‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 250 sur 337 · MOUVEMENT SOCIAL AU JAPON · texte numérisé non relu

MOUVEMENT SOCIAL AU JAPON

L'Exposition universelle frappa tout particulièrement les Japonais qui s'étaient rendus à Paris, et ce grand résumé de la civilisation générale leur fit faire les réflexions les* plus utiles. D*autre'part, le gouvernement s'aperçut que les traités signés primitivemej;^t avec tant de répugnance devenaient une source de richesse pour le pays, et il se décida sans hésitation à accepter la concurrence commerciale et Pémulation pacifique avec les puissances étrangères.

La situation du Japon, l'apaisement des discordes civiles, le triomphe complet du mikado, la soumission du taïkoun> celle des principaux dalmios, contribuèrent à l'inauguration d'une politique réformatrice. Le mikado, jeune souverain dont Tintelligence est vive et les intentions libérales, s'efforça de substituer à Tancienue organisation féodale du pays un système de gouvernement fondé sur des principes de centralisation et d'unité. Ce changement n'est pas encore tout à fait opéré. Mais il est en bonne voie, et des résultats importants ont déjà été obtenus. Les daïmios, qui étaientnaguère de vrais seigneurs indépendants, semblables aux grands feudataires de l'Europe du moyen âge, tendent à se transformer en simples gouverneurs de provinces, en préfets, et l'action centrale du gouvernement pénètre déplus en plus dans les anciens clans, qui perdent peu à peu leur caractère séparatiste.

En même temps, le mikado, qui ne veut pas dépendre des daïmios au point de vue militaire, s'organise une armée à lui et donne toute sa confiance à la mission militaire française chargée de l'instructioQ des troupes. Cette mission, dont le chef est M. le colonel Marquerie, est depuis quelques mois à Yédo, où elle a reçu le meilleur accueil et où elle accomplit sa tâche à l'entière satisfaction du gouvernement japonais. Les désastres de la France n'ont nullement altéré les sympathies du mikado pour cette grande nation, et le jeune souverain s'est plusieurs fois exprimé en termes fort justes sur les preuves d'h6roïsm« que les armées françaises ont fait admirer au milieu de leurs défaites. lia donné une marque visible de ses sentiments, en portant l'uniforme de général de division français. Il était revêtu de ce costume, Jorsqu'il a quitté récemment Yédo pour se rendre dans ses États du Sud. Ce Voyage produit un bon effet. Partout les populations accourtiut au-devant dji monarque, en lui faisant des ovations dont le caractère est aussi sincère que spontané.

L'étiquette adoptée par le mikado est de plus en plus ana-

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logue à celle des cours de TEurope. Il a aboli les génufleodoiis et les prosternations. Lorsqu'il passe, le peuple salue, mais né se jette plu^ à genoux comme autrefois. Les représentants des puissances étrangères sont reçus en audience privée dans le parlais impérial. Cet honneur a été pour la première fois accorde au ministre français, M. Cutrey, quand il a quifté Yédo, en vertu d'un congé, il y a quelques mois. Le chargé d'affaires de France, M. le comte Paul de Turenne, qui dirige actuellement la légation en l'absence du ministre, n'a pas été moins bien traité. Ce diplomate a présenté, il y a quelques jours, M. l'ami* ral Gamaud au souverain, et en a reçu Taccueil le plus courtois. Le mikado s'est levé en voyant entrer le chargé d'affaires et l'amiral, et il les a entretenus avec une grande bienveillance. Ce monarque remplit avec zèle les mômes devoirs que les souverains européens. Il préside les conseils des minj/stres ; il étudie les affaires ; il s'occupe de Tarmée ; il passe des revues» il visite les provinces, il donne des audiences, il se met en communication avec son peuple et avec les représentants des puissances étrangères.

Les Européens et les Américains, auxquels sont ouverts cinq ports outre Yédo, y font un commerce très-actif, aussi profitable au Japon qu'à eux-mêmes, et il y a lieu d'espérer que les traités dont la révision se^prépare en ce moment ne recevront que des modifications libérales, eu rapport avec le progrès des idées et le développement des transactions. L'expérience a démontré l'insuffisance et les inconvénients de certaines clauses, et avec du bon vouloir, avec un esprit conciliant de part et d'autre, on arrivera très-facilement à des innovations hetireuses.

