Alors secrétaire d'État pour les Affaires Étrangères
3. Le ^^and' lac du sud, dont les eiux se déversent pur le Cliiré dans le Zanil>ézi intérieur. Il est tout à fait convenable de restituer à celte vaste nappe d'eau le nom de lac Mnravi, sous lequel d'Anville, d'après les vagues mdications portugaises, la traça approximoiivement sur ses cartes dans le siècle dernier. Nous avons déjà dit que ^yassa es une appellation générique qui signifie seulement lac, grande eau.
260 AFRIQUE. (n»' 252-255
Rovouma] avait été de traverser le lac vers sa partie centrale ; mais tous les Arabes de la station où est le passage s'enfuirent dès qu'ils surent que c T Anglais > approchait , et les propriétaires de deux barques alors sur le lac les tinrent hors de vue, de peur que je ne les brûlasse comme servant au passage des esclaves. De Ngamano nous nous dirigeâmes donc vers le sad, pendant une centaine de milles, à travers un pays dépeuplé, et nous arrivâmes chez Mataka, le chef le plus puissant du pays situé à la ligne de partage entre la côte et le lac. Sa ville se compose d^au moins mille maisons ; et comme son altitude audessus de la mer est de trois mille pieds (au delà de neuf cents mètres), le climat est froid en juillet. Le territoire de Mataka^ ville située, comme je l'ai dit, sur la ligne de faite entre la côte et le lac , à une cinquantaine de milles du Nyassa, s'étend jusqu'au lac. Je restai près de ce chef depuis le milieu de juillet jusqu'à la fin de septembre. Il aurait bien désiré que quelquesuns des hommes libérés restassent chez lui. Je les y engageai de mon mieux; mais ce fut peine perdue. Mataka aurait voulu savoir comment tirer parti de ses bestiaux pour l'agriculture ; je lui promis que je tâcherais de lui renvoyer quelques hommes au fait de l'agriculture de l'Inde.
Yoioi Livingstone dans la contrée des Maravi, après avoir contourné la pointe sud du Nyassa, et s'être vu abandonné, — délivré peut-on dire avec lui, — de sa troupe de Johannais, qui ont repris le chemin de la côte pour venir raconter à Zanzibar l'histoire que nous savons. Le voyageur continue son récit, — un peu hâtif parfois, co qui s'explique du reste'.
c N'ayant pu couper le lac où je l'aurais voulu, il me fallut en contourner l'extrémité méridionale. J'y fus rendre visite aux trois chefs quaidjân les plus importants, mais qui sont aussiieï plus grands marchands d'esclaves du pays. Je ne sais quel effet auront eu sur eux (supposé qu'elles aient eu un effet quelconque) mes protestations et mes explications ; c'était la première fois, à ce qu'il semblait, que leur conduite était blâmée. Ils furent, du reste, très -hospitaliers; mais un Arabe, appartenant à un parti de marchands qui avaient été pillés et auxquels on avait repris leurs esclaves, étant arrivé sur ces entrefaites , les récits qu'ils
firent des terribles Maûtou, ou Zoulous, excitèrent tellement la terreur de mes Johannais, que les yeux leur en sortaient de la tète. C'est de là que dans leur épouvante ils prirent tous la fuite S me laissant avec neuf jeunes noirs de Nassik.
c Quittant les bords du lac au commencement d'octobre, nous nous disposâmes à gravir les pentes de la chaîne de Kirk *; niais les gens d'en bas avaient une telle peur de ceux du haut pays (où l'on disait que quelques traitants arabes , pourchassés par les habitants , s'étaient retirés) , qu'il me fut impossible de reISruter les hommes dont j'avais besoin pour porter notre surcroît de provisions. Il fallut que Katosa , un de mes vieux amis, èe chargeât de la tâche lui et ses femmes. Six dames vigoureuses prirent les charges sur leurs épaules, en même temps que leurs langues affilées disaient leur fait aux jeunes gens qui avaient reculé. La chaîne n'est que l'escarpement d'un plateau élevé , où demeurent plusieurs tribus auxquelles nous donnons le nom de Maravij mais qui sont en réalité des Mangcmdja, Katosa est le seul chef maravi que nous connaissions. Les tribus mangandja senties Kanthounda^ les Tchipéta, les Etchéoua^ etc. La contrée est élevée et froide. Leurs huttes sont enduites de terre, même la couverture , à cause de la fraîcheur des nuits. Les Kanthoonda, ou « grimpeurs, » habitent les montagnes qui 8'élèvent du plateau. Les Tchipéta demeurent plutôt dans les plaines ; les Etchéoua sont plus loin vers le nord. L'habitude de se vendre les uns les autres n'a pas encore pénétré chez eux ; aussi les trouvâmes-nous très-bons et très-hospiraliers. Ils craignent ceux d'en bas autant qu'ils sont craints de ceux-ci. Ils sont grands cultivateurs du sol , et leurs villages sont tellement nombreux que l'on fait rarement un mille sans en rencontrer un. Nous faisions de courtes marches , et nous eûmes de fréquents rapports avec ces montagnards ; il est possible que ce que je leur dis des maux qui suivent le trafic des esclaves les empêche d'y donner tète baissée, 'comme beaucoup de tribus de cette race d'Africains n'y sont que trop disposées.
