‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 151 sur 337 · SECONDE EXPÉDITION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉDITION ALLEMANDE

tude physique des mers boréales. (Voir ci-dessus, n* 69S et 699.)

Dès l'année suivante, 1869, une autre expédition, également organisée par l'infatigable M. Petermann, se mettait en route pour réparer Téchec de la première tentative. Cette seconde expédition se composait d'un navire k vapemr, qui reçut, comme le petit navire à voiles de Tannée précédente, le nom de Germaniay tandis que celui-ci, réduit au rôle de conserve , prenait le nom de Hansa. Les instructions étaient les mêmes que Tannée précédente, avec cette différence, toutefois, qu'elles insistaient davantage sur la nécessité d'atteindre la côte orientale du Groenland.

Le docteur Petermann est convaincu que le Groenland,* dont la partie septentrionale est encore inconnue, s'étend jusqu'au pôle, peut-être au delà jusqu'à la terre de Vrangell, c'est-à-dire aux environs du détroit de Bering. Qu'il 88 prolonge sans interruption ou qu'il soit continué par une série d'îles, il couperait ainsi la zone polaire par son plus grand diamètre. M. Petermann pense que sur la côte orientale du Groenland il se forme chaque été entre la terre et la banquise un large canal, une sorte de couloir intérieur qui serait navigable. Il serait donc possible, si Ton parvenait à pénétrer dans ce canal, d'atteindre le pôle avec un navire en longeant la côte du Groenland, d'arriver du moins dans son voisinage immédiat.

Les navires avaient ordre d'aborder la banquise du Groenland entre 73 et 74 degrés 1/2 de latitude. L'instruction fut ponctuellement suivie. Pendant tout un mois la Germania attendit dans ces parages que les glaces voulussent bien s'ouvrir et lui livrer passage. La débâcle s'étant enfin opérée, elle put atteindre la côte dans les premiers jours d'août. Un espace libre s'étendait en effet entre la terre et la banquise, mais dans la direction du sud. Au nord, une glace compacte fermait le passage. Elle sub-^

sista pendant toute la saison. Elle ne s'ouvrit pas davan^ tage Tannée suivante, de sorte qu'après avoir hiverné dans rtle Pendulum, près de la côte, le navire regagna l'Âllemagne sans avoir pu s'élever au delà du 75^ 29' de lati* tnde. Dans une expédition en traîneau, les membres de l'expédition avaient, il est vrai, atteint le 77® (par âlMC/ environ de long, à TO. du méridien de Paris). Ils avaient d'ailleurs recuj^illi des observations scientifiques nombreuses, et pendant la retour ils procédèrent à une reconnaissance dans Tintérieur des terres. Mais le but principal n'était pas encore atteint. Le^ récit de cette deuxième expédition, et l'exposé des observations recueillies, bien qu'ils n'aient pas encore paru dans toute leur étendue, sont pourtant bien connus déjà par de nombreuses publications partielles. (Voir ci-dessus, n**' 700 à 707.) La côte orientale du Groenland a été relevée sur une étendue d'un degré de latitude environ (de 76 à 77<^) au delà du point extrême antérieurement reconnu; l'existence à cette latitude d'une chaîne de montagnes très-élevées dans l'intérieur a été constatée ; des collections importantes et considérables d'histoire naturelle, animaux, végétaux et fossiles, ont été recueillies ; enfin, des observations astronomiques et physiques ont notablement agrandi la somme des acquisitions scientifiques sur ces hautes régions.

s 2. Épisode. Perte de la Borna,

La triste destinée du second bfttiment de l'expédition, la Hansa (qui avait, sous son premier nom de Germania, si vaillamment rempli sa rude campagne de 1868), forme un épisode émouvant de la deuxième expédition.

