‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 37 sur 337 · MANDCHOURIE · texte numérisé non relu

MANDCHOURIE

velle par sa position géographique sur la nouvelle frontière de la Russie.

En passant par Tzitzikar, 1* Archimandrite a fait d'intéressantes observations sur la population de cette ville et des environs. Les fonctions et la position du gouverneur de Tzitzikar ne sont pas des plus faciles. C'est à lui qu'incombent toutes les affaires concernant les frontières de la Russie, et, de plus, le soin de surveiller lés déportés, ainsi que l'administration des Boutkhanes. On désigne sous ce nom des individus appartenant aux tribus de Solôn, de Daour, des Orotch et autres, qui sont obligés d'aller' k la chasse pour le compte du gouvernement. La surveillance des déportés concentrés à Tzitzikar est une tâche assez grave. Dans les villes d'Aïgoun^de Koulân et de Ehouloun,iI y en a peu; c'est à Tzitzikar que l'on interne les plus grands criminels, tels que les pirates, les rebelles, les membres des sectes religieuses et des sociétés politiques secrètes, les parents de l'empereur de Chine coupables de débauche, etc. On voit par cette énumération que la société de Tzitzikar est des plus mêlées. Les déportés sont au nombre de plus de 3000. Il est assez étonnant que ce rassemblement hétérogène ne cause pas de désordre dans le pays, quoiqu'il n'y ait à Tzitzikar ni prison ni troupes pour garder les déportés. On fait l'appel une ou deux fois par mois ; c'est à cela que se réduit tout le contrôle.

On annonce aussi que plusieurs excursions importantes ont eu lieu l'année dernière (en 1870) dans quelques parties jusqu'à présent inexplorées et fort peu connues de la DzoÛDgarie chinoise. M. Radlof, le voyageur bien connu à qui l'on doit déjà une précieuse relation ethnologique de l'Altaï et de la DzoÛDgarie russe, a poussé jusqu'à la ville chinoise de Khobdo, au sud de la région altaïque. Dans le même temps, M. Paulinof a fait une

traversée de Ehobdo à Oulia^soutaï, et a regagné Minousl'année gboor. jx. 5

sinsk en franchissant les montagnes de Tangnou qui coavrent les sources et le cours supérieur du Eem ou lénisse! supérieur. Ce sont là des itinéraires qui ne peuvent manquer d'ajouter beaucoup à nos informations encore si faibles sur ces parties septentrionales de la Mongolie.

S 2. Une prochaine publication importante.

M. Pierre de Thihatcheff, l'infatigable voyageur géologuOy en présentant à la Société géologique de France les trois volumes paléontologiques qui complètent son grand ouvrage sur l'Asie Mineure, a fait la communication suivante (ci-dessus n^ 115) sur la nouvelle édition qui se prépare de Y Asie Centrale d'Alexandre de Humboldt :

c Si l'œuvre monumentale de l'illustre savant de Berlin s'attache particulièrement à l'étude du relief, de l'hydrographie et de la climatologie de l'Asie centrale, elle n'en embrasse pas moins une foule de phénomènes intimement liés avec les plus graves et les plus intéressantes questions de la géologie ; en soxte que la science qui nous occupe a dans cet ouvrage une place très-importante, et cette {Âace se trouvera considérablement élargie dans la partie supplémentaire, qui, à elle seule, formera un volume ajouté aux trois volumes qui composent Touvrage tel qu'il a été publié par M. de Humboldt en 1843« L'étendue de cette partie supplémentaire est suffisamment motivée par le prodigieux développement que toutes nos connaissances de l'Asie centrale ont acquis pendant les dernières dix années, grftc^ aux infatigables explorations des savants voyageurs ru88< et anglais. Il s'ensuit que la nouvelle publication de VAiiô Centrale de Humboldt sera une acquisition tout aussi im* portante pour les géologues que pour les géographes^ les naturalistes et les physiciens. De plus, s'il était permis de se livrer dans cette enceinte & des considérations non

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directement liées avec la science, je pourrais ajouter qu'aucune œuvre ne possède aujourd'hui, autant que celle de Humboldt, le mérite d'une saisissante opportunité; car lorsqu'on aura étudié la curieuse physionomie physique de TAsie centrale, telle que la représentent les nouvelles explorations, c'est-à-dire composée de deux larges domaines parfaitement isolés l'un de l'autre par les immenses et infranchissables ramifications de l'Himalaya' et du Bolor^ il sera aisé de démontrer que la position et le rôle des deux grandes nations qui semblent se disputer ces contrées y sont si rigoureusement déterminés d'avance par les conditions topographiques, que la Russie et l'Angleterre n'auront aucun mérite de vivre en paix l'une à côté de l'autre, précisément parce qu'elles n'ont ni possibilité ni intérêt de se faire la guerre. Placer sous une telle sauvegarde l'avenir du continent asiatique, c'est obtenir les seules garanties auxquelles on puisse se fier, car nous sommes trop vieux aujourd'hui pour attacher beaucoup de prix aux traités ou aux professions d'entente cordiale, et nous n'attendons des peuples l'observation de la justice, de la bonne foi et de la paix, qu'autant qu'il est matériellement prouvé qu'ils n'ont ni possibilité ni intérêt d'être injustes, déloyaux ou agressifs. Si l'Asie Centrale de Humboldt n'avait d'autre mérite que de constater des faits de cette nature, et par conséquent de dissiper des appréhensions séculaires et redoutables, l'illustre auteur pourrait aspirer à la couronne d'apôtre de la paix à défaut de celle de prince de la science. »

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