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5 3. Coup d'oeil rétrospectif sar les anciens voyages des Portugais dans l'Afrique méridionale. Les ruines de ZimMoué.

Un des résultats des récentes explorations de TAfrique- Australe, est d'avoir fait sortir les vieux documents portugais de la poussière où ils dormaient depuis de longues années. On sait que dès le commencement du seizième siècle le Portugal a fondé des établissements sur les deux côtes du continent africain, au sud de Téqualeur, et que depuis trois cents ans les colonisateurs du Monomotapa et du Congo se regardaient comme les maîtres d'une grande partie de la Péninsule. D'anciennes notions recueillies par leurs missionnaires, ou consignées dans des rapports officiels, ont été ainsi remises en lumière * ; mais en même temps que Ton faisait levîvre de vieilles informations à peu près oubliées, on a pu en constater la nullité scientifique, même en descendant jusqu'à des époques plus rapprochées de nous. C'est à peine si dans les nombreuses indications de nations ou de peuplades intérieures, de villes, de lacs et de rivières, consignées dans les vieilles relations ou dans les documents inédits, on en trouve un ou deux où l'on ait apporté quelque précision. Pas d'études de ling^uistique comparée, pas d'observations d'ethnographie sérieuse, pas d'itinéraires véritablement étudiés, ni de déterminations astronomiques. Les documents portugais ne laissent pourtant pas de fournir des indications bonnes à recueillir. C'est ainsi que le moine dominicain dos Santos (1587), et avant lui l'historien Barros, parlent de restes curieux d'anciennes constructions que Ton avait découver-

1. D'Anvillc, noire grand pif-of^rapbe du dernier siècle, avait utilisé, avec critique et discernement, les vieux documents portugais sur l'Afrique du Sud; et j'ai déjà fait remarquer que beaucoup d'indications qu'il avait ainsi portées avec discrétion sur sa grande carte d'Afrique (1749) avaient été effacées par les cartographes foslérieurs — le lac Maravi, notamment. Les explorations de Livingstone les ont restituées, en les précisant.

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tes dans la contrée aurifère de Sofala, à quelques journées de la côte. Ces ruines ont élé revues dans ces derniers temps, et M. Mauch les a visitées au commencement de septembre 1871 (ci-dessus, n^ 23). Elles sont à 300 kilomètres de la mer, et à 500 au sud du Zambézi, dans une position dont Mauch estime la latitude à 20® 14' S,, et la longitude à 31^48', à TE. de Paris. Elles se composent de deux groupes de constructions massives , en pierre dure taillée à peu près en forme de briques, et assemblées sans ciment. Des parties de murs encore bien conservées ont trois Bûètres d'épaisseur à la base, et deux mètres et demi au sommet. Une tour de dix mètres de hauteur, ronde à la base, se termine en forme de cône. Le tout présente l'aspect d'une sorte de forteresse, destinée sûrement à protéger les mines, dont il existe aux environs des traces manifestes. Le lieu est désigné par les Noirs sous le nom de Zimbabî (Zimbaoé dans les anciennes relations portugaises), mot que les indigènes emploient pour désigner, en général, une résidence royale.

Qui a élevé ces constructions, et à quelle époque remontent-elles? deux questions qui se présentent tout d'abord à la pensée, et auxquelles, jusqu'à présent, on n'a pu répondre. Ce qui est hors de doute, c'est qu'elles n'appartiennent ni aux Noirs, qui jamais n'ont construit d'édifices de cette nature, ni aux Portugais qui les ont découvertes à leur arrivée dans le pays. Les ornements assez grossiers, tracés sur quelques-unes des parties saillantes, ne sauraient fournir d'indications à cet égard. La première idée, — elle appartient aux anciens Missionnaires, et d'autres l'ont reprise tout récemment^ — est que la contrée aurifère de Sofala répond à l'Ophir des flottes de Salomon, et que les constructions de Zimbaoé furent élevées par les Phéniciens. On sait à quelles controverses a donné lieu la situation d'Ophir, « d'où les flottes ne revenaient que la troisième année. » Outre l'Ophir du sud de l'Arabie, dont

