ETHNOLOGIE GAULOISE
un grand nombre de représentants, et un voyage de quelques mois lui permit de reconnaître qu'effectivement deux types distincts prédominaient respectivement dans les deux régions qui portaient autrefois les noms de Gaule-Belgique et de Gaule-Celtique. La doctrine de M. Amédée Thierry passait ainsi du domaine de la conjecture dans celui de la réalités Mais Williams Edwards n'avait pu , dans ses rapides voyages, étudier qu'une faible partie de la population de la France ; il avait découvert les deux types gaulois sans pouvoir en déterminer rigoureusement la répartition : il avait vu assez pour se convaincre lui-même et pour satisfaire les partisans de M. Amédée Thierry, pas assez pour désarmer la critique par une démonstration positive. Cette démonstration, je crois l'avoir donnée en 1859 dans mon Mémoire sur VEthnologie de la France^ dont le présent travail n'est que la continuation.
c Et maintenant, peu importe que l'argumentation première de M. Amédée Thierry prête ou non le flanc à des objections tirées de l'histoire ou de la linguistique; ces objections, que je vais moi-même exposer tout à l'heure, s'effacent devant le fait anthropologique découvert par William Edwards , savoir, que les Belges et les Celtes de Tancienne Gaule appartenaient à deux races différentes.
€ Je ne veux pas dire par là, ajoute M. Broca, que ces deux races fussent des races primitives et pures, ni qu'il n'y eût rien de commun entre elles, ni qu'elles fussent sans parenté dans le passé. Je suis convaincu au contraire que sous le rapport ethnologique elles étaient affiliées par le sang, comme elles Tétaient par le langage et les croyances....»
Uauteur, examinant s'il convient mieux de conserver aux Belges leur nom national comme dénomination distinctive de leur race vis-à-vis des Celtes du reste de la Gaule, ou, comme Ta fait Amédée Thierry, d'employer l'appellation de race kymrique d'après le nom de Cyniraegque leurs
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descendants portent actuellement dans le pays de Galles, se prononce pour ce dernier parti ^ par la raison qne le nom de Belges a pris dans l'usage actuel une tout autre signification. Cette raison n'est pas incontestable, mais elle est admissible.
Les deux races ont laissé leur double descendance dans cet angle extrême de notre territoire qu'on appelle la Péninsule Armoricaine. « En dépit de tous les textes boiteux, de tous les systèmes et de toutes les hypothèses, l'anthropologie constate ici, comme presque partout, la survivance et là prépondérance ethnique de la population indigène. Elle retrouve , dans la partie de la Bretagne qui a conservé la langue des anciens Gaulois, deux races juxtaposées, partout plus ou moins modifiées par leurs mélanges réciproques^ mais bien reconnaissables encore dans les districts où chacune d'elles prédomine : l'une grande, blonde, dolichocéphale, aux yeux clairs, au visage allongé : — c'est la race des Bretons, la race kymrique; l'autre, de petite taille, avec des cheveux plus bruns, des yeux plus foncés, ime tête moins dolichocéphale , un visage plus arrondi : — c'est la race des Gaulois armoricains , la race cel» tique. »
Au sujet de la langue, voici les remarques de M. Broca :
Quelques auteurs ont admis, à tort, je pense, que ce fut pendant Tépoque normande que la Bretagne orientale abandonna la langue celtique et adopta la langue française. Tout permet de croire que ce changement remonte beaucoup plus haut, et je suppose môme que déjà, à l'époque gallo-romaine, Pidiome celtique avait été plus ou moins complètement supplanté par le latin dans toute la partie située à Test de la Vilaine, et que le français y succéda peu à peu au latin, comme dans le reste de la Gaule franke. Mais il parait du moins fort probable que pendant l'époque normande les limites de la langue celtique reculèrent notablement vers Test, et que ces limites depuis lors ont assez peu varié. Depuis lors en effet, la Bretagne, sans échapper aux vicissitudes politiques, n'a subi aucun change-