée, le der-
1 . Rivière que la carte de Pctermann, citée plus haut, conduit au S. dans le Zambézi.
2. Il paraîtrait, d'après cela, que le Docteur placerait les sources du Zambézi au cœur même du plateau central, entre le Nyassa et le Tanganîka. Cela nous semble bien rapproché. Ne serait ce pas plutôt un affluent? Comme le voyageur lui-môme le dira tout à l'heure, rien n'est plus fréquent dans ces contrées intérieures que l'application des mêmes noms à des rivières différentes.
nier jour de janvier *• C'est un gros village muni d'une triple palissade , la ligne intérieure étant de plus entourée d'un fossé profond. Si je ne me trompe , nous sommes ici sur la ligne de partage entre le Tchambésô et la Loapula, cette dernière s'écoulant, à ce que Ton me dit, dans le lac Tanganlka. C'est, dit-on, nne très-grande rivière; mais j'espère en parler plus pertinemment quand je vais être au lac môme, où je compte trouver des lettres et un nouveau lot de marchandises. Nous sommes à 10® 10' de latitude sud, à 4500 pieds d'altitude (environ 1370 mètres); la température est fraîche, et les pluies plus abondantes que je ne les ai jamais vues en Afrique. Très*peu de journées se passent sans averse. Presque tout l'intérieur n'est que forêt, et les arbres excessivement touffus; du haut d'une ôminence on n'embrasse qu'un très-petit espace. Le gommtercopal abonde, ainsi qu'un autre arbre, avec des rhododendrons et diverses sortes d'arbres toujours verts ; parmi ces arbres, les deux premiers fournissent le drap d'écorce, qui est le principal vêtement du peuple. Nous n'avons pas eu de difficultés avec les gêna du pays; nos plus grands désagréments ont été la faim et rhumiditô.
f Ma santé a été excellente ; pas le moindre soupçon de fièvre. Nous avons perdu tous nos médicaments, ce qui est la perte la plus regrettable que j*aie jamais faite ; j'espère toutefois, si la fièvre vient, la combattre par les remèdes indigènes, et je me confie à la garde du Tout-Puissant. Le chef de Bemba parait un homme franc et un joyeux compagnon ; pourtant, à moins que le pays ne soit pas bien sûr, je ne vois pas trop à quoi peuvent servir ses li>!nes de circonvallatiôn. 11 m'a fait présent d'une vache à notre arrivée, et d'une grande défense d'éléphant parce que je m'étais assis dessus.
t Je n'ai pas eu de nouvelles de la côte depuis que je l'ai quittée, mais j'espère trouver des lettres à Oudjidji. Il m'a été impossible d'y rien expédier non plus. J'avais écrit quelques lettres dans l'espoir de rencontrer un des Arabes qui font la traite; mais ils se dérobaient tous dès qu'ils apprenaient que c l'Anglais » atpprochait. Je n'avaispu recueillir non plus, avant d'arriver au plateau de Babisa, aucune information sur la route suivie par les Portugais pour aller à Cazembé ; là j'ai pu m'assurer qu'ils prenaient à l'ouest des hauteurs qui de la vallée de la Loangoua se présentent comme une chaîne de montagnes.