M. D£ HEU6LIN
berg, dont on n'avait qu'une connaissance encore assez vague. Los explorateurs suédois de 1868 n'étaient pas descendus de ce côté. Les mois d'été de 1870, de juillet à septembre, furent consacrés à cette reconnaissance; elle nous a donné une carte de ces parties du groupe, que Thabileté bien connue de M. de Heuglin nous met en droit de regarder comme exacte et complète. (Voir ci-dessus, le n* 708.) Du sommet d'une montagne élevée, les deux observateurs purent distinguer, à une distance considérable vers Test, de l'antre côté d'un large canal, une terre qui semblait d'une grande étendue, et que borde, sur une longueur d'au moins un degré, une suite de pics dirigée du sud au nord. Les explorateurs ont donné à cette tie montagneuse le nom de Kœnig Karl Lcmd, « Terre du Roi Charles i, en l'honneur du roi de Wurtemberg; on peut croire qu'elle se rattache à la terre de Gillis qui est marquée un. peu plus au nord, d'après une indication qui remonte à 1707, et dont il a été souvent question dans ces derniers temps. Dans tous les cas, la découverte de MM. de Heuglin et Zeil confirme pleinement l'existence de cette terre inexplorée. Si la terre du Roi Charles, comme le docteur Petermann dit avoir lieu de le penser, se prolonge au sud jusqu'aux approches du 77* parallèle, elle tiendra une place considérable dans la région arctique, et probablement elle est appelée à un grand rôle dans les prochaines explorations.
Au rapport de M. de Heuglin, l'accès de la mer qui borde le Spitzberg à l'est, et le passage des canaux qu'elle forme entre les îles, dépend de la direction des différentes branches du Gulfstream et du courant polaire. Celui-ci se partage, dans les hautes latitudes, en deux bras divergents : l'un qui suit la côte orientale du Grroenland, l'autre qui se porte à l'est du Spitzberg; le Grulfstream, de son côté, se prolonge au nord-est au delà du cap Nord^ et vient baigner les plages sud-ouest de l'archipel du Spitz*
berg. Ces courants, comme on Ta remarqué depuis longtemps, ont une influence décisive sur le climat des côtes arctiques. Lk où coulent les eaux chaudes du Gulfstream, les glaces se fondent ou se rompent plus tôt, et une température plus douce se répand dans l'air ; le courant polaire, au contrairci dont la température ne s'élèye guère au-dessus du point de congélation, même au cœur de l'été, empêche les glaces de se disjoindre jusqu'au commence-» ment de septembre, où quelques parties se détachent des banquises et sont entraînées vers le sud. Il en résulte que c'est seulement vers la fin de l'été que la mer Polaire du Nord est réellement accessible»
S 4. 1^71. Expédition de NfM. Payer et Weiprecht. La mer libre
à Test da Spltzberg.
Quoique Tannée 1871, encore troublée par de terribles événements, n'ait pas vu s'organiser, du moins en Europe, de grandes entreprises polaires, elle n'en parait pas moins devoir tenir une place considérable dans l'histoire des in^ vestigatijons arctiques. Une simple excursion, inaperçue à son début, est venue tout à coup ouvrir aux explorateurs un nouvel horizon; et telle est la portée de cette petspec^ tive nouvelle, que les vues jusqu'alors si bien arrêtées du docteur Petermann, le vigoureux investigateur des expé-' ditions allemandes, s'en sont elles-mêmes notablement modifiées.
Dans les premiers jours d'octobre 1871, le docteur Pe« termann reçut de Tromsœ (côte N. 0. de Norvège), à la date du 3, le télégramme suivant, que lui adressaient MM, Payer et Weyprecht : * Septembre, mer ouverte de 42^ à 60* longitude E. de âreenwich, suivie au-dessus de ^8* latitude N. Plus grande latit., 79* N., par 43' longitude E., ou état des glaces vers le nord des plus favorables.