‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 234 sur 337 · INDE. CASTES · texte numérisé non relu

INDE. CASTES

tère indélébile et héréditaire, c'est sa limite infranchissable, c'est sa consécration religieuse et d'institution divine qui Tont marquée d'un cachet si profond dans la constitution brahmanique, et lui ont donné, sur la destinée du peuple hindou, une inOuence que le même fait social, à difiérents degrés de développement , n'a eu chez aucun autre peuple.

En vain interrogerait-on les livres indiens pour y trouver la trace historique de l'origine des castes ; mais cette origine est écrite dans la nécessité même et dans le cours naturel des choses.

Elle fut le résultat de la conquête.

Elle est l'expression historique et sociale à la fois de l'asservissement d'une race ignorante, grossière, de facultés bornées, sans organisation politique, par une race infmiment plus développée et de facultés physiques et intellectuelles très-supérieures.

Si regrettable que cela puisse paraître au point de vue abstrait de la morale absolue, si difficilement explicable que cela puisse être au point de vue physiologique , l'existence sur le globe de races humaines inégalement perfectibles, et la subordination des races inférieures aux races mieux douées et plus nobles, n'en sont pas moins deux faits universels, qui ont eu depuis l'origine des temps une immense influence sur la marche des choses et les destinées de l'humanité.

Nulle part cette influence des causes physiques sur le développement moral n'a été plus marqué que dans l'Inde.

Je ne puis m'étendre ici sur ce sujet; il me suffit de renvoyer au rapport inséré dans le Bulletin de la Société de Gèocfraphie^ oh le côté historique de la question a été développé (V. ci-dessus la Bibliographie ^ n" 128). Je reviens au livre de M. Esquer.

Les deux derniers chapitres deV Essai sur les Castes sont consacrés à la civilisation nouvelle que l'abolition du régime des castes pourrait donner à l'Inde. Je ne sais jus-

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qu'à quel point un changement aussi radical pourra jamais se réaliser. L'abolition absolue, au sein d*une nation de 170 millions d'âmes, d'une institution qui remonte à des milliers d'années et qui est entrée si profondément dans les entrailles de la société, cette abolition semble bien difficile peut-être d'ici à plusieurs siècles : mais ce qui paraît plus aisément et beaucoup plus prochainement réalisable, c'est la modification des mœurs par l'éducation européenne, c'est le changement graduel des idées, des habitudes et des besoins, et, par suite, la refonte progressive des vieilles institutions. C'est une tâche qui revient aux Anglais, par suite de leur position politique dans la Péninsule, et il faut dire que le gouvernement britannique en a compris l'étendue. Si cette tâche est réali«sable, on peut dire qu'elle s'accomplira, car elle ne repose pas seulement sur une idée théorique, si grande et si généreuse qu'elle puisse être : elle répond pour les Anglais à l'intérêt pratique de leur domination.

S 5. Le passé et Tatenir de la domination anglaise dans l'Inde.

Le livre do M. Torrûns.

Ceci nous amène au travail historique de M. W. Torrens, c Notre empire en Asie : comment nous l'avons acquis. » Cet ouvrage (n° 115), qui sort de la ligne commune des histoires purement narratives, est un exposé de la formation de l'empire anglais dans l'Inde. Il dit par quels procédés plus ou moins avouables, plus ou moins légitimes, les parties diverses de cette immense agglomération de territoires, dont l'étendue égale aujourd'hui le quart de l'Europe, sont venues, province à province, grossir le premier noyau créé par lord Clive en 1757. Un article de M. Mathy sur ce livre, dans la Revue des Deux Mondes du 1" mars 1872, présente sur la situation des Anglais dans l'Inde des considérations peut-être un peu sombres, mais certainement

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