‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 70 sur 249 · V. Qi-dMins, If B» 33t · texte numérisé non relu

V. Qi-dMins, If B» 33t

343* Atlas dp imperlo do Brasil, comprehendendo ts respectiTas diviflÔM admioistrativas, ecelesiasticas, eleotoraes e judiéiarias, dedieado a 8. M. o Imperador o senhor D. Pedro II; Destinado a instrucçâo publica no imperio. Por Candido Mendes de Almeida. Rio de Janeiro , 1868| in-fol.

Cet atlas se compose de 97 cartes, dont l ^ont des caries générales (mais non identiques quant à rexéention) consacrées aux divers •rdres dQ dÎTisions de l*Empire, administrantes, eeclésiastiques, électaralaa, et 4 bdo carte muette pour Tétude élémentairt. ohaeune des 33 oartes saivantes reorêsente une des proyinoes de l'Empire. Un laite étendu qui préoède les eartee rend compte du plan de TAtlas, de sa construction, et des matériaux sur lesquels il est iondé.

S t^, Itade pliysiqaa et géographique du bassin da rAmaiona.

M> Agusis.

L'empirç du foisil, dans rimmense étendue de ses provinces et dans la diversité des régions qu'il embrasse^ offre aux études de toute nature une arène où bien des générations d'explorateurs passeront encore avant de l'avoir épui- 8^9 ; et cependant aucune partie de l'Amérique du Sud n'est l'objet de recherches aussi assidues, aucune ne donne lieu à des publications a^uisi fréquentes, qui, pour la plupart, se recommandent par leur importance. Le gouvernement ordonne ou provoque des travaux considérables, soit pour étendre ou perfectionner la géographie de l'empire, soit pour augmenter le réseau des grandes communications ; en même temps que l'institut historique et géographique de Rio de Janeiro, que l'Empereur aime à présider personnellement, réunit dans son journal trimestriel (n* 338) une foule de documents et de mémoires précieux pour l'histoire et la géographie des provinces, et pour l'ethnographie aborigène. Cet ensemble de publications formerait déjà une très-riche bibliothèque brésilienne; mais le champ est si .vaste, qae bien des parties encore en sont à peine effleurées.

Une des plus activement étudiées *est le vaste bassin

l'amazone. 299

qu'arrose le fleuve des Amazones, ce qni s'explique assez non-seulement par le grand intérêt scientifique, mais aussi par l'avenir économique let commercial de cette immense région. Le gouvernement a fait faire récemment par ses ingénieurs UQ levé de toute la partie du fleuve comprise dans les limites de l'empire (n* 342 et u*" 328), en même temps qu'il a fait opérer une grande reconnaissance astronomique et géodésique de l'empire tout entier, base d'une carte générale que jusqu'à présent la science attendait encore. La géographie positive s'appuie avai^t tout sur les travaux de cette nature ; mais elle trouve aussi dj^a les explorations telles que celles de M. Agassiz (n*** 825 à 327) une foule de données qui Tenricbissent et la complètent, qui l'élèvent, l'ennoblissent et en fopt une science vivante.

Jamais voyage scientifique ne s'est accompli dans de plus belles conditions. La renommée de M. Agassiz, qui est grande en Amérique aussi bien qu'en Europe, l'avait précédé et lui a singulièrement aplani sa tâche. Alexandre de Humboldt lui-même, s'il eût assez vécu pour reprendre le travail d'exploration dont il a si admirablement posé les bases il y a soixante-dix ans, n'aurait été ni plus honorablement accueilli, ni entouré officiellement de plus de facilités et de sympathie. Les grands résultats de la mission de M. Agassiz pour l'histoire naturelle, la géologie et la physique du globe ne sont pas encore publiés ; mais le savant naturaliste en a présenté déjà de larges aperçus dans des conférences données à Para et à Rio de Janeiro, et la relation pleine d'intérêt de Mme Agassiz, — à laquelle n'ont manqué sans doute ni l'aide ni le coup d'œil du maître, — suffit. pour donner une bonne idée de cette fructueuse expédition.

Nous voudrions pouvoir suivre M. Agassiz dans les recherches. qui ont rempli le voyage ; nous ne pouvons que relever deux ou trois traits dans les notes publiées que nous avons sous la main.

Une jeune fille qae Mme Âgassiz avait prise à son service pendant la navigation de l'Amazone, offre nne curieuse particularité du croisement des races.

