INDE. ÉTUDES SOCIALES ET POLITIQUES
qne déjà aDcienne, prirent intérêt à ce sujet, ont été détournés de leurs recherches, ou les ont interrompues pour une raison ou pour une autre, avant de les avoir poussées assez loin pour qu'elles aient pu attirer , et encore moins fixer l'attention des savants de l'Europe ; et le gouvernement lui-même a trop généralement regardé les aborigènes du Bengale comme des êtres non susceptibles d'amélioration, — comme une race dont le mieux qu'on puisse espérer est qu'elle se tienne tranquille jusqu'à sa complète extinction. »
Sauf quelques réserves, il y a certainement un grand fond de vérité dans ces observations; je me permettrai seulement de faire remarquer au savant auteur que les magnifiques études dont la connaissance du sanscrit a été le point de départ n'ont pas seulement profité à la restitution de nos origines et de celles de la race arienne en général, mais qu'elles ont aussi projeté de grandes lumières sur les populations non ariennes qui occupaient l'Inde avant l'arrivée des Aryas. Ce que Ton sait de ces temps primitifs et des tribus aborigènes, on le doit aux premiers monuments de la littérature sanscrite. Que la science européenne, depuis un demi-siècle, se soit surtout attachée au côté ârien de cette riche étude, faut-il s'en étonner? Les races nobles de l'histoire retrouvaient là leurs premiers titres perdus depuis le commencement des siècles. Mais la race dépossédée, celle dont les restes isolés peuplent aujourd'hui les forêts de l'Inde et les vallées de l'Himalaya, qu'a-t-elle donné à l'humanité ? Ce n'est pas à dire, loin de là, qu'il faille exclure ces tribus déshéritées du cercle de nos études; ce n'est pas à dire, surtout, qu'on ne leur doive pas la protection et la justice qui sont les attributs de la force, et M. Hunter a mille fois raison de s'élever contre l'oubli méprisant dont on les a longtemps frappées.
Toutefois, au point de vue de la science, cet oubli, tant
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s'en faut, n'a pas été absolu. Une multitude d'observations et de faits sont consignés dans les bonnes relations de l'Inde, — et Dieu sait si elles sont nombreuses, — et plus encore dans les recueils spéciaux. Il est un homme qui à lui seul a fait immensément sous ce rapport : c'est M. Hodgson. Ce qui a été publié de ses recherches en est la moindre partie : une masse de notes et de papiers remplissait un coffre oublié dans les archives de la Compagnie à Calcutta. Ce sont ces notes précieuses, retrouvées parnn heureux hasard, qui soht devenues le point de départ, et ont fourni le fonds des belles publications de M. Hunter; lui-même se plaît à le proclamer ' . Cela n'enlève rien an mérite éminent du travail de M. Hunter, ni à la valeur de sa mise en œuvre. Les matériaux dont il dispose s'ennoblissent par le but élevé auquel l'auteur les fait concourir. Sa pensée ne s'arrête pas à la science abstraite : elle est d'un philanthrope éclairé, d'un administrateur judicieux et d'un homme de bien. « Dans l'espoir, dit-il (avec une nuance d'enthousiasme qui se reflète dans tout son livre), d*intéresser également à ces races négligées l'homme d'étude et Thomme d'Ëiat, je me propose défaire connaître ce que j'ai pu apprendre touchant l'histoire, la langue, les usages et les aptitudes des montagnards du
1. On ne saurait nommer M. Hodgson, simple fonctionnaire dm le service civil de la Compagnie des Indes, et longtemps résidant i Dardjeling dans le Sikkïm, sans éprouver un sentiment de vénération reconnaissante pour les services incalculables qu'il a rendus à la science indienne sans Tombre de calcul ni d'int<^rét personnel. Yen 1838 (la date précise m'échappe en ce moment), il fît don à la Société Asiatique de Paris d'une suite unique des livres bouddliiques du Népftl; et ce fut l'étude de cette collection qui en portant Eugène Bumouf dans cette direction, nous a valu le beau livre qui a pour titre IfUro* duction à l'histoire du Bouddhisme^ 18V'>. Ainsi le zMc scientifique de M. Hodgson a enfanté en Euro])C une branche d'études qui a pris une grande place dans Thistoirc philosophique de Thumanité, comme il a produit dans l'Iadc même, après une masse de recherches précieuses sur les populations aborigènes, les travaux actuels do M. Hunter.