‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 102 sur 337 · SIR SAM. BAKER · texte numérisé non relu

SIR SAM. BAKER

une expédition politique ; le but de l'entreprise est de soumettre à l'autorité du gouvernement égyptien jusqu'aux pays les plus lointains du bassin du Nil, d'y introduire ainsi un ordre régulier, et par là de mettre un terme à la chasse aux esclaves qui jusqu'à présent n'a pas cessé de décimer les populations de ces contrées. Nous n'avons pas k discuter ce plan, ni à en examiner la réalisation pratique au point de vue de l'esclavage : il nous suffit de constater que forcément le côté scientifique y est relégué au second plan. Nous nous sommes déjà expliqué à ce sujet dès le début de la mission (voir notre précédent volume, p. 35) ; tout repose ici, nous le savons, sur l'initiative personnelle et sur le zèle bien connu de M. Baker pour les investigations géographiques. Nous avions lieu aussi de beaucoup attendre de l'adjonction d'un officier de la marine française, M. de Bizemont, que l'iDfluence amicale de l'empereur Napoléon près du Khédive ou vice-roi d'Egypte avait rattaché à l'entreprise, et qui devait y apporter un concours scientifique très-actif; mais les tristes événements de 1870, en rappelant M. de Bizemont en France, out diminué d'autant dos chances de ce côté. En comparant cette entreprise hybride à celle du D' Schweinfurth,nous voyons une fois de plus combien un voyageur isolé, qui suit avec constance et résolution le plan qu'il s'est tracé, a d'avantages sur les missions collectives.

Nos informations sur Pexpédition égyptienne jusqu'à rheure actuelle sont à vrai dire tontes comprises dans une lettre déjà ancienne de sir Samuel Baker à feu M. Murchison, président de la Société de Londres; cette lettre, imprimée au Bulletin (Proceedings) de la Société de géographie de Londres (vol. XV, n® 1, 23 mars 1871), est datée du 15 juin 1870, il y ajuste dix-huit mois. Elle est écrite de Taoufikîya, station située sur la rive gauche du Fleuve BlanCf vis-à-vis du territoire Chillouk, au 9* degré 26' de latitude N., donc à plus de six degrés au sud de Ehar-

256 AFRIQUE. (n"^ 415-421)

toum. Nous avons une antre lettre écrite du même lieu à la date du 6 décembre de la même année ; mais cette seconde et courte missive n'ajoute rien à la première.

Différentes causes, et en particulier les fêtes de Tonverture du Canal de Suez à la fin de novembre 18G9, avaient un peu retardé le départ de la flottille qui devait transporter au haut Nil la petite armée égyptienne, — car c'est un véritable corps d'armée, 1500 à 2000 hommes probablement, dont sir Samuel Baker, aujourd'hui Baker-Pacha, a le commandement en chef^ — et le passage des cataractes,* à une époque déjà tardive, avait encore ajouté à ce retard ; en outre, les dispositions qui devaient être prises à ELhartoum pour l'arrivée de la flottille étaient elles-mêmes en souffrance, grâce à l'apathie habituelle des fonctionnaires orientaux. Bref, l'expédition qui devait quitter Ehartoum en décembre pour arriver aux hautes régions du Fleuve Blanc à la bonne époque des crues, ne partit que le 8 février. Ce contre-temps eut, comme on va voir, de sérieuses conséquences. La première fut la rencontre d'an barrage naturel formé sur le fleuve par l'énorme accomulation d'herbes, et de détritus flottants que quelque obstacle vient arrêter dans leur marche, et qui forment parfois alors, au temps de la décroissance des eaux, une barrière réellement infranchissable. C'est précisément ce qui dut arriver aux explorateurs envoyés par Néron il y a aujourd'hui précisément 1807 ans^ On avait bien prévenu M. Baker, dès avant son départ de Kbartoum, « que le grand Nil Blanc avait cessé d'être navigable ; » il vit alors par sa propre

1. Voir Le Nord de V Afrique dans l'antiquité grecque et romaine^ Paris, 1863, p. 164 (ouvrage couronné en 1860 par l'Académie des inscriptions), où les circonstances de l'expédition romaine ont été pour la première fois expliquées par les notions actuelles sur ces par-' ties élevéesdu bassin du grand fleuve, et où l'on a montré que ces conditions du fleuve étaient parfaitement connues dès le temps des Pharaons. Si nous rappelons ce passage, c'est que beaucoup qui nous ont copié depuis se sont bien gardés d'indiquer leur source.

Page 1