Voici, dit-elle à propos d'un des portraits de son album reproduit par le Tour du Monde y voici un croquis de ma petite servante Alexandrina. Le mélange de sang nègre et de sang indien qui coule dans ses veines, fait d'elle un curieux exemple de ces croisements de races qu'on rencontre ici. Elle a consenti hier, après beaucoup de façons, à lai^er faire son portrait. M. Agassiz désirait l'avoir, à cause de la disposition extraordinaire de la chevelure de cette fille. Ses cheveux ont bien perdu les ondulations flhe^ et serrées propres à ceux des nègres, et acquis quelque chose de la longueur et de Taspect d'une chevelure mdienne ; mais il leur est resté, malgré tout, une sorte d'élasticité métallique. La pauvre fille a beau les peigner, ils se dressent sur sa tête et se hérissent dans toutes les directions comme s'ils étaient électrisés. Chez tous les métis indo-nègres que nous avons vus, le type nègre semble céder le premier, comme si la souplesse plus grande du nègre, si opposée à l'inaltérable ténacité de l'Indien, se retrouvait dans les caractères physiques aussi bien que dans ceux de l'esprit.

Voici encore un trait d'ethnologie locale ; mais celui-ci appartient autôté moral. On s'était arrêté dans une jolie habitation appartenant à un blanc alors absent, et dont une vieille Indienne accompagnée de sa fille, une jeune et jolie créature, faisait fort bien les honneurs en l'absence du maître :

Tout en causant, je retrouve un trait de mœurs curieux. Plus notre séjour dans l'Amazone se prolonge, plus son étrangeté nous frappe tant il est général. Voici des gens de condition honorable, quoique de sang indien , fort au-dessus du besoin, vivant dans l'aisance et, relativement à leur entourage, presque dans la richesse, des gens chez lesquels, par conséquent, on s'attendrait à trouver la connaissance des lois les plus communes de la morale. Eh bien ! quand on m'a présenté la jeune fille, comme je lui demande tout naturellement des nouvelles de son pèrej pensant que ce doit être le capitaine absent, la mère me

l'amazonë. 301

répond en souriant et da ton le plus simple : « Naô tem pai; ê filha da fortnna. > (Elle n'a pas de père; c'est Tenfant du hasard.) A son tour la fille me montre ses deux petits enfants à elle, deux mignonnes créatures un peu moins brunes que leur mère, et à ma question si leur père est aussi à Tannée, fait la môme réponse ingénue : « Ils n'ont pas de père, i C'est l'habitude des femmes ladiennes de sang-mèlé de parler sans cesse de leurs enfants sans père, et cela sans une intonation de tristesse on de regret, et, en apparence au moins, sans conscience aucone de la àute et de la honte, comme si le père était absent on mort. C'est le fait le plus strictement significatif ; il dénote la plus absolue désertion du devoir. Et tant s'en faut que ce soit chose extraordinaire ; le contraire serait plutôt une exception parmi la masse. Presque toujours, les enfants ne savent rien de leur parenté. Us connaissent leur mère parce que c'est sur elle que retombent les soins et toute la responsabilité, mais ils ignorent qui est leur père, et, vraiment, je ne crois pas qu'il vienne à l'idée de la femme qu'eUe et ses enfants aient un droit quelconque sur aucun homme.

Maintenant, un mot de géographie :

Comme tout le monde le sait, c'est presque en face de Serpa que le Madeira, ce puissant afQuent de l' Amazone, vient s'unir à ce fleuve dont tous les enfants sont des géants, excepté quand on les compare à leur royal père. Mais cette embouchure n'est pas le seul débouché du Madeira. A vingt-cinq lieues environ du premier confluent, la rivière Maués se détache du Madeira et court parallèlement à l'Amazone jusqu'à ce qu'elle se joigne à la rivière Ramos, dont le cours suit dès lors la même direction, pour aller déboucher plus bas dans le grand lit. L'espace de sol ainsi circonscrit entre les quatre rivières,— le Madeira à l'ouest, TAmazone au nord, le Ramos et le Maués au sud, — est indiqué sur les cartes sous le nom d'Ile de Tupinambaranàs. C'est un réseau de rivières, de lacs et d'iles,un de ces labyrinthes aqueux qui formerait à lui seul un vaste système fluvial dans une autre région, mais qui est tout à fait perdu dans ce monde des eaux, dont il n'est qu'une partie minime. A bien dire, l'immensité de l'Amazone apparaît moins quand on suit le grand fleuve que quand on voyage sur les petits tributaires ; c'est à peine si ces cours d'eau secondaires figurent sur les cartes, et, quand on y pénètre, on s'aperçoit que ce sont de larges fleuves.

On ne peut suivre les courses d'un naturaliste sans citer un peu d'histoire naturelle. Nous choisissons la Victoria^ Hegia, ce prodige de la végétation tropicale.

