JAPON. MOUVEMENT SOCIAL
de francs. Mais k côté de ce chiffre, des plus satisfaisants en tant qu'état normal, il faut remarquer que le Japon a aujourd'hui une dette élevée, près de 700 millions de francs, dont 45 millions seulement vis-à-vis de l'étranger.
Après les finances, la question la plus importante aux jeux des Japouais est l'éducation. Il y a même des enthousiastes qui veulent qae l'unique devoir du gouvernement soit d'enseigner le peuple : tout le reste n'est pas digne de son attention. Un ministre de l'instruction publique a été définitivement créé en 1871, et si l'on considère depuis combien de temps il existe, et les difficultés sérieuses et diverses avec lesquelles il a eu à lutter, il a parfaitement marché. Les écoles primaires publiques augmentent rapidement en nombre, surtout dans les villes; mais le mouvement est bien plus marqué dans les provinces occidentales et sur les côtes qu'à l'intérieur. Jusqu'à présent, ce sont les écoles privées qui sont les plus nom- Jbreuses; et comme chacun peut en fonder une, n'étant soumis qu'à une autorisation qui est toujours accordée, elles surgissent, comme par enchantement, partout où le besoin s'en fait sentir. Il n'existe pas encore, néanmoins, de statistique sur ce sujet. On ne peut citer ni faits ni chiffres; mais on pense au Japon que si ce mouvement continue, il n*y aura probablement, dans la prochaine génération, pas un seul homme ni une seule femme qui ne sachent lire et écrire. Ce qui aide particulièrement à ce mouvement en faveur de l'éducation, c'est ce fait que même sous l'ancien régime l'éducation était très-générale, bien qu'il n'y eût aucune intervention du gouvernement.
Les livres, surtout les traductions d'ouvrages étrangers, augmentent avec une rapidité qui indique l'active curiosité qui s'est emparée des classes moyennes aussi bien que des classes supérieures. Les journaux et les presses locales se multiplient, et le désir d'acquérir des connaissances peut être, sans exagération, taxé de fiévreux, surtout dans les
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tilles. Les livres qu'on lit le plus sont ceux qui racontent Thistoire, les mœurs et les conditions intérieures des autres pays, les traités d'économie politique et ceux qui traitent les questions morales.
Les Japonais ont toujours eu une grande prédilection pour la médecine. La science de Tingénieur, les mines et d'autres questions industrielles, commencent aussi à attirer leur attention. Pour faciliter l'étude des langues étrangères, le gouvernement a fait venir plusieurs professeurs, et a envoyé à ses frais des étudiants en Amérique et en Europe. Il faut même ajouter des dames à la liste, car une ex-princesse et sa compagne ont débarqué à Marseille il y a quelque temps. Elles étaient vêtues à la française, et en ce moment elles sont en Angleterre où elles étudient la grammaire avec ardeur.
L'agriculture a toujours été habilement pratiquée au Japon, et, hormis l'emploi de machines et l'introduction de nouvelles plantes et d'engrais minéraux et chimiques, il n'y a pas à signaler de progrès marqué. Il n'est pas un mètre de terre fertile qui ne soit utilisé, et une irrigation bien organisée stimule Tactivité naturelle de la végétation, particulièrement sous l'admirable climat des districts du midi et de Touest. Le riz est, bien entendu, le principal produit du pays; mais le thé, la soie et les œufs de ver à soie (qu'on peut bien compter comme des produits de l'agriculture), les haricots, les pois, et une grande variété d'autres produits, y poussent en abondance. Le Japon produit plusieurs plantes spéciales d'une valeur considérable et d'une grande importance ; surtout le mûrier à papier, dont l'écorce et les jeunes branches servent principalement à fabriquer le papier japonais, l'arbre à cire, le laurier-camphre et l'arbre à gomme-laque. L'ornementation des jardins est arrivée dans ce pays à une grande perfection.
Le Japon est très-riche en métaux. On y trouve en
grande quantité les métaux précieux et les métaux utiles. Il en est de même du charbon, et quelques mines sont exploitées sur une grande échelle. Le cristal de roche est abondant. On pêche le long de la cête des perles et du corail; mais on n'y a trouvé jusqu'à présent ni diamants ni pierres de valeur. On sait combien les Japonais sont habiles dans l'art de travailler les métaux, surtout dans Tart de la coutellerie et dans celui de travailler Tor et le cuivre. Nous n'avons qu'une idée générale de l'incomparable fini, de la délicatesse de leur travail et du talent qu'il révèle. Avec l'habilité qu'ils ont depuis si longtemps et leur aptitude pour l'imitation (qu'on n'oublie pas qu'ils ont construit leur premier bateau à vapeur et sa machine, uniquement d'après la description donnée par un livre hollandais), on doit s'attendre à ce qu'avant peu ils fabriquent eux-mêmes ceux des outils et des ustensiles que nous leur envoyons encore.