Jusqu'à fin d'août 1869, les deux navires s'étaient maintenus àfortée; mais dans les premiers jours de septembre, la Hama se trouva prise dans les glaces et perdit complé-

PERTE DE LA i7iiVSi.. 411

temest le steamer de vue. On était sous la latitude de 75^ Gomme les apparences devenaient de jour en jour plus mauvaises, et qu'il fallait prévjoirque le navire pouvait être écrasé par la glace, on fit transporter sur la banquise une grande quantité de provisions de toute nature. Un mois se passa ainsi, au milieu d'appréhensions qui ne furent que trop tôt justifiées.

Dans le courant du mois d'octobre , il arriva, comme c'était prévu, que la glaqe écrasa le navire ; on n'eut que le temps de sauver un peu de bois et des bordages. On se trouva alors avec trois embarcations sur un immense ilôt de glace flottante, à la dérive dans TAllantique, avec une longue nuit d'hiver en perspective, car le soleil ne devait sa lever pour eux que dans bien des semaines*

Les hommes construisirent une hutte avec du charbon de terre; et comme ils étaient bien munis de vivres et de combustibles, on put s'installer as^z bien, attendant que la glace, dans le courant de l'hiver, fût poussée comme de coutume vers le sud, au long de la côte. Mais un événe- «ment terrible, dont ils étaient continuellement menacés et qni ne leur laissait pas un moment T esprit en repos, eut lieu au commencement de janvier. L'îlot de glace se sépara en deux, et la rupture eut lieu précisément sous leur butte. Heureusement, la plus grande partie de la hutte, ainsi que les embarcations et tous les hommes, se trouvéreni sur une même partie de la glace.

Cet effroyable événemeut arriva au milieu d'une tempête; les naufragés étaient tellement couverts de neige, qu'ils pouvaient à peine se remuer. Us se construisirent, avec les restes de leur hutte, une plus petite habitation; mais plusieurs d'entre eux durent se résigner à coucher dans les embarcations.

Cependant l'îlot de glace sur lequel ils vivaient diminuait tons les jours par la rupture partielle des bords, et chaque fois qu'ils entendaient le craquement de la glace autour

d'enx, ils avaient soin de tenir les embarcations, prêtes. Enfin, vers le printemps, ils furent poussés jusqu'à 61^ de latilude, et alors ils réussirent, à l'aide de leurs embarcations, à débarquer à la côte sud-est du Groenland.

Leur petite île flottante avait ainsi parcouru plus de 200 milles en restant à une distance de 5 à 10 milles de la côte, que de temps à autre ils avaient pu entrevoir, bien que plusieurs fois ils eussent pris des montagnes de glace pour la côte elle-même.

Après des peines infinies, ils réussirent enfin à doubler le cap Farewell avec leurs embarcations et à atteindre Frederiksdal. L'un d'eux était devenu fou!

Un navire danois a ramené en Allemagne l'équipage de la Hansa, dont la catastrophe prendra place parmi les épisodes les plus dramatiques de l'histoire des naufrages.

S 3. Autres expéditions de 1870. M. de Heuglin à Teit du Spitxberg.

Dans le cours de cette année 1870, tandis que les observateurs de la Germaniay emprisonnés au milieu de la banquise, étudiaient une portion inexplorée du Groenland, et que réquipage naufragé de la Hansa traversait de terribles épreuves sur son radeau de glace, de nombreux navires continuaient de sillonner les parties extrêmes de la mer du Nord, théâtre des grandes pêches annuelles. De ce côté aussi nous avons à signaler une entreprise scientifique; cette entreprise est celle de M. de Heuglin. Nous retrouvons là, non sans quelque surprise, lin nom qui a figuré longtemps parmi les explorateurs les plus éminents de la région du haut Nil et des contrées brûlantes du nord-est de l'Afrique. (Voir tous les volumes précédents de V Annie géographiqiis.) M. de Heuglin, en compagnie du comte de Zeil, officier dans l'armée du Wurtemberg, avait entrepris la reconnaissance des îles et des canaux de l'est du Spitz-

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