FRANCE. — DICTIONNAIRES TOPOGRAPHIQUES
Arrivant à la comenclature topographique, le Dictiontionnaire donne le nom et la situation des villes, bourgs et villages^ hameaux, fermes, maisons isolées, qui souvent n'existent plus, mais dont la trace subsiste encore dans les chroniques locales, dans des cartulaires ou dans de vieilles archives. Les moindres cours d*eau y trouvent aussi leur place. Cette nomenclature reproduit, à c6té des noms modernes, les noms anciens de chaque lieu, depuis son origine; cette série de noms qui vont se modifiant à travers les siècles et qui diffèrent quelquefois absolument entre eux, sont dans l'histoire une source de confusion inextricable.
Cependant (disait avec raison une note récente du Jouma/ Officiel) j Fétude topographique ne peut avoir tout son intérêt que si nous étudions en même temps les monuments qui couvrent encore le sol ou dont le temps a épargné quelques précieux vestiges. Six répertoires archéologiques ont paru et font partie, comme les dictionnaires topographiques, de la collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France, publiés sous les auspices du ministère de l'instruction publique; ce sont les répertoires archéologiques de l'Aube, par M. d'Arbois de Jubainville ; de l'Oise, par M. Woillez; du Morbihan, par M. Rozenweig; du Tarn, par M. H. Grozes; de l'Yonne, par M. Max. Quantin, et de la Seiue-Inférieure, par M. Tabbé Cochet.
Ces répertoires archéologiques ne font pas double emploi avec les dictionnaires topographiques, mais ils les complètent, quand ils décrivent le même département. Le topographe sort de son rôle s'il se met à décrire; cette œuvre est réservée à l'archéologue. La France possède encore de précieux monuments des temps passés ; dans les villes, on admire les cathédrales, les vieux palais; ailleurs, les ruines d'un monastère, d'une célèbre abbaye; quelquefois un pauvre village, jadis plus renommé, conserve son antique donjon et les créneaux de sa tour gothique, l'arche impérissable d'un pont romain, le dolmen des druides ou
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la pierre sépulcrale qui garde le souvenir d'une gloire éteinte. Tous nos départements possèdent de véritables ruines, qu'il faut sauver de l'oubli : le Morbihan a ses souvenirs celtiques ; l'Oise, le Tarn, l'Yonne, l'Aube ontaussi, en plus ou moins grand nombre, des antiquités, des objets d'arty des châteaux, des églises qui révèlent le goûl et le génie de l'époque qui les a vus naître. Mais aucun département n'abonde peut-être plus que la Seine-Inférieure en richesses archéologiques. Personne ne pouvait mieux que M. l'abbé Cochet en dresser l'inventaire et les décrire avec une science profonde et sûre. Ses explorations dans le département de la Seine-Inférieure sont trop connues pour qu'il ne suffise pas de les rappeler ici. Il y a consacré de longues années et le succès a pleinement répondu à ses efforts. Les fouilles qu'il a dirigées ou dont il a recueilli les résultats, ont mis au jour un nombre considérable de sépultures et d'antiquités gauloises, franques, romaines, du moyen âge, qui éclairent plus d'un point historique auparavant douteux et dont son livre s'est enrichi.
Les Dictionnaires topographiques et les Répertoires archéologiques sont tous sans contredit, — bien qu'à des degrés divers, — des travaux d'une érudition profonde et solide ; mais ce serait s'abuser étrangement que de croire, ainsi que l'ont dit plus d'une fois les organes officiels, qu'on ait là une véritable description, je ne dirai pas de la France, mais de chacun de nos départements, — sans compter qu'il est plus que douteux que la série des Dictionnaires topographiques s'achève jamais. Un demi-siècle au moins, peut-être ceut ans et plus, seraient nécessaires pour en voir la fm : c'est assez dire qu'on n'en verra jamais le terme. Au lieu de ces matériaux partiels et fragmentaires, il eût été certainement possibfe, que dis-je? il eût été facile à une administration éclairée et bien conseillée de doter la France d'une véritable description de notre grande et belle patrie,