Il n'y a pas eu jusqu'à présent un grand développement dans les manufactures, bien que plusieurs articles d'Europe, tels que le verre à vitres, le vin de raisin et la bière commencent à être fabriqués en petites quantités. Quant à la fabrication de la laque, de la porcelaine et du crêpe de soie, il n'y faut souhaiter aucun changement; elle est si parfaite, que les étrangers ne sont pas parvenus à l'égaler. n &ut bien avouer que le secret de la bonne laque et du filage de la soie n'a jamais été découvert en dehors^ du Japon.
L'organisation de l'armée et de la marine commencent seulement. L'armée est organisée d'après le mode français ; elle porte des uniformes français. C'est une armée de 72 000 hommes, sans compter la garde du mikado composée de 8300 soldats, triés pour ainsi dire. La marine se compose actuellement de 19 navires de rangs divers.
Pendant que le gouvernement marche fiinsi dans la voie du progrès, les sentiments de la population se modifient à
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regard de ceux qui importent ces idées de progrès, et elle leur accorde de plus en plus sa sympathie.
Il n'y a pas plus de deux ans, un étranger n'aurait pas osé s*aventurery sans une forte escorte militaire, dans les mes de Yédo, le dernier des ports ouverts au commerce européen; et dans le fait, les attentats audacieux auxqnela donnait lieu la haine de la population pour < les barbares étrangers » conseillaient les plus grandes précautions. Aujourd'hui, l'étranger réside dans la capitale du Japon aussi tranquillement, aussi sûrement que chez lui.
La population aisée de la capitale s'habille presque exclusivement à l'européenne, et le sobriquet de Kétojin (étranger velu), que Ton entendait retentir naguère à chaque coin de rue, quand passait un Européen, a presque complètement disparu de la bouche du peuple.
S 4. Yézo et les Ainos.
Nulle relation, avant M. Blakiston, n'avait donné des détails aussi nombreux, aussi précis, sur la topographie de rtle de Yézo et sur les habitants. On n'avait vu jusqu'à présent que le littoral sud et ouest de l'île; le capitaine Blakiston, pour son voyage autour de Tîle entière, était pourvu d'une commission du gouvernement de Yédo. Voici le portrait que l'explorateur, qui a eu les meilleures occasions de voir et d'observer les Aïnos, fait de ce peuplé plus célèbre que connu :
< Les traits des Âïnos indiquent une origine absolument différente des Japonais', des Ghinoi^ des Mongols, des Mantchoux et des Tibétains. Tandis que tous ces peuples se distinguent par un visage glabre et des yeux obliques, les AïQos ont le crâne couvert d'une profusion de rudes
1. De ceux des Japonais qui sont devenus quasi Chinois par le mélange du sang à une époque ancienne, mais non des Japonais que ce mélange n a pas atteints. V. S. M.
GRAND ARCmPXL ASIATIQUE. 199
cheveux tiàm qui tombent autour de la tète en lourdes masses que le peigne n'a pas touchées; et (fài se cibnfondéni avec d^'épai^ses môtîstâcbès et dès bitrbei^ déisèendant presque jusqu'à la ceinture. Les yeux sont grands, rondSi d'un noir brillant; les pommettes ne sont pas proéminentes; le nez est grand et d'une belle forme. Le corps, cependant, paraît chétif et faible, et Texpression de leur regard révèle à la fois une longue oppression et Tabsence de toute culture. Ils fabriquent leuref grossiers vMements avec des écorces d'arbres. Ils reçoivent de leurs patrons japonais, qui les emploient à la pêche et à la chasse, des rations et quelques objets d'habillement, mais non une paye en argent qui serait pour eux sans valeur. On ne les a pas encouragés à s'adonner à la culture du sol ; ils n'ont guère d'établissements que sur la côte. Quoique beaucoup d'entre eux soient des hommes de très-bonne mine, les femmes, en général, sont loin d'être jolies * et les agréments dont elles se tatouent les lèvres ne les embellissent pas. »