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l'existence est indubitablei les commentateura ont cru de- Yoir chercher une antre localité, ou un pays de ce nom^ sur un point plus éloigné de la mer des Indes, à cause des trois années de voyage. Les uns, à l'exemple des Missionnaires que je viens de citer, sont descendus par la côte d'Afrique jusqu à Sofala, et ceux-là n'ont pas manqué de rappeler la navigation phénicienne du temps de Nékhao (vers 610 avant J. G.) ; d'autres, se fondant sur l'étymolo* gie sanscrite d'une partie des objets précieux rapportés par les flottes de Salomon, se sont tournés vers l'Inde. Un savant illustre, M. Lassen, a même cru pouvoir alléguer^ h l'appui de cette dernière thèse, le nom des Abhlra du bas Indus, — ce qui est parfaitement insoutenable, soit dit avec tout le respect que je dois à la science du grand iu'dianiste : d^abord parce que la tribu infime et méprisée des Abhîrane saurait rien avoir de commun avec un grand marché commercial ; en second lieu, parce qu'on ne voit ' nulle part, ni dans les textes nationaux, ni dans les sources orientales, ni dans nos écrivains classiques, qu'un emporium de celte nature ait jamais existé dans le delta du Sindh. D'un autre côté, il est bien difficile^ pour ne pas dire plus, de faire remonter à 3000 ans au moins, dans leur état de conservation relative, les constructions de Zimbaoé. Tout bien considéré, laissant de côté la question d'Ophir pour laquelle je m'en tiendrais volontiers à la métropole arabe (pour des raisons qu'il serait trop long de déduire ici), je suis tout à fait d'avis, pour mon compte^ que les constructions du pays de Sofala sont tout simplement l'ouvrage des Arabes , qui pratiquaient ces côtes avant la venue des Portugais, et qni en exploitèrent les mines.

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S 4. Notes sur lé Tfansvatl.

L« bodget ëtai^) en 1860« de 437,000 francs de recette eânrony recette qui ne couvrait pas la dépense prévue.

L'tumép comprend tous les hommes en état de porter les arme6;de 16 ans à 60 ans, et, en cas de nécessité, tous les hommes de couleur de l'intérieur du pays, dont les chefs sont soumis à la République ^

Les individus élus à des grades militaires^ qui, sans motif valable, refusent d'accepter, payent une amende : le lieutenant, 25 rixdalers; le commandant, lOOj le commandant général, 200.

Tout jeune homme qui possède un chariot, un troupeau de bœufs (ordinairement 8 ou 10) et un fusil pour la chasse à l'éléphant, est apte à se marier ; il choisit immédiatement une jeune fille, et le mariage se fait devant le juge. S'il perd sa femme, il ne reste pas longtemps veuf, et réciproquement.

Ils sont plutôt artisans que travailleurs ; c'est à peine s'ils cultivent ce qui est nécessaire à l'entretien de leurs familles. Il arrive souvent qu'au milieu de l'année il leur faut acheter du blé et du maïs, parce que le produit de leur récolte est épuisé. On y rencontre d'excellents serruriers, charpentiers, charrons, fabricants de briques et maçons. Il y a aussi de très-bons armuriers.

Les marchandises principales du commerce sont la poudre, le plombi rétain, le café^ le sucre, les indiennes imprimées, le coton écru, des bretelles, différents remèdes portant sur l'étiquette l'indication des maladies auxquelles ces remèdes sont applicables; les armes de précision pour

1 . La population, en 1864, était évaluée à 20 ou 25,000 colons, à côté desquels vit encore un groupe considérable de population aborigène, de race betchouana, peut-être 250^000 âmes. Ces indications sont néoessairement assez vagues«

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]a chasse des éléphants, des vêtements et des chapeaux pour hommes et pour femmes, outre les menus objets de ménage. On exporte de Tivoire, des défenses de rhinocéro?, des dents d'hippopotame, des planches, de.s peaux de divers animaux, du coton, des bœufs, des nattes, des corbeilles, etc. Ces exportations sont toutes destinées à la colonie anglaise.

L'agriculture se borne à la culture du blé et du maïs. Les fruits et les légumes sont assez abondants ; le raisin, les pêches, les figues, les oranges, les pastèques, etc., y viennent en grande quantité^ ainsi que les pommes de terre, les haricots, les piments, les oignons.