Voici quelques passages d'une correspondance anglaise, à peu jprès de la même date :

Le nombre des jeunes Japonais choisis par le gouvernement pour être élevés à l'étranger et y recevoir l'instruction nécessaire, est de 250 en Angleterre, 200 en Amérique, 40 à 50 en France, 30 à kO en Allemagne; on peut dire, en général, qu'ils font des progrès remarquables.

Parmi les constructions en cours d'exécution ou déjà terminées, il faut titer surtout l'arsenal de Yokoska et le dock de Graving : le premier, muni de nombreuses machines pour la construction des navires et des engins nécessaires; le second, capable de recevoir des bâtiments^e 20O0 à 3000 tonneaux. Ce

travail a été exécuté par des ingénieurs français. Environ 20 phares de la plus parfaite construction, armés des appareils d^optique les plus nouveaux et les plus coûteux ont été établis et sont en pleine activité. Ces phares, dont quelques-uns sont situés aux endroits les plus dangereux, ont été élevés, pendant les quatre dernières années, par des ingénieurs anglais choisis par le bureau du commerce. Quarante milles de chemins de fer, dont l'achèvement est prochain, ont été également construits sous la direction d'Anglais, et 200 autres sont actuellement en préparation. C'est encore sous la direction d'ingénieurs anglais qu'on pose un fil télégraphique qui traversera le pays et qui aura plus d'un millier de milles de longueur. La Monnaie impériale, qui est un établissement grandiose, possède un essayeur et des fonctionnaires anglais. Des géomètres de même nationalité sont occupés à tracer de nouvelles rues dans une grande partie de Yédo, où Ton élève de solides bâtisses. AYado, sur la côte occidentale, où se trouvent de grandes mines d'or, un ingénieur des mines, d'Angleterre, a installé des machines pour le broyage et le lavage du quartz aurifère. En différentes parties du pays, des médecins sont en train d'initier les indigènes aux secrets de leur art; des officiers de l'armée et de la marine leur enseignent l'art militaire. On peut ajouter à ce renseignement que des officiers français sont chargés d'une mission semblable. On se propose enfin de faire venir des ouvriers et des machines d'Angleterre pour faire connaître à la population ouvrière les procédés de la fabrication européenne.

Une lettre particulière nous apprend que l'on traduit le Gode Pénal français, qui dorénavant servira de base à la législation criminelle.

S 3. Etat actael da Japon. Aperçu administratif, moral, industriel et financier.

Le Japon a une histoire écrite qui embrasse une période continue de S532 ans. Depuis l'an 660 avant J. G«, les sonverains de ce pays n'ont formé qu'une seule dynastie, qui dure encore. Son empereur actuel est le cent vingtdeuxième de sa race.

Depuis vingt-cinq siècles^ les mœurs du Japon n'avaient z.'annëi g£ogr. xi. 13

pas virtuellement changé, et voilà qu'aujourd'hai, après s'être mis résolument en dehors de tout contact avec la monde, ce pays abandonne tout à coup ses traditions, cherche à modifier complètement sa manière d'être, et s'efforce d'adopter les lois et les coutumes européennes et de prendre rang parmi les nations.

Le système de gouvernement du Japon est actuellement emprunté pour une partie à l'Europe. Au point de vue théorique, le mikado est un souverain absolu qui règne et gouverne, mais en réalité, c'est le grand conseil qui traite les affaires. Les ministres, soit individuellement, soit réunis en ce que nous appellerions un cabinet, décident de toutes les questions ordinaires; mais l'examen des points d'une importance réelle est réservé au grand conseil, présidé par le mikado.

L'administration locale des provinces est dans les mains des préfets. Il y a un préfet résidant dans chacun des soixante-quinze districts qui forment actuellement la division territoriale du Japon, Les pouvoirs et les attributions de ces préfets sont beaucoup plus étendus que ceux d'aucun fonctionnaire du même ordre en Europe. Néanmoins, il y a une limite à leur action judiciaire; ils ne peuvent faire exécuter les jugements qui emportent le bannissement ou la mort avant que le ministre de la justice les ait confirmés. Dans les villages, les causes sont plaidées devant les officiers civils subalternes. Toutefois, tout cela est en train de se modifier.

Les finances sont nécessairement la grosse question. C'est pour la première fois dans l'histoire du Japon qu'un budget pour l'année courante, un budget soigneusement calculé, un budget sérieux, enfin, vient d'être préparé. 11 donne i'ezposé des recettes et des dépenses pour 1872.

Le total des recettes est de 305 millions de francs (nous négligeons les fractions); le total des dépenses, de 285 millions : l'excédant des recettes est donc de 20 millions

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