‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 285 sur 337 · GULF STREAM · texte numérisé non relu

GULF STREAM

d'énergie qne Hayes a pu faire flotter la bannière des États-Unis sur le bord de la mer libre, ni que Ross a franchi la banquise du pôle sud. »

Après diverses considérations sur les discussions qu'ont soulevées quelques vues théoriques, l'auteur du mémoire entre dans Texposition du sujet. C'est sur cette partie instructive du travail que nous voulons surtout Axer l'attention de nos lecteurs.

On sait que les eaux du golfe du Mexique, accrues du Mississîpi, augmentent de volume sous Tardent soleil du tropique, se gonflent, et se frayent violemment passage vers l'Atlantique plus froid et d'un niveau moins élevé. Ce courant du golfe (Gulf Streatn) roule vers le nord en suivant la côte d'Amérique. Ses eaux, d'un bleu sombre, se distinguent nettement sur la surface de rOcéan au-dessus de laquelle son axe s'élève d'environ deux pieds; il a comme des rives indiquées par des sillons d'écume. Sa vitesse est telle qu'il file quatre nœuds en trente secondes, c'est-'à-dire k milles marins ou 3 milles géographiques à l'heure, en sortant du golfe : au cap Hatteras, il file encore trois nœuds. Il se fait place à mesure qu'il descend vers le nord, et sa largeur, qui n'est que de 24 milles géographiques dans le détroit de la Floride, est plus que doublée au nord do Gharleston. Nos fleuves terrestres ne peuvent donner aucune idée de cet énorme torrent de l'Atlantique. Suivant la côte d'Amérique, il s'incline vers l'est par le 45<> parallèle, à une certaine distance des côtes de la Nouvelle-Ecosse et de Terre-Neuve, traverse la moitié de l'Atlantique, et lance une dérivation considérable vers les Açores, les côtes d'Espagne, de France et du Maroc. Cette dérivation, heurtée par les terres, se replie sur elle-même, et, décri- Yant une ellipse dont le grand axe serait la distance qui sépare les lies Bahama des Canaries, revient au point de départ du Gulf Stream par la mer des Caraïbes. C'est dans l'intérieur de cette ellipse nommée mer des Sargasses^ que Christophe Colomb rencontra ces fameuses prairies de varech, praderias de |/er6a, que tous les navigateurs de ces parages y trouvent encore, amas flottants qui demeurent emprisonnés sur la surface de la mer par le courant qui les enveloppe.

Le courant polaire heurte donc par le travers le Gulf Stream précisément au point d'où ce dernier envoie vers les côtes d'Espagne sa dérivation orientale. Les eaux froides et

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ternes font fléchir le tiède courant mexicain sur lequel passent les icebergs.

Le Gulf Stream résiste et poursuit sa route ; mais il semble que ses eaux tourbillonnent sous un tel choc. Une partie de son courant, comme revenant sur elle-même, décrit un arc de cercle dans la direction du nord-ouest, ne peut traverser le courant polaire, le côtoie, descend vers le Nord, et s'engage précisément dans ce canal de Davis que semble remplir son adversaire. Elle se glisse le long de la côte occidentale du Groenland, et, bien qu'elle se refroidisse au contact des glaces, elle se fait encore sentir dans la baie de Melville au débouché du Smith Sund. L'autre partie du Gulf Stream, de beaucoup plus considérable, va baigner les côtes d'Irlande et d'Ecosse, les Shetland, les Faroer et l'Islande .

Il suffit d'avoir visité l'Irlande ou de jeter les yeux sur une carte de lignes isothermes, pour savoir que le Gulf Stream n'est point anéanti par le courant polaire à la hauteur de Terre- Neuve. L'Irlande et les côtes d'Ecosse jouissent d'un climat constamment doux. Si le raisin n'y mûrit point, bien que les hivers y soient moins rudes qu'en Hongrie et en Moldavie^ c'est que la chaleur de l'été n'est pas suffisante. Mais le myrte peut y croître» et les troupeaux, abrités contre les bourrasques par des parcs circulaires plantés de pins, y passent en hiver la plus froide saison; tandis que sur les côtes de Terre-Neuve et du Labrador, les phoques s'étendent sur leurs bancs de glace par une température moyenne de — 8 et — 16 cîegrés Réaumur. La chaleur semble croître en Angleterre à mesure qu'on s'élève vers le Nord, dans les terres profondément découpées, parmi les petites lies tout entières baignées par le Gulf Stream. Sans lui, sans la tiède barrière dont il les enveloppe, elles seraient envahies par les glaces du courant polaire, emprisonnées dans les icebergs. Il les protège même de son atmosphère ,' car, à proprement parler, il a son atmosphère : il attiédit les lourds vents d'Ouest qui roulent sur sa surface vers les côtes d'Europe, il les charge de sa vapeur d'eau, et cette vapeur se résout en brouillards épais, qui, loin de refroidir les lies, y conservent la chaleur. Mais plus encore que les Shetland et les Faroer, l'Islande, qui touche au cercle polaire, participe à l'inflàence bienfaisante du Gulf Stream, notamment dans sa partie occidentale. Reykjawik donne -f- 1» en janvier , quand , par la môme latitude, dans le canal de Davis, Lichtenfels donne — 9, et Gotthaab ~ 8. c Je dois avouer, raconte le docteur Hander-

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