LA PIERRE DE MÉSA
primitive, et les témoins d'une époque où le paya de Ba- San était appelé « la terre des Géants. «
La découverte, dans le pays de Moab, à Test de la mer Morte, d'une pierre inscrite qu'on a nommée Pierre de Mésa, du nom du roi de Moab qui y est mentionné, est devenue un sujet non de polémique, mais de nombreux commentaires (ci-dessus, n<>* 22 et 23) ; M. Ernest Renan, que Ton retrouve toujours avec bonheur dans le champ de la science pure, a caractérisé avec son autorité de profond orientaliste, dans son Rapport annuel de 1870 comme secrétaire de nptre Société Asiatique, la portée de cette découverte. Nous lui laissons ici la parole :
Des découvertes extraordinaires feront de l'année 1870 une date de premier ordre dans l'histoire de l'épigrapbie et de la philologie sémitiques : je veux parler des découvertes d'inscriptions hébraïques anciennes faites par M. Glermont-Gauneau, drogman chancelier du consulat de France à Jérusalem. C'était quelque chose de vraiment extraordinaire, que malgré les recherches nombreuses accomplies en Palestine on n'y eût trouvé jusqu'à présent aucune inscription antérieure à Tépoque des Macchabées. De telles inscriptions, à vrai dire, ont toujours dû être rares dans ce pays.... On ne peut douter que l'ancien peuple Jiébreu, avant la captivité, ne fût médiocrement épigraphiste. Les inscriptions du Temple étaient peu de chose. Pas une fois, dans les annales hébraïques, il n'est question d'une inscription monumentale; et si ce qu'on lit dans le livre de Job (xix, 2^) d'inscriptions sur le rocher s'appliquait à de grandes inscriptions comme celles de Bisoutoun, on peut croire que de telles inscriptions eussent laissé des traces. Il était donc naturel de ne pas attendre que la Judée nous révélât jamais des trésors épigraphiques comparables à ceux de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Grèce, de Home. Il était bieu bizarre, cependant, que la pénurie fût absolue, que pas une inscription ne vint nous donner un spécimen irrécusable de l'ancien caractère hébreu.
Cette singularité a cessé. Grâce à M. Clermont-Ganneau, nous possédons maintenant trois inscriptions hébraïques antérieures à la captivité.
14 ASIE. (n^* d-27)
C'est chez un peuple voisin d'Israël, chez leb Moabites, àDibon, qu'a été trouvé le plus important de ces textes. La région Transjordanique a été bien moins bouleversée que la région en deçà du Jourdain; la Moabitide, en particulier, ne fut, ni à l'époque romaine ni au moyen âge, le théâtre d'un grand mouvement de construction. Il est probable que les vieux tells de ruines qui couvrent le pays sont vierges et renferment encore les ruines d'une haute antiquité.... M. Ganneau n'a pas voulu laisser à d'autres le soin d'interpréter le monument qu'il avait découvert. En le publiant, il Ta accompagné d'une explication et d'un commentaire qui fixent très-bien le sens général de l'inscription et sa valeur historique....
En somme, l'inscription de Dibon n'est pas seulement la plus ancienne inscription sémitique : c'est la plus ancienne inscrip* tion alphabétique que Ton possède. En voyant , vers Tan 880 avant J. G., un usage si développé de l'écriture chez l'une des peuplades sémitiques qui paraissent avoir eu la destinée la plus obscure, on se convainc que l'usage de l'écriture alphabétique était déjà fort ancien au dixième siècle chez les peuples de la Syrie méridionale ; que môme ces peuples avaient déjà des littératures, des annales, de longs textes écrits, ainsi que le supposaient, du reste, certains passages des vieilles histoires d'Israël. On est ainsi averti de ne pas s'arrêter, dans la critique de la littérature hébraïque , aux scrupules d'un scepticisme exagéré.... M. Ganneau n'a pas seulement été servi en tout ceci par un rare bonheur et par des circonstances favorables; il a fait preuve de connaissances étendues en exégèse biblique, de bonne philologie, de critique, de sagacité. D'autres observations qui lui ont été fournies par son séjour à Jérusalem, en particulier sur la piscine de Bethesda, sur la pierre de Zohéleth , montrent un esprit éveillé en ce qui touche les problèmes scientifiques, et promettent un précieux continuateur aux travaux sur l'histoire, la géographie et Tarchéologie de la Palesline, s'il est donné à notre jeune compatriote de continuer sa carrière sur le sol oi!i il a signalé son début par la plus belle découverte qui ait jamais été faite dans le champ de Tépigraphie orientale.
28. D'Otto Blau. Ârabien in sechsten JahrbuQdert; eine ethnog^a-
phische Slcizze. Zettschrift der Deutsehen J^orgerU^nd* Çesellschaft, t. XXIII, 4' cah., p. 559-Ô92, avec une carte.
Ce nouveau travail, dans lequel Tauteur s'est proposé de déterminer, ' d*après les sources arabes et grecques, l'exacte distribution géographique des tribus immédiatement avant l'apparition de Mahomet, est le complément du mémoire publié Tannée dernière par M. Blau sur l'Arabie au deuxième siècle de notre ère. V. notre précédent volume, p. 329.
29. Fulgence Fresnbl. L'Arabie vue en 1837-1838. Journal asiat.,
janv. 1871, p. 5-164.
Le voyage dont on nous donne Jci la relation posthume date de loin, comme on le voit par 1& titre ; divers inèidents en avaient ajourné l'impression. Il faut remercier M. Mohl d'avoir enfin publié cet intéressant morceau. Tout ce qui vient de M. Fresnel, homme savant et judicieux, d'un esprit indépendant et original, est précieux pour l'histoire et la géographie.' Cette nouvelle lettre peut très-bien tenir sa place à cété de celles que nous avons d^à du même voyageur sur l'Arabie et ses antiquités. Elle se rapporte à l'Hedjax, et traite de la géographie comparée en môme temps que de la vie courante du peuj^le et de ses chefe.