Le principal produit de l'industrie est le bois en planches de 8 mètres de longueur, dont le prix est d'une demi-livre sterling.

31. Alfred Grandiiuer. Madagascar. Bulletin de la soc, de Géogra' p/ne, avril 1872, p. 369-411.

Dans une précédente commanication faite à la société de Géographie (V. lé vol. précédent de VAnnée Géographique, p. 285-86), M. Grandidier avait donné le tracé de ses itinéraires en diverses parties de Tiie, et en même temps esquissé la physionomie générale de cette terre encore si imparfaitement connue; la communication actuelle est principalement consacrée aux productions et aux habitants. Elle est accompagnée de trois petites cartes de l'Ile mises en regard sur la même planche, Tune tirée de l'ouvrage d'Ellis, 1858, l'autre de la carte de Robiquet, 1863, la troisième de la grande carte de M. Grandidier luimême. Ce rapprochement fait ressortir l'énorme changement qae les observations de M. Grandidier apportent dans le tracé orographique de l'île.

— Excursion chez les Antanosse; émigrés. Ihid.j février 1872, p. 129-146.

Épisode de voyage. Aventures, Trails de mo-urs. Tableaux d'intérieur,

32. Era. BLANcnAnn. L'île de Ma.lagascar. Les tentatives de coloni-

sation. La nature du pays. Un récent voyage scientifique. Revue des Deux Mondes, juillet, août, sept., oct., déc. 1872.

Le voyage de M. Alfred Grandidier marque une époque capitale dans l'histoire géographique de Madagascar ; il en renouvellera complètement l'étude. Toute proportion gardée entre le caractère scientifique des deux époques, M. Grandidier sera le FJacourt du dix-neuvième siècle. Dans sa communication actuelle, qui est de nature, comme les communications précédentes, à faire attendre avec im» patience sa relation complète, le savant voyageur touche à l'histoire naturelle et à l'ethnographie, deux branches d'études auxquelles la grande île africaine ouvre un champ immense. Il présente aussi un aperçu de l'état politique du pays. Voici ce qu'il dit à ce sujet:

L'Ile de Madagascar se divise aujourd'hui, au point de vue politique, en deux parties bien distinctes qui sont à peu près d'égale étendue : la partie dépendante des Ovas, et la partie indépendante. Toute la région située à l'Est du 44« degré de longitude et au Nord du 22<^ degré de latitude appartient aux Ovas, qui, sous Andrianamponiniménne,Ra lama pf et sa femme Ranavaloune, se sont successivement rendus maîtres des diverses provinces comprises dans ces limites. Je dois toutefois ajouter que les habitants de la portion de la côte comprise entre Manafîafe et la rivière Menanare se sont révoltés contre leurs oppresseurs et ont secoué le joug; ils sont aujourd'hui indépendants. Sont aussi indépendantes les peuplades Saka- Javes qui habitent les baies de Narrinda et de Madsamba, ainsi que la côte voisine. — Quand à toute la partie Ouest et Sud do l'île, elle n'a pu encore être soumise par les Ovas, et elle est gouvernée par une foule de chefs indigènes, à l'exception du Sud du Ménabé qui s'est mis, il y a déjà longtemps,' sous la protection de la reine Ranavaloune.

Au commencement de ce siècle, la division politique du pays était tout autre.

Mais si la moitié de l'Ile seulement appartient aux Ovas, c'est de beaucoup la plus belle, la plus riche, la plus cultiva-

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ble. Les habitants de cette moitié forment en outre près des sept huitièmes de la population totale.