c Nous avions fait route à l'ouest pour éviter les Mazitou ; nous tournâmes au nord dès que nous eûmes dépassé la longitude de leur territoire. Il s'en fallut peu que nous ne tombions dans
1 . Ce sont ceux-là qui vinrent raconter à Zanzibar, deux mois plus tard, l'histoire de l'assassiDat de Livingstone, avec tous ses accessoires.
2. Les Kirk's Mountains forment une chaioe non loin de l'extrémité sud du Nyassa-Haravi, vers le S. 0.
262 AFRIQUE. (n"'* 252-255}
les mains d'un de leurs partis de maraudeurs. Nous rencontrâmes deux habitants d'un village qui se sauvaient vers les montagnes; nous primes la même direction pour les défendre, et nous avec eux. Heureusement que les Mazitou, après avoir pillé les villages vers lesquels nous nous dirigions , étaient retournés dans le sud-est.
f A mesure que nous avancions vers le nord , nous rencontrions de plus en plus les témoignages de leurs dévastations , et nous avions beaucoup à souffrir du manque de provisions. Après une course assez sinueuse, nous nous retrouvâmes au point où nous étions parvenus en 1863, à 20' a Touest deTchimanga. Nous traversâmes le Loangoua ', par 12^ kb' de latitude sud, à un endroit où la rivière coule dans le lit d'un ancien lac; et après être sortis de cette grande dépression, nous montâmes au plateau de Lobisa, dont la limite sud est par 11**. Sur quelques parties du plateau les montagnes atteignent une altitude de 6600 pieds (anglais) au dessus de la mer (au delà de 2000 mètres). Tant que nous avions été dans les basses terres, j'avais pu aisément fournir de viande ma petite caravane , le grand gibier étant très-abondant: mais sur ce plateau de Babisa, le gibier nous iait complètement défaut. Dépeuplé par la traite des esclaves, le pays n'est plus qu'une vaste forêt, où l'on rencontre à peine çà et là, à de longs intervalles, un misérable village. Le grain est semé par petites places dans la forêt , et le peuple n'a rien à vendre. Nous eûmes plus d'une fois à souffrir de la faim , pendant les longues journées qu'il nous fallait traverser \ti terrains boueux de ces forêts, où nous ne trouvions que de mauvais fruits et des champignons. Quand nous arrivâmes aa Tchambézé, forme que prend ici le nom de Zambézi , nous retrouvâmes sur ses bords la vie animale du grand fleuve; nous y eûmes bientôt abattu une antilope. Nous traversâmes le Tchambézé par 10® 3V de latitude; la rivière a ici 80 mètres de large, et ses rives sont bordées d'arbres touffus*.
c Nous arrivâmes à Bemba, d'où cette lettre est datée, le der-
1 . Rivière que la carte de Pcterraann, citée plu8 haut, conduit au S. dans le Zambézi.
2. Il paraîtrait, d'après cela, que le Docteur placerait les sources du Zambézi au cœur même du plateau central, entre 1« Nyassa et le T&nganîka. Cela nous semble bien rapproché. Ne serait ce pas plutôt un affluent? Comme le voyageur lui-môme le dira tout à l'heure, rien n'est plus fréquent dans ces contrées intérieures que Tapplication des mêmes noms à des rivières différentes.
BftADAGASCAR. 273
d'aatres temps d'une civilisation dont les désordres actuels ne peuvent malheureusement que l'éloigner encore davantage.
ILBS ORDSIf TALES.