Ce fut dans ce voyage de retour seulement, près de Yill&» Bella, ctue pour la première fois nous vîmes, dans ses eaux n&* taies, la Victoria regia. Les feuilles étaient très-grabdes, plusieurs d'entre elles avaient quatre à cinq pieds (1 met. 20 ceàt. à 1 met. 50cetit)dedi£rmètre, mais peut-être avaient-elles pèràli quelque chose de leur fraîcheur, et, partant, de leur forme ûk* turelle ; en tout cas le bord se relevait d'une façon à peine vl* sible et même souvent posait à plat sur Peau. Nous trouvàmd* des boutons, mats pas de fleur éclose. Heureusement, une fille de pécheur, ayant appris combien je désirais voir Ces fleurs, eM allée m'en chercher une dans une nappe' d*eau éloignée que nous n'avions paâ le temps de visiter. Elle m'a apporté un spécimen parfait. Les Indiens donnent à la feuille un nom caractéristique : ils l'appellent fomo (un four), à cause dô la resseihblance qu'elle présente avec les immenses bassina trè^^peu profonds dans lesquels ils font cuire leur pain de manioc. La Victoria regia, sa formidable armure d'épines, ses feuilles colossales, ses admirables fleurs dont la nuance passe, en se colorant, du blanc velouté à travers toutes les gradations du rose jusqu'au pourpre sombre pour revenir au centre à une teinte laiteuse un peu jaunâtre, tout cela a été trop souvent décrit pour que j'en impose au lecteur une nouvelle description. Et cependant nous n'avons pas pu la voir dans les eaux où elle naît sans éprouver une impression très-vive devant ce type, si l'on peut dire, du débordement luxuriant de la nature végétale sous les tropiq[ues. Si merveilleuse qu'elle paraisse, quand on l'admire dans le bassin d'une pelouse artificielle où elle fait peut-être plus d'effet à cause de son isolement, elle a, vue dans le milieu qui lui est propre, un charme plus grand encore, celui de l'harmonie avec tout ce qui l'environne, avec la masse compacte de la forêt, avec les palmiers et hs parasites, les oiseaux au plumage étincelant, les insectes aux couleurs éclatantes et merveillenseti aveo les poissons eux-mêmes, qui, cachés dans les eanx audessous d'elle, n'ont pas de nuances moins riches et moins yti* riées que le monda vivant de l'air. Je ne me rappelle pas non plus avoir jamaig lu rien qui ait trait à l'ingénieuse combinaison par laquelle la surface immense de la feuille développée eei contenue dans tes dimensions plus petites de la feuille en J^

âge. Ce curieux exemple des procédés de la nature n^érite d'être signalé. Tout le monde sait par quel lourd échafaudage de côtes la feuille colossale est supportée. Dans la jeune feuille, ces côtes sont relatÎYement minces, mais toute la verte expansion de ia feuille à venir est ramassée entre elles par rangées régulières de fronces délicates. A cette période, la feuille est bien au-dessous de la surface de Teau. Elle se développe et monte lentement, de h base de la tige sur laquelle elle naît. Tandis qu'elle s'élève ainsi, elle a la forme d'une coupe profonde, ou d'un vase ; puis, à mesure que les côtes grossissent et que leurs ramifications s'étalent dans toutes les directions, une à une les petites irodces se déplissent, pour occuper l'espace qui va s'é* laigissant. Enfin la léuille arrive au niveau de l'eau et s'appuie sur la surface, lisse et sans aucun pli. M. Âgassiz fit tirer du fond de l'eau pluneurs tiges (chose peu commode à cause de leurs épines] et trouva juste entre lés racines les bourgeons des feuil* les naissantes, de petites clochettes blanches n'ajant pas plus d'an demi-pouce de haut.

Ce qui suit touche à des questions qui ont pris de notre temps une plaoa énorme dans la polémique et dans les théories scientifiques. L'opinion qu'y exprime un homme de la valeur de M. Agassiz, avec îEiutant de fermeté que de sagesse, a une importance sur laquelle il n*est pas besoin d'insister.

On m'a souvent demandé , dît l'illustre paléontologiste, quel est mon objet principal dans cette expédition de l'Amérique du Sud? Sans doute, d'une manière générale, c'est de réunir des matériaux pour une étude future. Mais la conviction qui me pousse irrésistiblement, c'est que l'ensemble de la vie animale sur ce continent du Sud, où la faune se distingue de toutes les autres d'une manière si caractéristique, me fournira les moyens de démontrer que la théorie de la transmutation * est complètement en dehors des faits.

Cette théorie veut que tous les êtres qui ont occupé la surface du globe aux diverses époques géologiques aient été le résultat de transformations graduelles, et ne proviennent pas d'une action distincte de la puissance créative. Tous

Page 1