Sur la population, au point de vue ethnologique :

Les habitants de Madagascar n'appartiennent pas plus à une seule et môme race que Tile entière n'appartient à un seul roi. Les races caucasique, cafre, mongole, se sont mélangées et croisées dans ce coin de terre avec les indigènes. Les autochtones sont facilement reconnaissables sur la côte Est oi!i le type s'est conservé plus pur; leur face est ronde et aplatie, leur nez est écrasé à la racine, et leur chevelure loufluc et globuleuse est en lôte de vadrouille. Les peuples de la région occidentale, qui» de temps immémorial, sont en contact avec des nations étrangères, n*ont pas la laide physionomie des autres Malgaches; les navires d«j la Judée venaient jadis à Sofala, les jonques chinoises se rendaient à la côte Sud-Est d'Afrique, et pins tard les boutres arabes abordaient souvent sur la côte Ouest de Madagascar : aussi y trouve-t-on parmi les hommes libres beaucoup d individus à type caucasique, à cheveux lisses ou ondulés, au teint assez clair. Chez les esclaves, on constate les traces évidentes de croisements fréquents avec les Cafres. Une troisième race bien distincte des deux autres, qui nppartient évidemment au graod tronc mongolique, a aussi fait irruption à Madagascar, et s'est longtemps conservée au centre de l'Ile assez pure de tout mélange : es sont les Ovas. Des yeux allongés et bridés, des pommettes saillantes, des cheveux lisses et raides, un teint jaune ou cuivré, ne permettent pas d'élever le moindre doute sur leur origine asiatique.

M. Grandidier ne croit pas qu'on puisse évaluer la popa lation de Tile à plus de 4 millions d'âmes. « La province d'Imérine contient, dit-il, près d'un million d'OvaSi et dans le pays de leurs voisins et alliés, les Bet&ileos, il peut y avoir 600 000 habitants. Près de 2 millions habi* tent Test de l'île. Quant aux Sakalaves, aux Mahafales, aux Antandrouïs et aux Bares, ils n'atteignent certainement pas, à eux tous, le chitlre de 500000 âmes. »

M. GRANDIDIEH A MADAGASCAR. 51

L'article que la Revue des Deux-Mondes a reçu du professeur Emile Blanchard (n* 32), est un travail considérable, d'an caractère sérieusement scientifique et profondément étudié. Écrite a Toccasion des publications fragmentaires de M. Grandidier, cette étude à fort élargi le cadre d'un simple examen critique : c'est en réalité an tableau de Tlle, un tableau complet, historique, physique, ethnologique et économique. Quoique un travail de cette nature, dans les conditions ordinaires, ne puisse avoir l'autorité qui s'attache à une relation savante écrite par Tobservateur lui-même, Tëtude de M. Blanchard doit au nom de son auteur^ non moins qu'à son élaboration approfondie, une valeur tout à fait exceptionnelle.

Citons le jugement que le célèbre critique porte sur l'exploration de M. Grandidier :

oc Jusqu'à nos jours, les indigènes avaient interdit aux Européens l'accès de l'intérieur du pays. En présence des obstacles, les plus entreprenants avaient été découragés. Le moment est arrivé, néanmoins, où les difficultés ont été vaincues; un de nos compatriotes, ferme dans son dessein, apportant à l'exécution d'un projet bien arrêté une persévérance inébranlable, mettant à profit des relations nouées avec adresse, est enfin parvenu à obtenir l'appui des uns et à déjouer la surveillance des autres. De 1868 à 1870, M. Alfred Grandidier a traversé l'île dans une partie de sa longueur, et sur plusieurs points dans toute sa largeur Dominé par l'unique ambition d'acquérir des connaissances nouvelles sur une région qui offre tous les genres d'intérêt, le voyageur n'a pas visité une localité sans faire les opérations astronomiques et géodésiques propres à fixer avec certitude la position géographique; il a tracé la direction des cours d'eau, déterminé la hauteur des montagnes, étudié les reliefs du sol, décrit les aspects et la condition du pays. Pendant plus de deux années, trois

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fois chaque jour, il a noté la pression barométrique, et observé le thermomètre de façon à s'assurer des températures extrêmes. Partout, dans ses excursions, il a recueilli les plantes et les animaux, et ses découvertes ont permis d'élucider plusieurs questions relatives à l'histoire des êtres. Ne négligeant aucun moyen d'information ou de contrôle, il a porté dans l'étude des races qui occupent Madagascar un soin scrupuleux, et de nouvelles clartés se répandent maintenant sur tout ce que nous avions appris k l'égard des habitants de la Grande Terre. En un mot, un ' voyage scientifique a été accompli, — voyage remarquable par l'habileté de l'exécution, comme par l'importance des résultats obtenus. »

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