PROJET ANGLAIS
Depuis 1865, diverses expéditions suédoises et allemandes ont tenté l'eiploration des régions arctiques inconnues, en pénétrant dans les glaces, entre le Groenland, le Spitzberg et la Ncayelle-Zemble ; les chefs de ces expéditions sont convaincus que ces routes sont impraticables. Cette conclusion détermine la route qui doit être suivie. La région inconnue couvre un espace de plus d'un million de milles carrés. On doit chercher ces trois avantages : la perspective la plus étendue de découvertes dans les diverses branches de la science, la certitude de parcourir des espaces encore inexplorés, et la plus grande sécurité possible pour la vie des navigateurs qui s^engagent dans Texpédition.
On ne peut trouver ces avantages que là où il existe une Ion gue ligne de côtes, parce que c'est dans le voisinage des terres qu'on peut faire les découvertes les plus importantes. L'existence et la direction d'un courant de l'Atlantique qui descend le long des côtes orientales du Groenland fait supposer que cette terre s'étend au nord bien au-delà des points qui ont été explorés jusqu'à présent. Sa largeur, dans sa partie la plus septentrionale connue, dépasse 600 milles, et il n'y a pas d'autre terre offrant des conditions semblables aux confins du monde inconnu des mers polaires. L'objet de l'expédition au pôle doit donc être d'explorer les côtes inconnues du nord du Groenland.
L'expédition devrait être composée de deux bâtiments à hélice de médiocre grandeur, dont l'un stationnerait à l'entrée du détroit de Smith, tandis que l'autre s'avancerait le plus loin possible au nord, en maintenant ses communications avec Tau tre bâtiment. Du point extrême atteint par l'expédition, des excursions en traîneau, dès le commencement du printemps, partiraient dans différentes directions pour explorer les régions inconnues. Les avantages indirects de ce plan seraient, outre la découverte d'une longue ligne de côtes, la sécurité du retour, le bâtiment le plus engagé pouvant toujours trouver du secours à l'entrée du détroit de Smith et se replier au besoin jusqu'aux établissements danois du Groenland, comme l'ont fait de précédentes expéditions.
Les avantages directs seraient la découverte de la partie septentrionale du Groenland et des résultats importants dans la plupart des sciences physiques, tels que la détermination des contours du Groenland, la reconnaissance de l'étendue et de la nature de la partie septentrionale de cette région, ainsi que
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de l'existence de forêts qui ont eiisté jusqu'au pôle, ainsi que cela est démontré, fait qui dément les théories antérieurai de la géologie sur la température et les conditions du globe pendant la période tertiaire.
S 8. Étude sur le Gulf Stream.
On sait quel rôle important appartient au Gulf Stream, comme agent de température, dans la constitution physique de l'Atlantique septentrional et d'une partie des mers arctiques, et par suite dans la direction à donner aux explorations polaires ; la mention de quelques travaux remarquables dont ce grand courant océanique a été récemment le sujet (ci-dessus à la bibliographie, n*^ 376 à 379), est donc ici parfaitement à sa place. Parmi ces travaux, nous distinguons particulièrement celui de M.Masqueray (n? 379}, où les questions que le sujet soulève sont exposées avec autant de lucidité que de profondeur : ceux des lecteurs qui n'ont pas sous les yeux cet excellent travail, nous sauront gré d'en insérer ici quelques extraits. *
M. Masqueray rappelle, en commençant y rimportant mémoire que le docteur Petermann a publié sur le Gtilf Stream (ci-dessus, n^ 376). < Les nombreuses observations sur lesquelles l'auteur s'est appuyé, et les conséquences auxquelles il s'est trouvé conduit, doivent nous engager à l'étudier de près, si nous osons recueillir l'héritage de Gustave Lambert ; car les courants dont le docteur Petermann constate l'existence peuvent nous ouvrir ou nous fermer l'accès du pôle. Sous ces hautes latitudes, une connaissance profonde de la physique du globe est la pi^ paration nécessaire d'une expédition maritime. Le thermomètre y devient un guide presque aussi important que la boussole, et le plus mince varech flottant, un animalcule microscopique, y arrêtent le navigateur ou l'entraînent à leur suite. Ce n'est pas seulement à force de patience et